Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la gestion internationale du capitalisme financier, le changement climatique et la crise économique, trois défis à relever pour le gouvernement, Seignosse le 6 septembre 2009.

Texte intégral

Cher Xavier, Cher Benjamin,
Mes chers amis,
L'univers politique est par nature imprévisible et fluctuant. Mais je veux vous dire qu'avec Nicolas SARKOZY il y a une chose sur laquelle nous savons que nous pouvons compter : c'est la fidélité des jeunes populaires !
Juste avant d'entrer dans cette salle j'avais le Président de la République au téléphone au moment où il s'apprêtait à décoller pour le Brésil. Il m'a chargé de vous dire qu'il est à vos côtés et qu'il vous fait affectueusement confiance.
Vous militez pour la France, et vous avez choisi de lui offrir une part de votre énergie, là ou tant d'autres préfèrent s'abstenir. Vous avez raison, car l'avenir n'appartient pas aux observateurs, il appartient à ceux qui s'engagent, qui se tiennent debout. Il appartient a ceux qui ont choisi de conduire leur destin et celui de leur pays.
Ces trois journées à Seignosse sont à l'image de ce que doit toujours être notre mouvement: il doit être uni, il doit être moderne, il doit être ouvert aux débats.
Nous ne sommes pas à la solde d'une idéologie, et cela est le gage de notre liberté politique et intellectuelle.
C'est cette liberté qui nous a portés à solliciter les talents d'Eric Besson, de Bernard Kouchner, de Jean-Marie Bockel, de Fadela Amara, de Martin Hirsh et de Frédéric Mitterrand.
C'est cette même liberté qui nous a conduit à utiliser l'expérience de Michel Rocard.
Et c'est encore cette liberté qui nous amène aujourd'hui à intégrer au sein du Comité de liaison de la majorité ceux qui sont attachés au souverainisme et aux traditions rurales.
Désormais, la majorité présidentielle s'étend du centre gauche à la droite souverainiste, et l'UMP en est le coeur.
Notre majorité est large et ouverte parce qu'elle est en action. Ceux qui nous rejoignent le font pour mettre en oeuvre un projet.
C'est là toute la différence avec la gauche qui se cherche des alliés sans s'être posée au préalable la seule question qui vaille : pour quoi faire ?
Notre majorité est ouverte parce que les solutions pour moderniser la France et penser le monde de demain ne sont plus binaires.
La crise a fait voler en éclats les derniers résidus idéologiques du XXème siècle, ceux qui opposaient l'Etat au marché et le capitalisme au socialisme.
Désormais, il faut être, à la fois, pour l'efficacité économique et pour la solidarité sociale, pour les entrepreneurs et contre les spéculateurs, pour l'intervention de l'Etat et contre la sur-administration de la France.
La gauche ne peut se résoudre à ces nouvelles synthèses politiques qui anéantissent tous les stéréotypes qui ont autrefois fait sa popularité.
Le combat des chefs qui obsède le parti socialiste et l'état de désolation qui distingue sa pensée ne sont pas spécialement réjouissants.
Ils nous confèrent finalement plus de devoirs que de droits.
Nous avons la responsabilité de réfléchir pour deux.
Nous avons la responsabilité de ne pas nous diviser.
Nous avons aussi celle de parler à tous les Français, y compris ceux qui n'en peuvent plus d'attendre l'émergence d'une gauche enfin moderne.
«L'antisarkozysme - a consenti Martine Aubry - ne fait pas, je la cite, un projet politique». Après deux années d'opposition systématique, il est bon de l'entendre dire même s'il serait encore mieux de voir cette sage résolution entrer dans les faits.
Ceci étant dit, laissons la gauche à ses histoires de «primaires» qui ne sont qu'un rideau de fumée pour dissimuler son problème récurrent : elle n'a pas de programme et elle n'a pas de chef.
Mes chers amis
En cette rentrée 2009, des défis considérables sont devant nous.
Je veux en distinguer trois qui constituent des ruptures historiques.
Il y a le sommet de Pittsburgh, où se jouera, le 24 et 25 septembre, l'évolution du capitalisme financier.
Je veux dire, avec le Président de la République, que nous n'acceptons pas le retour des pratiques condamnables qui nous ont placés au bord du gouffre !
