Entretien de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, avec "l'American Press Club" le 24 mars 2011, sur l'intervention militaire, les participations arabes aux opérations, le commandement militaire, le pilotage et la transition politiques en Libye, et sur la Côte-d'Ivoire.

Texte intégral

Q - Hillary Clinton a dit que les États-Unis avaient déjà eu des contacts avec des personnes haut placées dans le régime Kadhafi pour chercher une sortie de crise. La France a-t-elle eu les mêmes contacts ?
R - Je ne peux pas répondre avec précision à cette question. Par définition, des contacts de cette nature ne sont pas faits pour la place publique. Ce que je peux vous dire, c'est que nous pensons dès maintenant à la sortie de crise. L'opération militaire n'a pas vocation à durer indéfiniment. Il s'agit pour nous d'empêcher Kadhafi d'agresser les populations civiles et de remettre les forces libyennes éprises de liberté et de démocratie en situation d'agir. Dès que cela sera fait, l'intervention militaire a vocation à cesser.
Il faut donc penser à la phase suivante qui est la phase politique et qui appartient aux Libyens. Il s'agit pour eux de se regrouper et d'entamer un dialogue national pour déterminer l'avenir de leur pays.
Dans ce dialogue national, selon nous, il y a à l'évidence le Conseil national de transition. Il y a peut-être des autorités traditionnelles qu'il faut impliquer - on sait que le rôle des tribus reste très important dans ce pays. Il y a des personnalités qui appartiennent à ce que j'appellerais aujourd'hui le régime de Kadhafi et qui prendront conscience, au fur et à mesure que le temps passe, que le dictateur n'est plus acceptable. C'est, d'une certaine manière, ce qui s'est passé en Tunisie comme en Egypte. Il est donc important que nous identifiions, à Tripoli ou ailleurs, les personnalités qui sont prêtes à cette évolution et à ce dialogue national.
Q - Les avez-vous déjà identifiées ?
R - Oui, certaines le sont, mais les choses vont évoluer et, au fur et à mesure que la pression militaire augmente, les prises de conscience se font. Il y a, je pense, de plus en plus de responsables libyens qui se diront qu'il n'y a pas d'avenir dans la poursuite du régime Kadhafi et de son clan rapproché.
Q - Que pouvez-vous dire sur l'action allemande ? Ils ont retiré leurs navires de la Méditerranée, ils ne sont clairement pas impliqués dans l'action militaire. Comment percevez-vous tout cela ?
R - Les choses sont très claires. L'Allemagne ne veut, en aucune manière, participer à une action militaire et cela va jusqu'au bout de la logique puisque lundi, au Conseil des ministres des Affaires étrangères, l'Allemagne n'a pas souhaité que l'Union européenne s'occupe d'autre chose que de l'action humanitaire.
Beaucoup de pays pensaient que dans le cadre d'une répartition des tâches avec l'OTAN, l'Union européenne pouvait aussi se charger de l'embargo maritime, qui est important. L'Allemagne ne l'a pas voulu parce que la mise en œuvre de cet embargo aurait vraisemblablement impliqué l'utilisation de forces militaires.
La position de l'Allemagne est donc très claire : elle adhère à l'ensemble de la démarche, c'est-à-dire à l'idée que le régime de Kadhafi aujourd'hui a perdu sa légitimité et que la violence doit cesser, qu'un processus de dialogue national doit être engagé. L'Allemagne adhère et même insiste beaucoup sur les sanctions, qu'elle a souhaité renforcer sur l'embargo maritime, etc. Il n'y a pas de désaccord sur l'approche politique globale. En revanche, il y a une position extrêmement claire qui est le refus de toute utilisation de la force. C'est le choix de l'Allemagne. Je n'ai pas de jugement à porter sur ce point. Ce n'est pas le nôtre comme vous le savez. Il y a des moments où seule la menace de l'emploi de la force ou même l'emploi de la force peut arrêter un dictateur. Imaginons simplement dans quel état serait aujourd'hui Benghazi si nous n'avions pas fait ce que nous avons fait.
Je ferais une remarque au passage. J'ai entendu hier à l'Assemblée nationale des parlementaires socialistes dire que l'on avait perdu du temps et qu'il aurait fallu le faire plus tôt. J'ai eu l'impression que cela s'adressait au gouvernement français. Je peux vous dire que je ne me suis pas du tout senti visé car si nous avons perdu du temps, ce n'est pas faute, pour la France, d'avoir été en initiative. Il y a des pays qui n'étaient pas d'accord et qu'il a fallu convaincre. Je suis convaincu que si nous avions fait cela il y a un mois, nous aurions évité la balance qui s'est produite entre le régime de Kadhafi et le Conseil national de transition.
Q - Vous parliez à l'instant du Conseil national de transition qui vient de se muer en gouvernement de transition avec un ancien ministre de la Justice de Kadhafi. Ces personnes sont-elles vraiment crédibles ? Que veut dire être un ministre de la Justice sous Kadhafi ? Est-ce que sont vraiment des gens fiables ?
