Interview de M. Alain Richard, ministre de la défense, dans "Paris-Match" du 4 septembre 1997, sur l'utilité de la préparation militaire volontaire, le budget de la défense, la nécessité de garder les équipements de haute technologie et l'aide militaire à l'Afrique.

Texte intégral

Paris-Match : Où avez-vous fait votre service militaire et quel souvenir en gardez-vous ?

Alain Richard : J’ai fait mes classes à Verdun, la formation d’officier de réserve en infanterie à Coëtquidan, et la fin de mon service à Soissons, entre janvier 1968 et avril 1969. J’en garde surtout de la considération pour toutes les connaissances nécessaires au métier des armes. Sans oublier l’intérêt que présentait le mélange social. C’est un peu pourquoi, en tant qu’élu local, j’ai toujours évité de pistonner les jeunes qui souhaitaient échapper au service et, en tant que parlementaire, j’ai manifesté des réticences, comme tous ceux de ma génération, à l’annonce de la fin du service militaire obligatoire. Maintenant, cette option est prise, et parce qu’elle est cohérente avec nos besoins actuels de défense, je l’applique de mon vieux. Mais j’insiste sur l’utilité de la préparation militaire volontaire. Elle donne une nouvelle place dans notre défense aux jeunes citoyens qui souhaitent se former à l’usage des armes.

Paris-Match : N’est-il pas difficile d’être à la tête d’un ministère dont les crédits sont remis en cause chaque année ?

Alain Richard : Je ne commenterai pas aujourd’hui les chiffres des crédits du ministère de la Défense, puisque le budget est encore en phase d’élaboration. Mais je vous rappelle que l’adaptation de notre instrument de défense correspond à un choix politique né du constat qu’après la chute du mur de Berlin, en 1989, la réalité de la menace avait changé. Cela s’est traduit par la décision de professionnaliser les armées, annoncée en 1996 par le président de la République. Vous verrez que le budget respecte cette priorité.

Paris-Match : S’agissant des grands programmes d’équipement militaire, il faudra probablement faire des choix. Selon vous, vers lesquels s’oriente-t-on ?

Alain Richard : Les achats d’équipements militaires peuvent effectivement être modulés, mais en fonction de deux limites bien précises. En premier lieu, une très grande part de ces équipements relève de la haute technologie, ce qui fait notre supériorité face à la plupart des adversaires que nous pourrions affronter. Il s’agit, par exemple, de la communication de données, du repérage lointain ou nocturne, du guidage des projectiles. Ce potentiel, ne l’oublions pas, minimise nos pertes humaines en cas de combat. Retarder son développement serait donc prendre des risques supplémentaires. En second lieu, cette haute technologie est une composante décisive de notre économie. Aux États-Unis, les commandes du Pentagone sont l’outil principal de la politique industrielle. C’est aussi vrai en France pour l’aéronautique, le spatial, l’électronique professionnelle, la construction navale, avec à la clé beaucoup d’emplois qualifiés.

Paris-Match : Vous avez entrepris la fermeture de certaines bases militaires en Afrique. La France n’a-t-elle plus les moyens d’assurer une présence dans ce qui était son « pré carré » ?

Alain Richard : Cette expression de « pré carré » me paraît irréelle. Nos partenaires africains sont indépendants. Notre solidarité amicale avec eux ne peut avoir pour but de les couper du reste du monde. Ceux qui vivaient avec cette illusion sont maintenant à la retraite et je la leur souhaite longue et heureuse. Notre présence militaire nous permet d’agir utilement en cas de crise, pas de faire la police dans les capitales où sont stationnées nos unités. Au fil des contacts que j’ai pu avoir avec des responsables de pays africains, j’ai expliqué que le dispositif français serait plus efficace s’il gagnait en souplesse, notamment grâce au renforcement des moyens aériens sur place.