Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie et MM. Jean-Paul Delevoye, Patrick Devedjian, François Fillon et Renaud Muselier, candidats à la présidence du RPR, dans le numéro hors série de "Une certaine Idée" de novembre 1999, sur la stratégie du RPR en période de cohabitation, les perspectives du gaullisme et la démocratisation du mouvement.

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Circonstance : Elections à la présidence du RPR les 20 novembre et 4 décembre 1999

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Question 1 - Tout témoigne d’un divorce entre les Français et la chose publique. À quoi attribuez-vous cette crise ? Au déclin de l’État ? Aux faiblesses de la classe politique ? À la nouvelle puissance du secteur privé ?

Michèle Alliot-Marie : Je ne suis pas sûre qu'il y ait divorce entre les Français et la chose publique. Divorce entre les Français et les appareils politiques, oui ; sentiment que les responsables politiques n'expriment plus leurs préoccupations quotidiennes, on le fait dans un langage qui n’est plus le leur, ou encore oublient des engagements pris, oui, trois fois oui !
Mais il y a en même temps un besoin très fort d'implication collective qui se traduit dans le monde associatif et l'engagement humanitaire, par exemple. À nous de ré-intéresser les Français à la politique et de répondre à ce besoin d'engagement citoyen par un langage clair et la prise en compte des vraies questions.
D'ailleurs, ce relatif déclin de l'État, que vous évoquez, rend d'autant plus nécessaire ce sursaut démocratique.

Jean-Paul Delevoye : À la perte de confiance. L'intérêt naît de la confiance, de la certitude que les agissements de tel ou tel seront conformes aux engagements pris, en un mot à la moralité de l’action publique. Le désintérêt, voire l’écœurement, sont la conséquence logique des erreurs passées et du spectacle affligeant que donnent certains élus. Lorsque l'on s'engage en politique, on se doit de respecter le choix des électeurs, c'est-à-dire que l’on doit conserver une éthique de l’engagement politique. Faire de la politique, c'est avant tout vouloir servir l’intérêt général, être au service de ses concitoyens, ou, à tout le moins, avoir la volonté de changer les conditions d'existence des citoyens. Le déclin de l'État et la nouvelle puissance du secteur privé sont bien réels mais ils ne sont pas, à mon sens les raisons du divorce entre les hommes politiques et les Français. Celui-ci tient beaucoup plus au défaut de légitimité. Il est important aujourd'hui de rétablir cette confiance, de reconstruire ce lien privilégié qui doit exister entre une Nation et ses représentants. Cela passe par une responsabilisation du personnel politique dont la moralité doit être exemplaire et dont l'engagement public doit être sans réserve. Il est frappant d'ailleurs de constater que cette désaffection du politique existe peu au niveau local, comme si la proximité de l'élu et les enjeux étaient plus perceptibles. Moralité, responsabilisation, transparence, proximité, tels pourraient être les quatre piliers de la rénovation.

Patrick Devedjian : Je pense que notre société vit une très grande mutation et que l'organisation de la politique n'a pas encore suivi cette mutation : d'où cette insatisfaction des Français à l'égard du système actuel, qui, à mon sens, n'est pas du tout un désintérêt. Les Français sont aujourd'hui bien mieux éduqués et donc plus exigeants : ils veulent comprendre le monde dans lequel ils vivent et se sentir représentés par leurs élus. Cela exige des hommes politiques une double fonction : être les porte-parole de la société, représenter ses aspirations et sa diversité (d'où la demande forte des femmes), et, en même temps, être des pédagogues qui font comprendre les enjeux d'aujourd'hui. Ce double rôle est bien plus difficile à tenir que le précédent qui s'appuyait sur une culture d'autorité confortable pour le notable qu'était l’élu, mais c’est la seule voie pour moderniser la vie politique. Ce n’est ni la faute de l'État ni celle du secteur privé !

François Fillon : Nous vivons effectivement une crise de confiance entre les citoyens et la chose publique. Sur ce plan, la France n'est pas une exception : dans tons les pays occidentaux, c'est la démocratie d'opinion qui l'emporte de plus en plus sur le fonctionnement du système représentatif. Chez nous comme ailleurs les hommes politiques reflètent les qualités et les défauts, les hésitations et les angoisses de la population. Avec la mondialisation des échanges, la toute puissance de l'économie de marché, l'explosion des technologies de l'information. Nous vivons en réalité une mutation historique qui a les proportions d'un changement de civilisation. Elle bouleverse le champ politique de nos vieilles démocraties. Elle nous force à revoir notre manière de penser et de faire la politique. Je fais partie de ceux qui estiment que loin de rendre caduque l’action publique, ce grand changement révèle un énorme besoin de politique. Qu'ils soient économiques, sociaux, culturels ou écologiques, la mondialisation comporte des défis considérables. II faut que la politique sache répondre à ces défis au niveau international et puisse en maîtriser l'impact au niveau national et local. Mais pour cela, nous devons avoir le courage d'aborder la modernité à bras le corps, ce qui suppose d'abandonner beaucoup de nos anciennes pratiques. Restaurer la chose publique aux yeux des Français, c'est d'abord relever ce défi intellectuel.

Renaud Muselier : Ne pourrions-nous pas, pour une fois, parler des relations entre l'État et la sphère économique autrement qu'en termes d'opposition ou de sujétion ? Nos concitoyens me paraissent beaucoup plus lucides sur ce point. Ils souhaitent que le rôle de l'État se limite à une régulation objective du marché, en matière de respect de la concurrence, des règles de sécurité ou de notre environnement. Dans le même temps, ils s'investissent volontiers, et avec générosité, dans des actions associatives, caritatives ou humanitaires. C'est leur manière d'embrasser la chose publique.
Si divorce il y a, c'est, me semble-t-il, plutôt avec une forme traditionnelle de la politique. L'amoindrissement suppose du rôle de l'homme politique, vis-à-vis de l'Europe, de la mondialisation économique, ou plus simplement, de la haute administration, et la décrédibilisation de l'État comme garant de l'intérêt général détournent les citoyens de l'engagement traditionnel. Pour participer utilement à la vie publique, il existe désormais une réelle concurrence entre l'engagement privé individuel ou associatif et l'engagement politique.


Question 2 - Un parti gaulliste n'a jamais été vraiment un parti mais un rassemblement crée précisément dès l'origine par opposition au régime des partis et aux idéologies. Le RPR est-il aujourd'hui un rassemblement ou un parti ?

Michèle Alliot-Marie : L'opposition aux idéologies est plus que jamais d'actualité : au moment d'entrée dans le nouveau siècle, nos débats se font autour de valeurs et d'idées du XlXe siècle, socialisme, marxisme, libéralisme ! Le gaullisme à toujours voulu transcender et dépasser les affrontements nés de la révolution industrielle et c'est pourquoi il prône le rassemblement.
Cela veut-il dire consensus ? À l'évidence, non, et c'est pourquoi nous devons rappeler des vérités essentielles, à savoir que la droite et la gauche, ce n’est pas la même chose, et que nous préférerons toujours, pour notre part, la responsabilité individuelle à la prise en charge par l’État, et la liberté d'entreprendre à l'interventionnisme que nous devons nous intéresser d'abord à la victime avant de trouver des « excuses » d'ordre social au délinquant que nous n'avons pas honte, enfin, d'aimer notre pays et son histoire.
C'est sur ces valeurs que nous devons nous battre et que nous devons gagner, et je pense effectivement qu'elles ont vocation à rassembler au-delà de la droite.

