Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur les académies scientifiques et sur la coopération scientifique entre la France et la Bulgarie, Sofia le 19 janvier 1989.

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Circonstance : Voyage officiel en Bulgarie les 18 et 19 janvier 1989-visite à l'Académie des sciences à Sofia le 19 janvier 1989

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Président,

- Je vous remercie de vos paroles d'accueil, elles étaient spirituelles, amicales, intéressantes. J'y ai vu surtout un témoignage à l'égard de la France, de la science française, et des liens qui ont existé, qui doivent continuer d'exister entre la Bulgarie et la France, et les concepteurs, les créateurs de la science qui, elle, est universelle.
- Messieurs, je suis sensible à votre présence ici. Vous constituez un corps prestigieux et j'ai pensé que, passant peu de temps dans votre pays, le plus simple était d'aller droit au fait, et de rencontrer ceux dont j'avais à apprendre quelque chose d'utile. Ne vous plaignez pas d'être une académie, je crois qu'elles n'ont pas toujours très bonne réputation. La littérature française est pleine de satires à l'égard de nos académies existantes. Et pourtant les académies ont la vie dure, elles continuent, et finalement dans leur sein, apparaissent beaucoup d'hommes ou de femmes qui ont illustré leurs disciplines. Après tout une académie est faite pour cela, rassembler ceux dont l'oeuvre et la pensée contribuent au développement de la pensée humaine et de la connaissance. Bien entendu, une académie n'a pas pour mission d'imposer sa propre doctrine ou bien une esthétique qui s'imposerait à jamais. Mais je suppose qu'à l'intérieur de vos travaux doivent déjà exister bien des débats, des interprétations, des façons de comprendre la matière, le monde, si différentes que finalement il s'agit d'un collège où chacun cherche et cherche à tirer aussi des autres une meilleure façon d'avancer et de faire avancer nos sociétés.
- Je me sens en tout cas très honoré, très à l'aise en même temps, de me trouver parmi vous, accompagné d'un certain nombre de personnalités françaises. D'abord le ministre français de la recherche et de la technologie `Hubert Curien` qui lui-même a pris une part importante au développement des sciences dans notre pays et je crois bien au-delà de nos frontières ; Monsieur Aubouin, Président de l'Académie des sciences françaises, Monsieur Kovrilsky, directeur général du Centre national de la recherche scientifique et Monsieur Bensoussan, Président de l'Institut de la recherche en informatique et automation. Ils se trouvent parmi leurs pairs, et je me réjouis que des échanges puissent avoir lieu entre Bulgares et Français, attachés à la même nécessité du savoir.
Je n'ignore pas qu'en Bulgarie, les sciences ont atteint dans de nombreux secteurs, dans de nombreux domaines, une véritable excellence ; deux exemples qui sont connus de moi : le rôle de l'école bulgare de mathématiques et la réussite qu'a représenté la première architecture d'ordinateurs parallèles, qui a été conçu en Bulgarie, au point d'être utilisé par le dernier vol Soyouz, vol soviétique auquel la France a récemment participé dans une des nouvelles avancées de la conquête de l'espace.
- Je dois dire que j'ai été très intéressé par le fait que cette science bulgare s'exprime de telle sorte qu'elle est très souvent francophone. Très souvent je me plains, lorsque je suis à Paris, de voir les congrès scientifiques internationaux oublier qu'ils ont des devoirs, à l'égard de quelques langues majeures de la planète et notamment le français. Ce n'est pas un reproche que j'adresserai aux savants bulgares, puisqu'il m'a été dit que nombreux étaient ceux qui pratiquaient cette langue, et qui, vous l'avez dit tout à l'heure, monsieur le Président, avaient des liens privilégiés avec leurs collègues français. Le choix sur lequel vous avez conclu votre exposé, le choix de trois communications parmi beaucoup d'autres, où la France a été choisie, me va droit au coeur, et me confirme dans le sentiment que j'avais avant de venir ici, qu'il était temps de réveiller une relation générale entre la Bulgarie et la France, qui a été très importante à travers les siècles, et qui s'est affaiblie au cours des dernières décennies. Ce n'est pas trop tard pour intervenir, et votre invitation ici contribuera puissamment et de la meilleure façon à marquer le rôle que nos deux pays et ceux qui dans ces pays créent, inventent, conçoivent, écrivent, doivent désormais remplir.
- Je vous remercie, monsieur le Président et vous messieurs, et comme la séance de l'académie des sciences bulgares n'a pas été prévue pour que je fasse un discours - je suis certainement le moins scientifique d'entre vous, plus élève que maître, du moins dans les domaines qui sont les vôtres - je préfère vous écouter, écouter le débat qui doit maintenant avoir lieu. Alors monsieur le Président, je réitère mes remerciements et je vous laisse le soin maintenant de diriger le débat.