Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec France Info le 23 juillet 2021 sur l'aide médicale de la France en faveur de la Tunisie confrontée à l'épidémie de Covid-19 et le passe sanitaire en France.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Circonstance : Déplacement à Tunis

Prononcé le

Texte intégral

Q - Nous partons donc pour la Tunisie, ravagée par l'épidémie. Depuis plusieurs semaines maintenant, les soignants envoient des appels de détresse au monde et à la diaspora tunisienne pour avoir de l'aide, de l'oxygène et des vaccins notamment, appel entendu par la France. Le secrétaire d'Etat chargé du tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie, Jean-Baptiste Lemoyne, est à Tunis et en ligne avec nous. Bonjour.

R - Bonjour.

Q - La France vient donc de livrer de l'oxygène et 500000 doses de vaccin. Je vous propose, Jean-Baptiste Lemoyne, qu'on écoute ce reportage de Julie Marie-Leconte ; on en discute ensemble juste après.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, vous avez découvert un pays submergé par l'épidémie ? Démuni ?

R - Effectivement, l'épidémie flambe. Ce variant Delta est, on le sait, très contagieux. Et c'est pourquoi le Président de la République a souhaité que cette opération de solidarité massive soit mise en place. C'était dit dans le reportage de votre consoeur : en quelques jours, en cinq jours, ce sont plus d'un million cent mille vaccins qui ont été acheminés, l'équivalent de 10% pour vacciner, finalement, 10% de la population vaccinable. Et puis, c'est un effort qui s'inscrit dans la durée parce que jusqu'à la mi-août, il va y avoir un véritable pont maritime pour acheminer également de nombreux matériels, équipements, masques etc. qui vont permettre de soulager le peuple tunisien qui est durement éprouvé en ce moment.

Q - Cette aide, elle se fait uniquement depuis la France ou c'est dans le cadre du dispositif Covax, Jean-Baptiste Lemoyne ?

R - Nous avons à la fois utilisé le dispositif Covax parce qu'il est très important que le multilatéralisme soit en action et, très clairement, le Président de la République depuis le début le dit : c'est par la coopération qu'on va vaincre ce virus.

On ne peut pas s'en sortir tout seul, donc on se serre les coudes tous ensemble. Et puis, par ailleurs, la France a mobilisé énormément à titre bilatéral, directement, en prélevant dans ses propres stocks. De ce point de vue-là, ce sont 800.000 vaccins qui viennent par la voie bilatérale. Par ailleurs, on en sera à 140 tonnes de matériel médical acheminé. Et puis, ce qui est très important aussi, c'est qu'on aide la Tunisie de façon pérenne, par exemple en acheminant des unités de production d'oxygène médical. Trois d'entre elles sont arrivées, qui vont permettre pendant quinze ans de produire cet oxygène qui est si précieux. C'est, je crois, aussi, à la hauteur de la densité des liens humains qui existent entre la Tunisie et la France, parce qu'il y a une histoire, comme disait le Président de la République Kaïs Saïed, hier, une histoire pluriséculaire, et je crois qu'on se montre aujourd'hui à la hauteur de cette histoire.

Q - Est-ce que la diaspora tunisienne en France a répondu à l'appel, aussi ?

R - Il y a eu, je le sais, beaucoup d'initiatives spontanées, que ce soient celles de la diaspora, celles de collectivités locales, de personnes, individuellement, et j'ai senti hier, vraiment, la grande émotion des Tunisiens, que ce soient les autorités ou les Tunisiens dans la rue très émus de ce geste spontané et solidaire.

Q - La France a placé la Tunisie sur sa liste rouge. Il faut un motif impérieux pour s'y rendre ou en revenir. Quand imaginez-vous lever cette restriction, enlever la Tunisie de la liste rouge ?

R - Les classements en rouge sont simplement le fait du constat, d'un taux d'incidence, d'une situation où le virus est particulièrement actif. Maintenant, il n'y a pas de fatalité. La preuve, c'est que tout le monde s'y met pour approvisionner, faire en sorte que la vaccination puisse monter en puissance. Il y a l'objectif des autorités tunisiennes d'arriver à cinq millions de vaccinés, d'ici début septembre, c'est-à-dire pas loin de la moitié de la population. Par conséquent, nous espérons bien que tous ces efforts - ceux des autorités, ceux des partenaires dans le monde entier - vont permettre de faire reculer l'épidémie.