R - Connaissez-vous un seul processus révolutionnaire au monde ou dans l'Histoire - on pourrait même remonter à la Révolution française - où, chez les révolutionnaires, vous n'avez pas d'anciennes personnalités ayant participé au régime antérieur ? Cela a été vrai au début en Tunisie, même s'il est vrai que, depuis, les choses ont évoluées. Cela a été le cas en Egypte.
On ne peut pas faire des comparaisons déplacées, mais regardez ce qui s'est passé en Europe orientale après la chute du Mur de Berlin, on a retrouvé ensuite beaucoup de gens qui avaient participé au régime précédent.
Cette idée qu'il y a, au Conseil national de transition, d'anciens ministres de Kadhafi n'est pas une objection valable. Il s'agit de savoir si ce sont des personnalités de qualité, qui ont fait aujourd'hui un choix clair et je crois pouvoir dire que c'est le cas de beaucoup d'entre elles.
Q - Avez-vous rencontré des membres du Conseil ?
R - Naturellement, je voudrais d'ailleurs clarifier une information que j'ai beaucoup de mal à rétablir. J'étais parfaitement informé des contacts que le président de la République a pris avec les représentants du Conseil national de transition. Je mets, à l'appui de cette affirmation, deux faits précis :
Je devais participer à la rencontre organisée à l'Elysée le jeudi 10 mars, à la veille du Conseil européen du 11 mars. Je n'ai pas pu m'y rendre parce que j'étais à Bruxelles et j'ai reçu - ce qui est passé complètement inaperçu - l'après-midi-même, à l'ambassade de France, les trois membres du Conseil national de transition que le président de la République avait lui-même reçu à Paris. Vous constaterez que j'étais donc parfaitement informé de cela et je vous rappelle que le lendemain, dans la déclaration finale du Conseil européen, l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne a salué le Conseil national de transition comme un interlocuteur politique valable.
Q - Où en est-on sur la question du commandement de l'opération militaire sur la Libye. La France a-t-elle accepté que l'OTAN soit uniquement le soutien ? Le commandement est-il à l'OTAN ? Est-il aux Etats-Unis ?
R - C'est assez clair, me semble-t-il. Je l'ai dit hier à l'Assemblée nationale et je vous le redis aujourd'hui, cette opération n'a pas été décidée par l'OTAN. C'est une opération sous mandat des Nations unies et je vous rappelle d'ailleurs que tous les contributeurs doivent d'abord déclarer leur contribution au Secrétariat général des Nations unies. Elle est ensuite menée par une coalition de pays dont certains ne sont pas membres de l'OTAN, comme le Qatar par exemple, et il y en aura peut-être d'autres dans les jours qui viennent. Le pilotage politique de l'opération doit se faire à ce niveau-là.
C'est la raison pour laquelle nous avons souhaité - c'est une suggestion que j'ai faite à William Hague - que soit organisée la semaine prochaine à Londres, une rencontre de l'ensemble des membres de la coalition, qu'ils soient intervenants militaires ou non. Il y aura donc la Ligue arabe, l'Union africaine. J'ai rencontré hier soir M. Jean Ping à qui j'ai demandé d'être présent ou de se faire représenter à cette réunion. Il y aura également les pays de l'Alliance ou les pays de l'Union européenne qui souhaitent y participer.
De cette réunion émergera une sorte de groupe de contact à proprement parler qui assurera, je le répète, le respect des grandes orientations politiques et stratégiques de l'opération : pas de troupes au sol, par exemple.
Il y a ensuite le bras séculier. Lorsque l'on mène une opération militaire, il faut avoir recours à des militaires et pas à des diplomates. Dans un premier temps, cette coordination a été assurée par les Etats-Unis, en étroite liaison avec la France et le Royaume-Uni puisque c'étaient les trois seuls pays qui faisaient voler des avions depuis samedi dernier.
Aujourd'hui, les Etats-Unis souhaitent ne plus assumer cette responsabilité, il nous paraît naturel que la seule organisation capable d'assurer la planification et la conduite opérationnelle de cette opération, c'est-à-dire l'OTAN, soit impliquée dans le jeu mais dans l'architecture que je vous ai rappelée : les Nations unies, la coalition avec un groupe de contact ou de pilotage et l'OTAN à la manœuvre opérationnelle.
Q - Vous nous avez parlé brièvement des buts de guerre. D'après ce que j'ai pu comprendre, il s'agit bien d'un changement de régime…
R - Non.
Q - Je continue malgré tout ma question : vous allez avoir l'occasion de vous exprimer, je pense, assez longuement. Par ailleurs, il y a les moyens de la guerre. Or, on voit bien que dans le cas de Misrata par exemple, la seule intervention aérienne était insuffisante puisque les gens continuent de mourir. Des tireurs dispersés dans la ville continuent d'abattre les civils. D'une façon un peu précise, en appui de ce que vous nous avez déjà indiqué à ce sujet, quels sont les buts de la guerre et quels sont les moyens de la guerre ? Jusqu'où peut-on aller ?