Jean-Paul Delevoye : Ni l’un ni l'autre, malheureusement. Le RPR n’est plus un rassemblement et c'est un parti qui ne brille plus par son efficacité. À ne plus avoir d'ambition, nous avons perdu notre spécificité et il est urgent, pour nous, de la reconquérir sous peine de disparaitre. Nous possédons des valeurs dont nous pouvons être fiers : la participation, la responsabilité, l'égalité pour protéger le faible et la liberté pour nos entrepreneurs, la grandeur de la Nation, la dignité de l'individu. C’est sur celles-ci que nous devons nous appuyer pour conduire cette rénovation que je vous propose. Je veux que nous retrouvions ce supplément dame qui faisait notre force. Je veux que le RPR redevienne ce vaste mouvement fédérateur d'énergies et de talents, largement ouvert sur la société, en prise directe avec les enjeux du monde moderne. Je veux que nous retrouvions au lendemain de l'élection, et ce, quel que soit le résultat, notre cohésion et notre unité. je veux enfin, qu'unis, rassemblés, nous partions à la conquête du cœur des Français pour leur proposer un autre avenir et les aider à relever les défis du prochain millénaire, C'est ambitieux mais tellement gaulliste !

Patrick Devedjian : L'exception gaulliste, c'est pour moi surtout le courage de ne pas accepter la défaite et la vision clairvoyante de l'avenir. La différence byzantine entre rassemblement et parti n'a jamais, abusé les électeurs. II y a toujours eu un parti gaulliste, dont le RPR est l'héritier, même s'il ne va pas bien aujourd'hui : le seul parti de droite qui ait une vraie base populaire, qui soit « interclassiste » fondamentalement appuyé sur la liberté et la responsabilité, et pour le reste avant tout pragmatique et capable de s'adapter.

François Fillon : Nous voulons faire du RPR un rassemblement moderne et populaire.
Pour nous, le RPR n'est pas un parti comme les autres. II a été, il doit être à nouveau, un mouvement réunissant les Français, quelles que soient leurs origines sociales et professionnelles. C'est cette singularité politique qui nous distingue des autres formations.
Nous devons incarner la Nation, avec ses nuances, ses complexités et même ses différences. Le gaullisme est une volonté originale, exigeante, d'exprimer une synthèse nationale. II est dans notre vocation de rassembler autour d'un idéal commun le simple salarié et le chef d'entreprise, l'agriculteur et l’ouvrier mécanicien, le retraité et le jeune de la cité, le partisan de l'Europe et le patriote...
Contrairement à certaines formations politiques qui recherchent explicitement ou implicitement l'adhésion d'une partie précise de l’électorat, le RPR doit être le parti de la France.
Mais être un rassemblement, être le parti de la France, ce ne peut pas être qu'une pétition de principe. II faut incarner un projet social et économique pour le XXIe siècle qui puisse susciter l'adhésion de tous nos compatriotes. Fondé sur la participation, la réconciliation de l’innovation économique et de la solidarité sociale, le libéralisme populaire que nous voulons promouvoir s'inscrit dans cet objectif.
Pour formaliser cette synthèse nationale, nous devons relever un défi intellectuel qui exige une attitude : l’anticonformisme. Cette vertu du gaullisme est plus que jamais d’actualité. La société française est libérée des idéologies d'antan mais bridée par la pensée unique qui oscille entre le moralisme bien-pensant de la gauche et l'orthodoxie économique. C’est à nous de transgresser les frontières et les codes qui quadrillent la pensée française. Nous devons refuser le jeu binaire qui distingue souvent artificiellement les familles politiques.
Pour nous, tout citoyen, tout électeur doit pouvoir nous rejoindre. La générosité et la solidarité ne sont pas des sujets de gauche, la sécurité n’est pas un sujet d'extrémistes, l'efficacité économique ne relève pas de l’idéologie, elle est une exigence de la réalité. Nous devons être les partisans de la solidarité et rechercher les voies de l'efficacité nous devons être tolérants et défendre le principe d’une sécurité optimale conforme au pacte républicain : nous devons être pour la liberté et la responsabilité individuelle et porteurs d’une règle morale et sociale sans laquelle nulle nation digne de ce nom ne peut survivre ; nous devons être européens et patriotes.
Cette combinaison des genres est celle des jeunes générations, qui, bien souvent ne se reconnaissent pas dans les frontières actuelles de la politique. Cette réserve s'est d'ailleurs largement exprimée lors des dernières élections européennes : 50 % des électeurs se sont abstenus. Cette abstention est notamment forte au sein des classes populaires. Celles-ci ne se retrouvent pas dans la politique actuelle. Elles attendent des réponses concrètes et originales qui pourraient les conduire à retrouver le chemin des urnes. C’est à elles que nous devons aussi parler, car c'est avec elles que nous pourrons demain faire la différence électorale.
Pour être fidèle à sa vocation, pour gagner, le RPR n'a d'autre choix que d'être un rassemblement, il ne peut être un parti comme les autres.

Renaud Muselier : En engageant cette démarche électorale, j’espère que le RPR échappera à la tentation de devenir un parti comme les autres. Aujourd'hui nous exprimons publiquement notre pluralité Demain nous devrons réussir le rassemblement non derrière une idéologie, mais au sein d’une ambition commune : la cohésion nationale, la solidarité et l'épanouissement de chaque Français au sein de la République.


Question 3 - Le projet gaulliste à jusqu'à présent pensé et conduit la modernisation de la France dans le cadre de la souveraineté nationale et avec l'État pour principal outil Cette démarche est-elle toujours pertinente ?

Michèle Alliot-Marie : C'est cette démarche qui a permis la reconstruction de notre pays, la modernisation de ses infrastructures et qui a fait de la France une puissance, notamment scientifique et spatiale.
II est clair qu'elle s'imposait dans les circonstances de l’après-guerre ! Mais il est clair également que nous vivons aujourd'hui la mondialisation, la construction européenne et que le rôle économique de l'État n’est plus le même. Encore une fois, le gaullisme c'est le pragmatisme et la capacité de s'adapter en fonction de l'intérêt national.
Et l’intérêt national, aujourd'hui, c'est d'avoir non seulement un État efficace mais aussi des entreprises dynamiques et conquérantes. C'est aussi savoir accepter les évolutions du monde ou de l'Europe en ayant toujours comme objectif la défense des intérêts supérieurs de la France !

Jean-Paul Delevoye : Le projet gaulliste a toujours fait le pari de la modernité, de l'investissement, de la cohésion sociale et de la préservation des intérêts nationaux. Je ne vois pas pourquoi nous remettrions en cause cette volonté. Elle est plus que jamais d'actualité. L'État a été et demeure un outil au service de cette ambition national. Il n'a jamais été le seul : la protection sociale que le général de Gaulle à mise en place après la Seconde Guerre mondiale a contribué à assurer l'unité du corps social, et la valorisation de l'initiative privée sur le marché permis le formidable essor économique de la France. La force du gaullisme réside dans sa capacité à marier ces trois composantes du développement : libéralisme économique, dimension sociale de l’activité, rôle de l'État régulateur.

