Interview de M. Renaud Muselier, député RPR adjoint au maire de Marseille et candidat à la présidence du RPR, à RTL le 13 octobre 1999, sur sa candidature à la présidence du RPR et les relations entre le Président Chirac et le RPR dans le contexte de la cohabitation.

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O. Mazerolle : Vous venez de Marseille, vous avez 40 ans et vous dites : « J’en ai marre de vivre dans l'opposition. »

R. Muselier : « Je fais simplement un constat : je constate qu'entre 81 et 2001, nous, la droite, sommes restés six ans au gouvernement dont quatre ans en cohabitation. Ce qui ne fait que deux ans réellement. Ce n'est pas l'alternance. Donc, pour moi qui ai 40 ans, dix-huit ans d'opposition, cela ne me convient pas. »

O. Mazerolle : Vous dites même : « Je suis scandalisé parce que la gauche ne devrait pas être au pouvoir. » Elle a été élue quand même !

R. Muselier : « Elle est au pouvoir, mais cela me gêne. Je n'ai pas vocation à faire de la politique pour être toujours dans l'opposition. La réalité c'est qu'aujourd'hui, avec le FN qui n'est plus là ou qui est complètement en morceaux, nous avons la capacité de retourner au gouvernement. Il faut savoir ce qu'on veut y faire, ce qu'on va y faire, avec qui on peut le faire. Nous sommes dans une situation qui est bonne aujourd'hui sur le plan politique. »

O. Mazerolle : Le désastre de la droite, tous vos aînés ont leur part de responsabilité ?

R. Muselier : « Quand on fait un bilan, on est obligé de regarder un peu qui nous a menés là. »

O. Mazerolle : Il faut les mettre au rancart ?

R. Muselier : « Il y a une élection à l'intérieur de notre mouvement politique où on peut se présenter. Je me présente. »

O. Mazerolle : Mais les Juppé, Séguin, Balladur...

R. Muselier : « Ils ne se présentent pas, ils sont même partis. Je pense qu'ils sont un peu émoussés donc il faut qu'ils aillent se ré-aiguiser. »

O. Mazerolle : Dites-vous à J. Chirac : « Dites donc, vous avez peut-être votre part aussi ? »

R. Muselier : « J. Chirac est président de la République. Lui a réussi son opération. Là où cela n'a pas marché, c'est que les responsables politiques - les gouvernements successifs - nous ont emmenés plusieurs fois à l'échec. Il faut en tirer les conséquences, il faut en tirer les conclusions, tant sur les messages que sur les méthodes que sur les hommes. »

O. Mazerolle : Il a sa part aussi, non ?

R. Muselier : « C'est surtout ceux qui étaient au gouvernement qui ont leur part. »

O. Mazerolle : Lui, non ?

R. Muselier : « Il est président de la République, président de tous les Français. De toute façon, il y a une responsabilité collective des responsables politiques de droite. Aujourd'hui, à l'intérieur du RPR, il y a un débat qui s'engage. Nous avons la possibilité de nous exprimer, de faire passer de nouvelles idées et d'engager de nouvelles méthodes. C'est sur ce point que je veux peser. »

O. Mazerolle : Que voulez-vous exactement dire quand vous dites : « Il faut se comporter en adulte à l'égard de J. Chirac » ?

R. Muselier : « Je veux dire que je suis chiraquien depuis toujours, je le reste, je suis fidèle, mais je répondrai par une boutade en disant : « J'ai 40 ans, je suis marié, j'ai 4 enfants, j'aime ma mère mais pour autant, cela fait très longtemps que je ne lui demande plus l'autorisation de sortir »

O. Mazerolle : Vous dites : « Pour réussir, la droite n'a qu'à faire comme on fait à Marseille. » Qu’est-ce que vous faites de si exceptionnel à Marseille ?

R. Muselier : « De si exceptionnel sur le plan politique ! Nous avons pris la deuxième ville de France, sans· histoire, avec J.-C. Gaudin ; nous ayons été élus en 95, nous avons été réélus en 97, malgré les triangulaires, nous avons 9 députés sur 16 dans ce département, nous avons 6 députés sur 8 sur Marseille et vous n'entendez jamais parler de problème politique à l'intérieur de la ville de Marseille. J.-C. Gaudin et moi-même avons créé un « groupe Marseille », qui fait en sorte qu'il y a une organisation pour l'intérêt de nos concitoyens, pour l'intérêt de notre ville, et cela nous donne une stabilité politique tout à fait exceptionnelle. »

O. Mazerolle : Le fait que ce soit un UDF qui soit maire et vous seulement adjoint, en tant que RPR, cela ne vous donne pas des boutons ?

R. Muselier : « Non il est DL mais peu importe. Je n'ai pas été élu pour essayer d'être premier. J'ai été élu dans le cadre d'un ticket avec J.-C. Gaudin pour diriger notre cité. Apparemment, nos électeurs, nos concitoyens sont contents, et ce qu'on peut faire en bas, on doit pouvoir le faire ailleurs. Marseille est souvent l'exemple par rapport au reste de la France. »

O. Mazerolle : Si vous êtes élu, président du RPR, en tant que Marseillais, quel conseil vous allez donner aux Parisiens pour régler le cas de Tiberi ?

