Interview de M. Philippe Douste-Blazy, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, à France 2 le 22 mai 2002, sur la préparation des élections législatives, les investitures de l'UMP et le fonctionnement du futur groupe parlementaire.

Prononcé le

Média : France 2 - Télévision

Texte intégral

F. Laborde Un mot sur les déclarations, qui ont fait un peu écho hier, de M. Lepeltier, du RPR, sur l'idée qu'il fallait absolument se maintenir, même s'il y avait un candidat Front national : qu'est-ce que c'était ? Une boulette personnelle, il a mal mesuré ce qu'il disait, il était fatigué hier matin ?
- "Non, tout simplement, on fait en sorte d'avoir un moral victorieux : nous serons dans les circonscriptions, soit en tête, soit numéro deux, voilà ce que nous pensons. Donc le cas de figure ne se pose pas. De toute façon, nous n'aurons pas de compromission avec l'extrême droite, ceci est très clair, J. Chirac l'a toujours dit et il l'a toujours montré et nous avec lui. Donc, voilà, l'affaire est close. Aujourd'hui, nous estimons que nous aurons d'abord à mettre l'Union pour la majorité présidentielle en tête du premier tour et puis bien sûr, ensuite, rassembler pour le second tour."
C'est le grand jour pour l'UMP, puisque c'est aujourd'hui que toutes les investitures ont été accordées, il va y avoir enfin la présentation officielle de cette nouvelle formation ?
- "J'ai envie de dire, "ça y est" ! Parce que cela fait trois ou quatre ans qu'un certain nombre d'entre nous pensons qu'il est possible, dans l'opposition et dans la majorité de demain, de faire une grande formation de droite et de centre droit, qui puisse être européenne, décentralisatrice, donner plus de pouvoir aux communes, aux départements, aux régions, au plus près du terrain et en même temps, être à la fois libéral, mais aussi dans une économie sociale de marché. Nous pensions ça : le RPR, l'UDF et Démocratie Libérale disaient en gros la même chose, on ne voyait pas très bien la différence et pourtant, chaque fois, aux élections municipales, aux élections cantonales, aux élections législatives, il y avait sans arrêt des gens qui se divisaient ; et qui dit division, on l'a vu aux municipales à Paris et à Lyon, on perd et quand c'est uni, comme à Toulouse, à Bordeaux ou à Marseille, on gagne. Donc, nous avons décidé de nous mettre ensemble, comme J. M. Aznar l'a fait en Espagne, comme la CDU existe en Allemagne."
Aujourd'hui, F. Bayrou, formation dans laquelle vous êtes aussi, puisqu'il est président de l'UDF, continue à vouloir faire cavalier seul. Il vient même d'accorder l'investiture au général Morillon, investiture extrêmement symbolique à Versailles. Qu'est-ce que vous avez envie de dire à F. Bayrou aujourd'hui ? Qu'il se trompe, qu'il faut qu'il revienne dans le giron de l'UMP ? Lui veut exister, veut avoir son autonomie...
- "Non, il ne faut pas personnaliser. Chacun fait ce qu'il veut et c'est normal. Non, l'idée, si vous voulez, c'est quand même de tirer les conclusions de ce séisme politique du premier tour des élections présidentielles. Les électeurs nous ont dit quoi exactement ? Abstention et double extrémisation. Si vous voulez lutter contre l'abstention et la double extrémisation, il faut que nous puissions répondre directement à leurs questions. Or, sur les grands sujets aujourd'hui de la société, nous avons RPR, UDF et DL les mêmes réponses ; donc, il faut que nous nous mettions ensemble et ensuite faire vivre un parti politique sur le terrain, département par département, pour qu'enfin nos concitoyens, qui ont des idées formidables sur un certain nombre de choses puissent les faire vivre, puissent rentrer dans ces partis, puissent avoir l'impression que lorsqu'ils disent quelque chose, ils sont écoutés ; et non pas uniquement des gens qui, à Paris, décident de manière unilatérale, du haut en bas, qui savent tout sur tout ce qu'il faut faire. Voilà ce que nous avons envie de dire. Donc, qu'il rentre à l'union pour la majorité présidentielle et vous verrez. Chaque fois qu'il y a des grands partis de centre droit et de droite en Europe, l'extrême droite ne fait que 5 % ; c'est le cas en Espagne, c'est le cas en particulier en Allemagne."
