Texte intégral
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d'abord vous dire combien je me réjouis que la ville de Périgueux ait pris l'initiative de cette journée consacrée aux réalités et aux perspectives de la parentalité. Je tiens donc à rendre hommage à Madame Marie-Christine SANJUAN, maire-adjoint, chargée de l'enfance, de la famille et des relations inter-générations qui en est directement à l'origine et en a supervisé la mise en uvre avec toute l'implication et la passion que nous lui connaissons. Je tiens également à remercier l'ensemble des participants, magistrats, psychologues, psychanalystes, pour la richesse de leur intervention et à saluer les nombreux acteurs qui ont accepté d'apporter leur concours à cette manifestation : le Conseil général et la caisse d'allocations familiales de Dordogne ainsi que l'Espace Economie Emploi de l'agglomération périgourdine qui a pris une part très active à son organisation. Je n'oublie naturellement pas de leur associer le Ministère de la Santé, de la Famille et des personnes handicapées et je remercie M. Christian JACOB, ministre délégué à la Famille, d'avoir bien voulu clôturer cette journée et en marquer ainsi toute l'importance.
Je lui laisserai rapidement la parole puisque le thème qui nous réunit aujourd'hui s'inscrit évidemment au cur de ses préoccupations. Je m'en tiendrai donc à quelques points.
En tout premier lieu, il est assez étonnant que la parentalité, qui se situe parmi les fonctions et les rôles de la vie des individus les plus délicats à assumer, ceux qui mobilisent l'investissement affectif le plus important, fasse aujourd'hui si peu l'objet de réflexion ou de formation. On a tendance à considérer que le " métier " de parent, à l'instar de l'instinct maternel, est inné, qu'il va de soi, alors qu'il n'a sans doute jamais été aussi difficile à exercer.
Je ne peux donc que vous féliciter d'avoir choisi de mettre en exergue cette question essentielle et d'avoir organisé autour d'elle non pas une énième réunion d'information, mais un vrai débat, permettant de dresser un constat et de tracer une perspective. Il est évident qu'une seule journée ne saurait suffire à une telle réflexion. Il me paraît tout à fait souhaitable que celle-ci puisse être poursuivie et approfondie, afin d'apporter des réponses cohérentes et adaptables sur le terrain. A cet égard, je sais que beaucoup parmi vous souhaiteraient la création à Périgueux d'un observatoire de la famille, qui réunirait des professionnels sociaux et médicaux, des juristes et des enseignants et travaillerait pendant l'année sous forme de deux séminaires. Parallèlement à cet observatoire, vous jugez également indispensable la création, sur le terrain, de réseaux d'appui et d'accompagnement à la parentalité.
C'est naturellement au ministère de la Famille qu'il appartient d'examiner la pertinence de ces projets et l'aide éventuelle à leur apporter. Je ne doute pas que, sur ce point, Christian JACOB se prononcera tout à l'heure. En ce qui me concerne, je ne manquerai pas d'appuyer les actions qui permettent à la ville de Périgueux de continuer à jouer un rôle-pilote en ce domaine.
Etre parent, disais-je, n'a jamais sans doute été plus difficile qu'aujourd'hui. Je pense que vous avez commenté tout au long de cette journée les multiples raisons de cette difficulté. J'insisterai pour ma part sur trois d'entre elles. L'éclatement de la cellule familiale traditionnelle tout d'abord et la présence grandissante de la famille monoparentale, de la famille éclatée, de la famille décomposée ou recomposée. Ensuite, les changements de configuration de la famille traditionnelle elle-même qui d'élargie qu'elle était souvent autrefois est devenue plus restreinte, centrée sur les seuls parents et bénéficie beaucoup moins des solidarités intergénérationnelles. Enfin, l'autorité parentale qui a subi le contrecoup de la contestation qui a atteint l'ensemble des formes d'autorité. Tout ceci a eu des répercussions directes sur l'exercice de la fonction parentale et sur la nature même des relations entre chacun des membres de la famille. Les rapports d'autorité stricte ont laissé la place à des relations faisant davantage appel à l'estime, à la confiance, à la reconnaissance de l'autre. Un comportement plus individualiste des membres de la famille fait qu'aujourd'hui l'autorité parentale ne va plus de soi, que les repères éducatifs sont moins présents. Ceci explique l'attitude de certains parents qui, doutant qu'ils aient encore une place et un rôle à jouer, opèrent un repli face à leurs enfants. Et du repli à la défaillance, voire à la démission, il n'y a pas loin.
Par delà ces évolutions profondes, une constante forte demeure : les parents, qui sont tous appelés à devenir un jour ou l'autre et pour longtemps des parents d'élèves, ont à se situer par rapport à l'institution scolaire. Celle-ci est peut-être la mieux à même de révéler leurs défaillances éventuelles, mais elle est peut être aussi la plus apte à leur venir en aide. C'est en tout cas l'idée qui a présidé à la création du groupe de travail sur la responsabilisation des parents en matière d'absentéisme scolaire que Christian JACOB et moi-même avons récemment mis en place. Cette idée n'est pas de pointer du doigt les familles qui contreviennent à l'obligation scolaire et de les sanctionner - encore que la sanction soit indispensable, même si elle doit rester une solution ultime - elle est bien de les soutenir et les responsabiliser.