R - J'étais ce matin sur une radio. Lorsque l'on a annoncé ma venue, on a dit «Alain Juppé, ministre de la Défense» ; je ne suis pas ministre de la Défense, cela date un peu. Les questions sur la planification militaire sur l'utilisation des moyens, sur les cibles, je vous invite à les poser à Gérard Longuet et au ministère de la Défense.
Concernant les buts de guerre, j'y reviens, c'est extrêmement clair. Il n'est pas inscrit dans la résolution 1970 et pas plus dans la résolution 1973 que les Nations unies vont installer un régime en Libye à la place du régime actuel. Le but n'est pas un changement de régime ; ce n'est pas la mission qui est confiée.
La mission est de s'assurer que Kadhafi ne peut pas utiliser contre des populations civiles des moyens de guerre. Nous y sommes parvenus à Benghazi, nous n'y sommes pas arrivés partout, vous avez raison et nous allons continuer.
Outre cette protection des populations civiles, il s'agit de permettre à tous ceux qui vont accéder à la liberté et à la démocratie en Libye de pouvoir le faire et de s'extraire de la pression militaire dont ils sont l'objet.
A partir de là, c'est aux Libyens eux-mêmes qu'il appartiendra de changer de régime, s'ils le souhaitent, mais pas à nous. Les choses sont claires, me semble-t-il. Concernant l'utilisation de la force - même si je vous renvoie au ministère de la Défense -, aujourd'hui un objectif est atteint : il n'y a plus d'avion libyen dans le ciel ; la zone d'exclusion aérienne est respectée sur, je crois, la totalité du territoire libyen. Nous nous employons à faire en sorte qu'il en soit de même sur la force maritime. Il reste, c'est vrai, les forces au sol qui se livrent encore à des exactions comme le bombardement de l'hôpital de Misrata, si je ne me trompe.
Il appartient à présent aux militaires de cibler les dispositifs militaires, les concentrations de forces, les équipements militaires pour les neutraliser et mettre un terme à ce genre d'opérations. Je sais bien que c'est difficile, je sais bien que Kadhafi est prêt à toutes sortes de pratiques criminelles, c'est-à-dire à mélanger les troupes et les populations, pour reprendre la formule hélas utilisée dans l'ex-Yougoslavie qui est celle des boucliers humains. Il nous appartient de cibler les choses de sorte qu'il n'y ait pas de victimes collatérales civiles et que nous puissions, petit à petit, détruire son potentiel militaire.
Je voudrais quand même vous rappeler que tout cela a commencé samedi, il y a donc cinq jours. On ne peut pas nous demander en cinq jours d'avoir atteint totalement l'objectif, nous allons continuer dans cet esprit.
Q - Il y a des inquiétudes quant à la solidarité de l'Union européenne concernant la politique étrangère.
R - Il n'y a aucune espèce de rupture de la solidarité européenne sur ce point. Je vous ai dit tout à l'heure que la divergence entre nous est qu'une majorité de pays européens adhèrent pleinement à la résolution 1973 qui prévoit l'usage de la force, et d'autres pas.
Mais sur le rôle du Conseil national de transition, il n'y a aucune rupture européenne. La déclaration du Conseil européen du 11 mars est absolument formelle. Elle a été approuvée par la totalité des Etats membres et elle écrit noir sur blanc que ce Conseil national est un interlocuteur politique valable. Il n'y a donc eu aucune erreur de manœuvre de ce côté-la. Il y a une convergence complète entre les États européens sur l'attitude à avoir vis-à-vis de ce Conseil.
Simplement, ce que l'on peut ajouter, c'est que ce Conseil n'a peut-être pas le monopole, qu'il y a peut-être d'autres forces politiques qui vont s'exprimer. J'ai parlé des autorités traditionnelles, j'ai parlé aussi de ceux qui, aujourd'hui à Tripoli, appartiennent encore au régime et qui vont se rendre compte, je l'espère, un jour ou l'autre, qu'il n'y a pas d'avenir de ce côté-là et qu'il faut aller de l'autre côté.
Q - Kadhafi n'est pas le seul dictateur qui tire sur les manifestants. Dans d'autres pays - nous pensons à la Syrie - il y a des populations qui demandent de l'aide militaire. Est-ce que la communauté internationale serait prête à faire des actions similaires ? Pourquoi en Libye et pas ailleurs ?
R - Ce que j'entends dire plutôt en ce moment, c'est l'énumération des raisons pour lesquelles on a pris trop de risques en allant en Libye. Ce qui n'empêche pas que l'on me demande d'aller faire la même chose au Yémen, à Bahreïn, sur l'ensemble des pays où il se passe des choses.
Nous sommes intervenus en Libye parce qu'on a eu à faire à un dictateur qui tirait au canon et qui bombardait ses populations civiles, dans un contexte que je n'ai pas besoin de rappeler. Cela ne va pas nous conduire à intervenir militairement partout.
