L’envolée des cours du pétrole : conjoncturelle ou structurelle ?
Pétrole : augmentation des consommations, envolée des prix © La Documentation française Photo : Jean-Marc Armani/Rapho
Le prix du baril de pétrole de la mer du Nord a atteint 55,25 dollars le 17 mars 2005 et vient de pulvériser son record historique. Comment expliquer cette flambée du pétrole ? Quel est son impact sur la croissance économique ? Faudra-t-il désormais s’habituer à un pétrole cher ?
La hausse du prix du pétrole : un phénomène irrationnel ?
La hausse est survenue quand on l’attendait le moins, au lendemain de la deuxième guerre du Golfe, en avril 2003. On tablait alors sur une augmentation de la production irakienne et le retour à un prix d’équilibre physique estimé autour de 25 dollars le baril (25 $/b). Mais les prix du pétrole sont repartis à la hausse au cours de l’été 2003, atteignant 29,4 dollars le baril en moyenne en août. Le prix du pétrole retenu ici est le prix du Brent, pétrole « léger/doux », le moins cher à raffiner, qui fait référence pour le marché européen. L’historique des cours retracé par la Direction des ressources énergétiques et minérales du ministèreMinistèreEnsemble des services de l’Etat (administration centrale et services déconcentrés) placés sous la responsabilité d’un ministre. de l’économie met en évidence une hausse continue des cours du Brent entre décembre 2003 (29,81 $/b en moyenne) et octobre 2004 (49,78 $/b en moyenne).
Trois facteurs sont avancés pour expliquer la flambée des cours observée notamment depuis 2004. D’abord, une forte demande mondiale émanant notamment de la Chine, désormais second importateur mondial derrière les Etats-Unis. Ensuite, les tensions géopolitiques (Venezuela, Nigeria, situation au Moyen-Orient, affaire Ioukos en Russie, faiblesse des stocks pétroliers et insuffisance d’investissements dans les capacités de raffinage aux Etats-Unis). Enfin, une vague de froid en Europe et aux Etats-Unis, début 2005, qui pousserait à des achats massifs de nature spéculative.
La spirale de la hausse se poursuit en dépit du maintien de l’offre globale de pétrole brut qui sert à couvrir les besoins de consommation. Ainsi, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’offre mondiale de pétrole au 2e trimestre 2004 a excédé la demande de 150 000 barils/jour en moyenne. Les stocks de brut dans la zone OCDE ont continué à progresser (69% de la production consommée en 2002 contre 75% en 1973) et représentent, en 2005, près de 80 jours de couverture des besoins.
L’impact de la hausse des cours du pétrole depuis 2003 : un nouveau choc pétrolier ?
La hausse des cours du pétrole depuis 2003 a un impact sur l’économie, sur la facture énergétique et l’inflationInflationPerte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix. notamment, mais il est moindre que lors des chocs pétroliers de 1973 et de 1979. Pourquoi ?
Tout d’abord, la situation de la France énergétique de 2005 n’est pas comparable à celle de 1980. Avec le choix du nucléaire en 1974, elle a réduit sa dépendance en pétrole de 50 % : le parc EDF de centrales nucléaires produit aujourd’hui plus de 80 % de l’électricité nationale. En outre, une meilleure utilisation du pétrole et la tertiarisation de l’économie française ont conduit à une amélioration de l’intensité énergétique : 40,7 unités de pétrole sont désormais nécessaires pour constituer une unité de PIB, contre 100 en 1973. Selon le ministère de l’économie, la facture énergétique française ne représenterait plus, en 2003, que 1,47% du PIB en 2003 contre 5% en 1982.
Autre argument avancé pour relativiser l’impact de la hausse des prix du pétrole en France et en Europe : la hausse de l’euroEuroMonnaie unique de plusieurs Etats membres de l’Union européenne qui forment la zone euro. par rapport au dollar. Le prix du pétrole exprimé en dollars a progressé d’environ 40% depuis un an et demi, mais de 20% en euros. En 2003 et 2004, la forte dépréciation du dollar a permis de limiter la hausse en euros du prix du baril.