Patrick Devedjian : Le projet gaulliste, c'est « une certaine idée de la France » : comment faire vivre cette idée dans le monde tel qu’il est ? La construction européenne est pour moi le meilleur moyen de faire vivre cette  « idée de la France », ouverte, généreuse, dynamique, au rebours d’une frilosité passéiste.

François Fillon : Oui, cette démarche est toujours pertinence, mais à condition d'en renouveler les modalités d'application. Je fais parte de ceux qui estiment que le RPR a dérivé ces dernières années en épousant à l’excès les thèses libérales du toujours moins d’État, alors même que les Français demandent une puissance publique efficace et intelligente face aux effets les plus néfastes de la mondialisation. Bien sûr il ne s'agit en aucun cas de revenir au culte de l'État et aux recettes colbertistes de jadis. Sur ce sujet crucial, les gaullistes ont un devoir particulier, précisément à cause de leur héritage. À nous d'inventer un État responsable au niveau des grands enjeux internationaux et nationaux en laissant et même en développant l’initiative individuelle. À nous de comprendre que les institutions européennes, les collectivités locales et même les particuliers regroupés en entreprises ou en associations peuvent également jouer un rôle de service public essentiel dans la modernisation du pays au côté de l'État. À nous d'inventer les voies d’un patriotisme éclaire par lequel l'appartenance nationale retrouve tout son sens dans le cadre d’une construction européenne respectueuse des  États qui la composent.

Renaud Muselier : Deux remarques : s'il s'agit de se figer à jamais dans une conception passéiste de la souveraineté nationale, nous appartiendrons à l’Histoire, mais plus jamais à l'avenir. S’il s'agit, au contraire, de penser la souveraineté nationale à l'heure de l'Europe et de la mondialisation, alors, oui. Le défi des pays occidentaux consiste surtout à garantir la cohésion sociale, par l’éducation, la sécurité, la justice, la solidarité. Face à ces missions, l'État doit retrouver dans notre discours une place centrale.


Question 4 - Comment définissez-vous la stratégie du mouvement à la fois vis-à-vis de la majorité plurielle et d’une cohabitation qui s'impose au chef de l'État?

Michèle Alliot-Marie : Face à l'immobilisme de la majorité, dont les Français se rendront vite compte, il n'y a qu'une stratégie : s'opposer.
Mais pour que nous soyons en mesure de le faire, pour que le mouvement retrouve sa pugnacité, il nous faut évidemment reconquérir le terrain des idées.
Reconstruisons un RPR fort, capable à nouveau d’être le moteur de l'opposition et de l'unir le moment venu autour de Jacques Chirac : c'est ainsi que nous pourrons et que nous devons l’aider.

Jean-Paul Delevoye : Le RPR doit tout d'abord être en mesure de proposer des idées neuves, adaptées à notre époque. Cela suppose qu'une vaste entreprise de réflexion soit menée à tous niveaux, en associant tous les talents. Parallèlement, j’entends que le mouvement s'oppose sans relâche aux menées du gouvernement actuel qui affaiblissent notre pays et minent sa compétitivité et sa cohésion sociale de demain. Nous ne pouvons pas continuer à développer les inégalités, à créer un monde du travail à deux vitesses, à exclure un nombre toujours croissant de citoyens et à décourager les entrepreneurs. La cohabitation ne doit pas nous interdire de nous opposer : au contraire, elle doit être une raison supplémentaire de faire entendre notre voix.

Patrick Devedjian : Confiance et autonomie : chacun doit tenir son rôle avec une confiance mutuelle indispensable. Le Président est le garant des institutions. Le RPR a pour mission de s'opposer sans concession à la gauche pour proposer une alternance, fondée sur la confiance en l'homme, la liberté et la responsabilité, et ainsi assurer la victoire aux municipales, aux législatives et enfin à la présidentielle de 2002 pour notre candidat naturel, Jacques Chirac.

François Fillon : Le pire des pièges pour le RPR est de jouer le jeu de la cohabitation parce que l’un des nôtres est à l'Élysée. Notre mouvement doit jouer pleinement son rôle d’opposition à la gauche plurielle. Ce service public d’opposition sans lequel il n'y a plus de véritable démocratie, nous le devons aux Français. Le RPR a donc le devoir d’ignorer la cohabitation. C'est d'ailleurs le meilleur service que nous puissions rendre au chef de l'État. On ne répétera jamais assez que, si les échéances sont respectées, et tout indique qu'elles le seront, les élections législatives précèderont les présidentielles. S'opposer en construisant un projet pour gouverner doit être notre priorité. C'est ainsi et pas autrement que nous gagnerons les législatives pour l'emporter ensuite aux présidentielles.

Renaud Muselier : Le chef de l'État fait fonctionner les institutions, et les Français l'apprécient dans ce rôle. Aujourd'hui, le mouvement est engagé dans une phase de réflexion, et chaque candidat propose un projet sérieux et cohérent. Nous devons nous battre sur ce terrain des idées. Que proposer de mieux et de plus crédible que les socialistes ? Voilà notre axe de bataille ! Jacques Chirac est aimé des Français mais isolé du fait de notre désorganisation. À nous de démontrer aux Français que derrière le Président existe une équipe nouvelle, compétente et crédible.


Question 5 - Considérez-vous que l'esprit et la lettre de la Ve République sont toujours :
a) Respectés,
b) Adapté à notre temps ?

Michèle Alliot-Marie : Le président de la République est le garant du bon fonctionnement de nos institutions et il y veille. Je note d'ailleurs que nos adversaires, depuis 1981, s'en sont satisfaits et que le temps où François Mitterrand parlait d'un « Coup d'État permanent » est bien loin.
C'est donc une réussite essentielle des fondateurs de la Ve République et en particulier du général de Gaulle que d’avoir légué à la France des institutions stables, capables d'évolutions et d'adaptations. Certaines ont déjà été décidées : nous n'échapperons pas à un débat national sur de nouvelles évolutions !

Jean-Paul Delevoye : L'esprit et la lettre de la Ve République visaient la grandeur de la France, l'efficacité du pouvoir politique et le rôle souverain du Peuple. Je crois que ces impératifs sont toujours et même plus que jamais adaptés à notre temps et doivent sous-tendre notre vie politique. À ce titre, la Ve République constitue toujours un fondement solide pour notre démocratie. Certes, notre Constitution doit être amendée sur quelques points pour continuer à être moderne. Nous n’échapperons pas, je pense, à une réflexion sur la cohabitation et sur la nécessité de faire un choix entre un régime présidentiel pur et un régime parlementaire. Je suis de ceux qui pensent que la cohabitation n’est pas un bon régime pour la France et que des adaptations doivent être trouvées pour y remédier. Mais, à bien y regarder, cette Constitution est adaptée au génie français : sa longévité en témoigne.

Patrick Devedjian : L’adaptation de la Constitution de la Ve République me paraît indispensable : vers un régime présidentiel qui équilibrerait mieux les pouvoirs, puisque le législatif retrouverait son pouvoir de contrôle avec la suppression de la dissolution et l'exécutif éviterait la paralysie de la cohabitation, avec la suppression du poste de Premier ministre, chef de la majorité parlementaire.

