Déclaration de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur la coopération culturelle entre la France et le Québec, la modernité de la langue française et son importance pour la coopération décentralisée, Saint-Malo le 30 mai 1998.

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Circonstance : 5ème Conseil international du Magazine "Espace francophone" les 30 et 31 mai 1998-réception donnée par le délégué général du Québec à Saint-Malo le 30

Texte intégral

Monsieur le Président du Conseil général,
Messieurs les Maires,
Monsieur le Délégué général du Québec,
Messieurs les Préfets
Cher Dominique Gallet,
Mesdames et Messieurs,
Votre présence nombreuse ici, aujourd'hui, à l'Hôtel de ville de Saint-Malo, témoigne du succès de l'initiative prise par M. Dominique Gallet, producteur du magazine "Espace francophone". Je remercie très vivement le délégué général du Québec, M. Michel Lucier, de s'y être associé.

Des liens anciens, il est vrai, unissent le Québec et cette ville de Saint-Malo. Qui l'ignore en effet ? La cité de Lammenais, penseur et prédicateur, de Chateaubriand, davantage marqué assurément par ses jeux d'enfants aux pieds des remparts que par le sombre Combourg, de Mahé de La Bourdonnais et de Dupleix, organisateurs d'Empire, cette ville de Saint-Malo est aussi celle de Jacques Cartier.

1534, la date est dans toutes les mémoires. Envoyé par François Ier, Roi de France, qui récusait le Traité de Tordesillas et le partage du monde entre l'Espagne et le Portugal (qui, d'ailleurs, fête, en ce moment même à Lisbonne, son expansion d'alors), Jacques Cartier était porté par le vaisseau la "Grande Hermine", symbole de la Bretagne.

Les pêcheurs à la morue, basques et surtout malouins connaissaient déjà le chemin de Terre-Neuve, mais c'est bien l'expédition de Jacques Cartier qui marque le début de notre histoire partagée, Monsieur le Délégué général.

Celle-ci est connue. Ce qui l'est peut-être moins, c'est l'effort du Québec, en liaison avec les autorités françaises et locales, pour entretenir la mémoire commune. Par cette Maison du Québec, inaugurée en 1984, à l'occasion du 450ème anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier au Canada, et qui est lieu de rencontres et un foyer de culture. Par ce buste de Jacques Cartier que vous avez offert au Musée de Saint-Malo, et aussi par la restauration et l'entretien du manoir de Jacques Cartier, à quelques kilomètres d'ici, à Limoëlou, sur la commune de Saint-Malo.

Limoëlou, c'est aussi le nom que vous avez donné à une partie du grand Québec. Limoëlou abrite le CEGEP, qui est en fait un collège universitaire, dont la création et le développement initial avaient été facilités, dans les années 60/70, par la présence de coopérants enseignants français.

Rapprochons, en Limoëlou, le manoir et le CEGEP, la tradition et la préparation du futur.

Telle est bien l'ambition de cette Francophonie qui nous réunit ces jours-ci en Bretagne et qui constitue un nouveau cadre privilégié de la Coopération franco-québécoise, à l'approfondissement de laquelle je suis très attaché.

Travaillons ensemble, au développement des nouvelles technologies de l'information, sans lesquelles il n'y aura pas de Francophonie vivante. C'est ici que nous rejoignons l'ICAF et la table ronde à laquelle j'aurai le plaisir de participer demain à Dinan.

Mais je tiens à le souligner ce soir, devant vous qui, sans doute, n'êtes pas tous familiers de ce mouvement francophone et des actions qu'il conduit. La Francophonie a trop souvent une image un peu passéiste, celle de la défense un peu crispée, un peu frileuse, d'une langue qui est celle des belles lettres, d'une riche tradition, mais que l'on n'associe guère spontanément à l'informatique et aux nouveaux médias.

Je souhaite vous dire que cette perception de la Francophonie ne correspond plus à la réalité. Notre communauté, qui, je le rappelle est forte désormais de 52 Etats et gouvernements, a pris conscience de l'enjeu décisif que représentent les nouveaux moyens de communication.

Cet enjeu est à la fois culturel et économique. Il y va de notre avenir et de notre rayonnement dans le monde. Car, si le français n'est pas perçu comme un vecteur de modernité, et une voie d'accès à celle-ci, nos partenaires du Sud cesseront de le pratiquer. C'est pourquoi l'un des principaux programmes adoptés par le Sommet de Hanoï, en novembre dernier, est un programme baptisé "inforoutes", qui vise à une mise en commun des capacités et efforts des membres de la communauté francophone en ce domaine capital.

Nous sommes loin apparemment de la Coopération décentralisée. Et bien nous réfléchirons, demain à Dinan, aux rapports entre médias, Coopération décentralisée et Francophonie.

Je m'en félicite et j'ai, il y a quelques mois, très rapidement adhéré à la proposition de Dominique Gallet de participer à ces journées, car la Coopération décentralisée est un autre pilier de la Coopération francophone. Elle l'est tout d'abord parce que les Etats ne peuvent pas tout faire, et pas seulement pour des raisons financières.

La Francophonie, en définitive, c'est la préservation de notre identité et des valeurs communes dans la pluralité des cultures. Comment pourrions-nous préserver cette identité si nos peuples eux-mêmes ne se l'approprient pas ?

La Coopération décentralisée, c'est aussi une école de la démocratie pour ceux de nos partenaires chez lesquels celle-ci doit encore être confortée. Je crois à sa valeur d'exemple, je crois que la démocratie doit se construire par la base. c'est pourquoi je suis fier d'avoir contribué, à la présidence du Conseil général de ce Département, au développement des relations avec des villes de pays aussi divers que le Niger, la Pologne, la Tunisie ou le Vietnam.

C'est pourquoi je suis heureux que mon successeur à cette présidence, mon ami Claudy Lebreton, poursuive cette politique. Je le remercie également de s'être associé à la préparation des manifestations de ce week-end.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention./.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 septembre 2001)