Interview de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, à RFI le 11 janvier 2022, sur les relations commerciales entre la France, l'Union européenne et l'Afrique.

Texte intégral

FRÉDÉRIC RIVIERE
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Frédéric RIVIERE, et bonne année.

FREDERIC RIVIERE
Merci. Tous mes voeux. On va parler dans un instant des échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique, qui étaient au coeur d’une conférence hier à paris. Je voudrais que l’on commence par le Mali. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, la CDAO, et l’Union économique monétaire Ouest-africaine, ont pris dimanche une série de mesures économiques et diplomatiques sévères à l’encontre du Mali, pour sanctionner l’intention de la junte de se maintenir au pouvoir encore plusieurs années. Est-ce que la France et l’Union européenne doivent aussi réduire leurs échanges commerciaux avec le Mali, au strict minimum ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, nous avons pris acte de la décision de la CDAO, que nous soutenons. L’affirmation par les dirigeants maliens du report des élections à 5 ans, était totalement inacceptable, et nous comprenons la décision des acteurs régionaux, qui ont pris leurs responsabilités pour mettre en place un embargo, hors denrées de première nécessité, et donc nous saluons cette décision-là.

FREDERIC RIVIERE
Mais, est-ce que l’Europe et la France doivent suivre ce chemin aussi ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, la décision de la CDAO, qui sont les acteurs régionaux avec qui nous travaillons en permanence, est évidemment une décision qui est la bonne, à notre avis.

FREDERIC RIVIERE
Le chef de la junte militaire a fait un discours hier soir, dans lequel il accuse la CDAO d’être instrumentalisée par des puissances étrangères, et ce matin, Jeamille BITTAR, M5-RFP, qui est un proche du Premier ministre, et qui est « L’invité Afrique de RFI », est encore plus explicite, lui, puisqu’il désigne clairement la France derrière ces mesures prises contre le Mali. Qu’est-ce que vous auriez envie de leur répondre ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, je crois qu’il y a dans la junte d’ailleurs, des gens qui appellent plus ou moins aussi au dialogue, donc écoutez, il faut qu’on sorte de cette situation…

FREDERIC RIVIERE
Ah, la France n’est pour rien dans les décisions de la CDAO.

FRANCK RIESTER
Mais bien évidemment. Les acteurs régionaux ont pris leur décision en responsabilité, c’est une technique classique qui est employée par un certain nombre de responsables, pour instrumentaliser la France, pour agiter les peurs de certains. Bien évidemment que ce n’est pas le cas, nous travaillons en confiance avec les acteurs régionaux, mais qui ont pris leurs responsabilités, que nous soutenons.

FREDERIC RIVIERE
Vous l’avez dit, il faudra faire attention aux produits de première nécessité, pour que les populations ne soient pas victimes de ces mesures.

FRANCK RIESTER
Mais bien sûr, bien sûr, c’est ça l’objectif, et c’est tout à fait louable, et nous sommes évidemment alignés sur ça.

FREDERIC RIVIERE
Vous avez donc organisé hier cette conférence ministérielle sur les relations commerciales entre la France et l’Afrique. Vous avez tenu à souligner qu’il s’agissait du tout premier événement organisé par la présidence française du Conseil de l’Union européenne.

FRANCK RIESTER
Tout à fait.

FREDERIC RIVIERE
C’était une manière justement pour vous de donner un signal fort sur l’importance que vous attachez à ce dossier ?

FRANCK RIESTER
Oui, très clairement. La relation entre l’Union européenne et l’Afrique est au coeur des priorités du président de la République pour cette présidence française du Conseil de l’Union européenne. Et dans le domaine qui est le mien, le domaine économique et le domaine commercial, c’est aussi une priorité, ça sera au coeur de la grande réunion des ministres du Commerce à Marseille mi-février, pour parler des enjeux commerciaux de l’Europe, et c’était en organisant cette conférence sur les relations commerciales et d’investissements entre l’Union européenne et l’Afrique, comme première conférence organisée par la présidence française, un symbole très fort, pour dire très clairement que l’enjeu de la relation à l’Afrique est absolument clé pour l’avenir de l’Europe, c’est un des grands enjeux du monde est un des grands enjeux de l’Europe, étant donné la proximité qu’il y a entre l’Afrique et l’Europe, étant donné les liens tout particuliers qu’il y a, culturels, historiques, fraternels parfois entre l’Europe et l’Afrique, avec la force des diasporas, tant en Afrique qu’en France africaine, nous avons besoin de renforcer et renouveler les relations économiques et commerciales avec l’Afrique. Ça passe par l’accompagnement de la mise en place de cette zone de libre-échange continentale, à laquelle nous croyons beaucoup, et nous voulons pouvoir contribuer à aider la mise en place opérationnelle de cette zone de libre-échange, renforcer les échanges en peut-être modernisant et adaptant les accords régionaux, commerciaux, entre certains pays de la zone et l’Union européenne, pour faire en sorte aussi que ce commerce soit plus durable, plus responsable, que par exemple il y ait davantage de chaînes de valeurs partagées qui se mettent en place entre l’Europe et l’Afrique. Je vous donne un exemple…

FREDERIC RIVIERE
Qu’est-ce que c’est une chaîne de valeurs ?

