Déclaration de M. Georges Sarre, président du Mouvement des citoyens, sur la croissance des inégalités générée par l'ultralibéralisme et sur le soutien à Jean-Pierre Chevènement, candidat à l'élection présidentielle 2002, Paris, le 7 juillet 2001.

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Circonstance : Conseil national du Mouvement des citoyens à Paris, le 7 juillet 2001

Texte intégral

Chers Amis, Chers Camarades,
Nous assistons en apparence à la victoire sans partage, au triomphe sans limite, du capitalisme financier. La restructuration annoncée d'Alcatel en est la meilleure illustration. Une industrie sans usine ! Une entreprise sans production !
Un capitalisme sans classe ouvrière ! Jamais dans leurs délires les plus fous, les rentiers du XIXème siècle n'ont osé rêver à un tel paradis : des dividendes et de la spéculation sans masse hideuse, sans classe dangereuse. La réalité est autre, bien sûr. Alcatel se réduira à un siège social, à des offres de service et à des centres de recherche de haute technologie. Les usines en France ne seront pas seulement externalisées, elles seront bientôt exportées. Avant leur délocalisation, leur fermeture pour parler clairement, les procédures de la rénovation sociale imaginée par Elisabeth Guigou et amendée par Robert Hue seront respectées. Les ouvriers seront informés dans les formes de leur futur chômage. Les lendemains seront tout aussi tristes et durs pour les intéressés. Pour nécessaire qu'elle soit, la politesse ne remplace pas la politique.
Autre exemple, EDF. La stratégie de François Roussely, qui repose sur une accumulation d'acquisitions à travers le monde, prépare la privatisation et la légitime par avance. Le service public sera démantelé. Et, d'ici une décennie, en matière d'électricité, la France devrait connaître une situation comparable à celle de la Californie d'aujourd'hui. Mais, la direction d'EDF se voit déjà ailleurs ; elle se pense à la tête d'un groupe mondialisé. En effet, il est désormais urgent en France d'investir dans de nouveaux moyens de production d'électricité. La nouvelle filière nucléaire, dite EPR, est prête sur le plan scientifique ; il suffit d'une décision politique et d'une volonté de réunir les capitaux nécessaires. Enfin, il faut lancer la recherche sur le réacteur à haute température, susceptible d'éliminer au moins en partie les déchets radio-actif. Si le résultat de l'élection présidentielle ne met pas fin à cette braderie, l'ouverture du capital commencera un peu après ce scrutin. Comme pour France Télécom, elle sera progressive pour ne pas assécher le marché des capitaux. Le personnel sera anesthésié par une forme subtile de complicité intéressée : il lui sera proposé des actions à un prix plus qu'avantageux. C'est la liquidation du programme du Conseil National de la Résistance.
Je pourrais allonger à l'infini la liste des exemples qui montrent l'arrogance sans retenue de l'argent. Je pourrais aussi dénoncer le revers de ces comportements sans pudeur.
Le capitalisme financier a aussi ses désastres : AOM - Air Liberté le montre avec un sinistre éclat. Il y a aussi tous ces plans sociaux qui se multiplient. L'actionnaire se refait ailleurs, pendant que le salarié paye les pots qu'il n'a pas cassé. Nous sommes dans un casino où le perdant est rarement le joueur. Je veux encore mentionner la difficulté que rencontre ce capital financier pour maîtriser les technologies performantes de la communication. Ce qui a été rapidement et pompeusement dénommé " nouvelle économie " s'est avéré plus un Waterloo qu'un Eldorado. Internet est un trop bel outil pour se laisser piéger par la seule logique du profit. Là encore, les jeunes pousses ont pris tous les risques, puis le capital installé est venu récupérer ce qui lui semble intéressant.
On voit bien que cette victoire, que ce triomphe du capitalisme financier ne sont qu'apparents. Ils ne sont possibles que par manque de résistance, de volonté politique. Ils ne sont possibles que par la résignation prêchée, que par l'idéologie diffusée, que par cette communication qui n'est que propagande.
Et, la fracture sociale s'accentue. De plus en plus, notre société devient trinaire.
