Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, à RFI le 7 décembre 2021, sur l'attaque contre un convoi logistique militaire français au Sahel et la société de mercenaires russes Wagner au Mali.

Texte intégral

FRANCK ALEXANDRE
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

MARC PERELMAN
Madame la Ministre, il y a une dizaine de jours un convoi logistique militaire français a été pris pour cible deux fois, au Burkina Faso tout d'abord, à Kaya, puis au Niger à Téra, est-ce que le samedi 27 novembre on est passé tout près de la catastrophe ? Vous avez été pris au dépourvu, il faut le dire, totalement.

FLORENCE PARLY
C'est une situation que nous n'avions jamais rencontrée jusqu'à présent, et à laquelle, d'ailleurs, les autorités, aussi bien burkinabées que nigériennes, n'avaient pas été confrontées, donc il faut en tenir compte, et il faut aussi s'interroger sur les raisons pour lesquelles de telles manifestations, une telle violence, a déferlé à l'occasion du passage de ce convoi, et je crois aussi qu'il faut prêter attention au développement de ces actions immatérielles, c'est-à-dire cette lutte informationnelle qui se déploie sur les théâtres d'opérations, on a voulu faire croire que, alors toutes sortes de thèses bien sûr ont fleuri, mais que notamment, si Barkhane met en route des convois de cette nature c'est pour pouvoir livrer de l'armement aux terroristes, aux groupes terroristes, donc on imagine bien que si un certain nombre de gens croient à ces balivernes, alors cela peut constituer un terrain propice pour que se déploient ce discours et ce sentiment antifrançais, alors évidemment il n'en n'est rien.

MARC PERELMAN
Qui leur dit, Madame la ministre, est-ce que c'est la Russie, parlons clairement, est-ce que pour vous c'est Russie qui est derrière cette guerre informationnelle ?

FLORENCE PARLY
Il y a un certain nombre de compétiteurs qui sont évidemment à la manoeuvre, et d'ailleurs on les retrouve aussi à la manoeuvre au Mali puisque, comme vous le savez, ça fait des semaines maintenant que la rumeur selon laquelle une société de mercenaires russes, qui s'appelle Wagner, est susceptible de se déployer au Mali, cette rumeur circule de façon de plus en plus appuyée, donc on voit bien que le Sahel est un théâtre dans lequel un certain nombre de compétiteurs se jouent de l'instabilité ambiante. Toute instabilité est une opportunité, au fond, pour ces compétiteurs.

FRANCK ALEXANDRE
On évoquait Wagner, sont-ils à Bamako, sont-ils arrivés ?

FLORENCE PARLY
Aujourd'hui je ne pense pas qu'ils soient à Bamako, mais cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas une intention de la part des autorités maliennes actuelles de les y faire venir.

MARC PERELMAN
Alors vous pesez, avec les partenaires européens de la France, sur les autorités maliennes, que vous disent-elles ces autorités maliennes ?

FLORENCE PARLY
Nous avons un dialogue assez franc avec les autorités maliennes, surtout après les propos extrêmement musclés et inamicaux qu'a pu tenir le Premier ministre du Mali en marge de l'assemblée générale des Nations unies, nous avons eu des échanges extrêmement clairs avec les autorités maliennes, et nous ne sommes pas les seuls à les avoir, parce que vous comprenez bien que les pays européens, qui sont également présents à nos côtés, ne peuvent pas voir l'arrivée de cette société de mercenaires d'un bon oeil.

FRANCK ALEXANDRE
Mais si vous partez c'est un cadeau pour Vladimir POUTINE, non ?

FLORENCE PARLY
Nous aviserons le moment venu, encore une fois aujourd'hui la priorité est à l'exercice d'une pression maximale pour que cette situation ne se produise pas.

MARC PERELMAN
Florence PARLY, nous vous remercions.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2021