Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RMC le 18 mars 2010, sur la violence dans les stades et sur l'importance du vote du Front national dans la Vallée du Rhône lors du premier tour des élections régionales.

Texte intégral

J.-J. Bourdin.- Ce drame : supporteur du PSG, 38 ans, Yann, mort. J'ai envie de vous poser une question, la réponse ne sera pas facile : peut-on éviter ce genre de drame ?
 
Oui on peut éviter. D'abord on a les exemples étrangers. Regardez les Britanniques, regardez les Allemands...
 
Les (...) ont été fortement augmentés dans les stades britanniques.
 
Ils ont augmenté fortement, mais ils ont pris des dispositifs de prévention, d'une part, et de sanctions, d'autre part, très très importants. B. Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, dit ce matin même dans Le Figaro, qu'il va alourdir les sanctions, qu'il va prendre des dispositions plus importantes ; ça veut dire, des interdictions de stade plus larges, ça veut dire des sanctions aggravées...
 
Même à vie ?
 
Probablement, ça va être discuté devant le Parlement, il ne faut pas accepter plus longtemps. Le match Auteuil-Boulogne au Parc des Princes, c'est un derby classique et tragique, ça fait très très longtemps que ça dure. Le président de la République a dit très clairement en Conseil des ministres que maintenant, ça suffit, et qu'il veut que nous prenions, que le Gouvernement prenne - et c'est ce que B. Hortefeux a fait très vite - toutes les dispositions nécessaires pour que ça cesse.
 
Regardons les régionales. Je suis allé voir les résultats à Donzère, dans votre ville. Abstention : 58 %, très forte abstention à Donzère, un peu plus que la moyenne nationale. L'UMP F. Grossetête est arrivée en tête du premier tour, 27,8 ; le FN B. Gollnisch, 23,25, ce qui est énorme à Donzère ; et le PS Queyranne, 21,74 %. Le FN à 23 % à Donzère, vous avez été surpris ou pas ?
 
Non, parce que on est dans la Vallée du Rhône et c'est une tradition sur ce canton auquel j'appartiens, le canton de Pierrelatte, il y a toujours un score du FN très élevé. Pour votre information, il était de 30 ou de 31 % aux dernières régionales, en 2004. Sur ma commune, l'UMP a gagné 10 points, le FN a perdu 8 points, et le PS a perdu 8 points aussi à peu près. Donc, en volume c'est très important, en tendance, le FN a reculé de 8 points sur ma commune.
 
« On paie plein pot les conneries de Besson ! » aurait dit F. Fillon, c'est Le Canard Enchaîné qui rapporte ces propos...
 
Oui mais Le Canard Enchaîné...
 
...Se trompe ?
 
Le Canard enchaîné se trompe, et là j'en suis certain. S'il y a deux personnes qui m'ont soutenu de façon constante depuis quatre ou cinq mois pendant tout le débat, que ça soit à titre politique, à titre personnel, c'est à la fois le président de la République et le Premier ministre. F. Fillon a été un soutien constant, je sais qu'il n'a pas dit cela dimanche soir, mais il y a de temps en temps...
 
A l'UMP, d'autres ne vont ont pas soutenu, vous en connaissez...
 
Oui.
 
Tiens ! A. Juppé, par exemple, qui critique l'inopportun débat sur l'identité nationale. Que lui répondez-vous à A. Juppé ?
 
Je n'ai pas envie de répondre à A. Juppé, j'ai envie de vous répondre, de répondre aux téléspectateurs et aux auditeurs. De quoi s'agit-il, quelles sont nos valeurs, comment allons-nous raffermir le pacte républicain ? Les Français dans ce débat ont dit : nous voulons une société du respect, nous voulons une société d'équilibre entre les droits et les devoirs. Ils sont attachés à un certain nombre d'éléments : l'école, la langue, la culture française, l'art de vivre. En matière d'immigration et d'intégration, ils sont profondément républicains, ils disent : nous voulons rester une terre d'accueil à condition que nos lois, nos coutumes, nos traditions soient respectées. Et de l'autre, les jeunes d'origine étrangère, et les Français d'origine étrangère disent : mettez l'accent sur l'égalité réelle, nous ne voulons pas de discrimination, nous ne voulons pas d'inégalités dans les faits. C'est une société profondément républicaine qui pour l'essentiel ressort du débat, sauf qu'il y a une minorité de Français, je vais vous le dire simplement, qui a peur, qui a peur de la mondialisation, peur de la construction européenne, peur du progrès technique, peur de l'étranger, peur de l'islam. Ca, il faut le regarder en face, le traiter...
 
