Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, secrétaire général et président par intérim du RPR, sur la démission de M. Philippe Séguin de la Présidence du RPR, la préparation de l'élection européenne et la recherche d'une union avec les partenaires de l'opposition, Paris le 16 avril 1999.

Intervenant(s) :

  • Nicolas Sarkozy - secrétaire général et président par intérim du RPR

Circonstance : Réunion du Bureau politique du RPR après la démission de son président, M. Philippe Séguin, le 16 avril 1999

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Texte intégral

Mesdames et Messieurs,


Je vous remercie de votre présence nombreuse et de l'intérêt que suscite la famille gaulliste auprès de vous. J'y vois un signe de vitalité prometteur.

Effectivement, j'ai été conduit à convoquer le Bureau Politique de notre Mouvement à la suite de la démission de notre Président Philippe SÉGUIN.

Ce Bureau Politique convoqué en quelques heures s'est réunis en présence des principales personnalités de notre Mouvement, et notamment du Président du Sénat, Christian PONCELET, que je salue, d'Alain JUPPÉ, ancien président de notre mouvement et ancien Premier Ministre, des anciens secrétaires généraux que sont Jacques BAUMEL, Robert POUJADE, Jacques TOUBON, Bernard PONS, et de l'immense majorité des membres du Bureau Politique.

Ceux-ci ont été unanimes à me demander de saluer et de remercier du fond du coeur, et sans la moindre réserve, Philippe SÉGUIN, pour le travail qu'il a fait à la tête de notre Mouvement depuis maintenant 21 mois. Si vous me le permettez, ce travail s'est incarné en trois mots :

- la réconciliation de notre Mouvement au lendemain de 1997. Nous le devons à l'action menée par Philippe SÉGUIN et je suis peut-être ici le mieux placé pour pouvoir en porter témoignage alors même qu'il m'a fait confiance et l'amitié de me choisir comme Secrétaire Général, à un moment de l'histoire de notre Mouvement où cette décision n'était pas spontanément évidente. Il a voulu la réconciliation du Mouvement et l'a réussie,

- il a voulu également l'accentuation de la démocratie de notre Mouvement, que tous nous soyons élus, que la parole soit donnée à la base, que les militants puissent voter, puissent l'élire, ce qui avait été fait il y a quelques semaines,

- et puis, il a également voulu instaurer le débat, notamment sur la question européenne. Nous avons tous gardé le souvenir de ces quelques jours de débat sur la question européenne à la Villette. Philippe est persuadé que c'est par la recherche du débat d'idée que l'on sauvegarde l'unité d'une famille politique.

C'est donc unanimement que les membres du Bureau Politique m'ont demandé de saluer cette action. Qu'il me soit permis d'en parler à titre personnel. Cela fait 21 mois qu'avec Philippe nous formons un tandem. Nombre d'entre vous ont bien voulu dire que ce tandem était complémentaire, certainement au sens que nous étions différents. J'ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui, et quelles qu'aient été les épreuves et les difficultés, nous avons travaillé main dans la main. J'ai donc été surpris par sa décision. Je la regrette profondément car je pense que le tandem que nous formions avait encore bien des choses à faire à la tête du Mouvement Gaulliste. Mais, c'est justement parce que je respecte cette décision, tout en la regrettant, que je vais m'abstenir de la commenter.

Philippe SÉGUIN vous le connaissez. J'ai appris à le connaître. Cette décision, il l'a prise en conscience. Ma façon de lui dire qu'il reste mon ami, qu'il est mon ami, que nous avons besoin de lui, qu'il a toute sa place dans la famille Gaulliste, c'est de m'abstenir de commenter les raisons qui ont été les siennes. Après tout s'il a voulu décider ainsi, c'est tout à son honneur d'homme politique, d'homme d'Etat, de responsable qu'il est. Il nous revient à nous ses amis et ses compagnons de nous incliner devant une décision que nous regrettons.

Le Bureau Politique a aussi parlé de l'avenir parce qu'au travers de vous, mesdames et messieurs, c'est à l'ensemble de nos militants, de nos sympathisants, de nos électeurs que je souhaite m'adresser. A la demande de Philippe SÉGUIN, j'exercerai donc désormais la Présidence par intérim du Rassemblement Pour le République. Philippe l'a souhaité, le Bureau Politique unanime a bien voulu m'honorer de sa confiance.