L'école n'a pas, en effet, à être une instance de soupçon vis-à-vis des familles. Elle doit au contraire instaurer avec elles un dialogue confiant qui leur permette de comprendre l'importance de l'activité scolaire en général, de bien connaître et apprécier la scolarité de leurs enfants en particulier. A cet égard, je crois qu'il est utile, par exemple que, le plus souvent possible, les bulletins de notes soient remis aux parents dans l'établissement et commentés de vive voix. Plus largement, un document national sera publié au cours de cette année scolaire et permettra de mieux sensibiliser les enseignants aux buts et aux moyens du dialogue éducatif avec les familles et les associations de parents d'élèves.
Par ailleurs, il importe de rappeler clairement aux parents, comme à tous les autres membres de la communauté éducative, quels sont leurs droits et leurs devoirs. Un livret présentant ceux-ci sera prochainement publié et contribuera à clarifier les relations de chacun. Notre objectif est bien de redonner toute leur place et toute leur dignité aux parents à l'école, de redire que, de par leur qualité d'éducateurs premiers de leurs enfants, ils y sont naturellement des acteurs importants et reconnus et de contribuer ainsi, si besoin était, à restaurer l'autorité qui est liée à leur fonction.
Enfin et surtout, il me paraît essentiel que l'institution scolaire retrouve une signification forte, que les parents considèrent à nouveau l'école non pas comme une garderie ou un simple service, mais bien comme le lieu où se joue le destin de leurs enfants, un lieu qui a ses règles et ses contraintes. Pour atteindre cet objectif, une mesure emblématique sera mise en place. A la distribution du règlement intérieur en début d'année se substituera une signature par les élèves comme par les parents de ce même règlement sous une forme qui pourra être solennelle. C'est cette signature qui instaurera un " contrat de vie scolaire " entre les familles, les élèves et l'établissement.
Telles sont, Mesdames et Messieurs, les mesures que j'ai voulu mettre en uvre, non pas tant pour faciliter aux parents l'exercice de leur mission, mais du moins pour les aider, quand cela s'avère nécessaire, à reprendre pleinement leurs responsabilités d'éducateurs.
Permettez-moi de vous féliciter une nouvelle fois pour la qualité et la richesse de cette journée, qui constituera, en tout cas je le souhaite, la première étape d'une réflexion continue dont nous avons tous à tirer profit.
(source http://www.education.gouv.fr, le 14 novembre 2002)
Je voudrais tout d'abord vous dire combien je me réjouis que la ville de Périgueux ait pris l'initiative de cette journée consacrée aux réalités et aux perspectives de la parentalité. Je tiens donc à rendre hommage à Madame Marie-Christine SANJUAN, maire-adjoint, chargée de l'enfance, de la famille et des relations inter-générations qui en est directement à l'origine et en a supervisé la mise en uvre avec toute l'implication et la passion que nous lui connaissons. Je tiens également à remercier l'ensemble des participants, magistrats, psychologues, psychanalystes, pour la richesse de leur intervention et à saluer les nombreux acteurs qui ont accepté d'apporter leur concours à cette manifestation : le Conseil général et la caisse d'allocations familiales de Dordogne ainsi que l'Espace Economie Emploi de l'agglomération périgourdine qui a pris une part très active à son organisation. Je n'oublie naturellement pas de leur associer le Ministère de la Santé, de la Famille et des personnes handicapées et je remercie M. Christian JACOB, ministre délégué à la Famille, d'avoir bien voulu clôturer cette journée et en marquer ainsi toute l'importance.
Je lui laisserai rapidement la parole puisque le thème qui nous réunit aujourd'hui s'inscrit évidemment au cur de ses préoccupations. Je m'en tiendrai donc à quelques points.
En tout premier lieu, il est assez étonnant que la parentalité, qui se situe parmi les fonctions et les rôles de la vie des individus les plus délicats à assumer, ceux qui mobilisent l'investissement affectif le plus important, fasse aujourd'hui si peu l'objet de réflexion ou de formation. On a tendance à considérer que le " métier " de parent, à l'instar de l'instinct maternel, est inné, qu'il va de soi, alors qu'il n'a sans doute jamais été aussi difficile à exercer.
Je ne peux donc que vous féliciter d'avoir choisi de mettre en exergue cette question essentielle et d'avoir organisé autour d'elle non pas une énième réunion d'information, mais un vrai débat, permettant de dresser un constat et de tracer une perspective. Il est évident qu'une seule journée ne saurait suffire à une telle réflexion. Il me paraît tout à fait souhaitable que celle-ci puisse être poursuivie et approfondie, afin d'apporter des réponses cohérentes et adaptables sur le terrain. A cet égard, je sais que beaucoup parmi vous souhaiteraient la création à Périgueux d'un observatoire de la famille, qui réunirait des professionnels sociaux et médicaux, des juristes et des enseignants et travaillerait pendant l'année sous forme de deux séminaires. Parallèlement à cet observatoire, vous jugez également indispensable la création, sur le terrain, de réseaux d'appui et d'accompagnement à la parentalité.