François Fillon : J'estime que la pratique prolongée de la cohabitation mine l'essentiel, c'est-à-dire l'esprit de la Constitution de la Ve République, même si la lettre est respectée. Si cette situation perdure jusqu'à la fin du septennat actuel, et tout indique que ce sera le cas, nous aurons alors vécu neuf ans de cohabitation sur les seize dernières années. D'une situation d'exception, la cohabitation sera devenue la règle. Nous serons alors devenus le seul régime occidental à vivre une dyarchie au sein même de l'exécutif comme une situation « normale ». Ce n'est pas acceptable parce que notre capacité à faire les réformes indispensables à la modernisation du pays s'en trouve jour après jour handicapée. L’efficacité des institutions est donc en cause : c'est précisément la raison pour laquelle j’estime que le moment est venu d'ouvrir sereinement le débat sur l'adaptation du régime à un temps qui n'a plus grand-chose à voir avec celui des débuts de la Ve République. J'ai avancé l’idée d'un régime présidentiel à la française. II faut que nous en débattions entre gaullistes avant de prendre position sur ce sujet essentiel dans le cadre du projet de gouvernement que nous proposerons aux Français.

Renaud Muselier : L'histoire nous enseigne qu’il n'y a pas d'avenir pour les Constitutions trop rigides. Celle de la Ve République permet à nos institutions de fonctionner, sans crise de régime, en respectant chaque pouvoir, celui du Président comme celui du gouvernement. Après tout, la cohabitation résulte d'un choix du peuple français, respectons-le.


Question 6 - Le point d'équilibre actuel entre le système judiciaire, les élus et les médias vous paraît-il aujourd’hui satisfaisant ? Quelle conséquence en tirez-vous pour l'organisation du mouvement ?

Michèle Alliot-Marie : Il n’est évidemment pas satisfaisant et soulève deux problèmes : celui de la séparation des pouvoirs et celui de la responsabilité.
À supposer que l'indépendance de la justice soit un fait acquis, il faut s'en féliciter. Que la parole de la presse soit libre, personne n’oserait le remettre en cause.
Mais qu'un juge puisse peser, par exemple, sur la composition du gouvernement de la France en entamant une procédure qui aboutira, dans certains cas. à un non-lieu pose problème. Je crains que la majorité et le gouvernement ne souhaitent donner aux magistrats plus de pouvoirs encore sans leur reconnaître on surcroît de responsabilité.
Que la presse puisse détruire l’image de tel ou tel responsable politique pose également problème car il sera, le cas échéant, la réparation ?
J’avoue n'avoir pour l'instant d'autre réponse à ces questions que la réaffirmation indispensable du principe de la présomption d’innocence, trop souvent ignoré, et de celui du secret de l’instruction régulièrement violé, ainsi que l'appel à la responsabilité et à la déontologie des journalistes.
Mais je crois aussi faudra très vite trouver un point d’équilibre si nous voulons réconcilier les Français et la politique et si nous voulons, tout simplement, que la démocratie soit vivante et respectée.

Jean-Paul Delevoye : En aucune façon le point de déséquilibre actuel entre le système judiciaire, les élus et les médias ne peut être considéré comme satisfaisant. La présomption d’innocence, fondement de notre système judiciaire, est systématiquement bafouée et, trop souvent, la mise en examen d’un élu est synonyme de condamnation médiatique. À côté de cela, le monde politique est encore trop obscur, pas assez transparent. Les règles ne sont pas assez précises Je crois qu'il faut, une fois pour toutes, clarifier la situation. Cela suppose qu'un régime juridique clair et précis soit mis en place pour juger l’action des élus dans l'exercice de leur mandat. Cet ensemble de règles doit répondre à deux objectifs : assurer l'efficacité de la gestion publique pour que les élus puissent exécuter leur mandat et faire ce pour quoi ils ont été élus, c'est-à-dire mettre en application leurs idées et permettre une sanction sévère pour tous ceux qui auraient failli ou auraient manqué à leur devoir de probité et d'honneur. Le rôle du juge est irremplaçable mais il ne doit ni se mettre à la place de l'élu, ni être dans l’incapacité de juger un élu. À l'association des maires de France, nous avons lancé un comité de réflexion sur cette question et nous soumettrons prochainement ses conclusions au garde des Sceaux. Je pense que nous avons trouvé un point d'équilibre qui ferait faire un grand pas vers la transparence.
En tout état de cause et dans l'immédiat, je souhaite réorganiser le RPR de telle manière que nous ne prêtions plus le flanc à la critique. J’ai déjà dit que je n'assumerai pas des stratégies perdantes et que tout sera fait pour que nos candidats aux prochaines élections représentent le meilleur choix possible. Par ailleurs, je souhaite la mise en place d'un comité de transparence au sein du Centre national, dont le rôle serait d'éclairer le Président sur ses choix et ses décisions. C'est ainsi que nous pourrons reconquérir la confiance des militants et des électeurs.

Patrick Devedjian : On ne petit parler d'un « point d'équilibre » : le système judiciaire est en pleine mutation, les médias connaissent une véritable révolution et les élus sortent à peine d'un système de financement occulte qui est la principale cause de toutes les affaires. Les médias doivent apprendre la responsabilité, corollaire de la liberté ; les élus doivent respecter le nouveau système de financement : la justice doit juger en toute indépendance en respectant l'État de droit. Tous sont en plein progrès !

François Fillon : Nos concitoyens exigent plus de transparence dans la vie publique et une conduite irréprochable de la part des responsables politiques. Ils ont raison. Cela conduit parfois certains à se voir condamner par l'opinion et à ce que le secret de l'instruction soit bafoué avant même que la justice se soit prononcée. C'est regrettable mais c'est ainsi. Les médias doivent informer en toute indépendance et la justice doit faire son travail avec impartialité et célérité. Nous devons en tirer les conséquences sur le plan de l'organisation de notre mouvement. À chaque fois que cela s'avèrera nécessaire, le RPR devra réunir sa commission des sages pour trancher sans complaisance et avec rapidité les cas litigieux.

Renaud Muselier : Le nombre d'affaires mises à jour prouve au moins la qualité de notre appareil judiciaire. La règle d'un État de droit veut que la justice considère les hommes politiques comme de simples citoyens. Je comprends également que les médias fassent leurs titres sur ces affaires, car cela correspond à l'attente des lecteurs, à un besoin d'information, et aussi à un souci commercial. En revanche, il est inacceptable de voir des médias devenir des procureurs à charge sans jamais reconnaître leurs erreurs ni faire leur mea-culpa lorsque des élus sont innocentés.
Cela dit, la bataille politique se livre aussi devant l'opinion publique, et notre mouvement doit assumer ses responsabilités.


Question 7 - De plus en plus, la mondialisation et les marchés financiers font échec à la capacité de régulation du « politique ». Un parti politique peut-il encore prétendre agir sur l’économie ?