En haut, les inclus, ceux qui participent à l'économie mondialisée, qui en profitent et qui organisent tout en fonction de leurs intérêts. En bas, les exclus, ceux qui font peur, ceux qui vivent de la solidarité, mot qui remplace charité, mot qui est la bonne conscience des autres. Au milieu, l'immense masse des reclus, ceux qui espèrent l'inclusion, ceux qui craignent l'exclusion, ceux à qui ont jettent à ronger l'humanitaire, l'écologie et la démocratie participative.
Alors, l'année prochaine, il y a l'élection présidentielle. Les partis des deux candidats sortants esquissent leur programme. Regardons celui du Parti Socialiste : de l'institutionnel et du constitutionnel. Il faut multiplier les honneurs et les places pour les adhérents et les adhérentes au nom de la démocratie de proximité. Chacun dans son quartier, chacun autour de son clocher, mais surtout pas au-delà. La proximité est la myopie infligée aux citoyens, l'alibi des marchés sans rivage, la décomposition aboutie des nations dans l'Europe des régions. Dans ce programme, rien sur l'économie, rien sur les spéculations financières, rien sur les licenciements de convenance boursière. Et, pendant ce temps là, le gouvernement continue de brader et de liquider le secteur public, le moyen permettant à la République d'intervenir dans le champ de l'économie. Le gouvernement Jospin aura été, et de loin, le gouvernement qui aura en France le plus privatisé, y compris des activités qui appartenaient à la Nation depuis la monarchie.
Je n'ose dire " examinons le programme du RPR ". On ne peut pas examiner le néant. Cette indigence affligeante a au moins l'honnêteté intellectuelle de reconnaître une totale capitulation devant les marchés.
Seul problème : disperser la France à l'encan, soumettre sa politique à la " corbeille ", revenir sur les acquis de la Libération, devraient conduire à supprimer toute référence au Général de Gaulle.
Un mot sur ceux qui se réclament de la gauche plurielle ou ultra. Pathétique, Robert Hue se débat pour survivre, pour être autre chose politiquement qu'un simple supplétif, qu'un ramasse voix pour second tour. Mais, l'héritage, qui pour une grande part est si glorieux, repose à jamais sous les décombres du mur de Berlin et dans la décomposition de l'Union soviétique. Quoiqu'ils en disent, écologistes et trotskistes vivent un étrange paradoxe. D'une part, ils dénoncent et ils combattent la mondialisation. D'autre part, la mondialisation correspond à leur vision de l'histoire. Pour les écologistes, il n'y a qu'une planète à gérer. Pour les trotskistes, la " Révolution " ne peut être que mondiale. Ils essayent de s'en sortir en condamnant le caractère libéral de l'actuelle mondialisation. Mais, ils ne voient pas que la mondialisation ne peut être que libérale et même ultra libérale. Pour son triomphe, la mondialisation a besoin de casser les nations, de confiner l'Etat, de leur substituer le marché et sa main invisible. La mondialisation repose sur la spontanéité des mécanismes économiques, et non sur leur organisation et leur planification. En revanche, la mondialisation peut passer par des étapes. La construction européenne actuelle en est le meilleur exemple. Elle n'est pas un rempart pour les peuples. Elle est au contraire un boulet et un carcan supplémentaire.
Quand un peuple ose s'opposer, il est condamné à revoter jusqu'à obtempérer. Le peuple danois en a fait l'expérience. Le peuple irlandais va en faire l'expérience. De toutes les façons, son avis n'a aucune importance, n'a aucune valeur, comme l'a dit en toute élégance "démocratique" Monsieur Prodi. Il est vrai que pour les européistes la démocratie réside désormais dans la société civile, et non plus dans le suffrage universel. Après l'économie sans la production, voici la politique sans le peuple. Nos élites se comportent comme des adolescents attardés qui vivent dans le monde virtuel de leurs jeux électroniques. Le réveil sera brutal.
Notre réponse, vous la connaissez, c'est la République, cette République qui dans sa logique ne peut être que sociale, cette République qui se confond avec la Nation, espace naturel et pertinent de la démocratie.
Notre réponse exige la constitution d'un pôle républicain. Nous ne demandons pas à ceux qui veulent le rejoindre d'où ils viennent. Nous leur demandons où ils veulent aller. Et, s'ils veulent aller à la République, allons-y tous ensemble.
