Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les militaires français en opération en Afrique, à Abidjan le 20 décembre 2019.

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Circonstance : Déplacement en Côte d'Ivoire

Texte intégral

Madame la Ministre des Armées,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Monsieur le Chef d'état-major des Armées,
Monsieur l'Ambassadeur,
Madame la Présidente de la Commission de la défense,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Maire de Port-Bouët,
Messieurs les officiers généraux, officiers, sous-officiers, militaires du rang des forces françaises en Côte d'Ivoire,


Je suis heureux de vous retrouver ce soir et je dois dire que s'il est des rituels que j'apprécie plus que tout chaque année, c'est bien celui-ci, qui me donne l'occasion de vous rencontrer sur le terrain, de vous retrouver, dialoguer avec vous, passer un moment pour apprécier la richesse de nos savoir-faire lors de ces séquences de Noël et des voeux aux Armées.

Pour les voeux, j'irai cette année dans l'Armée de l'Air à la base aérienne 123 d'Orléans. L'année dernière je m'étais rendu au sein de la 11ème Brigade parachutiste de l'Armée de Terre à Toulouse. Et pour Noël j'ai depuis le début de mon mandat décidé d'aller à la rencontre des forces en opération, celles qui sont mobilisées, celles qui veillent, celles qui sont engagées sur les théâtres pendant que leurs camarades s'entraînent pour partir en mission, reprennent leur souffle pour ceux qui en reviennent, parfois sont en permission. J'étais en 2017 et 2018 au coeur même de l'opération Barkhane à Niamey puis à N'Djamena. En venant cette année parmi vous à Abidjan dans cette base opérationnelle avancée, je souhaite mettre à l'honneur les forces pré-positionnées et marquer l'importance de la contribution des forces françaises en Côte d'Ivoire à la conduite et au succès de la coopération et des opérations dans la région.

Tout ceci ne serait pas possible sans les puissants liens d'amitié que la France et la République de Côte d'Ivoire entretiennent, qui prennent leur source dans une proximité ancienne mais que nous ne cessons de développer comme des fils qui tissent une histoire commune. Nous sommes ici depuis tant de décennies, Monsieur le Maire, marquant cette présence, ce lien, cette amitié. Et c'est aussi pour cela que je veux ce soir avant tout rendre hommage au Président OUATTARA et le remercier pour son accueil. Le partenariat stratégique que nous avons bâti ensemble depuis 2012 dans le respect mutuel est fort et solide. Il répond aux priorités de nos deux pays dans la région et à la volonté de la France de contribuer au renforcement du système de sécurité collective en Afrique afin de construire la paix et une sécurité durable en Afrique mais aussi en Europe car nos destins sont liés. Ce partenariat de défense repose sur une coopération militaire du quotidien et sur ces relations à hauteur d'homme qui font la force de nos armées. C'est pourquoi je salue, et je suis heureux de vous voir ici ce soir, les militaires des Forces armées de Côte d'Ivoire. Merci à vous de nous faire l'amitié de votre présence ce soir parmi nos soldats français.

La France compte deux bases opérationnelles avancées en Afrique. Je m'étais rendu à Djibouti en mars dernier et je tenais à venir à la rencontre des femmes et des hommes pré-positionnés ici qui, en servant en Côte d'Ivoire, servent la France. Entre 2002 et 2011, la présence de la communauté française et de nos forces armées ont été marquées par la période de crise, de guerre qu'a connue la Côte d'Ivoire. Ici dans ce camp de Port-Bouët qui a vécu des heures de tension, je veux rendre hommage à tous ceux qui avaient alors participé à la sécurité de nos amis ivoiriens, à la protection de nos ressortissants et à l'évacuation de plusieurs milliers d'entre eux comme de nombreux ressortissants étrangers. Je m'incline devant la mémoire de nos vingt-sept militaires de l'opération Licorne morts dans l'accomplissement de leur mission. Les Français n'oublient pas leur sacrifice qui est désormais gravé dans la pierre du monument aux morts pour la France en opération extérieure que j'ai inauguré à Paris le 11 novembre dernier.