Est-ce que vous comprenez qu'on ait peur de l'islam ?
 
Moi j'ai toujours dit que je crois que l'islam est compatible avec les valeurs de la République, et quand je compare les enquêtes qualitatives en Europe, je m'aperçois que les musulmans de France sont plus attachés aux valeurs de leur pays, la République chez nous, que dans les autres pays européens. Maintenant, est-ce qu'il y a des tentations radicales ou fondamentalistes, est-ce que des groupes minoritaires essaient d'entraîner l'islam vers l'islamisme ? Oui.
 
Les députés de l'UMP vous reprochent peut-être ces positions, je ne sais pas, vis-à-vis de l'islam, non ?
 
Ce sont celles du président de la République, du Premier ministre, c'est sur cette base que le président de la République a été élu, et que j'applique son programme. Si quelqu'un d'autre pense autrement, qu'il le dise et se présente un jour aux élections nationales.
 
Vous avez vu les critiques aussi venues de l'UMP, encore, sur l'ouverture, la pratique de l'ouverture. Là, les députés y sont allés ! Il y a beaucoup, en disant...
 
Non... Vous savez, il y a un petit jeu, on va dire les choses très clairement. Vous avez une quinzaine ou une vingtaine de députés qu'on pourrait appeler « déçus », depuis la première seconde du sarkozysme, et parfois certains...
 
Pourquoi sont-ils déçus du sarkozysme ?
 
Parce qu'ils n'adhéraient pas à la personne de N. Sarkozy !
 
Mais attendez ! C. Goasguen, B. Debré...
 
Ce sont ceux qu'on entend le plus ! Il faut écouter...
 
L. Lucas, député des Alpes-Maritimes... Vous les connaissez ?
 
Oui, je les connais, d'ailleurs certains des noms que vous avez cités ont des positions plus nuancées et plus subtiles. Mais regardons le gros de la majorité UMP, ils ont participé largement à ces débats, et ils ont sur les questions dites « d'ouverture » des positions beaucoup plus nuancées. Mais allons au bout, si vous voulez me faire dire que l'ouverture ça a été d'abord la volonté d'un homme, qui l'a théorisée entre les deux tours de l'élection présidentielle, c'est-à-dire N. Sarkozy - l'ouverture c'est la marque de fabrique de N. Sarkozy qui a dit : pour réformer le pays, il faut le faire sans sectarisme, en s'ouvrant à des femmes et à des hommes - j'en suis, nous étions six au départ, cinq maintenant puisque J.-P. Jouyet a quitté le Gouvernement - à des femmes et des hommes qui n'ont pas partagé mes convictions, qui parfois m'ont combattu, mais que je veux faire venir pour réformer le pays. Et de cette ligne-là, de ce cap-là, il n'a pas varié. Et je crois qu'au-delà de nos personnes, au-delà de la mienne, au-delà de nous six, je crois que les Français adhèrent à cette politique d'ouverture.
 
Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que vous êtes un bouc émissaire ?
 
Non, je ne crois pas, non !
 
Parce qu'il n'y a pas à aller chercher des boucs émissaires à la défaite de dimanche dernier ?
 
Ce qui est important, c'est : est-ce que vous dites et ce que vous faites est conforme à vos convictions, conforme à l'intérêt général ? Moi quand je défends un équilibre des droits et des devoirs, quand je dis, à partir de nos valeurs comment nous allons nous projeter dans l'avenir, quand j'essaie de me préoccuper de ce que disent et ce que pensent les Français modestes, les catégories populaires, qui nous envoient des messages, sur leur situation, sur leur difficulté de vivre, sur leur précarité, parfois sur les conditions de sécurité, etc., je me sens en harmonie avec moi-même, quels que soient après les commentaires. Répondre aux attentes du peuple, c'est la préoccupation de ceux qui aiment la politique, c'est ce que j'essaie de faire. Le reste - je suis un laïc orthodoxe maintenant - mais le reste nous sera donné de surcroît. (.../...)
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 18 mars 2010