FRANCK RIESTER
Une chaîne de valeurs, c’est tout ce qui permet, tout ce qui est le lien entre le produit de base et le produit fini. Comment on passe de la fève de cacao jusqu’à la barre chocolatée que l’on mange à la cantine. Eh bien, ces chaînes de valeur aujourd’hui, elles ne sont pas suffisamment, pour certaines, en Afrique, je pense par exemple au cacao, on voit que par exemple beaucoup de fèves de cacao…

FREDERIC RIVIERE
Oui, vous nous aviez parlé en octobre dernier d’ailleurs d’un accord sur le cacao.

FRANCK RIESTER
Oui, mais c’est important parce que c’est un exemple très concret. Des fèves de cacao qui sont produites en Afrique, et qui ensuite sont transformées, pour faire du chocolat au pour faire des barres chocolatées ou pour faire du chocolat pour le petit déjeuner, hors d’Afrique. Eh bien l’idée c’est de travailler avec tous les partenaires africains, pour que cette chaîne de valeurs, cette production, cette transformation de la fève de cacao se fasse davantage en Afrique. Et puis deuxièmement, vous savez que l’Europe est en pleine reconfiguration de ses chaines de valeur sur tous les produits, définit une nouvelle autonomie stratégique, on a vu avec la crise Covid que nous étions dépendants de productions ou d’approvisionnements de l’autre côté de la planète, notamment en Asie, pourquoi ne pas rapprocher nos chaînes d’approvisionnement, nos chaînes de valeurs de l’Europe, en travaillant mieux avec nos partenaires d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne ? Parce que ça nous permettra d’être plus résilient, de tenir quand il y a une crise, de pouvoir s’assurer que l’approvisionnement est bien maintenu quand il est crise.

FREDERIC RIVIERE
Vous avez souligné hier l’impératif de transition écologique de nos économies des deux côtés de la Méditerranée, est-ce que vous êtes sûr que cet objectif est considéré comme une urgence de même nature par les dirigeants africains et européens ?

FRANCK RIESTER
Non mais, d’abord il faut que les choses soient claires. Le réchauffement climatique, il est d’abord lié aux économies occidentales. Très clairement. Mais l’idée c’est qu’à partir du moment où il y a un développement, faisons en sorte de travailler intelligemment ensemble, à ce que le développement soit un développement responsable, durable, en prenant en compte bien évidemment la situation propre à l’Afrique, dans sa diversité, parce qu’il y a évidemment des diversités en Afrique, que nous puissions bâtir avec l’Afrique, des partenariats qui permettent, en matière d’énergie, en matière de villes durables. Les villes africaines, les grandes villes africaines doublent de taille tous les 10 ans. Il y a des enjeux considérables en matière d’eau, d’assainissement, d’énergie, de construction. Eh bien travaillons avec nos amis africains, en lien avec nos entreprises aussi qui ont une expertise européenne, une expertise française mais une expertise européenne en matière de ville durable, pour faire en sorte que cette croissance nécessaire en Afrique, soit une croissance durable, responsable, qui permette de respecter les populations, respecter le climat, respecter la biodiversité.

FREDERIC RIVIERE
Un petit mot sur le projet de loi qui doit transformer le Pass sanitaire en Pass vaccinal, qui arrive aujourd’hui en examen au Sénat où la droite est majoritaire. Les sénateurs vont soutenir le texte, mais veulent y apporter un certain nombre de changements, notamment un mécanisme d’extinction automatique de se Pass vaccinal, qui ferait qu’il ne pourrait être imposé que lorsque le nombre d’hospitalisations liées au Covid 19 serait supérieur à 10 000 patients, donc il s’éteindrait automatiquement en deçà de ce seuil, est-ce que le gouvernement serait prêt à ce genre d’aménagement ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, moi je ne vais pas présager des discussions entre le gouvernement et notamment le ministre de la Santé et le Sénat. Ce qui est évident, c’est que le Pass sanitaire il a vocation à rester actif quand la pandémie est là. On ne va pas continuer à avoir un Pass sanitaire, si la pandémie n’est plus là, c’est assez logique. Maintenant, s’il y a des moyens de trouver une solution pour rassurer tout le monde que le Pass sanitaire n’est pas quelque chose qui va durer ad vitam aeternam, pourquoi pas. Ce qui est certain, c’est qu’il faut être à la hauteur de la responsabilité. Ce Pass vaccinal il est absolument clé pour lutter contre la pandémie, pour inciter, forcer ceux qui ne sont pas vaccinés à l’être, parce que quand on est vacciné, on a moins de chances de contaminer les autres, on a moins de chance d’être contaminé, et quand on est contaminé, on a moins de chance de faire une forme grave, et donc devenir emboliser les hôpitaux, c’est tout l’objet de se Pass vaccinal.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Merci Franck RIESTER. Bonne journée.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 12 janvier 2022