Dimanche, avec le Président OUATTARA, nous ferons plus particulièrement mémoire de neuf d'entre eux, morts à Bouaké le 6 novembre 2004. Je pense aux familles endeuillées, si durement éprouvées que le temps qui passe, hélas, ne pourra jamais consoler. Je sais que vos chefs, et vous, veillez sur elles fidèlement, soyez-en remerciés. Mes pensées vont également à tous ceux qui ont été blessés au cours de ces affrontements. Près de dix ans après, certains portent encore dans leur chair, dans leur âme, les séquelles de ces combats passés. Nous ne les oublions pas non plus et je veux ce soir, parmi vous, leur redire toute la solidarité de la Nation.

Aujourd'hui, et il faut s'en féliciter, la Côte d'Ivoire a renoué avec la paix et la stabilité. Nous savons combien c'est un trésor fragile. La France est fière d'avoir pris toute sa part pour aider ce pays frère à surmonter cette épreuve. Avec le traité du 26 janvier 2012, notre relation s'est consolidée et je veux ici remercier, à ce titre, les autorités ivoiriennes pour leur vigilance en faveur de la sécurité et du bien-être de la communauté française en Côte d'Ivoire.

Aujourd'hui, vous êtes 900 militaires présents, pour la majorité en mission de courte durée, si l'on entend par courte durée des missions de quatre mois. Et si j'en crois ce qui m'a été rapporté, mon Colonel, vous êtes ici heureux non seulement parce que vous êtes bien accueillis par la Côte d'Ivoire mais parce que la mission est belle, parce que les conditions d'entraînement sont uniques, parce que la Ministre des Armées investit sans cesse pour améliorer les conditions de vie des militaires, en opérations extérieures comme dans notre pays, et veille constamment à accompagner les familles avec le déploiement de ce plan auquel nous tenons beaucoup. Ces familles, je veux les saluer très chaleureusement ce soir. D'abord les familles de nos militaires qui vivent ici, qui sont installées pour un peu plus longtemps. Pour la majorité d'entre vous, je le disais, les familles sont en France. Mais je sais aussi l'engagement que, pour les épouses, les époux, les enfants, accompagner une mission comme celle-ci représente. Je veux ici vous en remercier. Nous veillons à ce que, là aussi, les conditions de vie soient améliorées, l'accompagnement pour la scolarité des enfants, le travail, les conditions du retour soient constamment améliorées. Merci de votre engagement pour ces missions plus longues. Je veux aussi saluer vos familles qui sont en France loin de vous en ces moments particuliers. Je sais les contraintes que fait peser sur elles votre engagement au service de la France et je leur sais gré d'assumer toujours cette part d'inquiétude due à l'absence, au risque porté chaque fois que vous êtes envoyé en mission, cette part d'inconfort aussi que l'imprévisibilité de la condition militaire engendre nécessairement.

Cette condition militaire que nous ne devons jamais oublier dans ce qu'elle emporte d'unique et dans tout ce qu'elle exige, de ce que vous donnez à la Nation et de ce que la Nation vous doit à tous égards, j'en suis le garant et j'en serai le garant pour tout ce que cela emporte. Quand on est militaire, on ne touche pas la retraite, on a une pension. C'est différent, tout est différent. En cette période de fin d'année, l'absence se fera plus cruellement sentir, je le sais, pour vos familles, pour vous alors que beaucoup de nos compatriotes passeront Noël en famille. Car pour vous qui êtes réunis dans cette emprise historique du prestigieux 43ème Bataillon d'infanterie de marine la mission continue. Elle continue pour vous, les terriens du groupement tactique interarmées qui constituez le socle des forces françaises. Elle continue pour vous les marins qui arment la station navale, les aviateurs du détachement air. Elle continue pour vous également les militaires et personnels civils du groupement de soutien de la base de défense comme de l'ensemble des directions et services interarmées sans lesquels les FFCI ne pourraient pas être une plateforme opérationnelle et logistique majeure sur la façade ouest-africaine. Et je n'oublie pas ce soir non plus le personnel civil ivoirien qui travaille pour et avec les forces françaises et dont la présence et le dévouement apportent un bénéfice considérable. Je salue leurs représentants qui, je le sais, sont parmi nous ce soir. L'action que nous menons en Afrique avec nos partenaires africains européens et internationaux est une action globale qui repose sur un triptyque : diplomatie, défense, développement. Votre Commandant de forces m'adressait à l'instant le panorama pour ce qui est de l'action de défense qui se déploie ici et depuis ici. Il m'a détaillé les efforts faits, les objectifs poursuivis, m'a expliqué votre égale implication dans les grandes choses comme dans les plus petites. Il m'a fait part de votre totale disponibilité et de votre engagement de tous les instants, tant sur le volet de la coopération structurée de défense bilatérale et multilatérale qu'en matière de coopération militaire opérationnelle. J'ai pu discuter avec certains d'entre vous qui ont encore récemment participé aux missions Voie sacrée ou Cobra et l'engagement que cela comporte, et ces missions plusieurs fois répétées, souvent lors d'un seul séjour. De tout cela, je vous remercie. De tout cela, je vous félicite.