Simplement, nous rappellerons que partout, l'aspiration des peuples à la liberté et à la démocratie doit être respectée, que partout la violence doit être bannie et que nous condamnons l'utilisation de cette violence et nous appelons au dialogue, où que ce soit, que ce soit à Bahreïn, au Yémen, en Syrie. Je ne vais pas faire la liste de tous les pays dans lesquels cette vague d'aspiration à la liberté se soulève. C'est une chance formidable. C'est un événement majeur et historique. Il ne faut pas en avoir peur. Je pense que ce mouvement sera irrépressible. Il y aura sans doute des dictatures qui essaieront de se maintenir. Elles ne résisteront pas sur la durée. Je crois que ces mouvements s'imposeront partout avec le temps, et j'espère avec le moins de temps possible.
Q - Monsieur le Ministre, pour compléter la question de ma consœur, est-ce que quand même l'action actuelle qui est menée en Libye sert d'avertissement à tous les régimes qui pourraient être tentés d'utiliser les mêmes moyens que le colonel Kadhafi pour réprimer les populations ? Deuxième question : pour préparer la suite, est-ce qu'il est prévu que des Libyens soient présents à la réunion des ministres des Affaires étrangères à Londres la semaine prochaine ?
R - Sur le premier point, j'espère que oui, que ce sera un signal. Je dis parfois que le métier de dictateur est désormais devenu un métier à hauts risques. Quand je dis cela, je pense notamment à l'implication de la Cour pénale internationale. Milosevic est mort en prison, avant d'être jugé, mais il est mort en prison. Taylor vient de subir son procès, on attend le verdict. D'autres dictateurs sont sous le coup de procédures de la Cour pénale internationale, y compris d'ailleurs Kadhafi. Je pense que c'est un grand changement et que cela pourra amener les uns et les autres à réfléchir. C'est vrai aussi en Côte d'Ivoire pour Gbagbo. Espérons que tout cela aura valeur d'exemple.
Concernant votre deuxième question, je ne peux pas répondre à cette question. Je ne sais pas si on a invité le Conseil national de transition. C'est un point qu'il faudra que je vérifie.
Q - Monsieur le Ministre, vous allez rencontrer ce matin le ministre des Affaires étrangères israélien, M. Liebermann. Compte-tenu de ce qui s'est passé hier en Israël, pensez-vous que cette reprise de violence est liée aux récents événements dans les pays arabes ? Qu'allez-vous lui dire à ce sujet ?
R - Je lui dirai d'abord que la France condamne avec la plus grande fermeté, la plus grande indignation cet attentat et que nous sommes solidaires du peuple israélien dans son combat pour sa sécurité et son intégrité territorial.
Mais je lui dirai aussi que le statu quo au Proche-Orient n'est pas tenable. Compte-tenu de ce qui se passe dans la région, en Egypte et ailleurs, il faut faire évoluer les choses et mettre en œuvre ce que le Quartet a proposé. Aujourd'hui, le moment est venu de reprendre l'initiative, y compris pour Israël. Voilà un point aussi où les Vingt-sept sont totalement en phase les uns avec les autres. Nous sommes décidés à accentuer la pression pour qu'un processus de dialogue reprenne et que l'engagement qui a été pris pour qu'en 2011 un Etat palestinien voit le jour soit tenu.
Q - Pouvez-vous nous dire quelle sorte de négociation ou de contacts avez-vous avec le régime Kadhafi ? On sait que, pour l'instant, on utilise les armes mais sur le plan diplomatique, que faites-vous pour une issue convenable et éventuellement, pour son départ, exil ou autre ? Par ailleurs, depuis deux ans, la France est intégrée dans le commandement militaire de l'OTAN…
R - Non, la France n'est pas intégrée dans le commandement américain de l'OTAN. La France est intégrée dans l'OTAN. L'OTAN, ce sont des Etats membres qui décident à l'unanimité. Ce ne sont pas les Etats-Unis qui commandent l'OTAN ; c'est juste une précision.
Nous n'avons pas, pour l'instant, de contact avec le régime de Kadhafi. Je vous ai dit tout à l'heure que lorsque l'on en viendra au processus de dialogue national, il est bien évident qu'il faudra des contacts à ce niveau-là, dès lors que Kadhafi, qui fait l'objet, je vous le rappelle, d'une instruction du procureur de la Cour pénale internationale, sera mis de côté.
Q - Depuis quelques jours, on a entendu les propos de la France selon lesquels il y a une inquiétude dans le monde arabe à l'égard de l'OTAN et que c'est justement pour cela qu'il faut que le commandement soit séparé. On y voit une certaine ironie dans le fait que la France, qui vient juste de rentrer dans l'OTAN, maintenant se sépare du label de l'OTAN. On sait bien que les labels évoluent. N'est-ce pas le moment pour faire évoluer justement ce label ?
R - Sur le deuxième point, c'est toujours la France qui est sous les projecteurs. Peut-être que nous le méritons, peut-être que nous sommes plus actifs que d'autres. Mais qu'est-ce qui bloque en ce moment au Conseil de l'Atlantique Nord ? C'est la France, un peu - parce que nous avons voulu clarifier les choses -, c'est l'Allemagne et c'est la Turquie. Donc ne faisons pas porter à nouveau à la France le poids de toutes les responsabilités.
