Texte intégral
Monsieur le ministre,
Madame la Directrice générale de l'Office National des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs,
Je tenais tout particulièrement à être présent aujourd'hui pour ouvrir ce colloque. Il correspond à la politique que je mène pour inclure pleinement dans la mémoire nationale le souvenir des opérations extérieures les plus récentes. Cette nouvelle génération du feu est issue de plus de 200 opérations extérieures au cours desquelles plus de 600 militaires sont morts au service de la France. Le 1er octobre dernier, aux côtés du ministre de la Défense et de la directrice générale de l'ONACVG, j'ai remis la croix du combattant à 50 soldats engagés dans le cadre d'opérations extérieures. Récemment encore, le ministère de la Défense a décidé de simplifier l'accès à la carte du combattant pour tous les soldats revenus d'opérations extérieures.
La guerre en ex-Yougoslavie qui eut lieu de 1992 à 1995 fut la première de ces opérations extérieures dans l'ère post-Guerre Froide. Elle engagea jusqu'à 7100 soldats français en septembre 1995. Elle n'est pourtant pas la mieux connue de notre mémoire nationale. Or il est essentiel de veiller à ce que chaque ancien combattant de l'armée française soit pleinement conscient de la reconnaissance que lui porte la Nation.
Cette reconnaissance est bien sûr matérielle et passe par l'attribution de cartes du combattant et par l'accompagnement à la réinsertion professionnelle. L'Office national des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre y uvre chaque jour d'ailleurs la Directrice générale de l'Office, Madame Rose-Marie Antoine, qui clôturera ce colloque, aura l'occasion de le rappeler.
Mais la reconnaissance doit être aussi mémorielle et morale. Nous devons comprendre ce que furent les ressentis, les souffrances et les craintes des soldats français engagés dans l'ex-Yougoslavie. Nous devons les écouter et inclure leurs souvenirs dans la mémoire nationale.
C'est pourquoi je me félicite de voir que les soldats auront pleinement la parole dans ce colloque. Ces soldats ont fait et font honneur à la France. Ils défendaient les mêmes valeurs que leurs aînés : la défense du droit et de la démocratie, la défense des populations civiles et des plus fragiles.
Mais ils eurent aussi à affronter la menace des snipers, la vision des exactions et la peur d'être pris en otages. La quatrième table ronde du colloque sera l'occasion d'exprimer, sans tabou ni contrainte, l'étendue de leurs expériences parfois traumatisantes, où la terreur, l'impuissance et la frustration parfois se mêlaient.
La France a mené avec succès un certain nombre d'opérations militaires, comme la reprise du pont de Vrbanja aux militaires serbes, le 27 mai 1995. La France fut encore à l'origine, en juin 1995, de la création de la Force de Réaction Rapide qui joua un rôle décisif dans l'apaisement du conflit. Mais ce n'est que le 25 mai 2009, après dix-sept années de présence en ex-Yougoslavie, que le dernier détachement français a quitté le théâtre des opérations.
Au total, en ex-Yougoslavie, 114 militaires français et 84 casques bleus français en Bosnie ont trouvé la mort. Ce sacrifice a laissé des traces.
On peut ainsi retrouver de nombreux lieux de mémoire en hommage au sacrifice de nos soldats, essentiellement à Sarajevo, dans l'ambassade française, au pont de Vrbanja ou au Mont Igman.
La reconnaissance de l'engagement français doit mettre à l'honneur le sacrifice de nos soldats. Le monument en hommage aux soldats français morts en opérations extérieures, qui sera érigé au Jardin Noir du Parc André Citroën à Paris, a pour finalité de faire vivre cette mémoire et de lui donner toute la place qui lui revient.
Avec Anne Hidalgo, j'ai souhaité porté ce projet et en coordonner la réflexion. J'ai veillé à ce que le ministère de la Défense s'y engage financièrement et que ce projet voit enfin le jour. Les travaux devraient commencer début 2017.
L'ONAC-VG, en lien avec les services de santé des armées, participe également à ce travail de transmission de la mémoire des soldats revenus du feu.
Ce colloque doit aussi contribuer à faire évoluer la recherche et la connaissance historiques. Histoire et mémoire, s'il convient de ne pas, comme trop souvent, les mélanger, sont les deux faces d'une même pièce. Elles se complètent, elles se répondent et restent indissociables.
Vingt après, nous disposons d'un recul suffisant pour mieux appréhender le conflit. Le colloque permettra ainsi de comprendre de plus près le sens de cette guerre en ex-Yougoslavie. Lorsqu'elle éclata, elle parut au mieux anachronique, au pire révoltante et incompréhensible.
L'URSS n'était plus ; l'ère devait être celle de « la fin de l'histoire ». Et voici que, contre toute attente, la guerre, entretenue par la haine des nationalismes, ressurgissait dans les Balkans.
Le 28 juin 1992, François Mitterrand survolait en hélicoptère Sarajevo, assiégée depuis le 2 mai. Avec sa connaissance de l'histoire et l'attention qu'il y portait, l'ancien Président devait songer à cette date du 28 juin. Comme vous le savez, le 28 juin 1914 est la date de l'assassinat de l'héritier François-Ferdinand dans cette même ville de Sarajevo et fut à l'origine de l'engrenage mortel de l'été 1914.
Aujourd'hui encore, les frontières des Balkans se couvrent de barbelés et de murs infranchissables. Aujourd'hui encore, les nationalismes sont exacerbés partout et en particulier en Europe de l'Est. La connaissance de l'histoire peut nous avertir des dangers et des impasses du passé. Ce colloque y contribuera très certainement.
Mesdames et messieurs, ce colloque nous prouve que la transmission de la mémoire est une construction et une exigence.
En accordant une large place au vécu et aux ressentis des soldats, en faisant progresser la connaissance historique sur ce conflit, il est aussi un travail de mémoire dont la qualité sera, je n'en doute pas, à la hauteur de celle de ses intervenants.
Je voulais donc à la fois vous souhaiter des échanges fructueux et vous dire ma satisfaction d'avoir entrepris d'organiser cette manifestation dont j'appelle de tous mes vux la pleine réussite.
Je vous remercie.
Source http://www.defense.gouv.fr, le 11 mai 2016