Texte intégral
R. Elkrief - Vous êtes le candidat de l'UDF. L'événement de la semaine a été l'entrée en lice de J. Chirac. Quand on l'écoute sur TF1, lundi soir, franchement, qu'est-ce qui vous différencie vraiment ?
- "Si j'avais entendu un projet clair je pourrais vous répondre. Mais sans vouloir émettre de critiques, je n'ai pas entendu des réponses claires aux questions qui se posent. La chronique d'A. Duhamel était très éclairante : la France est devant des questions d'une ampleur si grande que probablement elle n'a jamais eu à répondre. Notamment : est-ce que nous avons un projet pour l'Europe ? Le mot "Europe" dans l'intervention de J. Chirac n'a pas été prononcé une seule fois. C'est-à-dire que nous sommes à un moment crucial de la vie de notre pays, nous venons d'entrer dans un nouveau siècle, nous venons d'avoir une nouvelle monnaie..."
Vous dites "Europe" et "euros", néanmoins, on n'a pas le sentiment que cela profite à votre candidature ?
- "C'est aux sondages que vous faites allusion ?"
Oui, vous êtes autour de 5 % et parfois plus bas.
- "Selon moi, ces sondages ne sont absolument pas représentatifs de ce que les Français entendent et attendent. Et je crois même qu'ils s'exaspèrent de voir que tout le débat se résume à un concours de pronostics. Les médias - parce que vous avez une responsabilité aussi dans cette affaire - ne posent pas simplement aux candidats les questions de fond : "on est un grand pays, on a de grands choix à faire et quels sont ces choix". Si vous me demandez pour moi qu'elle est la réponse à la question européenne, je vous dis qu'il faut construire une véritable Europe dans laquelle les décisions se prennent démocratiquement."
J. Chirac et L. Jospin disent aussi "Europe, Europe !".
- "Pas du tout. On vient de vivre le traité de Nice. Le traité de Nice, ce n'est pas du tout cette Europe qui se profile. C'est quelque chose de tout à fait différent et hélas d'extrêmement confus et dont il ne sort aucune voix européenne. Vous venez de voir qu'en face du Président des Etats-Unis, qui est la puissance dominante de la planète, il n'y a rien, il n'y a personne."
Comme journalistes, on mesure aussi la perception par le public à partir des sondages et à partir d'autres critères. Et je voudrais vous citer N. Fontaine qui était la présidente du parlement européen, UDF et qui a rejoint J. Chirac dès le premier tour. Elle dit à propos de votre projet : ce n'est pas une politique ni un projet de dire "sortons les sortants". Peut-être que votre projet n'apparaît que comme cela et que finalement, il n'y a pas assez de différences ?
- "J'ai bien observé, en effet, que pour un certain nombre de gens, le projet se résume à "gardons les sortants". Je dis qu'il faut tourner la page pour qu'enfin, la politique française devienne plus saine et plus claire. Vous avez vu le climat d'affaires dans lequel on vit ? Un jour c'est l'affaire Schuller contre le RPR, un jour c'est l'affaire Teulade contre le PS. Je ne suis pas sûr que tout cela sorte par hasard. Ou alors, c'est vraiment que le hasard est grand. Mais vous voyez bien que ce climat est délétère."
Il suffit de changer les gens ?
- "Ce n'est pas qu'il "suffit", mais cela est une condition nécessaire. Vous ne pouvez pas conserver les mêmes équipes pendant 20 ou 25 ans sans vous retrouvez avec des habitudes prises, des boulets que l'on traîne et des vieux dossiers qui ressortiront éternellement, surtout quand les méthodes de travail sont celles-là. Vous savez bien que cela fait des années et des années que l'on vit dans cette ambiance. Je veux et je propose une politique différente. Je propose une manière plus saine d'aborder les choses et en effet, le renouvellement des équipes est nécessaire."
"F. Bayrou : monsieur propre" ?
- "Non, je ne dis pas "monsieur propre" ou que je suis vertueux. Mais je suis attaché à ce que la politique soit loyale. Elle ne l'est pas à droite."
A quoi pensez-vous exactement ?
- "Les débauchages, les manières... Vous citiez des changements de camps."
Vous êtes déçu par rapport à N. Fontaine. Elle a été débauchée ? C'est une grande fille et elle sait ce qu'elle fait ?