Michèle Alliot-Marie : Je ne prétends pas que le RPR, ou tout autre parti politique, puisse intervenir partout et sur tout. Dans la mesure où l’économie est largement mondialisée, la bonne santé de nos entreprises et la situation de notre emploi dépendent tout autant d'une déclaration de M. Greenspan, de la situation politique dans le Golfe ou d'une mauvaise récolte dans le Midwest que de la compétence supposée du ministre français de l'économie et des finances. Créer, en revanche, les conditions d'une reprise économique, comme l’a fait le gouvernement Juppé, ne pas profiter pleinement des fruits d'une croissance retrouvée, comme le fait le gouvernement Jospin en hypothéquant l'avenir, sont des comportements politiques qui ont des conséquences. Elles sont effectivement de la responsabilité des partis qui constituent- les majorités de gouvernement.

Jean-Paul Delevoye : La capacité de régulation est certes atteinte, mais pas la capacité d'incitation. Le rôle d’une formation politique est justement de proposer des alternatives, un autre modèle de développement, de stimuler les agents économiques. Les partis politiques peuvent difficilement agir sur la croissance : en revanche, ils peuvent influer sur son environnement. Tout l'enjeu est là, d'ailleurs, et je souhaiterais que le RPR s'engage sur cette voie en proposant aux partenaires économiques un cadre d'action stable sur x années afin que les agents économiques puissent caler leurs anticipations. À l'issue de cette période, un débat sanctionnerait la politique suivie et définirait la nouvelle. On ne peut pas continuer à vivre dans l’incertitude juridique et réglementaire alors même que la mondialisation est responsable de l'extrême fluidité du marché et des conditions de la croissance. Le politique retrouverait ainsi son rôle de pédagogie des enjeux et de stabilisateur des anticipations économiques

Patrick Devedjian : Le politique n'a jamais pu tout régler : ni les catastrophes naturelles, ni les désirs de puissance des dictateurs. L'avantage de la mondialisation, c'est qu'elle mondialise aussi la liberté et le droit, même si c'est trop lentement ! Le politique garde un grand rôle pour l'organisation de la société, pour instituer les règles de droit qui empêchent la loi de la jungle, c'est-à-dire celle du plus fort. Mais la démocratie restera toujours un combat contre l'esprit de puissance naturel à l'homme !

François Fillon : La politique doit plus que jamais agir sur l'économie. C'est la mondialisation elle-même qui l'exige. Il y a d'abord un devoir d'explication du phénomène, de son caractère inéluctable, des risques et des opportunités qu'il recèle. Sur ce plan, nous avons trop souvent adopté une attitude défensive par rapport à cette grande mutation économique. Le rôle des formations politiques est de confronter leurs analyses et surtout de proposer aux Français les voies et les moyens non seulement de défendre, mais surtout de faire évoluer notre modèle économique et social pour tirer le maximum de bénéfices de la libéralisation mondiale des marchés. Les Français ont des atouts formidables dans la compétition internationale : à la politique de les mettre en avant et de mettre en place le cadre dans lequel ils pourront pleinement s'exprimer. Il y a donc un énorme travail de régulation et de maîtrise de la mondialisation qui relève plus que jamais du politique. Ne serait-ce, par exemple, que d'assurer une concurrence équitable face à la constitution de groupes de plus en plus imposants et qui frisent le monopole. Ou encore de s'assurer que notre système de sécurité sociale et de retraite peut être adaptés aux temps nouveaux. Sur ces sujets essentiels comme sur bien d'autres, je suis convaincu que seule la politique peut défendre le libéralisme économique contre ses propres excès. La grande différence, c'est qu’il ne s'agit plus de le faire dans le seul cadre national, mais aussi et surtout au niveau européen et dans les grandes instances internationales de régulation de l'économie mondiale. J’ajoute que nous devons relancer, rénover la participation. C'est de l'intérieur, en associant les salariés aux résultats de leurs entreprises, que nous pouvons faire évoluer le capitalisme contemporain.

Renaud Muselier : Bien que l'interventionnisme de l'État soit vraiment passé de mode, un besoin de régulation n'en demeure pas moins. Seuls les États peuvent imposer des règles comme l’interdiction du travail des mineurs, le respect de l'environnement ou l’interdiction des monopoles. Et puis, malgré tout, l'État français reste suffisamment interventionniste pour offrir un vrai débat et une vraie critique sur ce sujet.


Question 8 - La place et la question des femmes ont toujours été marginales au sein du RPR. Aujourd'hui faut-il les encourager en terme juridique de parité, en terme philosophique d'égalité ou en terme politique de pouvoir ?

Michèle Alliot-Marie : Elles ont été marginales au sein du RPR comme au sein des autres partis politiques. N'oublions pas que la décision « courageuse »  des socialistes de présenter de nombreuses femmes aux élections législatives de 1997 tenait largement au peu d'espoir qu’ils avaient de remporter les élections.
Mais il est vrai que cette situation n'est plus acceptable, d'abord parce qu'elle n'est conforme ni à la justice ni à la démocratie, et, ensuite, parce qu'elle est de moins en moins admise, à juste titre, par l'électorat.
J'ai longtemps pensé qu'il ne fallait pas inscrire la parité dans une loi, ni la rendre obligatoire par une sorte « d'affirmative action » à la française, parce que cela va à l'encontre de notre sentiment égalitariste et anti-communautariste. Mais peut-être faudra-t-il en passer par là, pour une période temporaire par exemple, si les positions acquises et les conservatismes sont toujours aussi présents.
Je souhaite, pour ma part, que le RPR donne l'exemple en la matière, en préparant dès maintenant une nouvelle génération de femmes et de jeunes à l'exercice des responsabilités politiques.
Notre crédibilité est, là aussi, en cause.

Jean-Paul Delevoye : II faut les encourager en terme matériel. Je suis de ceux qui pensent qu'il est injurieux pour les femmes de leur « offrir » une égalité juridique. Ne seraient-elles pas capables de faire leurs preuves ? 'Tout démontre le contraire. En revanche, il faut donner aux femmes la possibilité matérielle d'exercer des mandats. Cela suppose que soient surmontées des contraintes liées à l'activité professionnelle et à la vie familiale. Pour ma part, je souhaiterais que le futur statut de l'élu(e) prenne en compte de tels dispositifs.

Patrick Devedjian : Si le RPR ne fait pas aux femmes toute la place qu'elles méritent et exigent aujourd'hui, la société le rejettera. Même si la parité n'est pas satisfaisante en ce qu'elle s'oppose à la démocratie, elle s'impose aujourd'hui en raison de l'immobilisme des partis politiques et notamment des partis politiques de droite. Il n'y a aujourd'hui aucune différence entre une femme et un homme pour les capacités d'accession au pouvoir démocratique.

François Fillon : La France accuse sur ce plan un retard inacceptable par rapport à ses partenaires européens ou par rapport aux États-Unis. Qu'il s'agisse de recourir à des remèdes juridiques, philosophiques ou de pouvoir, l'essentiel est désormais de débloquer cette anomalie française. Les mesures juridiques visant à instituer la parité aux élections ont l'inconvénient de catégoriser une partie de la population et risquent, à ce titre, de nous entraîner vers une communautarisation du pays qui est contraire à nos principes républicains. Mais faute de démontrer que nous savons promouvoir les femmes en politique sans recourir à ce type de mesures, je ne vois pas comment nous pourrions raisonnablement nous opposer à la parité imposée à certaines élections. Je propose, pour ma part, que le RPR montre l'exemple en attaquant le problème à sa racine : celle de la formation. II s'agit d'instituer le principe de la parité au niveau de notre école des cadres, précisément pour que nous puissions disposer du vivier de femmes motivées et talentueuses dont le mouvement à besoin pour les toutes prochaines échéances électorales.

