Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et le Maroc, à Rabat le 9 novembre 2020.

Intervenant(s) :

Circonstance : Entretien avec M. Nasser Bourita, ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger

Prononcé le

Texte intégral

Merci, cher Nasser,
Mesdames et Messieurs,


Nous venons d'avoir, comme Nasser Bourita l'a dit, un entretien très riche, très fructueux, un entretien de grande confiance, sur l'ensemble des sujets bilatéraux et des sujets internationaux qui nous concernent. Je dois dire que la relation bilatérale et le partenariat d'exception qui est le nôtre se déroulent dans de très bonnes conditions et cela nous permet de nous voir maintenant en présentiel, même si la Covid est toujours présente, alors que nous ne nous étions pas vus depuis six mois, même si nous nous étions entretenus à de nombreuses reprises. Je souhaite que la prochaine rencontre en présentiel ait lieu à Paris. Ce sera avec un grand plaisir. Nous avons pris, Mesdames et Messieurs, une régularité dans nos relations qui est significative de ce partenariat d'exception. Au cours des dernières semaines, il y a eu de nombreuses visites ministérielles et de haut niveau qui se sont déroulées ici, qui sont le témoin de ce partenariat d'exception. Je souligne en particulier, puisque Nasser m'y a induit, le fait que la visite du ministre délégué chargé du commerce extérieur, Franck Riester, récemment, a été très positive. Les relations économiques vont aussi très bien et le fait d'engager le travail sur un pacte économique France-Maroc est tout à fait essentiel : j'espère que nous pourrons aboutir au premier trimestre 2021. En tout cas, Franck Riester et moi-même y accordons une importance toute particulière.

Nous avons évoqué la question de la Libye et je voudrais saluer l'accueil par le Royaume des pourparlers interlibyens de Bouznika et des efforts déployés par le Maroc, qui sont importants. Ils s'inscrivent dans le cadre de la relance du processus politique sous l'égide des Nations unies et y apportent une contribution significative. Nous avons constaté sur le dossier libyen des signaux encourageants. On reste prudents : on va dire "encourageants", après des années à avoir, parfois, des déceptions, mais nous avons là une forme de synergie des évènements, le cessez-le-feu qui se maintient, l'organisation du forum interlibyen qui va s'ouvrir à Tunis. Et nous entendons, avec le Maroc, travailler au renforcement de cette dynamique positive. Et j'ai notamment souligné l'importance de mettre un terme aux ingérences étrangères en Libye et l'importance que le Maroc soit pleinement partie prenante de toutes les initiatives internationales sur la question libyenne.

Nous avons eu un échange sur le Mali. Nous nous y sommes tous les deux rendus récemment. J'ai souligné l'importance que la transition se poursuive dans le respect des engagements qui ont été pris. Nous partageons les mêmes préoccupations et nous entendons poursuivre notre coordination sur le Mali et sur le Sahel. Nous partageons sur la majorité des sujets régionaux et multilatéraux une très grande convergence de vues.

A cet égard, sur le Sahara occidental, j'ai rappelé à mon ami Nasser la position constante de la France : nous soutenons la recherche d'une solution juste, durable et mutuellement agréée, sous l'égide des Nations unies et conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Et nous considérons le plan d'autonomie marocain comme une base sérieuse et crédible pour une solution négociée. Nous suivons avec attention les évènements de Guerguerate. Nous sommes préoccupés par le blocage en cours. Nous pensons qu'il faut sortir de cette situation et nous voulons saluer à cet égard la responsabilité dont fait preuve le Maroc.

Mais, comme vous le savez, Mesdames et Messieurs, mon déplacement s'inscrit dans un contexte particulier et tragique à la suite des évènements et des odieux attentats commis sur notre territoire français. Je souhaite tout d'abord redire, étant ici au Maroc, que la France, qui héberge la plus grande communauté marocaine à l'étranger, est fermement attachée à la liberté de culte. Des millions de Français de confession musulmane appartiennent de plein droit à la communauté nationale et font partie de l'histoire et de l'identité de notre République. Les musulmans bénéficient en France, dans l'exercice de leur foi, d'un cadre protecteur que nous nous attachons à faire respecter dans un esprit d'égalité avec toutes les confessions religieuses. La France a le plus profond respect pour l'islam avec lequel sa relation est parfois séculaire, relation riche, faite d'influences croisées dans les domaines les plus divers. Ce que nous combattons - exclusivement - c'est le terrorisme, bien sûr, et c'est le détournement de la religion par les idéologies radicales. Et dans ce combat, nous ne sommes pas seuls. Nous savons, notamment, pouvoir compter sur le Maroc : parce que dans les moments difficiles, il est normal de se tourner vers ses plus proches amis ; et parce que le Royaume, porteur de l'" islam du juste milieu " promu par Sa Majesté le Roi, Commandeur des croyants, parce que le Royaume partage notre rejet du terrorisme et de l'extrémisme. Et comme l'a dit le Président de la République, nous sommes porteurs de deux messages d'égale importance : un message de grande fermeté à l'égard du terrorisme et de l'extrémisme ; et un message de paix et de profond respect à l'égard de l'islam et de tous les musulmans.

Cet après-midi, je me rendrai au Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain. J'y signerai une convention entre l'Agence française de développement et la Fondation nationale des musées du Maroc afin de mettre en place à l'échelle du continent africain un réseau d'experts qui favorisera les convergences entre les approches africaines et française sur la conservation, la préservation du patrimoine et l'ingénierie culturelle.

Et ma visite s'achèvera par une visite du Lycée Descartes qui, depuis son ouverture en 1963, est un établissement phare de notre réseau éducatif à l'étranger. J'aurai, à cette occasion, des échanges avec l'équipe dirigeante du lycée et par visioconférence avec les autres établissements français au Maroc. Les 44 établissements scolaires français au Maroc comptent 44.000 élèves et forment notre deuxième plus grand réseau éducatif au monde, grâce - je le dis ici devant Nasser Bourita - à l'excellente collaboration et coopération qui existent avec les autorités marocaines et grâce aussi à la confiance accordée par les familles marocaines à notre système de formation. Je voulais l'en remercier ici et je vous remercie, Mesdames et Messieurs, de votre bienveillante attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 novembre 2020

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