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L’envolée des cours du pétrole : conjoncturelle ou structurelle ?

le 18 03 2005 Archives.

Pétrole : augmentation des consommations, envolée des prix

Pétrole : augmentation des consommations, envolée des prix © La Documentation française Photo : Jean-Marc Armani/Rapho

Le prix du baril de pétrole de la mer du Nord a atteint 55,25 dollars le 17 mars 2005 et vient de pulvériser son record historique. Comment expliquer cette flambée du pétrole ? Quel est son impact sur la croissance économique ? Faudra-t-il désormais s’habituer à un pétrole cher ?

La hausse du prix du pétrole : un phénomène irrationnel ?

La hausse est survenue quand on l’attendait le moins, au lendemain de la deuxième guerre du Golfe, en avril 2003. On tablait alors sur une augmentation de la production irakienne et le retour à un prix d’équilibre physique estimé autour de 25 dollars le baril (25 $/b). Mais les prix du pétrole sont repartis à la hausse au cours de l’été 2003, atteignant 29,4 dollars le baril en moyenne en août. Le prix du pétrole retenu ici est le prix du Brent, pétrole « léger/doux », le moins cher à raffiner, qui fait référence pour le marché européen. L’historique des cours retracé par la Direction des ressources énergétiques et minérales du ministère de l’économie met en évidence une hausse continue des cours du Brent entre décembre 2003 (29,81 $/b en moyenne) et octobre 2004 (49,78 $/b en moyenne).

Trois facteurs sont avancés pour expliquer la flambée des cours observée notamment depuis 2004. D’abord, une forte demande mondiale émanant notamment de la Chine, désormais second importateur mondial derrière les Etats-Unis. Ensuite, les tensions géopolitiques (Venezuela, Nigeria, situation au Moyen-Orient, affaire Ioukos en Russie, faiblesse des stocks pétroliers et insuffisance d’investissements dans les capacités de raffinage aux Etats-Unis). Enfin, une vague de froid en Europe et aux Etats-Unis, début 2005, qui pousserait à des achats massifs de nature spéculative.

La spirale de la hausse se poursuit en dépit du maintien de l’offre globale de pétrole brut qui sert à couvrir les besoins de consommation. Ainsi, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’offre mondiale de pétrole au 2e trimestre 2004 a excédé la demande de 150 000 barils/jour en moyenne. Les stocks de brut dans la zone OCDE ont continué à progresser (69% de la production consommée en 2002 contre 75% en 1973) et représentent, en 2005, près de 80 jours de couverture des besoins.

L’impact de la hausse des cours du pétrole depuis 2003 : un nouveau choc pétrolier ?

La hausse des cours du pétrole depuis 2003 a un impact sur l’économie, sur la facture énergétique et l’inflation notamment, mais il est moindre que lors des chocs pétroliers de 1973 et de 1979. Pourquoi ?

Tout d’abord, la situation de la France énergétique de 2005 n’est pas comparable à celle de 1980. Avec le choix du nucléaire en 1974, elle a réduit sa dépendance en pétrole de 50 % : le parc EDF de centrales nucléaires produit aujourd’hui plus de 80 % de l’électricité nationale. En outre, une meilleure utilisation du pétrole et la tertiarisation de l’économie française ont conduit à une amélioration de l’intensité énergétique : 40,7 unités de pétrole sont désormais nécessaires pour constituer une unité de PIB, contre 100 en 1973. Selon le ministère de l’économie, la facture énergétique française ne représenterait plus, en 2003, que 1,47% du PIB en 2003 contre 5% en 1982.

Autre argument avancé pour relativiser l’impact de la hausse des prix du pétrole en France et en Europe : la hausse de l’euro par rapport au dollar. Le prix du pétrole exprimé en dollars a progressé d’environ 40% depuis un an et demi, mais de 20% en euros. En 2003 et 2004, la forte dépréciation du dollar a permis de limiter la hausse en euros du prix du baril.

La part du pétrole dans la production mondiale d’énergie a diminué au cours des 30 dernières années : en 2004, elle représente le tiers de la production contre environ la moitié en 1973. Les pays de la zone OCDE sont devenus moins dépendants du pétrole grâce à des moyens de transport et de chauffage plus économes, un recours accru au gaz et au nucléaire et une montée en puissance des services. Conséquence logique de cette plus grande autonomie vis-à-vis du pétrole - à l’exception des pays en voie de développement -, l’inflation est de moins en moins sensible à l’évolution des cours de l’or noir. De plus, dans un contexte de mondialisation et de concurrence accrue, les entreprises sont davantage tenues de limiter la répercussion de la hausse de leurs coûts de production sur leurs prix de vente.

Quelles conséquences en 2005, et à plus long terme ?

L’impact de la hausse du prix du pétrole sur le projet de budget pour 2005 a donné lieu à débat, notamment au Parlement. Le projet de loi de finances est en effet fondé sur une hypothèse de croissance de 2,5%. Estimant la hausse des cours du pétrole de nature conjoncturelle, le gouvernement a apporté des aides ponctuelles pour certaines professions particulièrement touchées comme les marins pêcheurs, les transporteurs routiers et les agriculteurs.

Parmi les analyses qui confortent cette position sur le caractère conjoncturel de l’envolée des cours du pétrole figurent les projections faites par le ministère de l’économie et par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’OCDE. Pour le ministère, une augmentation de 20% début 2006 (le baril de Brent passant de 35 dollars à 42 en moyenne) se traduirait par un ralentissement de la croissance de 0,1 point en 2006 puis 0,2 point en 2007 et 2008. Avec une augmentation d’un demi-point de l’inflation au bout de 2 ans, l’effet sur les finances publiques serait quasi nul. La Direction générale de l’énergie et des matières premières considère que l’envolée des cours constatée en 2004 n’a encore produit ni effet baissier sur la demande ni augmentation de l’effort d’exploration de la part des compagnies pétrolières. Selon l’AIE et l’OCDE, une hausse de 10 dollars par baril coûterait aux pays de l’OCDE 0,4 point de croissance (-0,12 pour la France en raison de son parc nucléaire).

A plus long terme, quel effet aura la hausse du prix du pétrole ? A l’horizon 2050, toutes les prévisions indiquent que l’accroissement de la demande d’énergie primaire se poursuivra à un rythme soutenu dans les prochaines décennies et que la part du pétrole dans ces besoins restera prédominante. La hausse de la demande de pétrole accélérera l’épuisement de la ressource, les nouvelles découvertes de gisements pétroliers étant de plus en plus rares.

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