Renaud Muselier : Le rôle des gaullistes n'est pas forcement de battre en brèche les lois fondamentales de la République par l'adoption d'un système de quotas anglo-saxon. Les gaullistes croient en l'action politique, et c'est en terme de pouvoir que le RPR doit être exemplaire sur ce thème.


Question 9 - On ne parle quasiment jamais de culture an RPR. C'est à peine si ce mot existe dans le « Projet pour la France et les Français ». Considérez-vous aussi que la culture est « l'opium du peuple de gauche » et que les intellectuels sont définitivement « ailleurs » ? Comment expliquez-vous ce divorce entre les gaullistes et les intellectuels ?

Michèle Alliot-Marie : Je regrette vivement l'absence de la culture de nos préoccupations et de nos projets. C'est un champ que nous avons délaissé depuis longtemps (depuis Malraux ?) et je crois que c'est une erreur. Il ne peut y avoir de destin commun sans projet culture pour un pays ! Avant de gagner les élections dans les urnes, la gauche avait évidemment, et depuis longtemps, « le pouvoir culturel ».
Notre projet, le renouvellement des idées, le débat que j'appelle de mes vœux au sein du Rassemblement doivent absolument en tenir compte. Pour autant, soyons optimistes : une période s'achève qui avait commencé dans l'entre-deux guerres et qui s'était traduite, depuis 1945, par une véritable mainmise du marxisme, notamment sur une grande partie de la littérature et la quasi-totalité des sciences humaines. Cette « glaciation » arrive à sa fin et la figure de l'intellectuel « engagé », forcément à gauche, imposée par Sartre, n’est plus un modèle.
Je pense qu'il est maintenant possible, à condition que nous en saisissions l'importance, d'engager avec « l’intelligence » le débat sur la Nation, sur la liberté, bref sur nos valeurs.

Jean-Paul Delevoye : Je crois qu’il existe une urgence absolue : au-delà de la fracture sociale se développe aujourd'hui une véritable fracture culturelle qui atomise notre société et rend urgent que le RPR apporte des solutions. Je ne crois pas qu’il y ait divorce entre les intellectuels et les gaullistes. Il y a eu en fait un appauvrissement du lien à mesure que les gaullistes perdaient leur spécificité. Mais la campagne de 1995 l’a bien montré : que l'on retrouve le souffle populaire du gaullisme, et nombre d'intellectuels se reconnaîtront dans les idées défendues par le RPR. En d’autres temps, j'ai dit que notre mouvement devait retrouver le chemin du peuple, je crois que c'est en poursuivant dans cette direction qu’il trouvera la voie (voix?) des intellectuels.

Patrick Devedjian : C'est un de nos grands échecs. Il y a de nombreux intellectuels de grand talent à droite et nous n'avons jamais su les écouter, discuter avec eux, appuyer leurs idées et les mettre en œuvre. La création d'une fondation par le RPR me semble indispensable pour irriguer la pensée politique de notre mouvement par la culture et l'intelligence.

François Fillon : Vous avez parfaitement raison. II n’est pas acceptable de laisser penser que l'ambition culturelle serait un monopole de gauche. Peut-être le haut exemple de Malraux a-t-il été un peu écrasant pour les générations qui ont suivi. Je ne cesse pour ma part de dire que le défi intellectuel est le tout premier que nous ayons à relever pour refaire du RPR une formation politique moderne apte à gouverner. La première bataille à livrer est celle des idées. Dans ce contexte, je salue le travail et les réflexions nés autour d'Une certain Idée. C'est l'exemple même de ce que nous devons faire-pour reconquérir le champ-intellectuel. II est temps de renouer avec le formidable bouillonnement intellectuel qui entourait à son origine le mouvement gaulliste. Il faut que nos débats internes fassent toute la place au débat d'idées, y compris en suscitant des contributions de personnalités qui ne partagent pas toutes nos sensibilités mais qui ont une réflexion stimulante. Nous avons trop souvent cédé à la facilité de projets trop conventionnels, alors même que nous devrions mettre à profit les périodes d'opposition pour nous ressourcer et réfléchir aux grands enjeux nationaux et internationaux. Les gaullistes retrouveront le lien essentiel avec le monde intellectuel en s'ouvrant à lui et en travaillant avec lui, en particulier en plaçant dans nos toutes premières priorités dans notre projet la politique culturelle, l'éducation, la recherche et la technologie. Vous savez, il n'y a pas de victoire politique sans domination intellectuelle.

Renaud Muselier : J'inverserais plutôt la question : la bien-pensée de gauche est, dans notre pays, l'opium de beaucoup d'intellectuels. D'où une vraie censure envers ceux qui préfèrent avoir raison avec Aron que tort avec Sartre. Pourquoi, par exemple, joue-t-on si peu Ionesco dans nos théâtres subventionnés ?


Question 10 - Selon vous, l'expression « risquer sa vie pour son pays »  a-t-elle encore un sens ?

Michèle Alliot-Marie : C'est le fait de poser cette question qui n'a pas de sens.
Quels sentiments pourraient bien, en effet, conduire les hommes à risquer leur vie sinon l'amour de leur pays, la défense de leur liberté, de leurs proches ou de leurs biens ? On ne verra jamais, Dieu merci, les Français sacrifier leur vie pour la bonne tenue du CAC 40...
Certes, personne ne peut prétendre dans des circonstances extrêmes, qu'il aura ce courage. On peut au moins respecter et honorer la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés autrefois pour notre liberté et pour que notre Patrie vive. Je suis scandalisée que Madame Royal ait pris, il y a quelques mois, la défense d’une enseignante qui avait fait chanter « Le Déserteur » aux enfants dont elle a la responsabilité lors d’une cérémonie du 8 Mai... et scandalisée que le scandale n'ait pas été plus grand.

Jean-Paul Delevoye : J'en suis persuadée. Le sentiment national, l’attachement au pays et aux racines restent très forts. Du reste, on ne s'est jamais autant intéressé à l'histoire qu'aujourd'hui. Certes, nous vivons dans un monde de paix où le territoire national n’est pas menacé, mais il suffit de voir avec quelle fougue et quelle abnégation nos soldats défendent la paix à travers le monde pour être convaincu de cette idée simple : on petit encore, aujourd'hui, donner ce que l’on a de plus cher pour défendre ses idées.

Patrick Devedjian : Bien sûr. Il y a des valeurs suprêmes qui fondent notre vie d'homme, notre engagement et qui méritent que l’on accepte de risquer son existence pour son pays qui les représente collectivement.

François Fillon : Je pense que tout dépend des circonstances dans lesquelles vous posez votre question. Si vous le faites alors que tout semble aller pour le mieux, je veux dire que le pays n'est pas menacé et qu'aucun risque majeur ne se profile à l'horizon, alors on vous répondra que la question n'a effectivement plus de sens. Mais, dans le cas contraire, vous verriez qu'elle retrouverait très vite une part de sa pertinence. Je suis par ailleurs frappé par la spontanéité et la générosité des Français, en particulier des jeunes, lorsqu'il s'agit de s'engager pour des causes humanitaires. Bien sûr, il ne s'agit pas là de l’engagement extrême de « mourir pour son pays » mais ceux-là aussi servent la cause de la France.

