Conférence de presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et le Burkina Faso et la lutte contre le terrorisme au Sahel, à Ouagadougou le 8 janvier 2021.

Intervenant(s) :

Circonstance : Audience auprès de M. Roch Marc Christian Kaboré, Président du Burkina Faso

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,


Je voulais vous dire que je suis très heureux d'être ici à Ouagadougou. Je viens d'avoir un entretien assez long avec le Président Kaboré. Ma visite intervient quelques jours après la visite du secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne qui était venu ici pour la cérémonie d'investiture du Président, mais ce nouveau déplacement au Burkina Faso de ma part démontre, s'il en était besoin, les liens solides d'amitié qui existent entre nos deux pays.

Ce déplacement m'a d'abord permis de féliciter de vive voix le Président Kaboré pour sa réélection et de lui souhaiter tous mes voeux de succès dans la haute mission qui lui a été à nouveau confiée par le peuple burkinabè. Je salue devant vous son engagement à être le Président de tous les Burkinabè, sans exclusion, je salue aussi, dans son discours d'investiture, sa volonté d'oeuvrer pour le bien-vivre ensemble burkinabè, pour la cohésion nationale et pour le développement durable du Burkina Faso.

Je constate aussi que le dialogue et l'esprit de responsabilité qui ont prévalu au sein de l'ensemble de la classe politique a aussi permis de faire aboutir le processus électoral dans de bonnes conditions, malgré le contexte sécuritaire difficile. Cet esprit de consensus et l'ancrage démocratique du Burkina Faso sont exemplaires. Je tenais à le redire.

La France est déterminée à continuer à accompagner le Burkina Faso, dans le domaine de la sécurité et dans sa politique de développement économique et social.

Dans le domaine du développement, d'abord, l'action de la France intervient en priorité dans le cadre du Programme Urgence Sahel élargi prévu par le gouvernement burkinabè, dans les régions du Sahel, de l'Est et de la Boucle du Mouhoun, mais aussi à Ouagadougou, dans le domaine de l'énergie et de l'aménagement urbain.

Pour faire face aux besoins humanitaires croissants au Burkina Faso, la France a augmenté de manière significative ses engagements financiers : en 2020, l'aide humanitaire française s'est élevée à plus de 10 millions d'euros. Elle sera renouvelée en 2021, à cette hauteur.

A titre bilatéral, par ailleurs, notre aide a plus que triplé entre 2019 et 2020 passant de près de 2 millions d'euros en 2019 à plus de 6 millions d'euros en 2020, soit 41 milliards de francs CFA. Nous maintiendrons aussi en 2021 cette dynamique.

Enfin, notre contribution au Programme alimentaire mondial s'est élevée à 4 millions d'euros, et contribue dans ce cadre, singulièrement et d'une manière fléchée, à l'aide humanitaire pour ce pays.

La pandémie de COVID-19 a des conséquences importantes. Ainsi, la France a consacré 7 millions d'euros d'appui budgétaire en soutien au plan de riposte du gouvernement burkinabè pour faire face aux conséquences de la pandémie de COVID-19.

Je me réjouis enfin que le Burkina Faso ait pu bénéficier de l'initiative sur la suspension du service de la dette.

Par ailleurs, les entretiens que j'ai eus avec le Président Kaboré ont été l'occasion d'aborder les sujets de coopération régionale et de sécurité au Sahel.

Il y a un an, nous avons décidé à Pau, à la demande des pays de la région, de renforcer notre mobilisation conjointe dans la lutte contre les groupes terroristes. Nous avons obtenu des succès, en particulier dans la zone des trois frontières. Ces succès ont été rendus possibles par la coopération renforcée entre les forces internationales et la force conjointe du G5 Sahel.

Cette mobilisation internationale se poursuit. Elle s'est intensifiée en particulier avec le lancement de la Coalition Internationale pour le Sahel. Et nous aurons bientôt l'occasion, avec les pays du G5 Sahel et les partenaires internationaux, d'envisager la suite des engagements que nous avons pris à Pau, il y a maintenant un an.

Voilà l'ensemble des sujets que j'ai évoqués avec le Président Kaboré, mais l'essentiel de ma venue était un acte de soutien au Président Kaboré pour son nouveau mandat. Et je tenais à venir ici pour le féliciter directement.


Q - La première question, concernant le dossier de Norbert Zongo, par rapport à l'extradition de François Compaoré, est-ce qu'il en a été question au cours des échanges. Est-ce que le Burkina Faso et les Burkinabè pourraient s'attendre à une extradition de François Compaoré, cette année ?

La deuxième question concerne le Mali : la France a annoncé la réduction du nombre d'hommes au Sahel engagés dans la force Barkhane, alors, est-ce que cela a été évoqué par le chef d'Etat burkinabè, parce qu'il y a une inquiétude, si la France se retire, est-ce que la lutte va se munir dans le Sahel ?

R - Sur la première question, à chaque fois que je viens ici, on me la pose, sur ce sujet, je voudrais rappeler notre position, avec beaucoup de fermeté, nous avons engagé l'extradition de François Compaoré, le décret d'extradition a été signé par le Premier ministre et le Garde des Sceaux en février dernier. J'ai déjà eu l'occasion de le dire et notre posture était très claire. L'intéressé a fait appel devant le Conseil d'Etat qui va lui-même se prononcer sur ces principes, mais la position de la France est très claire.

Sur la question de la suite de l'action de coopération entre Barkhane et la Force conjointe du G5 Sahel, il y a eu des engagements qui ont été pris, au moment du Sommet de Pau, dans quatre directions, d'abord, l'engagement de renforcer Barkhane pour une certaine période, et que parallèlement à cela, une force regroupée des forces spéciales européenne puisse se développer, ce que l'on appelle la Force Takuba, 1), c'est-à-dire poursuivre l'action contre le terrorisme. 2) le deuxième pilier, le renforcement de la Force conjointe, avec une déclinaison que je ne vais pas reprendre ici, la Force conjointe du G5 qui a d'ailleurs mené des opérations importantes au cours de l'année qui vient de s'écouler, depuis le Sommet de Pau. Troisièmement, nous avions aussi comme troisième pilier la nécessité de renforcer la présence des Etats sur l'ensemble de leurs territoires, et faire en sorte qu'ils soient sentis par l'ensemble des populations, que la présence légalisatrice, la présence sécuritaire, la présence de protection des Etats, étaient au rendez-vous dès que les combats pourraient s'achever. Et le quatrième pilier, c'était l'action de développement, que l'on appelle l'Alliance pour le Sahel. Nous serons amenés, assez rapidement maintenant, un an après Pau, à faire le point sur ces quatre sujets qui sont concomitants, il n'y en a pas un qui soit séparé de l'autre. L'effort singulier que la France a validé pour renforcer l'action de Barkhane a donné des résultats. Parallèlement à cela, nous avons toujours considéré que, à terme, la sécurité des pays du Sahel doit être assurée par les pays du Sahel eux-mêmes. Et donc, la montée en puissance progressive de la Force conjointe doit y contribuer. Mais, en même temps, on voit bien que si on ne regroupe pas les quatre piliers d'une manière déterminée dans les mois qui viennent, alors, des fragilités que l'on a pu constater encore récemment au Niger pourront se reproduire. Nous sommes dans cette situation-là, il y a de bons résultats, depuis le Sommet de Pau. Il convient maintenant que les chefs d'Etat des pays du Sahel avec le président français puissent faire le point. Ce sera fait assez prochainement. Et puis, on avisera pour l'année qui vient. Merci beaucoup.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 janvier 2021