Déclaration de M. Robert Hue, secrétaire national du PCF, à Madrid le 6 juillet 1997 publiée le 7 dans "L'Humanité", et interviews à TF1 et France-Inter les 7 et 8 juillet, sur l'opposition du PCF à l'élargissement de l'OTAN et sur les mesures de gel des plans sociaux et licenciements proposées par le PCF à Lionel Jospin.

Intervenant(s) :

Circonstance : meeting du PCF à Madrid le 6 juillet 1997. Sommet de l'OTAN à Madrid du 7 au 9 juillet. Entretien entre MM. Lionel Jospin et Robert Hue à Matignon le 7 juillet

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Texte intégral

Date : 7 juillet 1997
Source : L’Humanité

Au cours d’un meeting unitaire, hier dans la banlieue de Madrid, Robert Hue, secrétaire national, a fait la déclaration suivante :

« Il y a un peu plus d'un mois, je n'avais pu me rendre à Lisbonne pour un meeting européen organisé par le Parti communiste portugais. C'était juste la veille des élections en France. Qui aurait pu prévoir alors la situation que vous connaissez : la droite sévèrement battue, la gauche majoritaire et un gouvernement comportant des ministres communistes ? En convoquant ces élections, Jacques Chirac et la droite avaient sous-estimé la profondeur de la volonté de changement, du refus de l'austérité, et l'exigence que les promesses soient tenues. Maintenant, la gauche se doit de répondre aux attentes. Après une très large consultation des militants, les communistes ont décidé de participer au gouvernement, avec une seule ambition : que l’expérience réussisse et que le changement aille aussi loin que possible. Et cela, en favorisant le mouvement social et l’intervention des citoyens, et en s’appuyant sur la déclaration du Parti communiste – Parti socialiste adoptée avant les élections. Sans taire nos différences, nous y affirmons ensemble le refus d'une nouvelle cure d'austérité, la nécessité d'une politique de progrès social, l'arrêt des privatisations, la nécessité de dépasser le traité de Maastricht et de réorienter la construction européenne.

Oui, il faut changer l'Europe, et nous voulons y contribuer pour la part qui nous revient en changeant la politique de notre pays ! Ce n'est plus une utopie. Des manifestations, des marches venues de toute l'Europe ont convergé dans la préparation du sommet d'Amsterdam. Le seul fait que le gouvernement français ait demandé un débat « d'évaluation » sur le pacte de stabilité a provoqué dans les milieux européens une fièvre proche de la panique, en même temps qu’il soulevait un espoir chez les progressistes.

Finalement, ce pacte, qui instaure une police stricte et durable des politiques économiques et sociale, a été adopté. Cette décision grave contredit les discours sur l'emploi et l'Europe sociale. Mais le débat est ouvert. Il ne se refermera pas.

Oui, il faut réorienter la construction européenne vers une Europe de progrès social, de co-développement et de paix ! Cette exigence doit se faire entendre plus forte encore. C’est pourquoi nous aussi, comme dans d’autres pays, nous demandons que le moment venu les Françaises et les Français soient consultés par un référendum sur l’avenir de l’Europe !

Mais comment parler de l’avenir de l’Europe, aujourd’hui à Madrid, sans insister sur le défi posé par les projets à l’ordre du jour du sommet de l’OTAN, qui se réunit à partir de mardi ici même ?

Une question est posée à nous tous, à tous nos peuples : comment construire des relations pacifiques durables dans la situation inédite qui s’ouvre ? Quelle architecture de la sécurité pour l’après-guerre froide ?

La réponse de l’OTAN et des États-Unis soulève davantage de problèmes qu’elle ne prétend en résoudre :
    - l’élargissement de l’OTAN repousserait vers l’Est la fracture qui a divisé l’Europe pendant quatre décennies ;
    - le renforcement militaire qu’il entraîne serait source de tensions et ne manquerait d’appeler des mesures de riposte. De ce point de vue la signature de « l’acte fondateur » à Paris entre l’OTAN et la Russie n’offre aucune garantie durable concernant le déploiement d’armes nucléaires, ou de nouvelles installations ;
    - cet élargissement consacrerait les prétentions hégémoniques des États-Unis ;
    - il entraînerait inévitablement une augmentation des dépenses militaires ;
    - il s’inscrirait dans la construction d’un pôle militaire agressif face aux pays du Sud.