Dès lors, cela permettra de faire évoluer le classement. Je précise une chose : c'est que nous avons fait aussi évoluer les conséquences d'une inscription en liste rouge. Désormais, les personnes vaccinées peuvent aller et venir depuis une zone rouge. C'est important de le dire parce que le vaccin, justement, on le voit, c'est la clé pour maintenir les activités et garder la mobilité qui est si importante entre nos deux pays. Encore une fois, il n'y a pas de fatalité, regardez, il y a quelques semaines l'Inde connaissait également une poussée épidémique, elle était classée rouge. Et il y a quelques jours, nous avons pu faire évoluer ce classement pour aller vers un classement orange.

Q - L'épidémie qui sévit en France aussi, Jean-Baptiste Lemoyne. Le port du masque en extérieur est de nouveau obligatoire dans les villes de 16 départements, alors qu'en principe le masque, même à l'intérieur, n'est plus obligatoire dans les endroits soumis au passe sanitaire. Honnêtement, est-ce que c'est cohérent ? Est-ce que c'est raisonnable ?

R - Tout cela est très cohérent, puisque la loi relative justement à l'extension du passe sanitaire, ça ne vous a pas échappé, n'a pas encore été adoptée définitivement. Cela sera le cas, nous l'espérons, ce week-end et dans cette attente nous sommes obligés également de mobiliser des mesures de freinage que nous connaissons effectivement, comme le masque, dans les départements où le taux d'incidence a particulièrement augmenté. Là encore, on est dans une situation un petit peu transitoire, avant l'entrée en vigueur de ce passe sanitaire étendu, parce que la clef elle est là : c'est la vaccination, la vaccination, la vaccination. Je le dis, je le répète, pardon, et il ne s'agit pas d'embêter vos auditeurs, mais tout simplement parce que c'est la clé pour la suite. C'est la clé pour continuer à vivre le plus normalement possible et éviter ce qu'on a connu par le passé, justement, les fermetures administratives de tel ou tel lieu.

Donc, je crois que l'été est sous le signe de la vigilance. Les vacances, cela se conjugue avec la prudence et il faut maintenir les gestes barrières en même temps qu'on prend d'autres précautions comme la crème solaire.

Q - Mais il y a des clusters dans des campings de Vendée, dans une discothèque du Doubs, aussi. Est-ce qu'on va échapper à de nouvelles restrictions en août, Jean-Baptiste Lemoyne ?

R - Vous savez, l'été, chacun d'entre nous le tient entre ses mains. Clairement, c'est une responsabilité individuelle et collective. Chacun doit faire sa part d'effort pour être prudent, s'assurer qu'on respecte encore une fois ces gestes barrières, et puis, surtout, puisqu'on adapte aussi le dispositif de vaccination, on va au-devant des publics ; j'étais, il y a quelques jours, avec le Premier ministre Jean Castex à Anglet pour voir un dispositif de vaccination qui va sur la plage auprès des Françaises et des Français en vacances. Alors allez-y, c'est ça qui va nous sauver et qui sauvera l'été.

Q - Est-ce que vous appelez tous les acteurs du tourisme à veiller justement au respect de ces mesures, à faire plus de contrôles ? Parce qu'au regard du cluster au sein des animateurs saisonniers de ces campings vendéens, on peut se poser des questions.

R - Ecoutez, moi, je peux attester que les acteurs professionnels se sont préparés méthodiquement, les protocoles sont sérieux, ils sont en béton. Ce qu'il faut, c'est au-delà d'ailleurs des professionnels, que chacun d'entre nous soit très responsable.

Et puis les acteurs professionnels, s'il doit y avoir des conséquences économiques, je veux leur dire que nous continuerons d'être à leurs côtés. Le Président de la République était, il y a quelques jours, à Lourdes et il leur a dit : "on ne vous lâchera pas." On a mis 30 milliards d'euros sur la table depuis 18 mois et, naturellement, le secteur du tourisme on sait combien il est important. C'est une pépite nationale et donc il n'est pas question de le laisser tomber.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat chargé du tourisme, merci d'avoir accepté l'invitation de France Info, ce matin, depuis Tunis.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 juillet 2021

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