Message de M. Pierre Moscovici, ministre délégué aux affaires européennes, adressé aux participants du colloque consacré au 10ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin, à Paris le 20 novembre 1999.

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Circonstance : Colloque organisé par la Fondation Jean Jaurès, Diagonales Est Ouest et Nouvelles alternatives transeuropéennes intitulé "10 ans après la chute du Mur, comment vivre ensemble en Europe" à Paris le 20 novembre 1999

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Invité par la Fondation Jean Jaurès, Diagonales Est-Ouest, Nouvelles alternatives transeuropéennes et le Groupe transition et développement à participer à votre colloque, je ne peux malheureusement pas être parmi vous aujourd'hui et je le regrette. J'ai malgré tout tenu à vous adresser ce message pour vous dire toute mon appréciation pour cette initiative et tout l'intérêt des thèmes de discussion que vous allez aborder aujourd'hui et demain.
Comme le montre bien le titre même de votre colloque, notre continent se trouve aujourd'hui, dix ans après la chute du mur de Berlin et la fin des régimes communistes, à un moment charnière.
D'une part, la construction européenne a connu, en cinquante ans, de nombreux succès. Elle a permis que la paix et la démocratie se consolident, même si le conflit yougoslave a montré, ces dernières années, que tout danger n'était pas écarté. La Communauté européenne puis l'Union européenne ont rendu possible la constitution d'un grand espace commercial et maintenant financier, avec l'euro, qui fait de l'Europe la première force économique dans le monde.
Mais avec l'achèvement de l'euro, l'Europe atteint une sorte de palier qui rend indispensable désormais l'ouverture de nouveaux chantiers, afin de donner de nouvelles raisons d'être à l'aventure européenne.
Dans le même temps, des insuffisances demeurent qui ne permettent pas à l'Europe d'être aussi démocratique et aussi efficace que nous le souhaiterions. L'opinion publique en est bien consciente, qui manifeste par un abstentionnisme record lors des élections au Parlement de Strasbourg, non pas son hostilité - car le parti anti-européen n'a jamais été aussi faible - mais plutôt sa distance vis-à-vis de structures et de mécanismes jugés trop obscurs.
Le dernier facteur explicatif de cette mutation nécessaire de l'Europe est bien sûr la fin de la séparation artificielle et injuste de l'Europe en deux, dont nous venons de célébrer le dixième anniversaire de l'Acte fondateur. L'Europe s'est bâtie à l'Ouest non pas par vocation, reflétant repli sur elle-même, mais par le simple fait de l'isolement des systèmes communistes. Le Mur, et lui seul, a empêché nos amis tchèques, polonais, hongrois, roumains, de participer à l'aventure européenne depuis les années cinquante. Il est donc logique et naturel qu'ils nous rejoignent maintenant que cette séparation n'existe plus.
Organiser, en temps de paix, l'unification de notre continent est un enjeu historique. La France est déterminée à y faire face avec volonté, avec énergie, mais aussi avec responsabilité.
Car l'Europe à trente, voire plus, qui sera notre réalité dans quelques années ou dizaines d'années, ne pourra être la même que celle que nous connaissons, à 15 comme à 6, depuis 1957.
Notre ambition est qu'elle soit plus forte, parce que plus unie, regroupant toutes les créativités, toutes les richesses et les diversités de notre continent. Mais il faut être réaliste et admettre, dès à présent, qu'elle ne pourra avoir les mêmes ambitions, les mêmes modes de fonctionnement que l'Europe actuelle.
En premier lieu, il nous faut préparer cette unification avec le plus grand soin. L'Union s'y prépare, par la réforme de son budget comme par celle de ses institutions, qui, déjà imparfaites à Quinze, seraient inopérantes dès que nous dépasserions ce chiffre. Les pays candidats doivent s'y préparer, par un effort que nous savons difficile. Les négociations doivent ensuite être menées avec soin, en évitant d'être artificiellement contraintes par des dates prédéterminées d'adhésion.
Ensuite, il nous faut imaginer l'Europe réunifiée de demain, afin, en paraphrasant le thème de votre colloque, de réinventer les raisons de vivre ensemble.
Il s'agira d'une Europe plus souple, où tous les pays ne pourront pas mener les mêmes politiques au même rythme. Mais ce devra être une Europe plus ambitieuse, qui s'appuie sur ses politiques communes actuelles, pour la croissance, pour la solidarité entre ses nations et ses régions, mais qui aille au-delà.
L'Europe future devra être plus politique. Plus démocratique et transparente, tout d'abord, mais aussi capable de peser plus fort sur la scène internationale, afin de faire entendre son message de paix et de liberté.
L'Europe devra également être plus citoyenne, s'adresser aux Européens et répondre à leurs préoccupations quotidiennes. A cet égard, je tiens à souligner notamment l'importance de l'Europe de la justice et de la sécurité, que nous commençons à bâtir, et de l'Europe de l'éducation et de la culture, car notre identité européenne repose avant tout sur nos valeurs communes.
Vous le voyez, la tâche qui attend l'Europe est immense. Elle est aussi exaltante. Pour réussir, gouvernements, associations, société civile devront travailler la main dans la main, afin que nous en soyons tous des acteurs engagés.
Je vous souhaite donc pleine réussite dans vos travaux qui contribueront à bâtir l'Europe humaniste et sociale que nous appelons tous de nos voeux.
Je vous remercie./.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 novembre 1999)