Est-ce ainsi que l’Europe va affronter les défis du XXIe siècle ? Non, je ne le pense pas… C’est dans une autre direction qu’il faut chercher. Il n’y aura pas de paix sans sécurité égale pour tous. De ce point de vue nous serons très attentifs aux questions posées par les pays d’Europe centrale convaincus que le renforcement militaire ne renforcera la sécurité de personne. Bien au contraire, l’heure est à la construction d’une Europe pacifique. Et cette Europe, il nous faut la construire tous ensemble. Nous avons besoin d’un grand Forum – base de l’indispensable rénovation de l’OSCE – où, ensemble, à égalité, les nations du continent traiteraient des problèmes communs. Cela dans une autre vision de la sécurité, non pas fondée prioritairement sur le militaire, mais sur le dialogue politique et l’effort commun pour le développement économique et social.

Il faut donc que dans le même mouvement s’accélèrent les négociations sur le désarmement nucléaire et conventionnel, et que s’engagent les discussions pour une nouvelle charte de la sécurité et le processus de dissolution de l’OTAN. Chers amis, chers camarades, quelque chose a commencé à bouger en Europe. Notre échange d’expérience, ici à Madrid, comme l’écho de la victoire de la gauche en France, nous confortent dans la conviction qu’il y a une place, une très grande place pour l’espoir, à condition que les peuples s’en mêlent. Encore merci pour votre accueil ! Ensemble changeons l’Europe !

Date : lundi 7 juillet 1997
Source : Edition du soir

Patrick Poivre d’Arvor : Vous avez été invité par le Premier ministre, aujourd'hui. C'était votre premier entretien avec L. Jospin, à Matignon. Le bilan d'un mois maintenant de gouvernement de gauche : mitigé ? Vous restez un peu sur votre faim ou vous êtes globalement content ?

Robert Hue : Non. Des orientations et des objectifs prenant en compte les aspirations exprimées dans la campagne des élections législatives sont mises en œuvre. Ça me semble intéressant. Je crois qu'en même temps, certains choix ne me vont pas complètement, même pour certains... 

Patrick Poivre d’Arvor : Pour le Smic, vous auriez bien aimé être à 10 % ?

Robert Hue : J'ai dit que je souhaitais une augmentation plus significative du Smic, parce que je pense que c'est un élément de relance important. Et comme j'ai en tête en permanence la question de l'emploi, je pense que la relance par le pouvoir d'achat et la consommation, c'est important. De même que sur le pacte de stabilité, j'ai bien vu dans quelles conditions naturellement L. Jospin avait été à Amsterdam. À la fois il y avait l'engagement de J. Chirac qui était là sur le pacte de stabilité, et en même temps, naturellement, il a posé la question de l'emploi. Il reste que je porte un jugement négatif sur le pacte de stabilité. Mais je vois aussi que des dispositions générales sont prises et me semblent aller dans le bon sens. Et surtout, il y a ce qui se fera dans les prochaines semaines, et notamment je pense à la rentrée avec les orientations nécessaires. Et là je crois qu'il y a la nécessité de rendre compatibles les exigences sociales, les engagements sociaux et la politique de l'État. Je crois qu'il y a des moyens financiers à mettre en œuvre...

Patrick Poivre d’Arvor : ... Alors, ce qui se fera ou peut-être ce qui ne pourra pas se faire. J'imagine que pour vous, vous avez dû mal à vivre la fermeture définitive de l'usine de Vilvorde, alors que vous vous étiez battu, vous aviez manifesté, et que finalement, vous vous apercevez que votre poids politique n'est pas suffisant pour réussir à obtenir...

Robert Hue : Oui, je pense que c'est le poids général du monde du travail, là, qui apparaît comme peut-être insuffisant aussi. J'ai été vraiment effectivement déçu de la disposition prise à propos de Vilvorde, parce que je pense que là il y avait quelque chose de symbolique à faire. Il reste que je ne nie pas que pour l'essentiel, les dispositions liées à la fermeture de Vilvorde ont été prises par un gouvernement de droite, avant, et c'était le prolongement de ce qu'avait fait A. Juppé. Mais en même temps, quand je vois le rapport, par exemple des experts sur Vilvorde, je m'aperçois qu'ils disent s'il y avait eu auparavant, pour Vilvorde, une baisse du temps de travail sans diminution de salaire, par exemple, ça c'est moi qui l'ajoute, eh bien on pouvait imaginer une autre issue. Ça me fait penser qu'aujourd'hui il faudrait aller vite aux 35 heures sans diminution de salaire.