La part du pétrole dans la production mondiale d’énergie a diminué au cours des 30 dernières années : en 2004, elle représente le tiers de la production contre environ la moitié en 1973. Les pays de la zone OCDE sont devenus moins dépendants du pétrole grâce à des moyens de transport et de chauffage plus économes, un recours accru au gaz et au nucléaire et une montée en puissance des services. Conséquence logique de cette plus grande autonomie vis-à-vis du pétrole - à l’exception des pays en voie de développement -, l’inflation est de moins en moins sensible à l’évolution des cours de l’or noir. De plus, dans un contexte de mondialisation et de concurrence accrue, les entreprises sont davantage tenues de limiter la répercussion de la hausse de leurs coûts de production sur leurs prix de vente.
Quelles conséquences en 2005, et à plus long terme ?
L’impact de la hausse du prix du pétrole sur le projet de budget pour 2005 a donné lieu à débat, notamment au ParlementParlementOrgane collégial qui exerce le pouvoir législatif (adoption des lois et contrôle du pouvoir exécutif). En France, le Parlement est composé de deux chambres : l’Assemblée nationale et le Sénat.. Le projet de loi de financesLoi de financesLoi qui détermine, pour un exercice (une année civile), la nature, le montant et l’affectation des ressources et des charges de l’État, ainsi que l’équilibre budgétaire et financier qui en résulte. est en effet fondé sur une hypothèse de croissance de 2,5%. Estimant la hausse des cours du pétrole de nature conjoncturelle, le gouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale. a apporté des aides ponctuelles pour certaines professions particulièrement touchées comme les marins pêcheurs, les transporteurs routiers et les agriculteurs.
Parmi les analyses qui confortent cette position sur le caractère conjoncturel de l’envolée des cours du pétrole figurent les projections faites par le ministère de l’économie et par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’OCDE. Pour le ministère, une augmentation de 20% début 2006 (le baril de Brent passant de 35 dollars à 42 en moyenne) se traduirait par un ralentissement de la croissance de 0,1 point en 2006 puis 0,2 point en 2007 et 2008. Avec une augmentation d’un demi-point de l’inflation au bout de 2 ans, l’effet sur les finances publiques serait quasi nul. La Direction générale de l’énergie et des matières premières considère que l’envolée des cours constatée en 2004 n’a encore produit ni effet baissier sur la demande ni augmentation de l’effort d’exploration de la part des compagnies pétrolières. Selon l’AIE et l’OCDE, une hausse de 10 dollars par baril coûterait aux pays de l’OCDE 0,4 point de croissance (-0,12 pour la France en raison de son parc nucléaire).
A plus long terme, quel effet aura la hausse du prix du pétrole ? A l’horizon 2050, toutes les prévisions indiquent que l’accroissement de la demande d’énergie primaire se poursuivra à un rythme soutenu dans les prochaines décennies et que la part du pétrole dans ces besoins restera prédominante. La hausse de la demande de pétrole accélérera l’épuisement de la ressource, les nouvelles découvertes de gisements pétroliers étant de plus en plus rares.
