Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "France soir" du 20 septembre 2008, sur la présidence française de l'Union européenne et la situation de l'euro dans la crise financière internationale.

Texte intégral

France-Soir : Vous tenez l'université d'été du Mouvement pour la France ce week-end à Paris et vous y recevez Declan Ganley, le leader du « non » irlandais. Vous affichez clairement la couleur : cette réunion est organisée dans la perspective de la création d'un réseau qui présentera des listes aux élections européennes dans les vingt-sept pays de l'Union. Votre réunion ne sera-t-elle consacrée qu'aux prochaines européennes ?
Philippe de Villiers : Nous allons dresser un premier bilan de la présidence française et constater qu'il ne s'est pas passé grand-chose par rapport aux promesses qui avaient été faites. 1. J'attendais que le président Nicolas Sarkozy respecte le vote du peuple irlandais ; or il le piétine pour faire passer en force le traité de Lisbonne. C'est un déni de démocratie qui aggrave la dépossession de nos libertés et de nos pouvoirs par Bruxelles. 2. J'attendais que Nicolas Sarkozy respecte sa promesse sur la question de la Turquie. Or il a mis à profit la présidence française pour ouvrir de nouveaux chapitres portant sur l'entrée de la Turquie. Et il a changé la Constitution de la Ve République pour faire sauter le verrou du référendum obligatoire. 3. J'attendais que Nicolas Sarkozy mette au pas les banquiers de Francfort et les commissaires de Bruxelles. Ils ont été les plus forts. Deux illustrations : la réduction de la TVA sur la restauration que Nicolas Sarkozy s'était engagé à obtenir... il n'a rien obtenu. Idem pour les taux d'intérêt : il avait promis leur baisse... Ces demandes légitimes n'ont pas été satisfaites, le pouvoir reste à Bruxelles et à Francfort, et Nicolas Sarkozy se réfugie dans la protestation verbale. Aucune nouvelle politique n'est possible avec cette Europe-là, et pour remettre la France en marche il donc faut remettre l'Europe à l'endroit afin de retrouver des marges de manoeuvre.
Voulez-vous dire qu'il faudrait repartir de zéro ?
Il faut laisser la liberté aux peuples, par exemple, d'accepter ou de refuser les OGM. Une loi restrictive a été votée en mai dernier en France, mais il y a quelques jours la commission de Bruxelles a décidé d'autoriser l'entrée de soja OGM dans l'Union européenne. Dès lors, la loi française n'existe plus... Et si elle s'avisait de maintenir son interdiction, elle serait condamnée par la Cour de Luxembourg.
Iriez-vous jusqu'à dire qu'il faut en finir avec l'euro et revenir au franc ?
Je ne dis pas cela. Puisque l'euro est là, il faut faire avec, mais je suggère que les statuts de la banque centrale soient modifiés pour obliger M. Trichet à être raisonnable, pour que la BCE s'occupe plutôt de la croissance que de l'inflation, pour qu'elle baisse les taux d'intérêt prohibitifs en cette période de crise financière avec des clignotants au rouge. On nous promettait la baisse des prix, la croissance, et aujourd'hui, on a l'inflation, la hausse des prix, on délocalise EADS en zone dollar et les taux d'intérêt découragent les investisseurs. Nicolas Sarkozy n'a pas les manettes, et les réponses de nos gouvernants sont en contradiction totale avec les promesses.
Comment allez-vous mener la prochaine campagne européenne ? Avec qui ?
Jusqu'à présent, les euroréalistes, dont je fais partie, menaient campagne dans leur coin. Il est hautement souhaitable que pour juin prochain nous coordonnions nos campagnes de pays en pays. Declan Ganley sera le porte-parole de tous les peuples dissidents et c'est un honneur pour moi de le recevoir à Paris.
Source http://www.pourlafrance.fr, le 23 septembre 2008