Patrick Poivre d’Arvor : Mais dans ces conditions, ça vaut le coup d'être au Gouvernement, ou ce n'est pas plutôt plus payant d'être aiguillon dans une opposition constructive ?

Robert Hue : J'ai vraiment le sentiment, P. Poivre d'Arvor, que je suis là dans une situation de stimulant constructif, et je veux que ce Gouvernement réussisse. Je souhaite qu'il réussisse parce qu'au bout, il y a moins de souffrances pour les Françaises et les Français. Par exemple, aujourd'hui, dans la rencontre que j'ai eue avec le Premier ministre L. Jospin, nous avons eu une longue discussion concernant l'emploi. Qu'est-ce qui me vient, là, quand je rencontre mes amis en province, dans les départements ? Beaucoup d'inquiétudes des Françaises et des Français, en ce moment, ces jours-ci.

Patrick Poivre d’Arvor : ... parce qu'il y a pas mal de plans sociaux d'annoncés.

Robert Hue : Il y des licenciements d'annoncés dans toute une série de domaines névralgiques. Il y a un peu le sentiment - et c'est mon sentiment, et c’est pour cela que je l'ai dit aujourd'hui à L. Jospin, et que je lui ai fait des propositions - que les Français voient bien que, peut-être quelque chose se prépare pour l'emploi des jeunes à la rentrée avec des mesures qui pourraient peut-être être significatives, mais en même temps, il y a cette hémorragie, ce danger terrible qu'il y a immédiatement en matière d'emploi. J'ai proposé qu'immédiatement, là, pendant les mois d'été, eh bien que le patronat et un certain nombre de milieux ne profitent pas de cette période pour accentuer, multiplier les licenciements. J'ai proposé que les préfets suspendent, ils en ont la possibilité – à la demande du Gouvernement - les plans sociaux, les plans de licenciements à titre conservatoire, qu’immédiatement dans les départements - deuxième idée - les commissions départementales de l'emploi se mettent en place et examinent chacune des situations créées par les plans sociaux et les licenciements. Qu'ensuite, il y ait l'idée qu'on ne peut pas apporter d'aide, de subventions, d'exonérations à une entreprise si elle pratique le licenciement Et enfin quatrième idée - que là, en juillet, août, eh bien la loi de janvier 1993 permette les reclassements nécessaires, voilà.

Patrick Poivre d’Arvor : Mais tout ce que vous me dites c'est le prélude au rétablissement de l'autorisation administrative qui existait il y a dix ans ? 

Robert Hue : Je pense qu'il faut trouver une autre formule que celle-là. L'autorisation administrative de licenciement en fait, il faut voir si elle sera pleinement utile aujourd'hui compte tenu qu'on a vu qu'elle ne concernait bien souvent pas 80 % des licenciements. Donc il faut trouver de formules qui permettent d'empêcher tout de suite cette hémorragie. Moi ce que je souhaite, c'est que les Français qui sont confrontés au grave problème de l'emploi sentent bien que le Gouvernement, la majorité, prend cette question à bras-le-corps et qu'on n'attend pas des dispositions, certes nécessaires, en septembre ou octobre prochain, mais que tout de suite il y ait des mesures qui permettent de suspendre ces plans de licenciements. Vous comprenez, ma démarche est très constructive."

Patrick Poivre d’Arvor : Vous ne regrettez pas votre choix de ministres communistes à l'intérieur du gouvernement ?

Robert Hue : Ah non, je ne le regrette pas, et je ne regrette pas non plus cette position du Parti communiste très constructive visant à faire avancer les choses. Vous savez, tout ce qui peut aller dans le sens de l'amélioration de la vie pour le monde du travail, pour les gens modestes nous importe. Et si je peux le faire, si nous pouvons le faire, dans l'État à tous les niveaux, eh bien nous ne perdons pas notre temps.

Patrick Poivre d’Arvor : Est-ce que L. Jospin vous a proposé de rentrer dans le Gouvernement ?

