Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, sur le nécessaire maintien de la spécificité de l'UDF au sein de l'opposition, Toulouse le 23 février 2002.

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Circonstance : Intervention lors de la réunion de l'Union en mouvement à Toulouse (Haute-Garonne) le 23 février 2002

Texte intégral

Je suis venu, mes chers amis, parce que nous avons des choses à nous dire. Et j'ai choisi au lieu de le dire dans les journaux, avec des petites phrases..., au lieu de le dire sur les écrans, j'ai choisi de venir vous le dire les yeux dans les yeux, du moins si l'on éteint pas trop la salle, les yeux dans les yeux, comme il sied à des amis, et j'emploie ce mot en sachant sa portée, à des concitoyens, et aussi sur la terre du Sud-Ouest, des Pyrenées, la terre de Languedoc, aussi avec un sens de la fraternité qui dépasse ce que l'on sent quelques fois ailleurs.
Je suis venu parce qu'il y a une idée que je n'approuve pas et qui chemine depuis des mois, et qui est celle-ci : c'est que l'opposition toute entière devrait se ranger pour les élections présidentielles sous la bennière de Jacques Chirac, et pour la suite qu'on devrait dissoudre le RPR et l'UDF pour former un parti unique de l'opposition. Je considère que cette idée, et je voulais vous le dire face à face, à ce moment précis, je considère que cette idée est une faute pour l'opposition et une faute pour la France. Et on peut naturellement avoir des débats autour de cette idée, mais ce qui est nécessaire dans ce genre de débats, c'est qu'on les ait, non pas seulement au sommet, dans les couloirs des Assemblées, des partis... Mais avec la base des militants, des sympathisants et des citoyens qui nous soutiennent.
Je voudrais, je voudrais vous dire ceci : on entend dire ici ou là que désormais nous penserions tous la même chose : si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien, alors il y a des lieux... il y a des lieux - Je vous promets que lorsque vous viendrez dans un meeting de ma formation, on vous écoutera sans siffler, je vous le promets-...
Alain Juppé : "Je veux simplement vous dire une chose : nous avons invité François Bayrou à s'exprimer, nous pronons le respect de l'autre, je vous demande de l'écouter tranquillement ".
Je voudrais vous dire pourquoi cette idée ne me parait pas juste : c'est parce que si l'on cuit comme cela, vieille expression politique, si l'on cuit l'omelette à l'eau tiède, l'omelette se rétrécit aux deux bouts... Il y a un peuple, une partie importante, substancielle du peuple français qui est un peuple de droite, qui est un peuple qui a besoin qu'on lui parle de la Nation, qui est forte et qu'il aime, si on ne le fait pas avec les mots qui conviennent, et bien on assiste à ce qui est sous nos yeux aujourd'hui et qui fait que Jean-Pierre Chevènement reçoit des voix et des soutiens qu'il n'aurait jamais reçu si dans nos rangs nous avions assumer l'impératif de parler de la France et de la Nation lorsqu'il faut le faire.
Et d'un autre côté, mes chers amis, je parle du centre comme un homme qui a toujours milité. Je lisais les journaux hier et je voyais Lionel Jospin, installer paraît-il, ouvre les guillements, "sa candidature au centre" pour l'homme qui est le moins social démocrate, le plus sectaire, les plus fermé de tous les dirigeants de gauche européens. Si nous voulons tenir le terrain, tenir le terrain de la droite nationale, tenir le terrain du centre européen, et bien nous avons besoin d'une droite qui soit fière d'être une droite, qui porte les valeurs qui sont celles de la droite nationale et un centre qui soit fier d'être un centre et que chacun des deux fasse son travail, occupe le terrain pour que nous puissions par la suite additionner les voix qui sont nécessaires pour trouver la victoire... Ca c'est pour l'opposition. Chacun a son histoire et chacun doit en être fier, je ne suis pas pour le méli-mélo et pour l'eau tiède, je suis pour le partenariat... Et deuxièmement, c'est encore plus important pour la suite, quand nous aurons passé les caps électoraux, nous avons besoin de