L'efficacité de l'action internationale de la France et la qualité de nos relations avec nos partenaires régionaux se fondent, bien évidemment, sur des concepts, des organisations, des budgets, mais elle repose toujours sur l'investissement personnel de chacun, diplomates, militaires, acteurs du développement, sur cette connaissance intime de l'Afrique que vous cultivez et sur une capacité à s'adapter au réel, je dirais même à aimer le réel, qui est votre marque et qui est, je crois, une marque des armées françaises.

Aimer le réel, le prendre à bras le corps pour le transformer, marier rusticité, engagement et ardeur au combat, conjuguer ingéniosité, ouverture, capacité d'intégration et esprit partenarial, vous le faites ici chaque jour. D'un côté, en lien avec les éléments français du Sénégal, vous formez au combat les forces armées de Côte d'Ivoire et participez sur le terrain à renforcer leurs capacités opérationnelles. Cette mission est essentielle et l'engagement prochain d'un bataillon ivoirien au Mali, au sein de la MINUSMA, pour participer au maintien de la paix et à la sécurité régionale est, à cet égard, une formidable preuve de la capacité opérationnelle qu'ont su retrouver les FACI, et cela, c'est aussi le fruit d'un engagement profond du Président, du Ministre de la Défense de Côte d'Ivoire, du Chef d'état-major des Armées mais aussi de cette coopération et de ce que nous portons. De l'autre côté, avec l'ensemble de la Communauté française de défense, vous êtes amenés à collaborer avec des ONG, vous aidez les écoles, vous soutenez des associations d'aide aux personnes handicapées, vous êtes également pleinement impliqués dans cet ambitieux projet d'académie internationale de lutte contre le terrorisme, qui profitera demain à toute l'Afrique de l'Ouest. Cette coopération permanente avec les forces armées ivoiriennes, mais également avec les autorités locales, civiles et coutumières se fonde sur des principes d'intégrité, de respect et de bienveillance : aider, former, accompagner, soutenir, appuyer instructions opérationnelles et actions civilo-militaires. Tel est votre quotidien, et tel est le socle aussi, ici, de notre légitimité, et vous le savez mieux que quiconque car vous en êtes les artisans.

Dans ces échanges mutuels que vous avez avec la population, dans ce travail conjoint avec les armées ivoiriennes, chacun en sort grandi. C'est une confiance aussi pour plusieurs années, plusieurs décennies, qui se bâtit. Tout le monde y gagne. Le personnel de la mission de défense et nos coopérants militaires pourraient en témoigner ce soir, j'en suis sûr. Et puis vous êtes en mesure, dès qu'il le faut, de vous constituer en point de renfort logistique afin d'appuyer les interventions françaises dans la région ouest-africaine. Je pense à la plus importante d'entre elles, Barkhane, qui se déroule au Sahel, et à la plus ancienne d'entre elles, Corymbe, dans les eaux du golfe de Guinée. Cela fait en effet près de trente ans que Corymbe regroupe, dans le golfe de Guinée, un à deux bâtiments de notre marine de façon quasi-permanente. Cette présence participe fortement à la sécurisation régionale, et c'est pour cela que, demain encore, cet engagement se poursuivra en coopération afin de protéger nos intérêts dans la zone, d'aider au renforcement des capacités des marines riveraines et de participer à la lutte contre le brigandage armé et la piraterie maritime. Grâce à vous, Corymbe est soutenue, renforcée, et cette mission peut se poursuivre. Elle est essentielle pour tous les pays du Golfe. Quand il s'agit de se battre contre la piraterie, qu'elle touche la pêche comme les actions terroristes, la France est là, reconnue, attendue, efficace. Loin également de la Côte d'Ivoire, dans les déserts du Sahel, cette fois, Barkhane vous mobilise beaucoup car la base opérationnelle avancée constitue, avec Dakar et Douala, l'un des trois points maritimes avancés de l'opération.