- "Ne faisons pas de personnalités."
Je vais vous citer D. Paillé, ce matin dans Le Parisien ou H. de Charette qui veut être candidat. Tous ceux-là sont des gens de l'UDF qui vont ou faire bande à part, ou rejoindre J. Chirac. Ce sont de grands garçons et de grandes filles ? Ils savent ce qu'ils font, non ? Vous savez quelque chose de précis ?
- "Vous savez bien comment cela se passe. Ne jouez pas les naïves. On le voit à votre sourire. On sait exactement comment les choses se passent !"
Dites-le, c'est vous le candidat !
- "Cela fait 20 ans dans la politique française que l'on vit, à droite, avec des trahisons ..."
Vous êtes trahi ?
- "Non... Qu'on les prépare, qu'on les entretient, qu'on en fait des scoops. Tout cela est méthodiquement fait et cela pourrit le climat. A gauche, en revanche, pardonnez-moi de le dire, mais chacun est dans sa famille, chacun est dans son camp. D'une certaine manière, c'est plus sain. Pour moi, je veux qu'un jour les Français de droite et du centre soient aussi fiers d'être de leur camp."
Mais si vous faites moins de 5 % ? D. Paillet, qui est de vos amis dit : "Que va devenir notre famille UDF" si vous ne dépassez pas la barre des 5 % ? Est-ce qu'il ne faudrait pas rejoindre un camp plus large ? Dans le fond, il pose la question implicite : est-ce que vous allez aller jusqu'au bout ?
- "Une famille politique qui n'est pas capable de porter son drapeau, de défendre ses idées, de se présenter devant les Français en disant "voilà notre projet", qui n'est pas capable de dire "voilà ce que nous voulons faire pour que la vie politique soit plus propre, plus honnête, plus loyale, ce que nous voulons faire pour que la France choisisse son destin européen", ce que nous voulons faire pour qu'un jour social et libéral marchent ensemble au lieu d'être constamment l'un contre l'autre", bref que les Français s'y retrouvent, au lieu de cette espèce de salmigondis dans lequel on vit et de méli mélo où tout le monde dit les mêmes choses..."
Justement, vous allez jusqu'au bout ?
- "Non seulement j'irai jusqu'au bout mais je porterai ce projet pour convaincre les Français."
(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 février 2002)
- "Si j'avais entendu un projet clair je pourrais vous répondre. Mais sans vouloir émettre de critiques, je n'ai pas entendu des réponses claires aux questions qui se posent. La chronique d'A. Duhamel était très éclairante : la France est devant des questions d'une ampleur si grande que probablement elle n'a jamais eu à répondre. Notamment : est-ce que nous avons un projet pour l'Europe ? Le mot "Europe" dans l'intervention de J. Chirac n'a pas été prononcé une seule fois. C'est-à-dire que nous sommes à un moment crucial de la vie de notre pays, nous venons d'entrer dans un nouveau siècle, nous venons d'avoir une nouvelle monnaie..."
Vous dites "Europe" et "euros", néanmoins, on n'a pas le sentiment que cela profite à votre candidature ?
- "C'est aux sondages que vous faites allusion ?"
Oui, vous êtes autour de 5 % et parfois plus bas.
- "Selon moi, ces sondages ne sont absolument pas représentatifs de ce que les Français entendent et attendent. Et je crois même qu'ils s'exaspèrent de voir que tout le débat se résume à un concours de pronostics. Les médias - parce que vous avez une responsabilité aussi dans cette affaire - ne posent pas simplement aux candidats les questions de fond : "on est un grand pays, on a de grands choix à faire et quels sont ces choix". Si vous me demandez pour moi qu'elle est la réponse à la question européenne, je vous dis qu'il faut construire une véritable Europe dans laquelle les décisions se prennent démocratiquement."
J. Chirac et L. Jospin disent aussi "Europe, Europe !".
- "Pas du tout. On vient de vivre le traité de Nice. Le traité de Nice, ce n'est pas du tout cette Europe qui se profile. C'est quelque chose de tout à fait différent et hélas d'extrêmement confus et dont il ne sort aucune voix européenne. Vous venez de voir qu'en face du Président des Etats-Unis, qui est la puissance dominante de la planète, il n'y a rien, il n'y a personne."