Pour avoir l'étiquette UMP sur ces élections législatives, il y a un certain nombre de conditions qui sont demandées aux candidats à la députation, notamment reverser une partie de l'argent, adhérer directement à l'UMP et après, faire partie d'un congrès. Est-ce qu'à terme, l'UMP n'est pas le triomphe de la pensée unique ? Ou est ce qu'il y aura à l'intérieur de cette formation les sensibilités quand même différentes ?
- "D'abord, ce n'est pas un parti unique pour commencer. Il faut qu'il y ait d'autres - et il y aura d'autres - partis, en particulier vers la droite. Il n'y a aucune raison qu'il n'y ait pas un parti souverainiste en France, qui ne croit pas en l'Europe. Bon, mais ce n'est pas cela. Au milieu, dans le cur de l'Union pour la majorité présidentielle - qui est un nom uniquement transitoire, on verra après comment il s'appellera -, il y aura des courants, il y aura des gens qui sont plus européens que d'autres, il y en a qui seront plus libéraux que d'autres, il y en a qui seront plus national..."
Comment vont exister ces courants ? Il y aura des groupes différents à l'assemblée ? Ce sera comme au PS à la grande époque, il y aura le courant A et le courant B, le courant C ?
- "Non, il y aura un seul groupe à l'Assemblée nationale, mais il y aura en effet plusieurs courants de pensée qui pourront même être financièrement autonomes, c'est à dire que la diversité est une chose magnifique dans la vie politique, que l'on puisse parler..."
Vous voulez dire comme à l'UDF ?!
- "Non, mais tout ça sera fini ! C'est sur le fond, c'est sur les idées qu'il faudra se battre."
Mais quelqu'un qui appartient à une famille plus européenne ou a une sensibilité plus européenne, qui adhère à l'UMP, aura de toute façon une certaine autonomie, une certaine liberté à l'intérieur de ce parti et pourra faire parti d'un courant libéral ?
- "Parce que c'est dans la diversité que s'expriment les richesses justement dans la vie politique. Sur le terrain, je m'aperçois d'une certitude, j'ai une certitude : c'est que les Français, aujourd'hui, ne veulent plus entendre parler de cohabitation, y compris ceux du centre gauche. Ils disent : "On a donné une majorité au président de la République, donnons maintenant une majorité à J.-P. Raffarin, qui a commencé de manière très efficace à travailler avec ses ministres. Mais maintenant, soyons simples, donnons pendant cinq ans une majorité pour réformer ce pays". S'il n'y a pas une majorité forte, s'il y a des petites querelles partisanes et de personnes, de sous-chefs, vous n'aurez pas une majorité à l'Assemblée nationale ! Et si vous n'avez pas une grande majorité unie, Union pour la majorité présidentielle, vous ne réformez pas ce pays."
Vous avez choisi Toulouse plutôt que le Gouvernement. C'est sans regret ou c'est parce que vous attendez d'autres échéances, par exemple la présidence de l'Assemblée nationale ou autre ?
- "J'ai pris une habitude : j'ai bien compris que l'humilité était la première qualité d'un homme politique. Donc, je ne suis candidat à rien. J'avais un choix simplement : en 24 heures, il fallait que je lâche Toulouse. Ce n'était pas possible pour moi. Il y a un grand débat à Toulouse, on verra les choses plus tard. Pour l'instant, je m'occupe de Toulouse et je m'occupe aussi de l'Union pour la majorité présidentielle, parce que, avec des gens comme A . Juppé ou avec d'autres, nous sommes persuadés que c'est la seule réponse aujourd'hui pour que, dans l'opposition, j'espère majorité demain, on puisse défendre ses idées, on puisse les apporter et surtout faire vivre la démocratie en France pour les gens qui partagent nos idées."
(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 22 mai 2002)