Riverains de la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso et le Mali ont été sérieusement éprouvés, tout comme le Niger, ces derniers mois, par des attaques terroristes. Je veux ici saluer avec respect la mémoire des soldats des pays sahéliens et de la MINUSMA morts au combat. La France, hélas, a payé un lourd tribut, elle aussi. J'ai ce soir, avec vous, une pensée pour nos treize soldats tombés en opération le 25 novembre dernier comme pour tous les camarades blessés, y compris ces dernières semaines. Barkhane est une mission essentielle pour la France. Nous continuerons à lutter contre les terroristes djihadistes, nous continuerons à le faire avec nos partenaires africains, nos partenaires européens et internationaux. C'est à cette fin que je me rendrai, avec la Ministre et le Général LECOINTRE, Chef d'état-major des Armées, dimanche au Niger pour rendre hommage aux soldats nigériens tombés il y a encore quelques jours, pour saluer la mémoire de nos soldats et pour échanger avec le Général FACON sur nos priorités et affiner précisément nos vues stratégiques. C'est aussi pour cela que j'ai souhaité que, le 13 janvier prochain, les chefs d'Etat de la région puissent venir à Pau pour clarifier à mes côtés le cadre politique et stratégique de l'opération Barkhane. Sans leur engagement politique, nous ne pouvons agir efficacement. Et je souhaite qu'ensuite, nous puissions donner une nouvelle profondeur, de nouveaux engagements, une nouvelle force à cette opération pour gagner ce combat indispensable à la sécurité et la stabilité du Sahel, plus largement de toute la région, mais aussi de l'Europe, car si nous laissons prospérer la menace, elle nous touchera aussi. Les forces prépositionnées en Côte d'Ivoire, comme les pôles de coopération au Gabon et au Sénégal, continueront à jouer un rôle majeur en complément des actions de la force Barkhane.

Soldats, marins, aviateurs, avant d'avoir la joie de partager dans quelques instants le repas de Noël, je tiens, ce soir, à vous assurer une nouvelle fois de ma confiance, ma confiance en votre engagement, en vous, en vos chefs, et à vous exprimer à nouveau la reconnaissance de la Nation pour ce que vous faites, pour ce que vous êtes. J'adresse à chacune et chacun d'entre vous tous mes voeux de bonheur personnel et familial pour l'année 2020, mais aussi de réussite dans la poursuite de vos missions pour le succès de notre pays, de nos armées.

Et pour finir, je veux vous faire une confidence. À plusieurs milliers de kilomètres, en France, nombreux sont ceux qui, ce soir, pensent à vous, se réjouissent comme moi, vos familles, je le sais, mais beaucoup d'autres, à l'Élysée notamment, car planifier, organiser, stocker, préparer, acheminer ce dîner a mobilisé beaucoup de monde, et tous l'ont fait avec un immense plaisir, une immense fierté à la mesure de l'affection et du respect que portent toutes les Françaises et tous les Français à leurs armées, à la mesure de votre engagement pour notre défense, pour notre Nation. Ce soir, une fois encore, je veux vous dire merci, je veux vous porter cette reconnaissance et je veux vous dire combien, combien je suis fier de vous. Alors bonnes fêtes à vous.


Vive l'amitié franco-ivoirienne, vive la République et vive la France !