
Carte de France
Présentées le 5 mars 2009, les propositions du Comité pour la réforme des collectivités locales présidé par Edouard Balladur devraient guider une prochaine modification de l’organisation territoriale de la France et enrichir les réflexions actuellement menées sur l’avenir de l’agglomération parisienne. Elles suscitent cependant de nombreuses controverses.
Recevant les conclusions du Comité pour la réforme des collectivités locales, le chef de l’Etat a indiqué le 5 mars 2009 son souhait de les voir traduire d’ici l’été, après une concertation supplémentaire avec les élus, en un projet de loiProjet de loiProjet de texte législatif déposé au Parlement à l’initiative du gouvernement. modifiant les échelons territoriaux et un projet de loi de financesLoi de financesLoi qui détermine, pour un exercice (une année civile), la nature, le montant et l’affectation des ressources et des charges de l’État, ainsi que l’équilibre budgétaire et financier qui en résulte. réformant la fiscalité locale. Dans l’attente des conclusions d’autres groupes experts, il a cependant différé le débat sur la proposition de création d’un "Grand Paris" émise par le Comité.
Réformer l’organisation territoriale de la France
Le chef de l’Etat a tout d’abord précisé que la proposition relative à la constitution d’une assemblée unique dans les départements et régions d’outre-mer serait examinée dans le cadre des "Etats généraux de l’Outre-mer."
Il s’est ensuite déclaré en accord avec la plupart des propositions du Comité visant à définir un découpage administratif plus propice aux « synergies économiques », ainsi qu’une répartition des compétences mettant fin aux financements croisés. Sont ainsi validés les objectifs suivants :
- achèvement et simplification de la carte de l’intercommunalitéIntercommunalitéDésigne les différentes formes de coopération existant entre les communes. L’intercommunalité permet aux communes de se regrouper au sein d’un établissement public de coopération intercommunale (EPCI). en cessant de créer des « pays », en encourageant la fusion des syndicats intercommunaux (SIVOM et SIVU) dans des communautés de communes, d’agglomération ou urbaines.
- fusion, sur une base volontaire, de départements ou de régions.
- dans les grandes zones urbaines, réunion des collectivités existantes dans une collectivité unique, la métropole, investie de toutes les compétences communales, intercommunales et départementales « nécessaires à une prise en charge cohérente des grands problèmes de la vie en milieu urbain, en particulier le logement, le transport et la politique sociale ».
- Reconnaître aux seules communes de la clause générale de compétence, qui permet aux collectivités locales d’intervenir pour satisfaire un intérêt public local, et la retirer aux départements et aux régions.
Parmi les points restant à éclaircir :
- l’élection de conseillers communs aux départements et aux régions,
- l’élection au suffrage universelSuffrage universelDroit de vote accordé à tous les citoyens majeurs. direct des organes délibérant des structures intercommunales à fiscalité propre (syndicats d’agglomération nouvelle, communautés urbaines, d’agglomérations ou de communes).
Si les dispositions relatives à la généralisation des structures intercommunales et à la démocratisation du mode de désignation de leurs représentants sont accueillies favorablement par la grande majorité des associations d’élus et des partis politiques, celles visant à la spécialisation des compétences et à la fusion des mandats de conseillers généraux et régionaux sont diversement perçues.
Ainsi, pour certains partis politiques d’opposition (Les Verts), la suppression des cantons en faveur d’un scrutin de liste est une avancée démocratique (« les élections cantonales sont depuis longtemps déconsidérées auprès des électeurs ») et l’unification des conseils généraux et régionaux leur confèrera une plus grande lisibilité et efficacité. En revanche, pour d’autres (PS, PCF), les départements et les régions ayant des compétences bien distinctes et soutenues par des budgets propres, le projet de fusion des mandats électifs en un « conseiller territorial » n’apparaît pas opportun ; par ailleurs ces réformes « éloignent les citoyens du pouvoir » et fragilisent ainsi les collectivités locales, car leurs actions se nourrissent du lien direct avec l’électeur. Du côté de la majorité, certains membres de l’UMP, favorables à une définition des cantons adaptée aux récentes évolutions démographiques, rejettent pourtant la solution retenue par le Comité Balladur, compte tenu du risque de « politisation des scrutins locaux » qu’elle comporte.
Partis politiques d’opposition et plusieurs associations d’élus (ARF, ADF, AMPVF) s’opposent par ailleurs à la suppression de la clause de compétence générale des départements et des régions, y percevant, pour certains, les prémices de leur disparition, pour les autres, une spécialisation à outrance risquant de porter atteinte à la solidarité locale qui s’exerce entre les différents échelons territoriaux. Ils réclament majoritairement une clarification des compétences s’appuyant sur la nomination d’un chef de file choisi localement et volontairement.