Pour nous, c'est tout à fait clair, je vous l'ai dit : laisser croire à l'ensemble de la communauté internationale que ce que nous faisons en Libye est placé sous la seule responsabilité politique et militaire de l'OTAN est une erreur. C'est une erreur parce que les pays arabes ne le sentent pas comme cela. Que nous arrivions à leur montrer qu'il y a une référence politique, c'est les résolutions du Conseil de sécurité ; qu'il y a un pilotage politique, c'est l'ensemble de ce groupe qui se constitue ; et qu'ensuite il y a un bras séculier qui est l'OTAN, ça je pense que l'on peut le leur faire accepter et que beaucoup sont prêts à le faire.
Mais, faisons preuve d'un peu de diplomatie - cela va de soi ici bien sûr - mais de sens de la mesure et de l'équilibre. Et par souci de vendre le label OTAN à tout propos et hors de propos, n'allons pas labelliser cette opération comme OTAN. Cela serait contre-productif. Ce n'est pas que cela gêne la France, c'est que je pense que ce ne serait pas une bonne chose vis-à-vis du monde arabe. J'espère que nos partenaires le comprendront.
Je rappelle aussi, en sens inverse, que l'on nous a beaucoup dit qu'à partir du moment où nous entrions dans les structures intégrées de l'OTAN, nous étions complètement sous la coupe des Américains. Je constate qu'à l'OTAN, tout se passe à l'unanimité.
Q - Monsieur le Ministre, en juillet 2009, le président de la République avait réuni tous les chefs d'État de la Méditerranée ; beaucoup de ne sont plus là. Il avait célébré aussi la relation franco-syrienne, et il avait invité à la suite de cela trois fois le président Assad. Où en est aujourd'hui la relation franco-syrienne ? Quel est votre commentaire sur ce qui se passe à Deraa aujourd'hui ? Comment voyez-vous les choses entre la France et la Syrie après cela ?
R - D'abord, je voudrais dire que l'idée de l'Union pour la Méditerranée, c'est-à-dire au-delà du mot ou de l'expression, l'idée que nos destins sont communs et que nous sommes liés aussi bien sur le plan politique qu'économique ou humain entre la rive Nord et la rive Sud de la Méditerranée, est une idée qui s'impose à l'évidence. Elle est même, je dirais, prémonitoire. On parle beaucoup des questions de migration, d'immigration. Vous savez qu'elles sont très sensibles ici, chez nous. Soyons clairs. Nous ne maîtriserons pas les flux migratoires si nous n'arrivons pas à diminuer les inégalités de développement entre le nord et le sud de la Méditerranée. L'objectif, c'est de permettre à cette immense jeunesse des pays du Sud de trouver du travail chez elle. C'est ce qu'elle souhaite fondamentalement, se former bien sûr, travailler dans un climat de liberté et de démocratie. C'est cela l'objectif. C'est comme cela que l'on y arrivera. Ce n'est pas en construisant un mur. Il y a des pays qui ont essayé de construire des murs pour contrôler les flux migratoires, on a vu ce que cela a donné. Cette intuition de l'Union pour la Méditerranée est plus forte et plus nécessaire que jamais. Nous souhaitons la relancer.
Alors vous me dites que nous l'avons fait avec des chefs d'Etat qui ont disparu, mais les peuples n'ont pas disparu. On s'est adressé à des gouvernements. Ce qui nous intéresse, c'est de nous adresser aux peuples. Il appartient à ces peuples de choisir leur dirigeant et ce n'est pas cela qui rend inopérante l'Union pour la Méditerranée. Nous allons essayer de la relancer.
Sur ce que j'appellerais la politique arabe de la France, je vois bien aujourd'hui qu'un grand changement est en train de s'opérer. Très longtemps, notre politique arabe a visé à la stabilité du monde arabe. Sous les chefs d'Etat successifs, depuis le général de Gaulle, c'était la stabilité et donc les régimes en place qui nous apparaissaient à tort ou à raison, comme des éléments de stabilité. Aujourd'hui, notre politique arabe, c'est d'être à l'écoute des aspirations des peuples et de leur permettre de progresser vers la liberté et la démocratie. Cela s'applique à la Syrie. Il faut que la Syrie tienne compte de ce mouvement général qui traverse le monde arabe et, au-delà du monde arabe. Nous l'appelons à cesser la répression et à s'engager dans la voie du dialogue et des changements démocratiques.
Q - Il y a deux membres du Conseil de l'opposition provisoire actuellement à Paris. Ils ont rencontré quelques membres de la presse, il y a deux jours. Ils ont dit qu'ils ont la volonté pour finir cette guerre seuls, après les frappes aériennes. Mais ils ont besoin d'armes. Ils souhaitent que la coalition leur donne des armes. Est-ce que cela est une option ?
R - Le Conseil de sécurité a dans sa résolution prévu un embargo sur les armes.
Q - Vous n'êtes plus ministre de la Défense mais, selon vous, pour un commandement intégré idéal, y a-t-il des conditions nécessaires ?