Sous l'impulsion de la France, l'Allemagne, le Royaume Uni, et je l'espère toute l'Europe, exigeront du G20 qu'il adopte des règles très strictes pour encadrer les rémunérations dans le secteur financier.
Il s'agit d'entériner, au niveau international, la stratégie que nous avons mise en oeuvre avec les banques françaises.
Il faut mettre un terme à la pratique des bonus extravagants, automatiques et immédiats.
Il faut que ces bonus soient équilibrés par des malus.
Il faut que la rémunération des dirigeants soit liée à leurs performances.
Il faut que les activités de spéculation qui présentent un risque pour la stabilité financière soient découragées en augmentant les exigences de fonds propres sur ces activités.
Il faut que la lutte contre les paradis fiscaux - qui est déjà bien entamée - soit renforcée avec la mise en oeuvre de représailles contre les pays qui ne respectent pas leurs obligations en matière d'échange d'informations.
C'est tout cela qui, pour une large part à l'initiative de la France, va être discuté à Pittsburgh.
Il y a quelques jours, certains à gauche ont haussé les épaules devant ces mesures imposées à notre propre secteur bancaire.
Les voici, une fois encore, dépassés par les faits. Ces mesures sont en passe d'inspirer les négociations internationales, et chacun sent bien qu'une révolution de la finance mondiale est en germe.
Les Etats-Unis nous suivront-ils ?
Est-ce que le Président OBAMA aura le courage de bousculer l'ordre ancien ? Nous saurons dans quelques jours si les actes sont à la hauteur des discours.
Quoi qu'il en soit, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, la France est et restera en pointe de la moralisation du système financier.
C'est nous, et non la gauche, qui avons accru la fiscalité sur les stocks options, encadré les parachutes dorés et lancé la charge contre les paradis fiscaux.
Cela est conforme à l'idée que nous nous faisons de l'économie libérale qui ne doit pas s'apparenter à un capitalisme sans éthique. Parce que cela est conforme à l'idée que nous nous faisons de la République, cette République du mérite que nous voulons.
Le second défi : c'est celui des changements climatiques.
En décembre, au sommet de Copenhague, c'est votre avenir qui se décidera.
L'Europe ne pourra se satisfaire de demi-promesses et d'engagements théoriques.
Il faudra inscrire la limite des 2 degrés d'augmentation de la température dans l'accord, et il faudra fixer l'objectif global d'une réduction de 50 % des émissions d'ici 2050.
Comme tous ses partenaires européens, la France a pris l'engagement de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre. Et comment aurait-il pu en être autrement alors que nous sommes à l'origine de l'accord négocié par l'ensemble des européens.
L'ampleur de cet objectif nous commande une véritable mutation culturelle, économique et technologique.
Elle se fera grâce à l'innovation et aux progrès de la recherche.
En la matière, notre pays doit impérativement tenir son rang historique dans la course mondiale aux véhicules décarbonés.
Leur développement à grande échelle va réclamer de nouvelles technologies. Il exigera le déploiement d'infrastructures de recharge des batteries sur tout le territoire français mais aussi européen.
C'est la raison pour laquelle je réclame un grand plan européen en faveur de la voiture électrique.
Cette mutation se fera aussi par l'instauration d'une fiscalité incitatrice, comme l'est, par exemple, l'éco-prêt à taux zéro qui permet à tout particulier de financer sur dix ans 30.000 euros de travaux pour améliorer l'efficacité énergétique d'un bâtiment.
Elle se fera enfin par la mise en place de la taxe carbone qui a pour but d'inciter les Français et les entreprises à modifier leurs habitudes et leurs comportements.
En 2007, tous les candidats à l'élection présidentielle ont signé le pacte de Nicolas Hulot qui prévoyait expressément la mise en oeuvre de cette fiscalité.
Contrairement à la gauche, nous ne renions pas notre signature.
Et contrairement à Madame Royal, le Président de la République respecte ses engagements.
Le 2 février 2007, lors de la signature de ce Pacte, Madame Royal indiquait, je la cite : « je mettrai en oeuvre une adaptation de la taxe carbone proposée par le Pacte. Cette réforme de la fiscalité - précisait-elle - devra se faire en restant à pression constante pour ne pas décourager les entrepreneurs et ne pas handicaper les moins favorisés ».
Si c'est bien cela, Madame Royal devrait signer des deux mains au bas de notre projet de taxe carbone !