L’ARF et l’ADF précise que cette « clarification » concerne notamment les relations entre Etat et collectivités : « l’essentiel des doublons concerne directement l’Etat qui continue d’une part d’agir dans le champ des compétences décentralisées, d’autre part de solliciter le cofinancement des collectivités pour ses propres projets ». Souscrivant à cette dernière remarque, l’APVF souligne que la réforme prioritaire à mener ne concerne pas les compétences en tant que telles, mais les moyens financiers dont doivent disposer les collectivités pour exercer celles-ci.
Modifier la fiscalité locale afin qu’elle ne pénalise pas l’activité économique
Concernant les ressources des collectivités locales, le chef de l’Etat relève « un grand nombre de points de consensus entre le rapport du Comité et les hypothèses actuelles de travail » du gouvernementGouvernementOrgane collégial composé du Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’Etat chargé de l’exécution des lois et de la direction de la politique nationale. en matière de fiscalité locale, et souhaite que ceux-ci soient traduits en un projet de loi de finances d’ici l’été. Sont ainsi visées :
- la suppression de la part de taxe professionnelle pesant sur les investissements, sa compensation par l’attribution de dotations budgétaires et le transfert d’impôts économiques (cotisation minimale sur la valeur ajoutée ou la taxe sur les conventions d’assurance),
- la limitation du cumul d’impôts sur une même assiette d’imposition,
- l’actualisation des bases foncières d’imposition.
De leur côté, les associations d’élus dénoncent la portée limitée de ces propositions. Elles leur objectent une « véritable réforme des finances locales » garantissant l’autonomie fiscale des élus, une meilleure péréquation entre les collectivités, ainsi qu’une fiscalité locale plus favorable à l’activité économique sans porter atteinte au lien reliant les entreprises aux territoires. Dans cet esprit, elles rejettent unanimement la proposition du Comité Balladur - non reprise pas le chef de l’Etat - de confier au ParlementParlementOrgane collégial qui exerce le pouvoir législatif (adoption des lois et contrôle du pouvoir exécutif). En France, le Parlement est composé de deux chambres : l’Assemblée nationale et le Sénat. la définition d’un objectif annuel de la dépense publique locale. Concernant cette dernière question, l’ADF propose d’inscrire la maîtrise des dépenses locales dans un cadre contractuel.
Rénover les modalités d’administration de l’agglomération parisienne
Jugeant que le mode d’administration de l’agglomération parisienne est aujourd’hui inadapté aux enjeux portés par cette zone très dense, le Comité Balladur préconise d’en associer plus étroitement les différents échelons de décision en créant un « Grand Paris » regroupant la ville de Paris et les départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis).
Les réactions manifestées en réponse à cette proposition transcendent les clivages politiques traditionnels. Le parti socialiste et plusieurs membres de l’UMP lui préfèrent ainsi « Paris Métropole », le syndicatSyndicatAssociation de personnes dont le but est de défendre les droits et les intérêts sociaux, économiques et professionnels de ses adhérents. mixte constitué à l’initiative d’élus socialistes et associant 200 collectivités locales franciliennes. La constitution d’un « Grand Paris », d’une part, priverait l’agglomération parisienne d’une vision stratégique de son développement pouvant intégrer les départements de la grande couronne et, d’autre part, nuirait à l’efficacité et à la pertinence des politiques de proximité par le transfert des compétences sociales des départements supprimés.
Lors de son intervention, le chef de l’Etat a choisi de différer ce débat en indiquant que cette question ferait l’objet d’une concertation spécifique, après réception des propositions d’autres groupes de travail.
Il s’agit tout d’abord de la mission confiée à Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, concernant l’aménagement et les infrastructures. Il lui revient "de définir une vision pour la région capitale à l’horizon 2030" et de permettre ainsi à "la France de tenir son rôle dans la compétition des territoires ».
Sont également concernés les projets des équipes d’architectes et d’urbanistes présentés le 12 mars dans le cadre de la consultation internationale "le GRAND PARI de l’agglomération parisienne" organisé par le ministèreMinistèreEnsemble des services de l’Etat (administration centrale et services déconcentrés) placés sous la responsabilité d’un ministre. de la culture de la communication. Le chef de l’Etat devrait commenter ces dix propositions le 29 avril à l’occasion de l’inauguration de l’exposition publique qui leur sera consacrée à la Cité de l’architecture et du patrimoine.
Mots clés : Collectivités territoriales Finances locales
Discours
Les prises de position
Président de la République- Allocution du Président de la République lors de l’installation du comité pour la réforme des collectivités locales (22 octobre 2008), Comité pour la réforme des collectivités locales