R - J'ai répondu, je crois, à cette question. Je vous ai dit que pour nous cette opération était sous la responsabilité des Nations unies, menée par une coalition de pays, avec le soutien opérationnel de l'Alliance atlantique qui est la seule organisation aujourd'hui capable de coordonner une opération aussi sensible. Il y a beaucoup d'avions qui volent, il y a des tirs de missiles, il y a des bateaux. Tout ceci nécessite un savoir-faire opérationnel et c'est l'OTAN qui aujourd'hui a ce savoir-faire. Voilà comment nous concevons les choses, et je crois que cela fonctionne bien.
Q - Deux questions. La première sur la participation des pays arabes. Depuis le début, la France a envisagé une participation des pays arabes à l'opération, mais on a eu une position de la Ligue arabe un peu contradictoire, et la participation directe d'un seul pays arabe. Êtes-vous peut-être un peu déçu du comportement de ces pays arabes ?
Deuxième question : dans le futur proche, envisagez-vous d'avoir des négociations directes avec M. Kadhafi ? Peut-il encore être un interlocuteur pour essayer de trouver une solution au conflit en cours ? L'idée d'une Libye divisée est-elle envisageable ?
R - Sur la participation des pays arabes, je ne suis pas déçu. A Paris, il y avait le secrétaire général de la Ligue arabe, le Maroc, la Jordanie, l'Irak, le Qatar, les Emirats arabes unis. Le Sommet a envoyé un message très clair. Depuis, nous sommes en contact permanent avec la Ligue arabe. Ces déclarations ne sont pas ambigües. On a prêté à M. Moussa des propos qu'il a rectifiés dès le lendemain, il a continué à soutenir les résolutions du Conseil de sécurité et leur application. Il est très vigilant, bien entendu, pour que toute victime civile soit évitée, et nous partageons pleinement ce sentiment. Mardi, il y aura des représentants de la Ligue arabe, et peut-être de pays arabes, y compris - nous l'avions invitée - l'Arabie saoudite ou d'autres. De ce point de vue, il n'y a pas de déception. Nous sommes très attachés à ce que la Ligue et le Conseil de coopération du Golfe et des pays arabes soient pleinement associés à l'opération, de même que l'Union africaine.
Concernant votre deuxième question, c'est aux Libyens d'en décider. Ce n'est pas nous qui allons organiser la concertation, le dialogue national autour de la table. C'est aux Libyens de décider qui doit siéger ou ne pas siéger. De notre point de vue, Kadhafi s'est discrédité. Nous n'aurons pas de contact direct avec lui. Je le répète c'est aux Libyens de voir comment les choses évolueront. Je n'imagine pas que dans le contexte général un dictateur qui a sur les mains le sang d'un grand nombre de ses compatriotes - il y a eu beaucoup de victimes civiles, encore aujourd'hui des bombardements d'hôpitaux - puisse être considéré par qui que ce soit comme un interlocuteur valable.
Quant à la partition de la Libye, naturellement, nous souhaitons que tout soit fait pour l'éviter, et que la Libye garde son intégrité territoriale comme l'a d'ailleurs souhaité le Conseil de sécurité.
Q - Votre homologue allemand, Guido Westerwelle, dit beaucoup en privé que la France est «va-t-en guerre» pour compenser un retard à l'allumage par rapport à la Tunisie et à l'Egypte. Avez-vous le sentiment que la diplomatie française a repris des couleurs ? Il y a deux jours, Laurent Wauquiez avait une sorte de lyrisme devant les sénateurs, en disant : «je suis fier de la diplomatie française». Y a-t-il eu un changement ?
R - Moi aussi, j'en suis assez fier, je ne vous le cache pas. Je voudrais d'abord dire que le président de la République a été en permanence à l'initiative, notamment dans ses contacts avec les chefs d'Etat, et que notre diplomatie a relayé tout cela. Je voudrais en particulier rendre hommage à notre représentation permanente à New York qui a fait un boulot formidable. N'attendez pas de moi que j'aie des propos désagréable sur mon collègue allemand. J'aime beaucoup M. Westerwelle et je souhaite travailler en étroite confiance avec lui. Il a ses positions, j'ai les miennes, cela arrive dans la vie et ce n'est pas la première fois dans la relation franco-allemande que c'est le cas.
Je voudrais d'ailleurs rappeler que l'affaire libyenne ne doit pas occulter tout le reste. Le Conseil européen sur les questions économiques et monétaires a été un très grand succès et la France et l'Allemagne y ont travaillé tout à fait la main dans la main. L'axe franco-allemand reste un élément tout à fait déterminant.
Quant à la question de savoir si la France est va-t-en guerre, je vous le dis, je ne me regarderais pas avec sérénité dans la glace si on n'avait pas fait ce que l'on a fait, et si nous avions aujourd'hui sur la conscience des centaines de morts à Benghazi.
Q - Hier, James Jones, l'ancien conseiller national à la sécurité de Barack Obama était à Paris. Il a eu une phrase que je résume en disant : «Si dans 6 mois Kadhafi est encore là, il faudra commencer à se faire du souci». Quelle est la durée que vous donnez à l'opération militaire occidentale ? Combien de temps peut-elle tenir par rapport à une opinion publique arabe très fragile ?