Notre réponse demande une candidature républicaine à l'élection présidentielle qui change la donne. Nous avons un candidat. Vous le connaissez. Et, nous souhaitons tous qu'il se présente.
Mais, il faut que cette candidature, que sa candidature ait un sens. Et, pour qu'elle ait un sens, il faut dès maintenant élargir, rassembler, convaincre, au-delà du Mouvement des Citoyens. Les comités d'appel à la candidature de Jean-Pierre Chevènement ont été créés avec cet objectif. Dans le pôle républicain, chacun vient sur ses bases, pourvu que ses bases soient celles de la République grande, ouverte, généreuse, de la République dans son aspect accueillant, dans sa dimension sociale. L'important, l'essentiel même, c'est d'engager un mouvement de fond dans la société française pour Jean-Pierre Chevènement bien sûr, mais par delà sa personne pour la République. Aujourd'hui, nous devons tous nous poser deux questions. Qu'avons nous fait depuis le Congrès de Marseille ? Que ferons-nous d'ici la réunion de Vincennes le 9 septembre prochain ? Il n'y a pas un jour à perdre. Il faut prendre contact. Il faut renouveler et proposer à ceux qui nous rejoignent des actions et des responsabilités. Ils ont à nous apprendre. Il faut oublier les vieilles querelles et les divergences anciennes. Nous ne serons jamais assez nombreux pour la République.
Pendant ce temps des vacances qui s'ouvre, l'urgent est qu'un grand nombre de nos concitoyens rejoignent les comités. Il ne s'agit pas d'une adhésion. Il n'y a qu'un engagement moral, tout faire pour favoriser la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Il suffit de donner sa signature pour marquer son intérêt politique.
Et puis, en septembre, avant l'anniversaire de Valmy, comme nous l'espérons tous, ces comités d'appel pourraient se transformer en comités de soutien. Le Mouvement des Citoyens devra naturellement en devenir la chenille ouvrière. Sans esprit de boutique, nous devrons nous lancer dans cette campagne de rassemblement pour la République.
Tout de suite après la présidentielle, il y aura les législatives. Les comités d'appel, devenus comités de soutien, auront à jouer un rôle essentiel. Nous devons présenter au moins 350 candidats. C'est le minimum minimorum, le plancher. Naturellement ces candidats ont vocation à se présenter partout, dans toutes les circonscriptions - y compris là où il y a aujourd'hui des députés sortants appartenant aux différentes formations de la majorité -. Et, nos candidats devront refléter l'ensemble du pôle républicain.
Nous devrons présenter des candidats pour gagner et non pour témoigner.
Nous devrons présenter des candidats pour renouveler un personnel politique à bout de souffle.
Nous devrons présenter des candidats pour que nos concitoyens retrouvent le chemin de la République et l'amour de la patrie.
Le dédoublement de l'année politique qui s'annonce ne proviendra pas tellement des deux étapes, d'abord la présidentielle, ensuite les législatives. Le dédoublement de cette année découlera des deux niveaux où elle se jouera. Il y aura une campagne électorale classique pour les deux scrutins.
Nous devrons aussi mener une campagne idéologique pour expliquer concrètement la République et la citoyenneté. Partout l'initiative, le sérieux, l'imagination doivent être sollicités.
Chers Amis, Chers Camarades,
Le défi est donc immense. Mais, le Mouvement des Citoyens n'a jamais craint les défis pourvu qu'ils soient salvateurs. Or, rien n'est plus audacieux, moderne, exemplaire que la République. C'est pour cela que nous voulons y aller. C'est pour cela que nous nous mobilisons. C'est comme cela que nous étonnerons. La réussite est à ce prix. Alors, bonnes vacances : un repos mérité dans des vacances militantes avant une année exaltante. Rendez-vous le 9 septembre à Vincennes. Vous viendrez à pied, en métro, en auto, à vélo, à cheval, en rollers ou même en trottinette. Il faudra être là. Et vous pourrez dire un jour, j'y étais.
(source http://www.georges-sarre.net, le 1er octobre 2001)