Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur l'aide française en faveur du sport en Afrique, à Nairobi le 10 mai 2026.

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Circonstance : Sommet Africa Forward au Kenya : première journée ; Discours à la séquence jeunesse Africa Forward Future Makers : Sport for Sustainable development

Texte intégral

Je veux remercier à nouveau le Président William RUTO pour son accueil et mes chers amis et collègues, présidents du Sénégal et du Botswana, d'être avec nous aujourd'hui.

Merci, Makhtar et Patrice, pour vos présentations à l'instant.

Vous l'avez parfaitement dit. D'abord, on est au bon moment, au bon endroit et c'est important de se le dire. Le Kenya est un grand pays de sport. C'est vrai ! Kipchoge and Sawe, faut dire que... C'est quand même le pays où on court le marathon en moins de deux heures. C'est une bonne référence. Grand pays à la fois de marathon, de course d'endurance, mais aussi de football, de rugby à sept. Le continent africain est un grand continent de sport.

Je crois que ça vient d'être rappelé, mais il faut avoir quand même à l'esprit que 2026 : les Jeux olympiques de la Jeunesse au Sénégal. 2028 : la CAN, dans cette région ; Kenya, Tanzanie, Ouganda, ça a été rappelé. Et 2030 : la Coupe du monde en Méditerranée avec le Maroc qui sera partie prenante. Il n'y a pas un continent qui est autant exposé à des grands événements sportifs que le continent africain dans les années à venir, qui a d'ores et déjà autant d'athlètes. Patrice et Makhtar l'ont rappelé tout à l'heure. Quand on parle des grands champions souvent européens, on parle de grands champions qui ont des racines, des origines qui sont partagées entre le continent africain et la France.

Quand on parle des footballeurs, c'est extraordinaire, c'est une chance. On a même parfois exporté nos sélectionneurs sur le continent africain. Claude est là avec moi dans ce déplacement. Il a fait rêver pas mal de générations, et le Président, tout à l'heure, l'a honoré.

Pourquoi c'est très important, ce qu'on fait là ? D'abord, ça a été rappelé, c'est une question d'éducation. Partout où on aide à développer le sport, au-delà des grandes compétitions, [et] c'est pour ça que nos Jeux olympiques de la jeunesse au Sénégal sont si importants, on donne de la capacité d'émancipation et d'éducation à nos jeunes.

On l'a mis au cœur de notre stratégie en France, mais c'est ce qu'on veut pour le continent africain. Parce qu'on apprend à des jeunes les règles, la discipline d'un sport, on leur apprend à être ensemble, on leur donne de la confiance en eux-[mêmes], parce qu'on leur permet justement d'exploiter des talents. Un jeune qui est super bon en marathon ou en course, ce sont des talents qui vont être reconnus. Il n'a pas forcément les mêmes talents sur le plan académique, mais ça élargit justement les choses, ça permet de reconnaître ses capacités, et nos universités, après, le reconnaissent. Ça permet d'attirer beaucoup de jeunes qui s'écartaient de l'école vers l'école, puis des emplois. Enfin, c'est un formidable levier en matière de santé. Il y aura une table ronde aussi en matière de santé demain au niveau des leaders.

C'est-à-dire que le sport est la meilleure politique de prévention. Aujourd'hui, un des fléaux qui rôdent plutôt dans les pays les plus riches, mais c'est vrai aussi dans plusieurs pays d'Afrique, en raison des modalités de nutrition, un des fléaux pour nos ados et nos jeunes adultes, c'est l'obésité. La meilleure prévention, ce n'est pas l'industrie pharmaceutique qui la donne, c'est le sport.

Première chose : sport et jeunesse.

C'est une politique d'investissement dont les retombées positives pour nos pays, nos sociétés sont énormes.

La deuxième chose, c'est une politique d'infrastructure. Ça a été très bien rappelé, c'est que si on veut développer le sport, au-delà de tout ce qui a été dit, il faut des infrastructures, et donc c'est une politique de développement. Ce matin, on parlait d'intelligence artificielle. Hier, on était avec le Président, on parlait d'énergie, de transport. Le sport, pareil. C'est un domaine d'investissement en termes d'infrastructures.

On ne peut pas réussir en sport, Makhtar l'a rappelé, s'il n'y a pas des terrains de basket, même de basket à trois [3*3], s'il n'y a pas un minimum de pistes d'athlétisme, s'il n'y a pas des terrains de football, s'il n'y a pas des terrains de rugby. C'est un formidable levier d'investissement pour le continent africain et ses partenaires, parce qu'il y a besoin de ces investissements-là et de le faire avec les grandes fédérations.

En effet, on a lancé, Makhtar l'a rappelé, il y a quelques années avec l'Agence Française de Développement (AFD), une grande politique d'investissement sportif. On a eu plus de 400 projets qui ont été développés par l'AFD dans 50 pays. On a notre nouveau patron de l'AFD qui est là à nos côtés, M. Lecourtier, et on le remercie.

