Entretien de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, avec "France Info" le 11 juillet 2011, sur la crise libyenne et l'avenir politique du colonel Kadhafi.

Texte intégral

Sans que les choses ne soient dites tout à fait aussi clairement, il apparaît que la mise à l'écart de Kadhafi est aujourd'hui considérée comme inévitable. Et donc, nous avons tout intérêt à continuer à travailler avec l'Union africaine qui peut jouer un rôle très positif.
On voit bien les différentes étapes d'une solution, il faut atteindre un cessez-le-feu qui en soit véritablement un, sous contrôle des Nations unies, il faut ensuite engager un processus de négociation inclusif avec le Conseil national de transition mais aussi les autres acteurs libyens et en particulier ceux qui, à Tripoli ont bien compris que Kadhafi n'avait pas d'avenir. Ensuite, il faut engager la feuille de route d'un processus démocratique.
Là-dessus, nous sommes d'accord. La difficulté aujourd'hui est de savoir comment provoquer la mise à l'écart de Kadhafi de toute responsabilité politique et militaire et c'est là-dessus qu'il faut que nous travaillions dans la perspective de la réunion d'Istanbul et peut-être, c'est ce que j'ai suggéré d'ailleurs, d'une réunion du Groupe de contact à Addis Abeba.
Q - L'Union africaine est-elle prête à se déclarer publiquement ?
R - Publiquement non mais ce qui compte, c'est l'action qui est menée et qui va tout à fait dans cette direction. La question du point de chute de Kadhafi est accessoire, ce qu'il nous faut maintenant, c'est engager un processus de discussion entre le Conseil national de transition et les autres acteurs que j'ai évoqué en traitant la question Kadhafi et c'est cela qui n'est pas encore tout à fait au clair.
Q - Êtes-vous optimiste ? Au début du mois d'août commence le Ramadan, la période des grosses chaleurs, faut-il conclure cette crise libyenne avant ?
R - Optimiste avec mesure. Je crois que Kadhafi ne partira pas spontanément, il faut donc à la fois que la pression militaire continue à s'exercer sur lui mais aussi la pression diplomatique. De ce point de vue, l'aide de l'Union africaine peut être extrêmement importante. Ensuite, je me garderai bien de donner les périodes de temps, mais je crois que nous essayons de travailler dans un calendrier resserré.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 juillet 2011