Entretien de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, avec RFI le 16 avril 2021, sur les relations économiques avec le Nigeria et l'Afrique.

Texte intégral

Q - Bonjour, Monsieur le Ministre. Vous êtes en charge de booster le business tricolore sur le continent. Cela passe forcément par le Nigeria ?

R - Oui notamment, parce que c'est la plus grande économie du continent, parce qu'il y a déjà de nombreuses entreprises françaises qui sont installées ici, au Nigeria, parce qu'il y a un certain nombre d'entrepreneurs nigérians qui veulent aussi travailler davantage avec les Français. Donc oui, on a de nombreux secteurs d'activité où les entreprises françaises, grands groupes, ou PME et ETI, peuvent apporter des solutions aux besoins de ces entreprises nigérianes et publics nigérians. Donc je voulais montrer que la France avait une multitude de secteurs dans lesquels elle excelle et sur lesquels on peut faire encore davantage il me semble, ici au Nigeria, et aussi entre partenariats entre Nigérians et Français. On veut renouveler la façon dont on opère en Afrique, dans des échanges beaucoup plus sur le long terme, dans des relations gagnant-gagnant, qui permettent de démontrer qu'on n'est pas là simplement pour exporter des produits, mais qu'on est là pour bâtir des partenariats sur le long terme.

Q - Le groupe nigérian BUA a signé l'année dernière à Paris un contrat avec une entreprise française, pour la construction d'une future raffinerie, dans l'Etat d'Akwa Ibom. Où en est-on de ce projet ?

R - On en est déjà à la deuxième phase qui va conduire au contrat de licence. Il y a eu déjà une première phase de définition du projet qui a été réalisée par une société française qui s'appelle Axens. L'enjeu, ici au Nigeria, c'est de produire sur place. C'est de transformer sur place. On peut constater aujourd'hui que le pétrole est exporté dans un certain nombre de pays et revient raffiné ici, au Nigeria. Pourquoi ne pas raffiner directement au Nigeria ? Donc les entreprises françaises participent à ces choix ambitieux que font les investisseurs nigérians, comme le groupe BUA et M. Rabiu. C'est une fierté pour nous.

Q - Ces vingt dernières années, la France a perdu du terrain, la moitié de ses parts de marché en Afrique. Quelles sont, selon vous, les pistes aujourd'hui pour un repositionnement commercial sur le continent ?

R - Encore une fois, on souhaite être sur des partenariats de plus long terme. On souhaite être sur l'économie, mais pas simplement sur l'économie, parce que tout se joue aussi sur la formation, sur la recherche et l'innovation, sur les partenariats universitaires, sur la culture et les arts. Parce que nous considérons que cette approche globale nous permettra de renforcer nos parts de marché, notre présence et notre influence aussi.

D'autre part, on ne veut pas se restreindre à l'Afrique francophone. Nous voulons aussi nous développer dans l'Afrique anglophone, sub-saharienne. Enfin, nous voulons miser sur la société civile, et notamment la jeunesse. Nous allons organiser, à la demande du Président de la République, un sommet Afrique-France, à Montpellier, au mois de juillet. Nous allons faire venir des artistes, des étudiants, des chercheurs, des universitaires, des entrepreneurs africains. On va les faire rencontrer à leurs homologues, si je puis dire, français. Il y aura des échanges, et c'est comme ça, à notre avis, aussi, qu'on arrivera à retrouver une présence française forte en Afrique, mais d'une façon différente de ce que cela a pu être bien évidemment.

Q - Pour réduire l'impact de la crise sanitaire sur les économies du continent, le G20 a suspendu, il y a un an, le paiement de la dette de plusieurs pays africains. Ce moratoire arrive à échéance. Sa prolongation sera-t-elle discutée lors du sommet sur le financement des économies africaines qui se tient prochainement à Paris ?

R - On y travaille. Un certain nombre de décisions sont en train d'être prises et cela sera aussi au coeur des discussions du sommet en mai à Paris, le 18 mai. L'idée, encore une fois, c'est que cette dette soit considérée d'une façon beaucoup plus durable, beaucoup plus équitable, que cela ne l'est aujourd'hui. Pour cela, il faut rassembler tous les bailleurs, les bailleurs institutionnels, les bailleurs souverains. Donc c'est toute l'ambition de ce sommet, pour que cette dette ne soit plus un fardeau - elle peut être parfois un handicap considérable pour le développement de ces pays -, mais au contraire, une force au service de leur développement. Là, l'enjeu qu'on aura, c'est d'abord de réussir le sommet, et que les engagements qui sont pris soient respectés dans l'avenir.

Q - Il y a quinze mois, Emmanuel Macron et le Président ivoirien, Alassane Ouattara, ont acté la fin de la relation institutionnelle entre la Banque de France et le franc CFA, et la transformation du franc CFA en éco. Cette annonce n'avait pas été du goût des pays anglophones, membres de la CDAO, ni du Nigeria. Avez-vous abordé ce sujet avec vos interlocuteurs ? Et que leur avez-vous dit, si c'est le cas ?

R - Cela n'a pas été abordé. Mais c'est le choix des pays qui ont transformé le CFA en éco. Nous sommes favorables à toute action qui permettrait de renforcer les partenariats entre ces pays-là. Je suis tout à fait satisfait de la zone de libre-échange africaine qui est, à notre avis, un formidable atout pour le continent, pour développer son économie ; si demain il y a des partenariats plus forts en matière monétaire, et je pense que cela irait aussi dans le bon sens, mais c'est le choix des Africains.

Q - Merci, Monsieur le Ministre.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 avril 2021

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