Je veux rendre hommage aussi à son prédécesseur, Rémy Rioux, qui a porté cette politique pendant les huit dernières années avec beaucoup de force, qui l'a fait avec Makhtar et ses équipes, et donc la Banque mondiale, et qui l'a fait aussi avec les grandes fédérations internationales. C'était assez innovant, et je m'en rappelle, il y a huit ans, un peu après Ouagadougou, on s'est retrouvés à l'Élysée avec la FIFA, avec la NBA, avec la FIBA, les grandes fédérations, surtout basket, football, mais on avait aussi athlé, la NBA, et on a lancé ce programme. De Kigali à Libreville, à travers tout le continent, on a créé ces terrains.

On a investi des centaines de millions d'euros dans ces infrastructures et ces programmes.

On l'a fait avec le groupe Orange, Sonatel, Helios Sports, Winwin Afrique, etc. Beaucoup de groupes, plus ceux que Makhtar a rappelés, qui nous ont permis de développer tout ça, que l'on a accroché avec la formation, justement, de nos jeunes. On a pu engager beaucoup de jeunes dans ces programmes de formation par les infrastructures qui ont été construites à travers le continent. J'ai été très fier, il y a quelques années, d'être à Kigali pour la première compétition en lien avec la NBA de basket et de compétition de basket entre clubs. C'était un formidable moment, là aussi, d'émergence du sport sur le continent africain. Evidemment, ce que fait la CAN, ce que fait la FIFA avec vous, est un formidable levier de développement.

[Une] politique de jeunesse, [une] politique d'infrastructure.

Je voudrais finir en disant : c'est un formidable levier de croissance et de création de richesses pour le continent. C'est encore quelque chose qui est à saisir. Parce que quand on regarde ce que représente le sport et toutes les filières qui vont avec le sport, le marché mondial du sport, c'est 2% du PIB mondial. Quand on regarde sur le continent africain, c'est 0,5 % de son PIB. Ça veut dire une chose très simple, qu'on connaît dans beaucoup de filières, on l'a évoqué ce matin, l'économie du sport n'est pas assez structurée sur le continent africain, elle est souvent encore trop informelle. Premier problème, qu'on a dans plein de domaines.

Et souvent aussi, c'est que vous avez la matière première, mais elle est valorisée dans d'autres continents. Pardon de faire un peu ce parallèle, mais vous avez parmi les plus beaux, les meilleurs sportifs du monde, comme vous avez les plus grandes terres rares et minerais critiques, et ils sont pris dans d'autres championnats, dans d'autres compétitions. Ce n'est pas bon pour le continent africain.

Ce que vous devez faire, ce que vous allez faire, ce qu'on veut faire avec vous, c'est de valoriser ce capital humain pour qu'il devienne de l'informel au formel et pour que ce capital humain qui est sur le sol africain soit pleinement révélé et se révèle dans les clubs et les équipes africaines et n'ait pas à s'exporter à l'autre bout du monde pour créer de la richesse. Vous imaginez, si on aide à croître le produit intérieur brut du continent africain, ce qu'on veut faire, ce que vous allez faire, avec ces investissements conjoints. Si, dans le même temps, on arrive à faire, à révéler ce que doit représenter le sport de 0,5 % à 2 % du PIB, c'est une vraie révolution qui est créatrice de richesses.

Là-dessus, nous, on est prêts à vous aider de manière toute particulière. D'abord, par les investissements qu'on fait, qu'on veut faire, que vont faire l'AFD, nos partenaires avec nous et toutes nos entreprises, et par la structuration de cette filière sport. Il y a dix ans, je n'étais pas président, et même 11 ans maintenant, j'étais ministre de l'Économie. En France, on n'avait pas structuré cette filière. On a lancé, il y a dix ans, on l'a finie, cette feuille de route de la Filière Sport en France, ce qui a permis de nous améliorer et d'exporter beaucoup plus. Olivier Ginon, qui est là aujourd'hui, qui était déjà patron de GL Events, a structuré cette filière pour nous. Il a fait ce travail avec tous les partenaires. En dix ans de temps, on a créé beaucoup plus d'emplois dans notre pays, et tous nos acteurs de la Filière Sport se sont exportés beaucoup mieux. Ce qu'on veut, au fond, faire, c'est faire un transfert d'expertise et se dire, on est prêts à vous dire comment on a fait pour vous aider à le faire.

On a commencé les discussions avec le Sénégal, Président, et je sais que ça a bien avancé. Si on peut aider le Sénégal comme laboratoire, je connais mon frère William Ruto, il va me dire tout de suite si je dis avec le Sénégal, nous, on veut le faire avec le Kenya. J'ai un autre frère là, le Président Boko, qui va me dire : " Chiche, on le fait aussi avec le Botswana ". C'est au fond de se dire comment on vous aide à structurer ces filières pour créer beaucoup plus de richesses, de valeurs et permettre à vos sportifs d'être pleinement reconnus, de mieux gagner leur vie et de la gagner sur le continent africain.

Voilà ma conviction.

Le sport, c'est au croisement de l'éducation, de la santé et de la croissance.

Donc, il faut y aller à fond !