J'ai immédiatement proposé de travailler en collaboration quasi quotidienne, en tout cas avec une réunion au moins hebdomadaire, avec un petit Comité Politique qui m'entoura ; petit par le nombre, grand par le prestige puisqu'ont bien voulu accepter d'en faire partie pour travailler à mes côtés à l'unité de notre Mouvement, le Président du Sénat, mon ami Christian PONCELET, avec qui je me suis entretenu à plusieurs reprises aujourd'hui, et qui, spontanément, m'a indiqué qu'il était décidé à m'aider de toutes ses forces, les deux Présidents de Groupe Jean-Louis DEBRÉ et Josselin de ROHAN, qui représentent la légitimité des parlementaires et qui ont accepté de bien vouloir prendre leur part de responsabilités dans ce moment difficile de la vie de notre Mouvement. Car je ne vous cache pas que c'est une épreuve, et les épreuves on les surmonte ensemble. J'ai également demandé à l'ancien Président de notre Mouvement, Alain JUPPÉ, de bien vouloir accepter de siéger dans ce Comté Politique restreint. Il a accepté sans aucune ambiguïté, avec enthousiasme et avec le caractère entier qui est le sien. Et je demanderai à Philippe SÉGUIN, une fois les premières passions retombées, de bien vouloir m'apporter une partie de l'autorité qui a toujours été la sienne et qui demeure au sein de notre Mouvement.

J'ai proposé également que les élections à la Présidence de notre Mouvement soient reportées à l'automne, car aujourd'hui nous avons d'autres priorités qu'une campagne électorale interne. A l'automne, ces élections permettront de faire vivre la démocratie de notre Mouvement. Nous verrons à ce moment là qui sera candidat et lequel d'entre nous sera le meilleur pour assumer la lourde responsabilité de la direction de la famille Gaulliste.

Et puis, il y a les élections européennes et la campagne pour les élections européennes. J'ai parfaitement conscience que nous avons peu de temps et alors même que le climat politique évolue favorablement pour l'opposition, l'explosion du Front National, le retour vers nous d'un certain nombre d'électeurs du Front National qui nous avaient quittés, la situation au Kosovo et le soutien formidable de l'ensemble des français autour de la politique menée par le Président de la République Jacques CHIRAC, il nous faut tenir compte de ce nouveau contexte. La situation au Kosovo est marquée, quel que soit ce qu'on peut en regretter, par une certaine pérennisation. Nous savons que cet effort de solidarité et de rassemblement, il faudra le conduire sur un espace de temps plus important que nous pouvions l'imaginer.

Cette nouvelle situation politique créée par ce fait nouveau qui est la démission de Philippe SÉGUIN, doit nous conduire à engager, c'est en tout cas la volonté du Bureau Politique du RPR, un dialogue transparent, loyal, sincère, immédiat avec nos partenaires de l'opposition. J'ai cité Alain MADELIN, le Président de Démocratie Libérale et François BAYROU, le président de l'UDF. J'ai eu l'occasion de m'entretenir dès aujourd'hui avec Alain MADELIN et François BAYROU. Le message du RPR est simple : si chance d'une liste d'union il y a, tout doit être fait pour conduire cette chance jusqu'à son terme. Il ne s'agit pas de scander un slogan pensant que les mots résolvent tous les problèmes. Il s'agit, en responsable politique majeur, serein, moderne, d'analyser la situation politique d'aujourd'hui pour voir si d'une épreuve nous pouvons créer les conditions d'un sursaut. Le Rassemblement Pour la République est donc décidé à demander à ses partenaires de l'opposition d'engager le plus rapidement possible, les conditions d'un dialogue commun afin de voir si l'Union, le rassemblement de toute l'opposition pour les prochaines élections européennes, est possible. Le Rassemblement Pour la République est prêt à faire beaucoup d'efforts pour qu'il en soit ainsi.

Enfin mesdames et messieurs, même si c'est une épreuve - le Mouvement Gaulliste en a connu des épreuves, et son histoire est jalonnée d'épreuves. Les épreuves servent à une chose ; à montrer qu'on est capable de les surmonter - nous avons donc décidé de la surmonter et pour cela avec une triple volonté d'unité : unité totale et complète du Mouvement Gaulliste derrière la personne et la politique du Président de la République Jacques CHIRAC, unité totale et complète du Mouvement Gaulliste lui-même car nous savons parfaitement, et je le dis à l'ensemble de nos militants que rien ne sera possible sans l'unité, et unité de l'Opposition, parce qu'au moment même où l'on voit les premières fissures de la majorité plurielle, l'opposition ne doit pas faire à la gauche le cadeau de ses divisions. Toute mon action sera tournée vers cet objectif, faire de cette épreuve la condition d'un sursaut positif pour ceux qui partagent nos idées, qui croient en nous. Il faut croire en l'avenir parce que le Rassemblement Pour la République a encore de beaux jours devant lui.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.