Déclaration de M. Michel Roussin, ministre de la coopération, en réponse à une question sur la réduction des effectifs dans l'armée tchadienne et la politique de coopération avec le Tchad, à l'Assemblée nationale le 22 octobre 1993.

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Q. : Ma question porte sur l'évolution de l'armée tchadienne. La France a eu à plusieurs reprises l'occasion de faire connaître le prix qu'elle attachait à une diminution progressive de ses effectifs pour qu'elle ait un format compatible avec ses moyens. En accord avec les autorités de ce pays, elle a ainsi mis en œuvre un programme de déflation qui devrait s'étendre sur trois ou quatre ans. Or, sachant que cette armée est largement constituée par des combattants proches de l'ethnie du Président de la République, on mesure toutes les difficultés politiques pour ce dernier d'obtenir un résultat significatif. Cependant, dans le contexte politique difficile que connaît le Tchad, notamment sur le plan des institutions, cette opération prend valeur de test quant à la volonté des autorités tchadiennes de mettre en œuvre une politique d'assainissement des finances publiques et une politique d'apaisement des relations entre les différentes communautés. Peut-on savoir, monsieur le ministre, où en est aujourd'hui ce programme de déflation et quel en est le coût estimé ?

R. : Monsieur le député, le Tchad compte 4,8 millions d'habitants, et son armée 45 000 hommes. Nous ne pouvons pas continuer une coopération avec des pays qui entretiennent des armées pléthoriques. La rigueur dans les affaires de l'État passe aussi par une bonne gestion de tous les services. On ne peut donc pas, dans la situation économique actuelle du Tchad, entretenir une armée de cette importance. En tout cas, la France ne saurait financer une telle institution.

Notre coopération s'inscrit donc dans une évolution. Sans imposer de contraintes, nous avons demandé au gouvernement tchadien de procéder à une déflation de son armée. Un calendrier a été arrêté, qui prévoyait pour août 1993 une réduction des effectifs de 10 000 hommes. Nous n'en sommes qu'à 5 300. Un certain retard a été pris. Le gouvernement tchadien s'est engagé à faire des efforts supplémentaires, et nous arriverons sans doute, en fin d'année, à une déflation qui atteindra 8 000 à 8 500 personnels militaires. 

Coopération franco-tchadienne ?

Pourquoi aide-t-on cette politique ? Quel est le montant de ce programme Nous allons consacrer 200 millions de francs pour que les hommes retrouvent leurs activités de paysans, d'éleveurs. La France poursuit donc une coopération utile moins de soldats, plus d'hommes à la disposition de l'économie de leur pays. Et c'est dans cette voie que nous progressons. C'est une des conditions pour la reprise d'une coopération fructueuse avec le Tchad auquel, vous le savez bien, monsieur le député, des liens nous unissent depuis si longtemps.

Pour me résumer, monsieur le député : une déflation qui prend un peu de retard sur le calendrier prévu, des crédits affectés par la coopération au développement de ce programme et une grande attention du ministère de la coopération au respect par nos partenaires de leurs engagements.