- Allocution du président de la République lors de la remise du rapport du Comité pour la réforme des collectivités locales (5 mars 2009), Présidence de la République

- Déclaration de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, sur le partenariat entre les maires et l’Etat, la garantie des finances locales et la réforme des collectivités locales, Paris le 26 novembre 2008, Vie-publique.fr : Collection des discours publics

- Déclaration de M. Alain Marleix, secrétaire d’Etat à l’intérieur et aux collectivités territoriales, sur la réforme des collectivités locales et de l’intercommunalité, Paris le 27 novembre 2008, Vie-publique.fr : Collection des discours publics

- Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, premier vice-président de l’UMP, dans "Les Echos" du 16 février 2009, sur le projet de réforme territoriale débattu au sein de la commission Balladur, Vie-publique.fr : Collection des discours publics

- Déclaration de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, sur la situation des collectivités locales et sur les projets de réforme les concernant, à Paris le 15 janvier 2009, Vie-publique.fr : Collection des discours publics

- Tribune de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "Valeurs Actuelles" du 15 janvier 2009, sur la réforme des collectivités locales, intitulée "Indispensable département", Vie-publique.fr : Collection des discours publics

- Les Verts : "(grand) Paris, Ile de France et rapport Balladur",

- Parti communiste français (PCF) - Marie-George Buffet, Secrétaire nationale du PCF, le 25 février 2009 : « Réforme territoriale : Balladur propose un retour au moyen-âge »,

- Parti radical de gauche (PRG) - Jean-Michel Baylet : le Projet de réforme du Comité Balladur est « stupide » et « proposé par des gens qui ne connaissent pas la réalité des collectivités territoriales » ,

- Parti socialiste (PS) - Elisabeth Guigou, Secrétaire nationale en charge de la réforme de l’Etat, des collectivités territoriales et des finances locales (24 février 2009) : "Inquiétudes sur les conclusions du Comité Balladur",

- Association des maires de France (AMF) : "Rapport du Comité pour la réforme des collectivités locales : premières réactions de l’AMF" (26 février 2009),

- Association des petites villes de France (APVF) : "L’APVF livre ses premières réflexions sur le Comité Balladur" (3 mars 2009),

- Assemblée des communautés de France (AdCF) : "Rapport Balladur, l’Assemblée des Communautés de France se félicite de la nouvelle ambition donnée à l’intercommunalité" (5 mars 2009),

- Assemblée des départements de France (ADF) : "L’ADF et l’APVF souhaitent rendre notre système plus efficace" (11 février 2009),

- Association des régions de France (ARF),

- Association de promotion et de fédération des pays : "Tout savoir sur : la réforme, les actions et positions de l’APFP, les contributions, etc.",

- Institut de la décentralisation - lettre d’information "spécial rapport Balladur",

Rapports
- Comité pour la réforme des collectivités locales - « Il est temps de décider » - Rapport au Président de la République, La Documentation française.fr : Bibliothèque des rapports publics

- Centre d’analyse stratégique (janvier 2009), Quelle piste de réforme pour la fiscalité locale ?

- Conseil économique, social et environnemental - Evaluation et suivi des relations financières entre l’Etat et les collectivités locales (2008), La Documentation française.fr : Bibliothèque des rapports publics

- Assemblée nationale - Rapport d’information sur la clarification des compétences des collectivités territoriales (2008), La Documentation française.fr : Bibliothèque des rapports publics

- PERBEN Dominique - Imaginer les métropoles d’avenir (2008), La Documentation française.fr : Bibliothèque des rapports publics

- LAMBERT Alain - Les relations entre l’Etat et les collectivités locales (2007), La Documentation française.fr : Bibliothèque des rapports publics

- Sénat - Rapport d’information sur l’émancipation de la démocratie locale (2007), La Documentation française.fr : Bibliothèque des rapports publics

- LAFON Michel - La simplification de l’activité des collectivités territoriales (2007), La Documentation française.fr : Bibliothèque des rapports publics

Sur la toile publique
Les sites
- Répertoire des pays et agglomérations,

- Comité pour la réforme des collectivités locales,

- "Carrefour local", le site du Sénat sur les collectivités locales,

- Ministère de l’économie : "Bercy au service des collectivités locales",

- Ministère de l’intérieur : "Direction générale des collectivités territoriales",

- "La décentralisation (1982-2004) : Des lois Defferre à la réforme constitutionnelle", Vie-publique.fr : Dossier de politiques publiques

- "Collectivités locales et contrôle de l’Etat", La Documentation française.fr : Dossier d’actualité

- Association des régions de France (ARF) : "Sauvonslesregions.fr",

- Mission temporaire du Sénat sur l’organisation et l’évolution des collectivités territoriales,

- Secrétariat d’Etat chargé du Développement de la région capitale,

- Le GRAND PARI de l’agglomération parisienne,

- Secrétariat d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales,,

- Bibliothèque des rapports publics, sélection de la quinzaine - "Etat et collectivités locales : des compétences à clarifier ?", La Documentation française.fr






