Robert Hue : Oui, il me l'a proposé quand il a formé le Gouvernement. Mais je lui avais dit déjà avant même que soit composé le Gouvernement que je ne souhaitais pas être dans le Gouvernement. L. Jospin part de l'idée qu'il ne faut pas cumuler des fonctions gouvernementales et d'autres fonctions. Et moi je tenais à rester secrétaire du Parti communiste français, et à jouer mon rôle dans cette mutation du Parti communiste aujourd'hui.

Date : mardi 8 juillet 1997
Source : Edition du matin – France Inter

A. Ardisson : Vous avez rencontré hier L. Jospin, aujourd'hui c'est lui qui planche devant les députés communistes. Et vous avez demandé au Premier ministre quatre mesures pour l'emploi dont une qui a beaucoup fait parler : la suspension des licenciements et de tous les plans sociaux, rien que cela. Alors comment fait-on, sur quelles bases juridiques peut-on réclamer cela ?

Robert Hue : Ce qui m'a conduit hier à faire part de mes préoccupations à L. Jospin, dans le cadre de cette rencontre qui a été tout à fait intéressante et où nous avons eu un échange approfondi sur la situation du pays, c'est qu'il y a les plans qui sont annoncés pour la rentrée, les orientations du Gouvernement avec des milliers d'emplois à créer pour les jeunes, mais le sentiment en même temps que, dans les départements, dans les régions, continue la mise en place de plans sociaux, l'annonce de suppressions d'emplois, une sorte d'accélération même parfois de ces plans sociaux qui inquiète énormément les salariés.

A. Ardisson : Qui serait en relation avec l'arrivée de la gauche au pouvoir ?

Robert Hue : Eh bien en tous les cas, il me semble qu'il ne faudrait pas que la démonstration soit faite que l'on s'efforce - la gauche - de vouloir créer des centaines de milliers d'emplois dans le cadre de l'application des propositions que nous avons faites dans la campagne et que, dans le même temps, des mesures soient prises visant à accélérer les plans sociaux, les licenciements. Alors ce que je dis, moi, c'est qu'il faut stopper cette hémorragie. A-t-on les moyens de le faire ? Je dis oui, y compris les moyens juridiques. Le Gouvernement - c'est l'idée que j'ai avancée hier à L. Jospin - peut demander aux préfets dans les départements de jouer un rôle tout à fait normal de représentants du Gouvernement en saisissant les entreprises concernées par les plans sociaux, les chefs d'entreprise, en proposant la suspension des dispositions prises à titre conservatoire naturellement et que l'on examine les choses. Or, il y a - et c'est la deuxième proposition – des organismes qui existent, des structures qui s'appellent les Codef, ces commissions d'emploi dans les départements, présidées par les préfets. C'est leur rôle d'examiner les plans sociaux, de regarder ce que l'on peut faire et de limiter la casse en matière d'emplois et même de proposer des solutions aux différents... Je propose qu'on les réunisse sans délai, que, dans tous les départements français, on réunisse les Codef et que l'on regarde les situations, y compris d'ailleurs dans ces propres commissions, on peut commencer certaines évaluations de ce que pourrait être la mise en œuvre de créations d'emplois-jeunes à la rentrée.

Ensuite, les deux autres idées - et puis j'arrêterai là sur les quatre propositions que j'ai faites à L. Jospin - c'est qu'il faut veiller à l'application de la loi de janvier 1993. Il y a une loi qui existe, qui est complètement applicable, visant à refuser tout plan social s'il ne comporte pas des mesures de reclassement et de réduction de temps de travail, de formation pour les salariés. Donc, nous mettons en œuvre aussi cela à titre suspensif, au moins. Et puis, il y a enfin des choses qui sont anormales : on continue d'apporter des exonérations, des aides à des entreprises qui, en fait, se servent de ces moyens pour mettre en place des plans sociaux, des plans de licenciement. Il faut stopper cela.

A. Ardisson : Vous pensez à quoi, là ? Vous pensez à des entreprises qui mettent en œuvre par exemple la loi Robien à titre défensif ?