La question de la fiscalité écologique, mes chers amis, est suffisamment importante pour ne pas être l'otage de la démagogie.
J'ai déjà eu l'occasion d'énoncer les principes qui sous-tendront cette taxe, et je veux les rappeler ici.
Elle sera progressive, parce que si on veut inciter les français à changer leur comportement il faut leur donner un peut de temps pour le faire. Et je ne vois pas comment on pourrait s'écarter au démarrage du prix de la tonne de CO2 sur le marché aujourd'hui. C'est la base de départ.
Cette taxe ne se traduira pas par à une hausse des prélèvements obligatoires, car nous allons opérer un ambitieux transfert de fiscalité. Il s'agit de taxer plus la pollution et moins le travail et les investissements !
Elle sera équitable, car nous entendons prendre en compte la situation de nos concitoyens aux revenus les plus modestes, la situation de ceux qui n'ont pas à leur disposition de transports en commun. Comme nous prendrons en compte la situation spécifique de certaines professions, comme celles des agriculteurs ou des pêcheurs.
Voilà le cadre général de cette taxe, dont nous annoncerons les modalités précises la semaine prochaine.
Avec le Président de la République, nous sommes en train de bâtir une fiscalité verte à l'échelle de la Nation.
C'est une première et je ne vous cache pas la complexité de l'entreprise.
Les conseils sont les bienvenus, mais pas la démagogie !
Ceux qui confondent le prix de la tonne de carbone avec un baromètre des relations entre le Président et le Premier Ministre en seront pour leur frais.
Je demande que l'on juge, non sur des rumeurs et des spéculations, mais au vu des arbitrages complets que le Président de la République présentera dans les prochains jours.
Alors mes amis, l'agitation médiatique de ces dernières heures paraîtra tellement dérisoire au regard de ces arbitrages et surtout des enjeux.
Il y a enfin, mes chers amis, le défi de la crise.
Après quatre trimestres de repli, des premiers signes de croissance se manifestent: l'activité en France a augmenté au 2ème trimestre de +0,3%, soutenue par la progression de la consommation et la contribution positive du commerce extérieur.
En Europe, seule la performance de l'Allemagne est comparable.
On voudrait tellement entendre l'opposition reconnaître ses erreurs, elle qui nous pressait il y a quelques mois encore d'imiter la politique conduite en Grande Bretagne de baisser massivement la TVA pour encourager la consommation et elle qui nous disait que nous n'avions pas de plan de relance.
Que dit-elle aujourd'hui au regard de la situation où seule la France et l'Allemagne, qui ont conduit des politiques presque identiques au regard du soutien à l'investissement, ont les meilleurs résultats de l'ensemble de l'Union européenne.
Notre choix d'une relance fondée sur le soutien à l'investissement s'avère pertinent.
D'ores et déjà, 18,2 milliards d'euros ont été injectés dans l'économie. Plus de la moitié des engagements budgétaires consacrés à l'investissement dans le plan de relance ont été consommés.
Pour autant, la crise n'est pas terminée !
Plus que jamais des réformes restent nécessaires pour aller chercher la croissance.
La réforme de la taxe professionnelle qui sera présentée dès 2010 favorisera l'emploi et l'investissement et permettra d'attirer de nouvelles entreprises étrangères sur notre territoire.
Nous allons mener sans faiblir notre combat pour l'emploi qui a commencé par la fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC, et qui se décide à présent sur trois fronts : la prévention des licenciements économiques; le retour à l'emploi des plus vulnérables et le soutien des créations d'emplois, par l'exonération de charges dans les TPE.

Avec le Président de la République, nous restons fidèle à notre stratégie volontariste.
Volontarisme sur la question des retraites, au sujet desquelles toutes les pistes de réflexion seront ouvertes l'an prochain, y compris celle du recul de l'âge légal de départ.
Volontarisme au sujet des collectivités locales, dont la complexité et le coût justifient la réforme courageuse que nous allons engager.
Volontarisme vis-à-vis des politiques publiques, qui réclament plus que jamais une réforme des structures administratives et le respect de la règle du non remplacement d'un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique.
Nous allons poursuivre la révision générale des politiques publiques ; et nous allons mener dans le même temps un combat décisif, celui de la maîtrise des finances publiques.