R. Muselier : « Est-ce que ces gens s'estiment, se respectent et ont envie de gagner ensemble ? C'est la seule question qui vaille. Nous ne pouvons travailler, nous ne pouvons gagner, nous ne pouvons donner confiance, et les gens ne peuvent nous faire confiance que si on a ces trois facteurs : estime, respect et volonté de gagner ensemble. Apparemment, il n'y a ni estime, ni respect, ni volonté de gagner ensemble. Donc, cela les Parisiens le leur feront payer. Il est absolument indispensable de trouver le bon candidat qui porte ces trois critères »

O. Mazerolle : Donc, ce n'est pas Tiberi ?

R. Muselier : « Je ne suis pas sûr. »

O. Mazerolle : Vous n’êtes pas sûr que ce ne soit pas lui ?

R. Muselier : « Qu'il soit le meilleur candidat, pour avoir ces trois critères, je ne suis pas sûr. »

O. Mazerolle : Faut-il que C. Pasqua regagne le bercail ?

R. Muselier : C. Pasqua a créé sa formation politique avec P. de Villiers. Il y a donc le ticket Pasqua - de Villiers, qui est atypique et qui mérite d'être regardé avec beaucoup d'attention. Est-ce qu'ils ont envie de faire élire M. Jospin à la présidence de la République ? Est-ce qu'ils ont envie de laisser les circonscriptions à des députés socialistes ? C'est la seule question. Leur philosophie politique ne me gêne pas. Ou ils sont avec nous dans notre camp, ou ils sont contre nous. Alors, qu'ils le disent tout de suite. »

O. Mazerolle : Parce que, médecin, vous dites : « Je suis un spécialiste des traumatisés crâniens : Ça tombe bien, parce que le RPR a pris un sacré coup sur la tête aux élections. » Est-ce que vous n'en rajoutez pas un peu dans le folklore ?

R. Muselier : « J'en rajoute dans l'efficacité et le pragmatisme. Ce n'est peut-être pas une théologie pure mais c'est l'efficacité. C'est vrai que je suis médecin, c'est vrai que je suis spécialisé dans le traumatisme crânien et c'est vrai qu'on a pris un gros coup sur la tête. C'est peut-être une présentation qui est sympathique, différente, mais qui est fondamentalement efficace et très déterminée. »

O. Mazerolle : Certains vous regardent d'un air un peu goguenard en disant : « Oui il est là comme cela, mais il n'ira pas loin. » Cela vous énerve ?

R. Muselier : Je demande le respect de la province. Je n'aime pas les castes, les clans, les organisations de gens qui ne souffrent pas, qui donnent des leçons en permanence et qui ne vont jamais au charbon. Il y en a assez que ce soit des dirigeants politiques ou technocratiques qui nous donnent des leçons et qui sont eux-mêmes protégés par un système qui les protège. Je suis absolument opposé à cela, et je le fais à ma manière. Alors je demande le respect de la province. Je demande le respect de Marseille, je demande le respect des militants, je demande à ce que l'on bâtisse une société dans laquelle on puisse s'épanouir et non pas se diviser, avec des gens qui donnent des leçons et qui ne les appliquent pas. »

O. Mazerolle : En tant que député, vous avez proposé la suppression de l'ENA. Ça fait un peu démago ?

R. Muselier : « C'est peut-être démago mais je me suis promis à le faire, parce que tout le monde a peur d'en parler, ou tout le monde a peur de le dire. Je ne voudrais pas que mes amis énarques en prennent ombrage. Intellectuellement, ils sont très forts et très performants. Mais il y a une espèce d'organisation technique qui fait en sorte qu'ils gangrènent le système politique et technocratique de notre pays, et eux sont toujours protégés. Un médecin qui fait de la politique, il perd son cabinet ; un chef d'entreprise qui fait de la politique, il perd son entreprise. Eux, ils retournent après, tranquillement, dans leur corps d'origine. Je ne peux pas l'accepter »

O. Mazerolle : « Vous faites un curieux procès aux socialistes en disant : « Ils ne semblent plus croire au rôle de l'État. » Mais d'habitude, on leur fait le procès inverse !

R. Muselier : Mais ils mélangent tout, avec une très grande habileté, notamment par exemple sur les 55 heures. L'explication c'est : « Ne vous inquiétez pas, cela va créer des emplois, et puis vous allez travailler moins tout en gagnant plus. « C'est du mensonge. »

O. Mazerolle : Qu'est-ce l'État devrait faire de plus, selon vous, et qu'il ne fait pas ?

R. Muselier : À l'heure actuelle, l'État, à chaque fois qu'il s'occupe de quelque chose, cela ne marche pas et à chaque fois qu'il laisse libre, cela fonctionne. On se rend bien compte d'ailleurs que la croissance dans notre pays due à la croissance internationale crée des emplois dès que l'État ne s'en occupe pas. Dès qu'il touche à quelque chose, il bloque, il stérilise, il gêne le système. »

O. Mazerolle : De quoi faut-il qu'il s'occupe ?

R. Muselier : L'État doit s'occuper des fonctions régaliennes : c'est peut-être la sécurité, peut-être la justice, peut-être l'éducation. Déjà s'il s'occupait bien de cela, on s'en sortirait déjà beaucoup mieux. L’éducation ne fonctionne pas, la justice c'est trop long : cela ne fonctionne pas, on n'est pas adapté, on n'a pas les moyens ; la sécurité n'est pas assurée dans nombre de nos quartiers alors qu'il y a une dérive que l'on ne ressent plus dans un certain nombre de pays européens amis. Cette dérive-là, il faut lutter contre. L'État a son rôle essentiel là-dedans. »