Comme journalistes, on mesure aussi la perception par le public à partir des sondages et à partir d'autres critères. Et je voudrais vous citer N. Fontaine qui était la présidente du parlement européen, UDF et qui a rejoint J. Chirac dès le premier tour. Elle dit à propos de votre projet : ce n'est pas une politique ni un projet de dire "sortons les sortants". Peut-être que votre projet n'apparaît que comme cela et que finalement, il n'y a pas assez de différences ?
- "J'ai bien observé, en effet, que pour un certain nombre de gens, le projet se résume à "gardons les sortants". Je dis qu'il faut tourner la page pour qu'enfin, la politique française devienne plus saine et plus claire. Vous avez vu le climat d'affaires dans lequel on vit ? Un jour c'est l'affaire Schuller contre le RPR, un jour c'est l'affaire Teulade contre le PS. Je ne suis pas sûr que tout cela sorte par hasard. Ou alors, c'est vraiment que le hasard est grand. Mais vous voyez bien que ce climat est délétère."
Il suffit de changer les gens ?
- "Ce n'est pas qu'il "suffit", mais cela est une condition nécessaire. Vous ne pouvez pas conserver les mêmes équipes pendant 20 ou 25 ans sans vous retrouvez avec des habitudes prises, des boulets que l'on traîne et des vieux dossiers qui ressortiront éternellement, surtout quand les méthodes de travail sont celles-là. Vous savez bien que cela fait des années et des années que l'on vit dans cette ambiance. Je veux et je propose une politique différente. Je propose une manière plus saine d'aborder les choses et en effet, le renouvellement des équipes est nécessaire."
"F. Bayrou : monsieur propre" ?
- "Non, je ne dis pas "monsieur propre" ou que je suis vertueux. Mais je suis attaché à ce que la politique soit loyale. Elle ne l'est pas à droite."
A quoi pensez-vous exactement ?
- "Les débauchages, les manières... Vous citiez des changements de camps."
Vous êtes déçu par rapport à N. Fontaine. Elle a été débauchée ? C'est une grande fille et elle sait ce qu'elle fait ?
- "Ne faisons pas de personnalités."
Je vais vous citer D. Paillé, ce matin dans Le Parisien ou H. de Charette qui veut être candidat. Tous ceux-là sont des gens de l'UDF qui vont ou faire bande à part, ou rejoindre J. Chirac. Ce sont de grands garçons et de grandes filles ? Ils savent ce qu'ils font, non ? Vous savez quelque chose de précis ?
- "Vous savez bien comment cela se passe. Ne jouez pas les naïves. On le voit à votre sourire. On sait exactement comment les choses se passent !"
Dites-le, c'est vous le candidat !
- "Cela fait 20 ans dans la politique française que l'on vit, à droite, avec des trahisons ..."
Vous êtes trahi ?
- "Non... Qu'on les prépare, qu'on les entretient, qu'on en fait des scoops. Tout cela est méthodiquement fait et cela pourrit le climat. A gauche, en revanche, pardonnez-moi de le dire, mais chacun est dans sa famille, chacun est dans son camp. D'une certaine manière, c'est plus sain. Pour moi, je veux qu'un jour les Français de droite et du centre soient aussi fiers d'être de leur camp."
Mais si vous faites moins de 5 % ? D. Paillet, qui est de vos amis dit : "Que va devenir notre famille UDF" si vous ne dépassez pas la barre des 5 % ? Est-ce qu'il ne faudrait pas rejoindre un camp plus large ? Dans le fond, il pose la question implicite : est-ce que vous allez aller jusqu'au bout ?
- "Une famille politique qui n'est pas capable de porter son drapeau, de défendre ses idées, de se présenter devant les Français en disant "voilà notre projet", qui n'est pas capable de dire "voilà ce que nous voulons faire pour que la vie politique soit plus propre, plus honnête, plus loyale, ce que nous voulons faire pour que la France choisisse son destin européen", ce que nous voulons faire pour qu'un jour social et libéral marchent ensemble au lieu d'être constamment l'un contre l'autre", bref que les Français s'y retrouvent, au lieu de cette espèce de salmigondis dans lequel on vit et de méli mélo où tout le monde dit les mêmes choses..."
Justement, vous allez jusqu'au bout ?
- "Non seulement j'irai jusqu'au bout mais je porterai ce projet pour convaincre les Français."
(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 février 2002)