Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la distribution par l'Union européenne de vaccins contre le coronavirus et l'aide économique européenne en faveur de l'Afrique, à New York le 19 mai 2021.

Intervenant(s) :

Circonstance : Intervention au Conseil de sécurité de l'ONU

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Président que je suis heureux de saluer, mon cher Wang Yi,
Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Monsieur le Représentant de la Commission de l'Union africaine
Monsieur l'Administrateur du Programme des Nations unies pour le Développement,
Chers collègues,


Depuis maintenant plus d'un an, nous sommes plongés dans une crise qui nous a rappelé que la solidarité n'est pas seulement une exigence de justice, mais aussi un impératif d'efficacité. Parce que notre santé, notre planète et notre sécurité sont des biens communs, que nous ne pouvons défendre qu'ensemble.

Voilà pourquoi la responsabilité de la communauté internationale est d'accompagner les Etats les plus fragiles. À la fois pour les aider à répondre aux causes profondes des crises qu'ils traversent ; et pour construire, avec eux, la voie d'une relance durable et inclusive.

Je pense évidemment, tout particulièrement, à nos partenaires du continent africain, où se joue une part considérable de notre avenir commun. Nous le savons tous.

Notre première priorité doit être de garantir un accès équitable et universel aux vaccins contre la COVID-19 à tous les Africains, qui méritent mieux que les effets d'annonce ou que le nationalisme vaccinal.

Ces vaccins doivent devenir, de manière très concrète, de nouveaux biens publics mondiaux. La santé du continent africain en dépend. Notre santé en dépend.

Dans le cadre de l'initiative ACT-A, la facilité COVAX, financée pour plus de 2,4 milliards d'euros par l'Union européenne et ses Etats membres, a déjà permis de distribuer près de 19 millions de doses de vaccin à 42 Etats africains.

Et la France est fière d'avoir été le premier pays à apporter à COVAX non seulement un soutien financier, mais aussi des doses en plus qui ont été allouées selon le cadre équitable défini par l'OMS. Grâce à ce geste, la Mauritanie a bénéficié d'une livraison de 100 000 doses dès le mois d'avril. À la fin du mois, quatre autres pays africains pourront aussi bénéficier de dons de doses français, gérés par COVAX, en plus des dotations COVAX. Notre objectif - comme l'a dit le Président Macron -, est de fournir à COVAX au moins 500 000 doses de don d'ici le mois de juin.

Nous devons effectivement veiller à ce que les personnels en première ligne puissent être rapidement vaccinés. Ce sont bien entendu les personnels soignants africains. C'est la raison de l'appel que la France a passé dès le mois de février à ses partenaires pour solliciter 13M de dons doses en don dont l'objectif est de répondre à ce besoin ; ces personnels en première ligne, ce sont aussi, Monsieur le Secrétaire général, les casques bleus. Leur vaccination est aussi une question très importante que nous examinons avec une grande attention.

Dans le cadre de l'initiative ACT-A, une charte a été adoptée dès le mois de novembre à l'initiative de la France pour souligner l'importance d'un accès équitable au vaccin. Un accès équitable, cela passe par une nécessaire discussion sur la question de la propriété intellectuelle ; mais surtout cela passe par la levée d'obstacles majeurs comme les restrictions d'exportation concernant des composants des vaccins. C'est très important. Notre approche depuis plusieurs mois, c'est donc de travailler concrètement sur les facteurs bloquants que sont les usines et le savoir-faire.

Notre deuxième priorité doit être de soutenir les initiatives africaines en matière de paix et de sécurité.

Au Sahel, un sursaut civil et politique est nécessaire pour assurer le retour de l'Etat et le déploiement des services de base dans les zones les plus vulnérables, en complément des efforts militaires, qui doivent se poursuivre grâce à la montée en puissance de la Force conjointe du G5.

Cette montée en puissance, nous devons la soutenir par un soutien accru et pérenne, financé grâce à des contributions obligatoires. Les pays du Sahel ont clairement exprimé leurs besoins. Notre Conseil doit être au rendez-vous.

Avec les Etats d'Afrique comme avec les organisations régionales africaines, nous devons aussi mettre l'accent sur la lutte contre l'impunité, la bonne gouvernance et le respect des droits humains, qui sont les conditions de la stabilité et de la prospérité auxquelles aspirent légitimement les populations d'Afrique et du monde entier.

La transition démocratique engagée au Soudan, avec un soutien international que la conférence organisée ce lundi à Paris est venue confirmer, montre que de vrais progrès sont possibles.

Enfin, nous devons rester pleinement mobilisés pour soutenir l'Afrique sur la voie du développement durable. C'est d'autant plus important que la crise actuelle aura malheureusement exacerbé la pauvreté, les inégalités et l'insécurité alimentaire.

Le Sommet sur le financement des économies africaines qui s'est tenu hier dans notre capitale a permis à la communauté internationale d'apporter des réponses pragmatiques aux besoins de financement des Etats africains et au sous-investissement structurel qui affecte le secteur privé africain, afin de briser le cercle du surendettement qui constitue un frein pour le continent tout entier et afin aussi de préparer une reprise économique de qualité en Afrique.

Lors de ce Sommet, il a été décidé qu'un paquet financier d'urgence sans précédent sera débloqué et se repose notamment sur l'émission de 650 milliards de dollars de droits de tirages spéciaux. 34 milliards devraient bénéficier directement aux finances publiques africaines.

Ce sommet a permis aussi de poser les jalons d'un mécanisme permettant que les droits de tirage spéciaux des pays développés contribuent au financement des économies africaines.

Le développement durable en Afrique passe également par des projets emblématiques comme le projet de la Grande Muraille verte, auquel le One Planet Summit de janvier dernier a donné un nouvel élan. Collectivement, nous sommes parvenus à mobiliser 16 milliards d'euros pour lutter contre la désertification, tout en favorisant l'emploi dans le cadre de ce projet de la Grande Muraille verte.

Sur tous ces sujets, la France continuera de se tenir aux côtés de l'Afrique pour lutter contre la pandémie de la COVID-19 et répondre aux défis auxquels elle doit faire face.


Je vous remercie.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 mai 2021