Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à trois questions sur le Mali, à l'Assemblée nationale le 1er février 2022.

Prononcé le 1er février 2022

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Circonstance : Questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale

Texte intégral

Monsieur le Député,

J'étais ministre de la défense quand la décision a été prise d'envoyer nos soldats pour aider à ce que le Mali garde son intégrité. J'ai souvenir du premier mort, le chef de bataillon Boiteux. Vous avez évoqué le dernier mort, le brigadier Martin. Et je voudrais dire ici devant la ministre des armées, devant le Premier ministre, toute mon émotion, à cet instant, et toute la reconnaissance que nous devons porter à l'armée française dans cette affaire.

Il ne faudrait pas qu'un acte inopportun que vous avez évoqué vienne nous faire oublier ces combats-là qu'ils ont menés avec les forces du G5 Sahel, et qu'ils continuent à mener aujourd'hui, puisqu'encore récemment, les forces françaises ont pu aboutir à la mise hors d'action de plusieurs dizaines de djihadistes.

Le combat contre le terrorisme se poursuivra, Monsieur le Député, et se poursuivra au Sahel. Il se poursuivra aussi avec l'accord des autres pays de la région. Et il se poursuivra aussi en soutien des pays du golfe de Guinée qui aujourd'hui voient la porosité des frontières permettre aux groupes terroristes de pénétrer dans le Nord de ces territoires.

Donc, notre volonté est intacte et ce n'est pas un événement dû à l'irresponsabilité - je réitère mes mots - dû à l'illégitimité d'un gouvernement de coup d'Etat, qui va nous faire enrayer notre lutte contre le terrorisme.


Monsieur le Député,

Merci de l'hommage que vous rendez à notre ambassadeur Joël Meyer. J'ai constaté avec beaucoup de satisfaction qu'il a été largement partagé et qu'il a été soutenu par quasiment tous les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne. Merci aussi de rappeler la situation de notre communauté au Mali. Nous sommes évidemment en grande vigilance sur ce sujet.

Mais au-delà de cela, Monsieur le Député, je voudrais vous dire que dans les circonstances actuelles, c'est le Mali qui s'isole. Parce que le sujet que nous avons devant nous, ce n'est pas un sujet franco-malien, c'est un sujet entre la communauté internationale et le Mali. C'est un sujet entre les Africains et le Mali. C'est un sujet entre les Européens, les Africains, et le Mali. C'est un sujet pour notre propre sécurité collective. Parce qu'il y a une chose dont vous devez être sûr, je l'ai dit tout à l'heure, nous n'allons pas interrompre notre combat contre le terrorisme.

Mais on constate au Mali que d'une part il y a une rupture politique : qu'est-ce que c'est que cette junte, qui veut rester au pouvoir encore cinq ans après avoir passé deux ans après deux coups d'Etat successifs, et qui vient donner des leçons de Constitution ? Nous sommes donc là devant cette rupture politique qui pose des questions. Et par ailleurs, nous sommes devant une rupture militaire, puisqu'on constate depuis quelque temps des entraves au bon fonctionnement des militaires, qu'ils soient des militaires français, ou que ce soit des militaires qui nous accompagnent, en particulier les Européens qui - je pense aux Danois - ont dû quitter le territoire.

Donc, face à cette situation-là, nous constatons que la situation ne peut pas rester en l'état, et nous avons ouvert des consultations, et avec nos amis africains et avec nos amis européens pour voir quelles décisions nous allons devoir prendre pour continuer à combattre le terrorisme, parce que c'est notre seul objectif.


Je suis surpris d'entendre M. le député Lecoq, pour qui j'ai par ailleurs une grande estime, reprendre le verbatim du colonel Goïta. On dirait le porte-parole de la junte. Et je voudrais rappeler à M. Lecoq plusieurs choses.

D'abord que la présence française, et la présence des alliés de la France - y compris le G5 - au Mali, mais aussi au Sahel, pour combattre contre le terrorisme, elle est tous les ans réapprouvée, réendossée par le Conseil de sécurité des Nations unies à l'unanimité. Je pense que vous devriez regarder tout cela de près. C'est la communauté internationale qui valide tous les ans ! La dernière fois, c'était le 29 juin dernier, la résolution 2394, je vous conseille de la lire.

Deuxièmement, j'ai dit tout à l'heure que c'était le Mali qui se mettait au ban de l'Afrique. Parce que je constate, avec vous, je l'espère, que les 14 pays de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest sont d'accord avec l'appréciation que nous faisons de la situation et ont condamné fermement l'évolution du Mali en faisant un blocus pour obliger le Mali à revenir à la démocratie.

Vous êtes d'accord, vous, Monsieur le Député, avec sept ans de junte sans consultation démocratique ? C'est ce qu'ils demandent. Et enfin, j'observe aussi que l'Union africaine, dans son ensemble, a validé les choix des pays de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest.

Bref, le Mali, c'est une question propre au Mali, et je dirais que l'isolement du Mali est tel aujourd'hui qu'il n'a qu'un seul partenaire : les mercenaires de Wagner. C'est tout ce qu'il trouve. Le seul partenaire aujourd'hui du Mali, c'est Wagner. Tous les autres veulent que le Mali retrouve la démocratie et le combat contre le terrorisme.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 février 2022