C'est naturellement au ministère de la Famille qu'il appartient d'examiner la pertinence de ces projets et l'aide éventuelle à leur apporter. Je ne doute pas que, sur ce point, Christian JACOB se prononcera tout à l'heure. En ce qui me concerne, je ne manquerai pas d'appuyer les actions qui permettent à la ville de Périgueux de continuer à jouer un rôle-pilote en ce domaine.
Etre parent, disais-je, n'a jamais sans doute été plus difficile qu'aujourd'hui. Je pense que vous avez commenté tout au long de cette journée les multiples raisons de cette difficulté. J'insisterai pour ma part sur trois d'entre elles. L'éclatement de la cellule familiale traditionnelle tout d'abord et la présence grandissante de la famille monoparentale, de la famille éclatée, de la famille décomposée ou recomposée. Ensuite, les changements de configuration de la famille traditionnelle elle-même qui d'élargie qu'elle était souvent autrefois est devenue plus restreinte, centrée sur les seuls parents et bénéficie beaucoup moins des solidarités intergénérationnelles. Enfin, l'autorité parentale qui a subi le contrecoup de la contestation qui a atteint l'ensemble des formes d'autorité. Tout ceci a eu des répercussions directes sur l'exercice de la fonction parentale et sur la nature même des relations entre chacun des membres de la famille. Les rapports d'autorité stricte ont laissé la place à des relations faisant davantage appel à l'estime, à la confiance, à la reconnaissance de l'autre. Un comportement plus individualiste des membres de la famille fait qu'aujourd'hui l'autorité parentale ne va plus de soi, que les repères éducatifs sont moins présents. Ceci explique l'attitude de certains parents qui, doutant qu'ils aient encore une place et un rôle à jouer, opèrent un repli face à leurs enfants. Et du repli à la défaillance, voire à la démission, il n'y a pas loin.
Par delà ces évolutions profondes, une constante forte demeure : les parents, qui sont tous appelés à devenir un jour ou l'autre et pour longtemps des parents d'élèves, ont à se situer par rapport à l'institution scolaire. Celle-ci est peut-être la mieux à même de révéler leurs défaillances éventuelles, mais elle est peut être aussi la plus apte à leur venir en aide. C'est en tout cas l'idée qui a présidé à la création du groupe de travail sur la responsabilisation des parents en matière d'absentéisme scolaire que Christian JACOB et moi-même avons récemment mis en place. Cette idée n'est pas de pointer du doigt les familles qui contreviennent à l'obligation scolaire et de les sanctionner - encore que la sanction soit indispensable, même si elle doit rester une solution ultime - elle est bien de les soutenir et les responsabiliser.
L'école n'a pas, en effet, à être une instance de soupçon vis-à-vis des familles. Elle doit au contraire instaurer avec elles un dialogue confiant qui leur permette de comprendre l'importance de l'activité scolaire en général, de bien connaître et apprécier la scolarité de leurs enfants en particulier. A cet égard, je crois qu'il est utile, par exemple que, le plus souvent possible, les bulletins de notes soient remis aux parents dans l'établissement et commentés de vive voix. Plus largement, un document national sera publié au cours de cette année scolaire et permettra de mieux sensibiliser les enseignants aux buts et aux moyens du dialogue éducatif avec les familles et les associations de parents d'élèves.
Par ailleurs, il importe de rappeler clairement aux parents, comme à tous les autres membres de la communauté éducative, quels sont leurs droits et leurs devoirs. Un livret présentant ceux-ci sera prochainement publié et contribuera à clarifier les relations de chacun. Notre objectif est bien de redonner toute leur place et toute leur dignité aux parents à l'école, de redire que, de par leur qualité d'éducateurs premiers de leurs enfants, ils y sont naturellement des acteurs importants et reconnus et de contribuer ainsi, si besoin était, à restaurer l'autorité qui est liée à leur fonction.
Enfin et surtout, il me paraît essentiel que l'institution scolaire retrouve une signification forte, que les parents considèrent à nouveau l'école non pas comme une garderie ou un simple service, mais bien comme le lieu où se joue le destin de leurs enfants, un lieu qui a ses règles et ses contraintes. Pour atteindre cet objectif, une mesure emblématique sera mise en place. A la distribution du règlement intérieur en début d'année se substituera une signature par les élèves comme par les parents de ce même règlement sous une forme qui pourra être solennelle. C'est cette signature qui instaurera un " contrat de vie scolaire " entre les familles, les élèves et l'établissement.
Telles sont, Mesdames et Messieurs, les mesures que j'ai voulu mettre en uvre, non pas tant pour faciliter aux parents l'exercice de leur mission, mais du moins pour les aider, quand cela s'avère nécessaire, à reprendre pleinement leurs responsabilités d'éducateurs.
Permettez-moi de vous féliciter une nouvelle fois pour la qualité et la richesse de cette journée, qui constituera, en tout cas je le souhaite, la première étape d'une réflexion continue dont nous avons tous à tirer profit.
(source http://www.education.gouv.fr, le 14 novembre 2002)