Robert Hue : Oui, il y a des entreprises qui, aujourd'hui, se servent en fait de l'aide apportée par l'État sous forme d'exonérations, se servent de ces moyens-là, pour mettre en œuvre le contraire de la vocation de ces aides, à savoir des licenciements. Donc, je dis : il faut arrêter cela, il faut arrêter cela parce que sinon, il y a une grande inquiétude dans le pays. Tout à l'heure d'ailleurs, sur votre antenne, on entendait un salarié des Bouches-du-Rhône qui parlait, je ne connais pas cet homme mais il disait des choses tout à fait logiques, de bon sens. Il disait : j'attends qu'on prenne des mesures immédiates. Et je crois que c'est juste. Cela ne signifie pas une impatience. Je comprends que le Gouvernement, je l'ai dit à L. Jospin, que l'on cherche à ce que les mesures structurelles se mettent en place - elles vont venir en septembre-octobre, en tous les cas, je le souhaite. Mais dans l'immédiat, prenons des dispositions.

A. Ardisson : Quand vous dites que ça ne signifie pas une impatience, ça veut dire que ces quatre mesures énoncées devant le Premier ministre, ce n'est pas une mise en garde adressée au Gouvernement ?

Robert Hue : Absolument pas, absolument pas. Je considère qu'aujourd'hui, le Parti communiste est complètement dans son rôle de parti qui participe à la majorité et au Gouvernement. Il est dans son rôle quand il fait des propositions constructives, vous sentez bien qu'il n'y a rien là qui vise en quoi que ce soit le Gouvernement Il y a l'idée d'aider le Gouvernement. C'est mon rôle de responsable d'un parti politique, quand je sens de l'inquiétude qui grandit, de dire à un gouvernement auquel participent des communistes : essayons de voir ce que l'on peut faire tout de suite pour avancer. C'est très constructif. Voyez, c'est cela ce que j'appelle le caractère de stimulation constructive du Parti communiste.

A. Ardisson : Il fallait décoder effectivement. D. Strauss-Kahn a déclaré que la monnaie unique n’était pas l'ennemie de l'emploi, au contraire, qu'elle était favorable à l'emploi, que c'était la raison pour laquelle la France ne souhaitait pas que l'échéance soit reculée et qu’il fallait que la France en soit. Qu’est-ce que cela vous dit ?

Robert Hue : Chacun sait qu'il y a une différence sérieuse entre nous sur cette question. Moi, je considère que la volonté d'aller dans les conditions d'aujourd'hui à la monnaie unique, c'est l'application des critères de Maastricht avec des conséquences très lourdes en matière d'austérité et en matière d'emploi. Et je dis : là, il y a une contradiction. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai considéré que la signature du pacte de stabilité n'était pas bonne parce que je pense qu'il y a une contradiction majeure à laquelle va être confronté le Gouvernement en tout état de cause et qu'il faudra bien surmonter.

A. Ardisson : Qu'est-ce que cela donne, dans votre alliance ?

Robert Hue : Cela donne que nous continuons de dire qu'il faut absolument s'engager vers une autre voie que celle de davantage d'austérité. Donc, la mise en œuvre des critères, telle qu'elle est conçue aujourd'hui, n'est pas bonne. Nous voulons aider à ce qu'on dépasse Maastricht, comme nous l'avons décidé ensemble, communistes et socialistes, dans la déclaration commune sur les grandes orientations qu'on a signée à la veille des élections. Nous voulons dépasser Maastricht, aller vers une autre Europe que celle-là, que celle de l'argent roi. C'est d'ailleurs dans le texte. Et donc, cela implique d'autres dispositions que celles qui sont prises aujourd'hui. Je dis qu'il est très important que cette contradiction soit dépassée, parce qu'on ne peut pas affirmer un certain nombre de propositions sociales si on reste complètement enfermé dans le carcan des critères de Maastricht et de la monnaie unique.

A. Ardisson : L'Otan, la réunion de Madrid : c'est quelque chose qui vous inquiète ou finalement cela vous fait sourire ?

Robert Hue : Non, c'est sérieux. Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas que se renforce l'Otan aujourd'hui. Il faut mettre en place un autre système de sécurité collective en Europe, non plus basée sur le militaire mais davantage sur les accords, sur les coopérations politiques. Aujourd'hui, qui ne voit pas que l'Otan, qui est en fait une survivance de la Guerre froide, n'a plus son rôle à jouer en Europe ? Il faut une autre dimension à la sécurité collective. Je m'inscris dans cette volonté de trouver d'autres types de structures pour la sécurité collective en Europe et puis pour une dissolution progressive de l'Otan.