Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la situation politique et économique du Soudan, à Paris le 17 mai 2021.

Intervenant(s) :

Circonstance : Conférence de presse conjointe de clôture de la conférence internationale d'appui à la transition soudanaise

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Madame, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,


Je veux ici renouveler mes remerciements au Président BURHAN et au Premier ministre HAMDOK pour leur présence à Paris aujourd'hui, pour les échanges que nous avons pu avoir et pour les dernières heures que nous venons de passer ensemble. En effet, nous avons longuement échangé avant l'ouverture de la conférence internationale sur le Soudan. Nous avons écouté ensemble les voix de la révolution soudanaise, puis nous avons travaillé ensemble à la mobilisation de tous les leviers pour venir en appui à la transition démocratique au Soudan.

Dès le déclenchement de la révolution soudanaise, la France, parmi les premiers, a été à vos côtés, a pris conscience de ce qui se jouait. Cet élan populaire a été en effet marqué par l'engagement personnel de milliers de jeunes Soudanaises et Soudanais, parfois au risque de leur vie et ils nous l'ont rappelé tout à l'heure avec beaucoup de force. Ces acteurs ont montré la voie à tout un continent : à l'Afrique, au monde arabe et au-delà.

Dans leurs manifestations, leurs chants, leurs expressions artistiques, ces jeunes et ces femmes ont porté un message d'espoir et de courage, celui de forger leur propre destin et par là même celui de leur pays. La jeunesse soudanaise, les femmes soudanaises qui ont eu ce rôle essentiel durant cette période ont réclamé le droit de participer à la construction du Soudan de demain. Lorsque, monsieur le Premier ministre, vous êtes venu à Paris en septembre 2019, nous avions déjà souligné cette communion entre la révolution soudanaise et la Révolution française. Ces instants décisifs où tout bascule, où l'expression d'un peuple vient à porter les espoirs d'un pays, ici, le Soudan, mais aussi, je dois bien le dire, du monde. Ce qui s'est joué au Soudan va en effet bien au-delà du seul renversement d'un régime autoritaire qui avait dévoyé l'islam et divisé les Soudanais entre eux.

C'est pour saluer cet espoir que nous avons décidé, en septembre 2019, de la tenue de cette conférence internationale pour remobiliser la communauté internationale à vos côtés et vous accompagner sur ce chemin. Notre conférence d'aujourd'hui visait bien à cela et c'est un succès : permettre le retour du Soudan parmi le concert des nations.

Durant 3 décennies, votre pays, Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, a ô combien souffert. Les dévoiements de l'islam, la division des Soudanais, la violence comme réponse aux aspirations régionales semées, entretenues, par le précédent régime ont terni l'image que bon nombre de nos contemporains de votre pays. 30 années durant lesquelles le Soudan s'est isolé et qui ont tant fait souffrir. Pourtant, vous êtes les dépositaires de cette révolution unique et inspirante que je viens d'évoquer, mais d'un héritage millénaire aussi, qui se reflète dans ces trésors archéologiques, dans un héritage intellectuel vivace symbolisé par nombre d'écrivains. Je pense aux romans et poèmes de Tayeb SALIH que j'évoquais tout à l'heure, d'Abdelaziz BARAKA SAKIN aux chants de Mohammed WARDI aux oeuvres cinématographiques soudanaises que le monde redécouvre grâce à Suhaib GASMELBARI, Hashim HASSAN et tant d'autres. Grâce à la transition en cours, le Soudan a bel et bien retrouvé la place qui était la sienne. Celle d'un pays capable d'inspirer le monde.

Monsieur le Président, monsieur le Premier ministre, c'est vous qui avez la lourde responsabilité de mettre en oeuvre cette transformation démocratique de votre pays. Votre présence conjointe ici démontre ce qui fait la spécificité de votre transition. Ce partenariat au sein des institutions. Cette coopération a porté de nombreux succès depuis sa mise en place à l'été 2019. Je pense aux ouvertures majeures enregistrées en termes de droits, de libertés fondamentales pour les Soudanais. Je pense aux réformes économiques qui ont été initiées et je tiens à vous assurer de notre soutien dans ces efforts courageux. Le retrait du Soudan de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, que la France, comme vous le savez, a vivement soutenu et je me suis personnellement engagé en ce sens, a ouvert un nouveau champ de possibles. Enfin, pouvoir aider concrètement la transition. En effet, aussi longtemps que le Soudan figurait sur cette liste, il était quasiment impossible de bouger, de réenclencher, de réinscrire le Soudan dans le concert des nations.