Il n'y aura pas de hausse des prélèvements parce que cela viendrait briser les efforts que nous avons réalisés pour permettre à la croissance de revenir ; il n'y aura pas de politique de rigueur; mais il y aura un effort continu de réduction des dépenses de l'État.
Nous n'avons pas été élus pour laisser filer les déficits.
Parmi les valeurs de la droite et du centre, il y a le souci d'une bonne gestion, car il en va du respect des générations futures, c'est à dire de vous et de votre avenir.
Mes chers amis,
Une question centrale est en train d'émerger : sommes-nous, nous Français et européens, condamnés au retour d'une croissance molle ?
Depuis 30 ans nous avons connu trois crises et à chaque fois la croissance a été divisée par 2 et pour l'année prochaine on nous promet 1 % de croissance pour l'Europe, plus de 2 % de croissance pour les Etats-Unis et plus de 4 % de croissance pour la zone asiatique.
Je veux vous dire qu'avec une croissance molle l'Europe ne sera pas en mesure de poursuivre le financement de son modèle social et l'Europe ne sera pas en mesure de réduire ses déficits publics. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de notre situation.
Face à cette question, deux réponses.
La première est nationale. Il faut investir sur les créneaux stratégiques qui nous projettent vers l'avenir et qui créent du nouveau PIB. C'est l'ambition des priorités nationales que nous sommes en train de définir et qui seront financés par l'emprunt.
Il ne faudra pas multiplier ces priorités.
Il faudra concentrer nos efforts sur quatre ou cinq secteurs d'avenir, sur quatre ou cinq secteurs dont nous pourrons faire la démonstration que les investissements que nous allons faire généreront bien demain des emplois et de la croissance supplémentaire.
Uniquement parce qu'ils sont un choix stratégique pour la croissance de demain et l'emploi.
La seconde réponse se situe en Europe.
Pour retrouver rapidement une dynamique de croissance, les européens doivent définir une stratégie commune de sortie de crise, qui a fait défaut jusqu'à présent.
Cette stratégie commune revient d'abord à lancer un grand programme de soutien aux investissements européens ; j'ai parlé de la voiture électrique, on peut parler du train à grande vitesse, on peut parler des nouveaux médicaments, on peut parler aussi de la croissance verte et de la sécurité de l'approvisionnement, de la sécurité énergétique de l'Europe. Et en même temps programmer un rétablissement des finances publiques car il y a un moment où la dette des uns et des autres étouffera toutes nos chances d'installer une croissance durable.
Au moment où s'ouvre le débat sur le programme du futur président de la commission européenne, je demande à nos députés européens d'être vigilants sur tous ces points.
Mes chers amis,
Sur le capitalisme, sur l'écologie, sur la gestion de la crise internationale, je suis fier de voir notre nation tenir les premiers rôles.
Face à ces trois défis, comment pourrais-je ne pas vous féliciter de votre engagement au côté du Président de la République ?
Ces défis sont à la fois angoissants et passionnants.
Angoissants, si l'on croit que l'homme n'a plus le pouvoir de choisir son destin. Ils sont passionnants, dès lors que l'on s'engage, comme vous le faites, pour des valeurs et pour agir.
Je me souviens, dans les années 80, d'une étude sur la jeunesse qui assurait que nous avions à faire à la «génération bof !».
C'était le temps des idéologies perdues, le temps du relativisme intellectuel et moral, le temps du «à quoi bon», et, pourquoi ne pas le rappeler, c'était aussi le temps des premiers reniements socialistes face aux réalités du pouvoir.
Vous n'êtes pas la génération «bof» !
Vous n'en n'avez ni le droit, ni l'envie.
Votre génération a le devoir d'aimer la France mais aussi celui d'enjamber ses frontières.
Tout à la fois français, citoyens européens et acteurs du monde, vous devez situer votre engagement politique sur ce vaste horizon, là où les réflexes du microcosme ne sont pas de mise.
Je vous demande de le faire en transcendant les clivages inutiles.
Vous devez incarner l'intérêt général.
Vous devez être la génération qui rassemble.
Vous devez être la génération responsable et solidaire.
Vous devez être la génération qui met ses actes au service de ses espoirs.
Vous serez alors fidèles à votre engagement politique.
Fidèles aux élans de votre jeunesse.
Fidèles à la France que vous aimez.
Source http://www.blog-fillon.com, le 14 septembre 2009