R - Il ne s'agit pas d'une opération «occidentale», le Qatar n'est pas un pays occidental et il y a des avions qatariens qui volent. C'est une coalition internationale. Le temps nécessaire pour que les capacités militaires de Kadhafi qu'il utilise contre sa population soient détruites, cela peut se compter en jours ou en semaines, certainement pas en mois.
Q - Comment jugez-vous les conséquences de l'abstention allemande au Conseil de sécurité sur les efforts d'établissement d'une politique étrangère commune de l'Union européenne ?
R - Tout reste à faire. Je l'ai dit au Conseil des ministres lundi dernier. Nous sommes aujourd'hui dans une situation où, pour beaucoup de nos partenaires, l'Union européenne est une ONG humanitaire. Ce n'est pas notre conception. Nous pensons que l'Union européenne doit être une puissance politique capable de faire entendre sa voix dans le monde, avec une diplomatie. Il n'y a pas de diplomatie sans la possibilité, le cas échéant, d'utiliser des moyens militaires.
D'ailleurs des progrès ont été faits dans ce sens. Quand je dis que l'Union européenne est, pour beaucoup de nos partenaires, une ONG humanitaire, ce n'est pas tout à fait vrai, nous avons des positions sur des points essentiels.
J'ai parlé tout à l'heure du conflit israélo-palestinien, il y a une position commune et forte de l'Union européenne sur ce point. Nous avons été capables de monter des opérations militaires dans le passé, nous avons toujours, au large des côtes de la Somalie, une opération européenne. Il faut donc continuer dans ce sens.
Alors, simplement - peut-être devons-nous nous y habituer -, ce ne sont pas toujours les mêmes pays de l'Union qui se retrouvent sur tous les thèmes. On voit bien aujourd'hui que dans le domaine économique et monétaire, les pays de la zone euro ont un rôle essentiel à jouer et peut-être que sur le plan de la sécurité et de la défense, une autre géométrie est souhaitable. De ce point de vue, la coopération franco-britannique est absolument essentielle, avec d'autres qui sont prêts à s'y associer : la Pologne, l'Espagne ou d'autres.
Q - Première question, sur la Côte d'Ivoire, vous avez dit récemment que vous souhaitez voir s'agrandir le rôle de la communauté internationale en Côte d'Ivoire. De quelle manière souhaitez-vous que se réalise le départ du président sortant ?
Deuxième question : où en sont les relations franco australiennes ?
R - Sur la Côte d'Ivoire, ce qui s'y passe est inacceptable, il y a des dizaines de morts tous les jours. La violence ne cesse de monter, il faut arrêter ce processus de violences. Je voulais simplement dire, à ce propos, que l'Union européenne et la France au sein de l'Union européenne, n'ont pas vocation à régler tous les problèmes de la planète.
Il y a d'autres organisations qui doivent prendre leurs responsabilités. S'agissant de la Côte d'Ivoire, il y en a deux : les Nations unies et l'Union africaine.
Il y a 12.000 Casques bleus en Côte d'Ivoire, dont 10.000 à Abidjan. On ne peut pas accepter qu'ils regardent se dérouler ce qui se passe aujourd'hui en Côte d'Ivoire sans réagir. Ils sont sous chapitre VII de la Charte des Nations unies. Ils ont le droit d'utiliser la force non seulement pour se défendre mais pour arrêter les combats. Je demande donc au Secrétaire général des Nations unies, comme je l'ai demandé au directeur des opérations militaires de l'ONU, de faire en sorte que l'ONUCI joue son rôle.
Il y a une deuxième organisation qui a un rôle capital à jouer, c'est l'Union africaine. J'en ai parlé hier encore à M. Ping ; la France ne va pas se substituer à l'Union africaine. La France n'interviendra pas en Côte d'Ivoire pour installer le président, élu par les Ivoiriens au cours des dernières élections, au pouvoir. C'est à l'Union africaine de le faire. Elle a pris une position extrêmement claire, elle a demandé à Gbagbo de partir, elle a reconnu qu'Alassane Ouattara était le seul président légitime. C'est à l'Union africaine maintenant d'utiliser les moyens nécessaires : les pressions politiques, les sanctions, le cas échéant, comme la CEDEAO l'avait envisagé, la menace de la force pour que le droit s'impose et que Gbagbo s'en aille.
Sur les relations franco-australiennes, il faut les activer et je suis prêt à rencontrer mon homologue australien. Elles sont bonnes, nous n'avons pas de conflit, mais il faut sans doute les resserrer. Je vais vous faire un aveu extrêmement coupable, c'est que, dans ma vie de ministre et dans ma vie tout court, je ne suis jamais allé en Australie. Donc voila, une défaillance coupable à laquelle il va falloir que je porte rapidement remède, d'autant que mon collègue australien m'a chaleureusement invité à lui rendre visite. Les relations sont bonnes, mais il faut les intensifier encore.
Q - Concernant la Libye, c'est aux Libyens de décider, mais le Conseil national de transition est-il prêt à négocier avec Kadhafi ?