Discours
Les prises de position
Premier ministre Gouvernement- Déclaration sur les efforts de la politique pétrolière française pour lutter contre l’effet de serre, notamment la relance de la politique de maîtrise de l’énergie ou le renforcement de la recherche sur les nouvelles technologies
Paris le 29 avril 2004
. Nouvelle fenetre">Patrick Devedjian, ministre délégué à l’industrie,Déclaration sur les efforts de la politique pétrolière française pour lutter contre l’effet de serre, notamment la relance de la politique de maîtrise de l’énergie ou le renforcement de la recherche sur les nouvelles technologies
Paris le 29 avril 2004
- Déclaration sur le développement des filières industrielles des biotechnologies en application du Plan Climat
Ouverture du colloque "De l’or noir à l’or vert", sur l’avenir industriel des bioproduits, à Paris le 10 novembre 2004
. Nouvelle fenetre">Serge Lepeltier, ministre de l’écologie et du développement durable,Déclaration sur le développement des filières industrielles des biotechnologies en application du Plan Climat
Ouverture du colloque "De l’or noir à l’or vert", sur l’avenir industriel des bioproduits, à Paris le 10 novembre 2004
- UDF, Argumentaire sur les raisons de l’abstention du groupe UDF sur la partie recettes du budget 2005 le 28 octobre 2004
- Yves Cochet, député des Verts, Intervention lors du débat budgétaire à l’Assemblée nationale le 20 octobre 2004
- François Hollande, premier secrétaire du PS, Questions au gouvernement sur la hausse du pétrole, à l’Assemblée nationale le 19 octobre 2004
Rapports
- Thierry CHAMBOLLE, Florence MEAUX
Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, Ministère de l’écologie et du développement durable, Ministère délégué à la recherche et aux nouvelles technologies, Ministère délégué à l’industrie (2004)
. Nouvelle fenetre">Rapport sur les nouvelles technologies de l’énergie ,Thierry CHAMBOLLE, Florence MEAUX
Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, Ministère de l’écologie et du développement durable, Ministère délégué à la recherche et aux nouvelles technologies, Ministère délégué à l’industrie (2004)
- Jean BESSON
Ministère de l’industrie (2003)
. Nouvelle fenetre">Une stratégie énergétique pour la France,Jean BESSON
Ministère de l’industrie (2003)
- Pierre CASTILLON, Edgar MORIN, Mac LESGGY
Ministère délégué à l’industrie (2003)
. Nouvelle fenetre">Débat national sur les énergies : rapport du Comité des Sages,Pierre CASTILLON, Edgar MORIN, Mac LESGGY
Ministère délégué à l’industrie (2003)
- Jean-Pierre GIBLIN
Conseil général des ponts et chaussées (2003)
. Nouvelle fenetre">Contribution au débat sur l’énergie ,Jean-Pierre GIBLIN
Conseil général des ponts et chaussées (2003)
- Michel DESTOT
Assemblée nationale. Commission des finances, de l’économie générale et du plan (2001
. Nouvelle fenetre">Rapport d’information […] sur l’Institut français du pétrole,Michel DESTOT
Assemblée nationale. Commission des finances, de l’économie générale et du plan (2001
- Joël MAURICE, Michel DIDIER, Guy de MONCHY
Conseil d’analyse économique (2001)
. Nouvelle fenetre">Prix du pétrole,Joël MAURICE, Michel DIDIER, Guy de MONCHY
Conseil d’analyse économique (2001)
- Marie-Hélène AUBERT, Pierre BRANA, Roland BLUM
Assemblée nationale. Commission des affaires étrangères (1999)
. Nouvelle fenetre">Rapport d’information […] sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental ,Marie-Hélène AUBERT, Pierre BRANA, Roland BLUM
Assemblée nationale. Commission des affaires étrangères (1999)
- La Demande d’énergie en 2050, Institut d’évaluation des stratégies sur l’énergie et l’environnement en Europe ; Commissariat général du plan (1996)
Sur la Toile
Les ressources internet
- Questions - Réponses : le pétrole, Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie - DGEMP
- Historique des cours du Brent, Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie - DIREM
- La politique de l’énergie, Dossiers politiques publiques – Vie-publique.fr
- Relancer la croissance en 2005 : pourquoi, comment ?, Actualité – Vie-publique.fr
- Agence internationale de l’énergie, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
- Institut français du pétrole, IFP
- Décret n° 93-131 du 29 janvier 1993 relatif à l’obligation de constituer et de conserver des stocks stratégiques de pétrole brut et de produits pétroliers (actualisé le 22 septembre 2004), Legifrance
- Décret n° 93-132 du 29 janvier 1993, Décret portant création du Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (version consolidée au 6 août 2003), Legifrance
- Loi n° 92-1443 du 31 décembre 1992 portant réforme du régime pétrolier, Legifrance