Renaud Muselier : Plus que jamais. La vie quotidienne des peuples de l'ex-Europe de l'Est nous en offre chaque jour, avec son cortège de combattants et de martyrs, la preuve tragique.


Question 11 - En 1995, les jeunes ont voté Chirac. En 1999, ils votent Jospin ou Cohn-Bendit. Pourquoi ?

Michèle Alliot-Marie : Certains votent Jospin ou Cohn-Bendit... quand ils votent !
II faut d'abord, comme l’ensemble de nos compatriotes, les réintéresser à la politique.
Je crois ensuite qu'il faut un langage clair et des positions sans équivoque, ce sont les listes qui avaient ce langage clair, quel qu’il soit par ailleurs, qui ont su attirer, notamment les jeunes, lors du récent scrutin européen. II est nécessaire aussi d'avoir une attitude plus ouverte et plus généreuse envers les « autres » dans ce monde qui évolue trop vite. Notre mouvement doit renforcer son message social et humanitaire. Il doit aussi mieux s'intéresser à la défense des Droits de l'Homme. Cela aussi est gaulliste !
Le scrutin de 1995 a justement montré que le vote des jeunes n'était pas « captif » et propriété naturelle de la gauche. À nous d'aller vers la jeunesse dans un esprit d'ouverture mais sans démagogie.

Jean-Paul Delevoye : Premièrement, il n’est pas prouvé que le vote « jeune » se soit porté sur L. Jospin ou D. Cohn-Bendit. Deuxièmement, personne n’est propriétaire du vote d’une partie de l'électorat. Ce qu’il faut, c'est proposer des idées neuves et séduisantes. À ce titre, je crois qu’il est impératif pour le RPR de retrouver l'esprit de la campagne de 1995, c'est-à-dire, en fait, de retrouver le chemin du peuple. Il faut que nous suscitions le débat au sein de la société civile, que nous apportions des réponses concrètes, en prise avec les réalités du moment. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être à la traîne des évolutions de la société. Pour relever ce défi, je souhaite que le RPR soit réorganisé autour de trois grands pôles d’activité au côté d'un pôle consacré à la préparation des élections et d'un autre orienté vers la communication et le conseil, un pôle devrait être voué entièrement à l’anticipation et à la réflexion. Il est impératif que notre mouvement redevienne un laboratoire d’idées, associant à notre réflexion tous les talents de la société. Votre revue s’inscrit dans cet objectif grâce au foisonnement d’idées qu’elle fait fermer. Tout l’enjeu maintenant est de prolonger l’effort et de l’expliquer aux Français. Ce sera le, rôle de l’équipe que j’entends rassembler si je suis élu.

Patrick Devedjian : Jacques Chirac avait su faire passer un espoir auprès des jeunes : plus d'enthousiasme, plus de générosité. Ils ont été déçus parce que la réalité est très prosaïque. Je ne suis pas sûr qu'ils votent Jospin aujourd'hui, et je comprends que le discours vrai de Cohn-Bendit, à l'opposé du convenu et de la langue de bois, les attire. À nous aussi de dire la vérité.

François Fillon : Parce que le formidable espoir que Jacques Chirac a su faire naître en 1995, nous n'avons pas su et pas pu y répondre. Aussi parce que sur le plan des mœurs et des grands problèmes de société, nous apparaissons comme trop conservateurs, alors même que le gaullisme a une histoire dont il aurait tort de rougir en termes de transformation sociale. Nous devons retrouver cette dynamique : elle aussi joue un rôle clef dans l'adaptation du pays à son temps. D'autant plus que nous devrions le faire de manière moins clientéliste et démagogique que la gauche. Il y a enfin un problème de génération : le RPR est encore trop éloigné des idées, des espoirs et des craintes de la jeunesse. Nous devons impérativement y remédier en suscitant l'émergence d'une nouvelle génération en politique. Je suis frappé quand je voyage en Europe de constater la jeunesse de certains responsables politiques européens, notamment dans les jeunes démocraties d'Europe de l’Est. En Hongrie, le Premier ministre a moins de quarante ans et son ministre des affaires étrangères poursuit ses études universitaires.

Renaud Muselier : L'acteur politique est devenu au fil des vingt dernières années un acteur parmi d'autres. Sans posséder les repères idéologiques de leurs parents, déterminants le jour du vote, les jeunes électeurs réagissent en consommateurs. Dès lors, comment s'étonner qu’ils « zappent » au gré des effets d'annonces.


Question 12 - Selon vous, « la  pensée unique » est-elle une réalité ou un slogan ?

Michèle Alliot-Marie : Il y a une pensée unique à l'heure actuelle : celle qui interdit de critiquer le Gouvernement, qui consiste à dire que si la conjoncture économique, mondiale et française, s'améliore, c'est grâce à son action, et que le chef de ce gouvernement est un modèle de compétence, de courage, de vertu et de modestie.

Jean-Paul  Delevoye : La pensée unique est malheureusement un slogan fondé sur une réalité. Comment ne pas voir que toute initiative est systématiquement bridée, que toute audace fait peur et que le conservatisme devient la règle ? Nous sommes immergés dans un monde ou la « pensée unique » signifie politiquement correct. II faut être libéral, croire au marché mondial et au dépérissement de l’État individualiste et apatride. Je ne crois pas que cela soit l'avenir de l'homme. II faut, au contraire, que les individus se sentent membres d’une communauté, la Nation, animés par le sens de l'intérêt général et du bien-être public. II faut que la réalité nationale soit une force au moment de l'ouverture des frontières et de la mondialisation des échanges. II faut que l’État retrouve son rôle de puissance régalienne et soit responsable de la pédagogie des enjeux. Il faut enfin que la puissance publique s'attache à préparer en offrant un enseignement de qualité, en pariant systématiquement sur la recherche, en privilégiant, en toutes occasions, les dépenses actives sur les dépenses passives, en offrant enfin la première des libertés aux citoyens : la sécurité. Cette ambition est très loin de l'actuelle pensée unique, faite de renoncements et d'abdication.

Patrick Devedjian : Un slogan. La société n'a jamais été aussi diverse, cultivée et capable de réfléchir au-delà des discours des soi-disant savants.

François Fillon : Si ce n'avait été qu'un slogan, cette expression n'aurait pas eu un tel succès. La pensée unique a correctement décrit une politique économique appliquée systématiquement et partout en Europe dans les années de préparation de l'euro, politique qui a conduit à une restriction drastique de la demande provoquant un chômage de masse dont nous sommes loin d'être sortis. Mais au-delà de cette expression un peu datée, ce qui me frappe aujourd'hui c'est l'extraordinaire diversité des opinions et des points de vue sur beaucoup de sujets importants. La généralisation progressive de l'accès à l'information et les possibilités quasi illimitées de dialogue qui caractérisent Internet ont des effets que nous ressentons dès à présent. Leurs conséquences à terme seront considérables. Si elles commencent par rendre impossible la domination de toute pensée unique, elles auront rendu un grand service à la démocratie.