R - C'est à eux de savoir avec qui ils veulent négocier. Je dis simplement qu'autour de la table il faudra qu'il y ait les différentes parties concernées. Je souhaite de tout cœur que, dans ce processus, Kadhafi puisse être mis de côté, mais ce n'est pas à moi d'en décider.
Q - En ce qui concerne ce groupe de contact, comment va-t-il s'organiser ?
R - Les invitations sont lancées, il se réunira mardi à Londres et c'est une idée que nous avons eue avec William Hague. J'ai pensé que c'était bien que le groupe se réunisse à Londres. L'idée serait d'ailleurs de le réunir périodiquement pour qu'il puisse continuer à assumer son rôle. Son organisation sera donc très souple, mais avec cette vocation d'assurer le suivi politique de l'opération et le respect de l'esprit des résolutions du Conseil de sécurité.
Q - En ce qui concerne l'OTAN, avez-vous eu des réactions ?
R - Il est très content, c'est très bien d'être le bras séculier.
Q - Vous avez parlé tout à l'heure du commandement de l'OTAN. Pouvez-vous distinguer les opérations ? Je pense notamment à l'article 4 de la résolution de l'ONU, est-ce que l'autorisation de tirer sur des troupes au sol fera partie de la responsabilité de l'OTAN ?
Deuxième question, sur les Etats-Unis : quelle est votre appréciation de la difficulté des États-Unis à entrer et à suivre la France dans toute cette affaire ? Pensez-vous que c'est le fait d'avoir un président démocrate en face de vous ?
R - Sur le premier point, les choses sont en discussion. Je vous donnerai mon sentiment, qui est celui d'un non militaire, je ne vois pas comment on peut séparer la planification d'une zone d'exclusion aérienne et celle de frappes au sol, quand il y a des avions, des missiles. S'il n'y a pas unité dans la chaîne de commandement, cela me paraît un peu difficile. Pour nous ce n'est pas une difficulté.
En ce qui concerne les États-Unis, ce n'est un secret pour personne, il y a eu des appréciations différentes dans l'administration américaine avant que les choses ne soient mises en cohérence. Le président Obama a déclaré très tôt que M. Kadhafi devait partir, et les Américains ensuite se sont engagés et ils ont joué un rôle essentiel dans toute la première phase de l'opération. Pour le reste est-ce que c'est un président démocrate ou républicain… C'est à vous de faire des commentaires là-dessus, je n'en ferai pas.
Q - Pour ce qui est des Etats-Unis, est-ce que vous ne regrettez pas cette indécision ?
Et deuxième question sur l'Arabie saoudite : vous avez dit tout à l'heure que le mouvement, qui touche le Moyen-Orient, les pays arabes, était irréversible. Pensez-vous que cela va toucher également l'Arabie saoudite et est-ce que cela vous préoccupe ?
R - Sur le premier point, je ne conçois pas ma fonction ici comme consistant à critiquer mes alliés. Nous sommes les alliés des Etats-Unis, nous avons de bonnes relations avec eux. Nous nous disons les choses franchement, j'ai de très bons contacts avec Hillary Clinton. Ensuite, ce qui se passe en interne aux Etats-Unis, le jeu des pouvoirs, c'est aux Américains de gérer tout cela.
Je dirais simplement que l'on a expliqué que la France n'avait pas vu venir les événements en Tunisie. Relativisons tout cela, qui l'a vu venir ? Qui a été beaucoup plus réactif ? Pas grand monde. Nous nous sommes les uns et les autres adaptés et je crois que la France a joué son rôle tout comme les Etats-Unis ont joué le leur.
Concernant l'Arabie saoudite, ce que j'ai dit s'applique à tous les pays de la région. Il faudra bien que tous les pays se rendent compte qu'aujourd'hui les aspirations populaires doivent être prises en compte. C'est une région très difficile, parce qu'il faut aussi tenir compte des spécificités de chaque pays, des problèmes de communauté, la relation entre sunnites et chiites est un élément fondamental.
On nous dit toujours que c'est le pétrole qui commande tout. Ce n'est pas vrai, cette idée que l'on fasse tout cela pour le pétrole est simpliste. Pour avoir du pétrole régulier et bon marché, le mieux aurait été de ne rien changer en Libye. Donc ce n'est pas le pétrole qui nous pousse dans tout cela.
Ce n'est pas le pétrole qui est en jeu, c'est la relation entre sunnites et chiites qui est un sujet difficile, et je souhaite que le Quai d'Orsay organise une réflexion de fond avec des experts du Nord et du Sud, des Arabes, sur ce qui se passe, sur ces transformations en profondeur, sur ces évolutions démocratiques.
Que pouvons-nous faire ? Comment les accompagner ? Comment respecter les spécificités du monde arabe ? Nous sommes en train de programmer au mois d'avril, vraisemblablement à l'Institut du Monde arabe, une grande rencontre sur ces questions fondamentales que l'on ne peut pas régler dans un point de presse et qui méritent une réflexion très approfondie.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 mars 2011