C'était bien l'objectif de la conférence d'aujourd'hui : concrétiser les promesses économiques de la transition soudanaise, car son succès dépend largement de la reconstruction de votre économie. Cette reconstruction, ce réengagement dans le concert des nations, passe par deux priorités. La première, c'est que nous avancions au plus vite pour débarrasser le Soudan du fardeau de sa dette extérieure. Nos discussions d'aujourd'hui ont été très constructives à ce sujet et c'est une excellente nouvelle que le Soudan puisse atteindre prochainement la première phase de L'initiative de réduction de la dette dite PPTE, qui lui permettra à terme de bénéficier d'un allègement de sa dette extérieure. En effet, pour commencer l'allègement de la dette soudanaise, il fallait remplir deux conditions essentielles. D'un côté, le règlement des arriérés du Soudan auprès des institutions financières multilatérales : FMI, Banque mondiale, Banque africaine de développement, de l'autre, la mise en oeuvre par le Soudan de réformes économiques montrant le sérieux et la rigueur des nouvelles autorités. Je peux très clairement vous dire aujourd'hui que ces deux conditions sont remplies.

La conférence d'aujourd'hui est un succès et les conditions qui seules permettaient d'ouvrir l'initiative de réduction de la dette dite PPTE ont bien été remplies. Nous avons pris nos responsabilités pour permettre au Soudan de rembourser ses arriérés. La France s'est engagée sur un prêt relais à hauteur de 1,5 milliard de dollars. Nos partenaires américains et britanniques ont assuré l'apurement des autres arriérés, l'engagement complémentaires de la France, de la Norvège, de l'Arabie saoudite, de l'ensemble des membres qui étaient présents autour de la table à l'égard aussi de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, ont permis de finaliser la discussion. Les nouvelles autorités soudanaises ont elles aussi rempli leur part du contrat. Elles ont mis en oeuvre des réformes très courageuses, comme la fusion des taux de change de la livre soudanaise, la refonte du système de subventions pour les produits de base, la mise en place d'un fonds de soutien aux familles soudanaises, entre autres choses. Pour cela, je tiens à rendre un hommage à votre action énergique, monsieur le Premier ministre et à celle de votre Gouvernement. Tout est donc réuni, nous pouvons avancer vers le lancement du processus de réduction de la dette. Ce processus sera officialisé dans quelques semaines par le FMI, fin juin est sans doute l'horizon raisonnable. Chacun devra alors dire quels efforts il pourra consentir.

En ce qui concerne la France, je veux vous le dire dès maintenant, monsieur le Président, monsieur le Premier ministre. Nous sommes en faveur d'une annulation pure et simple de notre créance envers le Soudan, qui est, comme vous le savez, la plus importante parmi les membres du Club de Paris, nous sommes en faveur de l'annulation de près de 5 milliards de dollars. C'est cela pour nous le sens de notre appui à votre transition, c'est cela le sens de notre engagement aux côtés de la jeunesse du Soudan qui a fait votre révolution.

Soyez assurés, monsieur le Président, monsieur le Premier ministre que la France ne relâchera pas ses efforts pour accélérer ce processus d'allègement de votre dette extérieure. Mais cet effort, j'insiste sur ce point, devra être collectif. La réunion d'aujourd'hui a permis de construire un consensus sur cette question et nous attendons désormais des participants à notre conférence d'aujourd'hui, qu'ils soient ou non membres du Club de Paris, de consentir le même effort, c'est-à-dire l'effort nécessaire pour libérer les Soudanais du fardeau de la dette.

La seconde priorité pour concrétiser ses promesses économiques, c'est de veiller à ce que les investissements étrangers se multiplient au Soudan. Le Forum des affaires, qui s'est tenu en ce sens ce matin, a marqué une première étape. Mo IBRAHIM nous en a rendu compte tout à l'heure, le ministre de l'Economie et des Finances et de la Relance a lancé les travaux ce matin à ses côtés et à vos côtés, monsieur le Premier ministre. Désormais, c'est un mouvement de retour des investisseurs privés et des entreprises internationales au Soudan qui doit être lancé. Le gouvernement soudanais a présenté plusieurs projets phares en ce sens ce matin. Les appels d'offres seront bientôt complétés parce qu'il est essentiel, en effet, que votre peuple puisse voir les effets concrets de la transition dans son quotidien.

Votre transition est profondément soudanaise, mais elle doit pouvoir rayonner et porter un exemple. Le Soudan peut être un modèle pour l'Afrique et le monde arabe, et je pense en particulier à vos voisins directs concernés par les enjeux de transition politique. Lors de notre échange cet après-midi avec le Président BURHAN et le Premier ministre HAMDOK, nous avons abordé en détail l'exemple que le Soudan peut constituer pour le Tchad, peut-être pour l'Ethiopie, pour d'autres pays voisins. Pour cela, notre devoir est de vous aider à réussir et d'accompagner les femmes et les hommes de courage qui ont mis fin à l'obscurantisme.

Je tiens encore une fois à vous remercier, monsieur le Président, monsieur le Premier ministre, de votre présence ici aujourd'hui et je veux vous assurer de la détermination de la France de rester à vos côtés.


Je vous remercie.

Thématiques :