Renaud Muselier : Un slogan déjà dépassé, sûrement, mais également une réalité. La pensée unique résulte avant tout d'une formation unique, celle de nos élites technocratiques. Pour lutter contre cet état de fait, j'ai d'ailleurs proposé en ce sens deux textes de loi : la suppression de l'ENA et l'incompatibilité de mandat avec l'appartenance à la fonction publique. II faut en finir avec la République des professeurs comme avec le régime des technocrates.


Question 13 - Le pluralisme au sein du RPR vous paraît-il devoir être encouragé ou combattu ? S'il vous paraît légitime, par quelle procédure concrète comptez-vous le garantir ?

Michèle Alliot-Marie : Le pluralisme est une richesse. II l'est au sein de l'opposition, il l'est au sein du RPR, et il l'a toujours été dans le mouvement gaulliste car c'est un rassemblement !
Nous devons évidemment l'accepter comme nous devons nous féliciter qu’il y ait, au sein du mouvement, tant de femmes et d'hommes politiques de valeur avec leur personnalité et leur sensibilité propres. Ce que la gauche présente comme un avantage, nous en ferions un handicap?
On parle de la « famille » gaulliste et non d'un régiment. C'est pourquoi je propose, dès le printemps prochain, de réunir des assises de toutes les formations, associations et clubs de réflexion qui se réclament de nos valeurs et de nos idées, afin que toutes ces énergies qui courent le risque de la dispersion aillent dans le même sens : faire gagner la France.
En revanche, je m'opposerai fermement à la constitution ; au sein du mouvement, « d'écuries » de présidentiables. Le RPR est au service de nos idées, il n’est pas un incubateur d’ambitions personnelles.

Jean-Paul Delevoye : Le pluralisme doit être notre force. Si je suis élu président du RPR, je souhaite être le porte-parole de tous les militants et mettre le Centre national à leur service. Cette ambition suppose que la culture du début s'ancre définitivement dans notre mouvement. Je m'y emploierai en multipliant les facilités d'écoute, les forums départementaux, en mettant au service de tous un réseau interactif d'échanges et en instaurant un référendum d'initiative militante. En mobilisant ces instruments, nous rédigerons tous ensemble un projet de gouvernement que j'aurai à cœur de défendre avec une équipe rassemblant toutes les sensibilités du RPR et animée une même ambition : faire du RPR la force de proposition centrale de l'opposition.

Patrick Devedjian : La société est diverse parce que de plus en plus individualiste. Si nous voulons la représenter, retrouver notre vocation de « métro à 6 heures du soir », il faut que nous soyons divers (jeunes et vieux, femmes et hommes, retraités et actifs, riches et pauvres, inquiets et optimistes, écologistes et entrepreneurs, compassionnels et dynamiques, etc.) À l'intérieur de nous-mêmes, nous sommes parfois tirés à hue et à dia. La diversité doit s'exprimer mais il faut définir ce qui nous rassemble, pourquoi nous combattons ensemble au-delà de cette diversité : là encore, nous retrouvons l'impérieuse nécessité de se ressourcer dans la culture, la réflexion, l'intelligence...

François Fillon : Dans une formation politique moderne et efficace, le débat entre sensibilités différentes est la condition même du succès. Nous sommes un rassemblement, nous devons donc intégrer et accepter le principe de la pluralité: Le meilleur moyen de faire vivre cette pluralité mais aussi la responsabilité dans son exercice, c'est le renforcement de notre démocratie interne. Dans cet esprit, je propose par exemple que les militants désignent personnellement pour les élections locales leurs candidats. Cette procédure obligera les élus à s'expliquer sur leurs idées et à rendre des comptes.

Renaud Muselier : Posons-nous plutôt la question : un rassemblement peut-il exister sans pluralisme ? Garantir le pluralisme est indispensable pour accroître notre capacité de rassemblement. Dans mon projet, j'ai proposé de créer le Parlement du RPR, composé des secrétaires de circonscription. Ce Parlement se prononcerait sur un ordre du jour précis, donnant lieu à débats dans chaque circonscription de France. Il est bon que toutes les idées puissent circuler, et soient l'objet de débats. Mais à un moment, il est aussi nécessaire que les militants tranchent.


Question 14 - Êtes-vous abonné(e) à une certaine Idée ?

Michèle Alliot-Marie : Je la reçois et la lis toujours avec attention.

Jean-Paul Delevoye : Non, mais j'ai la chance de pouvoir lire votre revue autrement !

Patrick Devedjian : Non.

François Fillon : Oui, et depuis le premier numéro. J’estime que cette revue est une formidable réussite. C'est un pari intellectuel réussi.

Renaud Muselier : Oui.


Question 15 - Comme tous les candidats à l'élection à la présidence du RPR, vous vous êtes engagé(e) à instaurer au sein du RPR un large débat d'idées. Notre revue a précisément pour vocation de le nourrir en acceptant des contributions d'horizons les plus divers. Si vous êtes élu(e), avez-vous l'intention d'imposer une ligne éditoriale, ou laisserez-vous au comité de rédaction d'Une certaine Idée la liberté qui est la sienne aujourd'hui ?

Michèle Alliot-Marie : Une certaine Idée est d'abord une revue de qualité, de grande tenue et qui participe au débat d'idées nécessaire à notre famille.
Je suis convaincue de l'utilité d'un tel lieu de débats, tant internes qu'ouverts sur l'extérieur. Son taux d'abonnement montre d'ailleurs, à l'évidence, qu’il répond à un besoin.
Ces idées, pour garder leur intérêt, ne peuvent être brimées !

Jean-Paul Delevoye : La réponse à cette question tombe sous le sens. J'ai pour ambition de promouvoir le débat, l'écoute des militants, l’échange. Imposer une ligne éditoriale me paraîtrait grotesque pour une revue qui a toujours manifesté son attachement aux mêmes valeurs que les miennes.

Patrick Devedjian : Une revue ne présente pas le moindre intérêt si elle n’est pas libre de ses choix d'auteurs, donc faire dépendre la ligne éditoriale de la direction du parti me semble stalinien. Une certaine Idée s'inscrit dans le projet de fondation, qui elle aussi devra être libre pour garantir son honnêteté intellectuelle et sa fécondité.

François Fillon : Je n'imposerais aucune ligne éditoriale pour la simple raison que cela reviendrait à tuer dans l'œuf ce qui fait toute l'originalité et l'intérêt de votre revue. Je crains qu'elle ne devienne alors terriblement ennuyeuse. Une certaine Idée permet au RPR de s'ouvrir à des contributions de sympathisants et parfois même de personnalités qui ne partagent pas nécessairement nos idées. Cette confrontation des points de vue contribue à la réputation de notre mouvement et à son ressourcement par le débat qui est si essentiel à mes yeux.

Renaud Muselier : Imposer une ligne éditoriale, certainement pas. Une certaine Idée n'a pas pour vocation de devenir une Lettre de la Nation bis. Il ne peut y avoir débat d'idées sans liberté de parole. Peut-être, pour refléter encore mieux la richesse du gaullisme de demain, faudrait-il qu'Une certaine Idée rende compte du travail des clubs de réflexion qui existent au sein du RPR. Être intelligent sans verser dans l'intellectualisme, poser les questions pertinentes tout en restant impertinents, c'est peut-être le meilleur moyen pour les gaullistes de se réconcilier avec les intellectuels.