songer à la manière dont nous gouvernons la France...Et je vous conjure, je vous conjure dans cette perspective du gouvernement d'oublier l'idée qu'en France on pourrait concentrer tous les pouvoirs entre les mains des dirigeants d'un seul parti, d'un parti unique de l'opposition. Ce serait... Je vous conjure d'y réfléchir, une faute que les Français ne pardonneraient pas. Ils ne veulent pas tous les pouvoirs entre les mêmes mains, fussent-elles des mains qu'ils aiment. ils veulent un équilibre et des contre-pouvoirs et des gens capables de dialoguer et un véritable partenariat entre formation qui se respectent, qui s'entraident et qui savent se tendre la main. D'autant plus, si nous y réfléchissons, que si nous avions pratiqué ce partenariat, sans soute eussions nous en confrontant les opinions éviter un certain nombre d'erreurs, mais c'est vers l'avenir maintenant que je regarde.
Enfin dernier point, il est légitime que nous ayons des sensibilités différentes et ça servira pour l'avenir. Je sais très bien qu'en ce moment nous sommes dans le grand affrontement bloc contre bloc et que ici, c'est légitime et je trouve ça normal, naturellement on est porté à siffler tout ce que la gauche a fait, mais n'en doutez pas, dans l'autre camp, les autres meetings, c'est exactement la même chose, les meetings de gauche : on siffle absolument tout ce que nous avons fait... Et ça, c'est normal. Je veux dire, c'est la passion électorale ordinaire. Mais le moment viendra quand il faudra assumer les réformes que nous avons faites, le moment viendra où il sera un impératif que de réunir autour de la volonté des réformes, en tout cas les plus graves, d'autres Français que ceux qui sont actuellement dans notre camp ou qui se reconnaissent dans ce camp. C'est ce que le Général de Gaulle appelait le rassemblement et c'est le plus lumineux de son message. On aura besoin de dépasser les frontières sur le problème de la sécurité, sur le problème des retraites. Il faudra bien que d'une manière ou d'une autre que les sensibilités différentes de ce pays se saisissent des problèmes et les fassent reculer y compris s'il le faut en étant capable de travailler ensemble. Voilà ce que je crois. Peut-être parmi vous beaucoup ne partagent pas ce sentiment. je dis que le moment viendra après les élections où ce sentiment simple s'imposera sur les deux ou trois sujets gravissimes que j'ai cité. A ce moment là on ne sera pas trop d'avoir dans l'opposition ce partenariat entre la droite et le centre, entre le RPR et l'UDF quelque soit le nom qu'on leur donnera. Notre diversité est une chance, notre pluralisme est une carte de victoire.
Alors je voulais vous le dire au moment où nous allons devoir conduire une campagne et réfléchir ensemble. En tout cas, moi je veux prendre avec vous un engagement : je ne sais pas, je ne sais pas qui gagnera... Laissez moi finir ma phrase, laissez moi finir ma phrase... Je ne sais pas qui gagnera la primaire à l'intérieur de l'opposition. J'avoue que les sondages ne sont pas aujourd'hui en mesure de me donner un optimisme farouche mais l'on a vu en 1995 "Chirac! Chirac!" On l'a vu en 1995 comment les pronostics pouvaient se renverser et comment les Français pouvaient faire un autre choix que le choix qui était attendu... Ce que vous avez aimé, mes chers amis, en 1995, il n'y a pas de raison que vous le siffliez aujourd'hui, c'est la démocratie et c'était un sourire... Je veux dire seulement que je prends en tout cas moi, l'engagement, je prends l'engagement que si je suis Président de la République, le RPR sera traité comme il le mérite, c'est-à-dire comme un partenaire à part entière et s'il advient... et s'il advient... et s'il advient que cela ne soit pas le cas et qu'entre les deux tours nous devions nous retrouver ensemble, car nous aurons besoin les uns des autres... Si nous devons nous retrouver ensemble car nous aurons besoin les uns des autres, je vous le dit aujourd'hui, j'exigerai cet équilibre et ce partenariat et ce respect car c'est la condition de la victoire.
Je vous remercie.

(Source http://www.bayr.net, le 26 février 2002)