Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "Le Télégramme" du 27 mars 2009, sur les alliances politiques au sein de l'Union pour les prochaines élections européennes.

Texte intégral

Le MPF est-il en mesure de réaliser aux élections européennes une performance comparable à celle de 1999, quand, avec Charles Pasqua, vous aviez devancé la liste menée par Nicolas Sarkozy ?
Je crois que toutes les conditions sont réunies pour une telle performance; tout simplement parce que chaque jour qui passe est un jour de pédagogie sur le grand désordre dans lequel nous sommes. Nous avons aujourd'hui un président actif et volontaire, mais il mesure chaque jour davantage qu'il n'est que le gouverneur d'un protectorat dont le siège est à Bruxelles. Pour preuve, en voici trois exemples. Premièrement, aujourd'hui, Bruxelles exige le remboursement des 300millions d'euros de subventions versées aux producteurs français de fruits et légumes depuis dix ans. Les producteurs de choux-fleurs bretons vont ainsi devoir rembourser les aides qu'ils avaient légitimement reçues. Deuxièmement, Nicolas Sarkozy a annoncé mardi soir que la taxe professionnelle serait remplacée par la taxe carbone qui devrait être installée à nos frontières pour frapper les importations. Le problème est que c'est impossible, parce que Bruxelles l'interdit. Troisièmement, le plan de sauvetage de l'automobile, soumis à des conditions de localisation en France, vient d'être retoqué par la Commission. En d'autres termes, quand notre président dit aux Français «je vais vous protéger; je veux qu'il y ait encore des usines et des ouvriers dans notre pays», il semble ignorer qu'il est dans la situation d'un passager dans une voiture conduite par quelqu'un d'autre; en l'occurrence par M.Barroso.
Votre candidature sous le sigle de Libertas, une formation politique créée par l'Irlandais souverainiste Declan Ganley, ne vous prive-t-elle pas de votre leadership sur les listes que vous allez conduire ?
En aucun cas. Ce que nous sommes en train de faire avec nos amis irlandais est décisif pour l'Europe, parce que nous présentons des listes contre le traité de Lisbonne et pour une Europe démocratique et protectrice non seulement en France, mais aussi dans les 27 pays de l'Union. C'est ainsi que, pour la première fois, nous allons pouvoir imposer à Bruxelles notre conception de l'Europe, c'est-à-dire retourner la majorité. J'en prends deux exemples: la Commission veut mettre une étiquette sur les camemberts, avec cette inscription: «produit dangereux». Nous empêcherons cela parce que nous serons majoritaires. Deuxième exemple: la Commission veut permettre que l'on fasse du vin rosé avec du rouge et du blanc mélangés. C'est une ineptie, et les viticulteurs sont furieux. Nous l'empêcherons. En d'autres termes, il ne s'agit plus aujourd'hui pour quelqu'un qui est sensible à nos idées et qui veut émettre un vote d'humeur d'exprimer un témoignage, mais de construire une majorité alternative pour une Europe démocratique et proche des gens.
Vous serez tête de liste dans le Grand Ouest. Où placez-vous la barre de vos ambitions dans notre région ?
Je ne fais pas de pronostic. Je souhaite simplement que le Grand Ouest soit défendu par des élus indépendants et non pas par des complices de la Commission. Pour défendre nos idées, j'ai choisi comme colistière une femme remarquable, Sophie Mevel, qui est conseillère municipale de Brest. Après avoir été longtemps préservé, le Grand Ouest est aujourd'hui menacé par les décisions de Bruxelles. On le voit avec la situation de la pêche et des chantiers navals. Mon propos, au cours de cette campagne, sera de convaincre nos concitoyens qu'avec la mise en oeuvre de la préférence communautaire nous pourrons protéger nos exploitations agricoles, ce qui reste de notre pêche et naturellement nos industries.
Propos recueillis par Philippe Reinhard
source http://www.libertas2009.fr, le 27 mars 2009