Interview de M. Georges Sarre, vice-président du Mouvement des citoyens, à France 2 le 13 mars 1998, sur les pronostics des résultats des élections régionales.

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Média : France 2 - Télévision

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F. Laborde
On va évidemment parler des régionales. D'abord, un pronostic, peut-être ? Il y a 22 régions en France, 20 qui sont tenues par l'opposition. Combien peut en gagner la majorité cette fois-ci ?

G. Sarre - « On peut espérer le plus grand nombre. Alors je dirais que si nous gagnons quelques régions se sera un succès, si nous en gagnons 8 ou 9 cela commence à être un triomphe et puis pour plagier M. Pasqua, si véritablement c'est plus, avec par exemple l’Ile-de-France et la région PACA, ce sera un séisme sur l'échelle de Richter force 9. »

F. Laborde - Le Mouvement des citoyens, dont vous êtes, espère gagner quoi ? Une région ? Une, ce serait bien ?

G. Sarre - « Je l'espère, oui ; ce serait très bien. »

F. Laborde - Est-ce que vous avez le sentiment qu'aujourd'hui, ce parti est identifié en tant que tel ou est-ce qu'il reste dans l'esprit des gens une sorte de satellite des socialistes avec J.-P. Chevènement à sa tête ? Une des tendances, disons, du PS ?

G. Sarre - « Le Mouvement des citoyens est jeune. C'est un parti plein d'idées qui a sa personnalité, son identité. Il faut sans doute la cultiver, c'est-à-dire nous faire connaître davantage par les Françaises et les Français. C'est quoi, le Mouvement des citoyens ? C'est l'idée républicaine, l'intérêt général qui doit primer sur les intérêts privés ou particuliers, même quand ils sont légitimes, la défense de la laïcité, une certaine idée de la nation citoyenne et une construction européenne qui doit être réorientée et en même temps exister au plan international pour faire valoir les idées qui sont celles traditionnellement de notre pays. »

F. Laborde - Est-ce que ce n'est pas essentiellement les chevènementistes tout simplement le Mouvement des citoyens ?

G. Sarre - « Je ne sais pas ce que c'est les chevènementistes. »

Les amis de J.-P. Chevènement.
- « J.-P. Chevènement est un de mes amis. Non, c'est le Mouvement des citoyens. Il ne faut donner le sentiment, comme ça, qu'une étiquette suffit. Même bien sûr, l'action de J.-P. Chevènement est tout à fait déterminante. »

F. Laborde - Tout à l'heure vous parliez de l'Ile-de-France comme un enjeu stratégique. Si effectivement, l’Ile-de-France bascule, derrière c'est la mairie de Paris, le deuxième enjeu ?

G. Sarre - « Si l’Ile-de-France bascule ce sera une bonne chose pour les habitants de la région car les régionales, c'est d'abord la vie quotidienne. Et il est évident qu'au plan politique, les élections régionales - qui auraient pu après tout être un rendez-vous, je dirais, ordinaire - risquent de se révéler comme un temps très important de la vie politique française car les secousses à l'intérieur de l'opposition, au RPR et ailleurs vont se multiplier. »

F. Laborde- Vous avez le sentiment qu'il pourrait y avoir des alliances entre l'opposition et le Front national ouvertes ou secrètes ? Je ne. parle pas de l’Ile-de-France mais d'autres régions.

G. Sarre - « Il y a les déclarations des dirigeants nationaux - et P. Séguin n'est pas suspect naturellement. Mais je suis pour ma part convaincu que les tentations sont fortes et seront fortes : certains risquent d'être pris de vertige. C'est pourquoi, il faut - avant le vote - bien se positionner de façon à ce que les électeurs votent en toute connaissance de cause. »

F. Laborde- Hier soir, on entendait J.-M. Le Pen en meeting appeler les électeurs RPR et UDF à voter pour le Front national ?

G. Sarre - « On ne peut pas s'étonner que Le Pen demandent aux électrices et aux électeurs de droite de voter pour le Front national. Mais à droite, il y a beaucoup d'électeurs qui sont républicains et qui n'iront pas voter pour ce parti. Et s'il y. avait des alliances avec le Front national, ce serait d'une certaine façon faire comme si on oubliait Vichy, comme si Vichy n'avait pas existé. Au moment où se tient le procès Papon, je suis convaincu que les républicains ne se laisseront pas prendre à ce piège grossier. »

F. Laborde- Est-ce que dans ces élections régionales, on n'a pas quand même beaucoup aussi occulté le débat sur le rôle de la région et le rôle du département, puisque ce sont des élections régionales mais aussi cantonales. Est-ce que l'on n'est pas un peu passé à côté de ce débat-là ?

G. Sarre - « Moi, et mes amis du Mouvement des citoyens, nous avons essayé de bien montrer que la région ce sont les transports, la formation professionnelle. C'est vrai. Mais les élections régionales c'est aussi un message politique qui doit être adressé à la droite, et comme on l'a dit souvent : vraiment il faut que les gens de droite réalisent que s'ils ont perdu, c'est non pas parce qu'ils étaient trop sociaux-démocrates, comme ils disent, mais parce qu'ils menaçaient les Français d'une politique encore plus dure, encore plus rigoureuse pour les plus faibles et les gens qui ont des revenus modestes. Ces élections régionales peuvent être l'occasion donnée aux Françaises et aux Français de manifester leur soutien et un encouragement au gouvernement conduit par L. Jospin. »

F. Laborde- Je voudrais que l'on revienne sur l’Ile-de-France : il y aura des candidatures qui vont se déclarer à gauche pour la mairie de Paris, non ?

G. Sarre - « Après. »

F. Laborde- Oui, bien sûr.

G. Sarre - « Donc gagnons les élections régionales et puis les élections municipales, c'est dans trois ans. Si vous voulez me dire qu'il y aura des postulants... Vous savez, plus le vent est porteur, plus il y a de postulants. Il y en avait moins les autres fois. »

F. Laborde- Donc, il y en aura ?

G. Sarre - « Il y en aura fatalement. »