Article de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF, dans "L'Humanité" du 22 août 1998, sur la riposte des Etats Unis aux attentats de Nairobi et Dar es Salaam et sur la nécessité de réaffirmer la "coopération internationale des nations" pour lutter contre le terrorisme.

Texte intégral

Le président Bill Clinton a commis jeudi soir un acte de guerre. Un acte de guerre non déclarée. Les attentats de Nairobi et de Dar es-Salaam avaient été une escalade dans la violence et l'horreur. Aucune cause ne peut justifier le terrorisme, et les auteurs de ces crimes doivent être poursuivis et châtiés.
Les missiles américains sur Khartoum et en Afghanistan ne régleront rien durablement. Bien au contraire, ils ne peuvent que renforcer l'aura de groupes obscurantistes et dangereux dans des régions du monde marquées par la misère et les guerres civiles. L'éradication du terrorisme passe par des actes forts. Le premier est de lutter réellement contre l'intégrisme et le fondamentalisme. Or Washington et ses alliés pakistanais n'avaient pas lésiné pour armer, former et entraîner la milice des taliban, qui met l'Afghanistan à feu et à sang, quand cela correspondait aux intérêts géostratégiques américains et à leurs vues sur le pétrole et le gaz de la région. Le choix guerrier de Bill Clinton survient dans une période marquée par une situation politique intérieure trouble. A Washington même, des élus s'interrogent sur les motifs réels du président. Par-delà les péripéties « inappropriées » de l'affaire Clinton, les frappes aériennes américaines posent des questions de fond. Les Etats-Unis peuvent-ils s'arroger le droit d'intervenir militairement où. ils veulent et quand ils veulent en faisant fi de la souveraineté des Etats ? Il y a là un côté gendarme du  monde qui est particulièrement inquiétant compte tenu de leur puissance militaire et nucléaire.
La riposte au terrorisme ne peut se faire que dans le cadre de la coopération internationale, dans le cadre des institutions, et notamment de l'ONU. Aucun Etat, fût-il le plus puissant, n'a le droit de régler ses comptes lui-même, comme au temps du Far West. On ne peut s'empêcher de penser que les Etats-Unis sont tentés d'accoutumer l'opinion mondiale - en prenant appui sur la saine répulsion que provoque le terrorisme - à ce qu'ils usent de leur force comme bon leur semble et à tout utiliser pour étendre leur hégémonie sur la planète.
Les opinions publiques et les Etats peuvent contribuer à rendre ce monde moins dangereux. De ce point de vue, il est positif de voir à Washington des manifestants clamant « pas de guerre pour Monica » ; ou que, à la différence de Tony Blair, Helmut Kohl, José Maria Aznar, les autorités françaises, tout en réaffirmant la nécessaire « coopération internationale des nations » pour lutter contre le terrorisme, se sont bien gardées d'applaudir la frappe américaine, Lionel Jospin a ainsi tenu à rappeler que ce combat devait être mené « selon les règles du droit international pour être le plus efficace ». Il est donc possible d'imposer d'autres mœurs sur la planète. Souvenons-nous que déjà, en février dernier, la conjugaison de l'opinion et de la diplomatie avait empêché Bill Clinton de relancer la guerre en Irak.