Interview de M. Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l'UMP, à La Chaîne Info LCI le 5 novembre 2003, sur les relations entre l'UMP et l'UDF notamment à propos de la préparation des élections régionales de 2004 et du vote du budget 2004, sur sa position favorable à une loi interdisant le port d'insignes religieux à l'école.

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Média : La Chaîne Info - Télévision

Texte intégral

A. Hausser-. Nous allons parler de l'UDF, votre ancien parti. F. Bayrou présente aujourd'hui ses chefs de file, qui ne seront pas tous candidats. Mais il se positionne pour les régionales. Cette brouille aurait-elle pu être évitée ?
- "L'union, c'est une philosophie, la désunion, c'est un calcul. Donc, lorsque l'on est désuni, il faut au moins que l'on pense des choses différentes. Or, aujourd'hui - je suis bien placé pour le savoir - nous sommes quatre cinquièmes d'UDF à avoir voulu construire un parti avec d'autres, les gaullistes, les libéraux, pour qu'enfin, dans ce pays, le centre et la droite arrêtent de se diviser, de se chamailler, de se quereller..."
C'est raté ?
- "J'ai envie de vous dire que, quand même, quatre cinquièmes des gens de l'UDF sont venus à l'UMP ! Il se trouve qu'il y a une partie de personnes qui ne souhaitent pas le faire. Alors, je pose une question très simple : il faut surtout arrêter justement les querelles de bas niveau. J'ai écrit une lettre à F. Bayrou pour lui dire que nous sommes aujourd'hui dans des conseils régionaux, qui sont composés d'UMP et d'UDF. Nous gouvernons ces régions ensemble. Si nous gouvernons ces régions ensemble, sans problème, avec le même projet, ce n'est peut-être pas la peine, là où nous avons les régions, là où nous sommes sortants, de faire des listes séparées. C'est le cas d'ailleurs pour A.-M. Comparini, qui est aujourd'hui UDF et qui est président de la région Rhône-Alpes. C'est vrai pour d'autres régions."
Il y a plusieurs questions. Vous parlez de "querelles de bas niveau". Est-ce que le fait que l'UMP ne prenne pas en compte les propositions de l'UDF à l'Assemblée, par exemple, c'est du "bas niveau" ?
- "Expliquez-moi surtout aujourd'hui quelle est vraiment la philosophie différente qui existe entre l'UDF et l'UMP. La preuve, c'est que hier, les députés UDF ont voté le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, après avoir dit qu'ils ne le feraient pas. Donc, autrement dit - vous savez, en politique, c'est assez simple - : soit il y a des différences, soit il n'y en a pas. S'il n'y en a pas, alors il faut faire corps ensemble. Parce que, quand les difficultés arrivent - et le Gouvernement rencontre des difficultés, c'est normal, il réforme la France -, il est important d'avoir des gens à côté, loyaux, qui vous aident et non pas des gens qui divisent. Lorsqu'on dirige une région ensemble, il n'y a pas de différences, puisque l'on est ensemble ! Pourquoi voulez-vous, dans la mesure où on est ensemble, faire des listes séparées pour l'élection ? Quand M. Jospin était Premier ministre, il gouvernait avec des Verts, avec des communistes et ils ne faisaient pas de primaires entre eux, parce qu'ils étaient ensemble... Au moment où ils étaient au Gouvernement, ils étaient ensemble. Donc, il n'y avait de raison d'être ensemble pour mener les régions et différents pour faire des [inaud]."
Vous accusez F. Bayrou d'être un diviseur de la majorité. Ne pensez-vous pas que, finalement, vous auriez dû le prendre davantage en considération, que le Gouvernement aurait dû davantage écouter ses propositions, que le Premier ministre devrait davantage réunir les tenants de la majorité gouvernementale et écouter un peu ce qu'on lui dit ?
- "Ce qui est important aujourd'hui, c'est de travailler pour les Français. Je suis à l'Assemblée nationale, j'écoute parfaitement ce que l'on dit. Donnez-moi une réforme différente proposée par l'UDF par rapport à ce que fait..."
Il y a eu des amendements pour le budget, qui ont été proposés et qui n'ont pas été acceptés...
- "Des amendements pour dire qu'on ne va faire baisser l'impôt sur le revenu de 3 %, mais de 2 ou de 1 %... Franchement, ce ne sont pas des philosophies différentes ! On peut en parler, mais les gens qui nous écoutent comprendront que ce ne sont pas des philosophies différentes. Il n'y a donc pas de philosophies différentes et il y a une volonté de faire autrement... "
Une volonté d'exister ?
- "Je voudrais simplement vous lire quelque chose d'assez important, je crois. Il faut quand même tirer les leçons du 21 avril. Il y a eu une montée des extrémismes extraordinaire. Je voudrais lire ce que Marine Le Pen a dit hier : "Je remercie l'UDF pour sa présence dans la compétition régionale d'Ile-de-France. Pendant que M. Santini se battra avec M. Copé, nous, le Front national, on va avancer". Je dis qu'il faut faire attention. Ou il y a une réalité différente, et alors il est normal de se présenter de manière différente, à côté, aux élections. Ou globalement on pense la même chose, on appartient à la même majorité, on soutient le Gouvernement de manière loyale, et alors, il faut faire attention à la division..."
D. Paillé, ancien UDF rallié à l'UMP également, dit qu'on ne prête assez de considération aux centristes...
- "Je peux vous dire, [par rapport à] cela que quand on a diminué les charges sociales sur les bas salaires, c'est parce qu'il y avait P. Méhaignerie, et nous tous, les centristes de l'UMP, que nous avons plutôt choisi la baisse des charges sociales plutôt que l'impôt sur le revenu en août 2002. Lorsqu'aujourd'hui, la retraite minimum garantie est de 85 % de la dernière pension, c'est nous qui l'avons imposée, avec la CFDT. Lorsque les gens qui ont commencé à 14, 15 ou 16 ans vont pouvoir partir à 58 ans à la retraite, encore une fois, c'est cette partie de l'UMP qui l'a imposé. Donc, franchement, on joue un rôle. Et j'ai envie de dire aujourd'hui aux UDF qui sont restés à l'UDF, de venir au contraire à l'UMP pour que l'on puisse faire entendre encore mieux cette valence centriste et sociale."
Faire encore mieux ? Actuellement, le Gouvernement ne fait pas très bien. On sent des grippages, des hésitations. Je vais prendre l'exemple du jour travaillé supplémentaire pour financer la vieillesse et les handicapés. Est-ce que cela va être annoncé aujourd'hui ?
- "Je ne sais si ce sera annoncé aujourd'hui..."
Vous n'êtes pas dans la confidence du Premier ministre ?
- "Je sais que le Premier ministre réfléchit à une chose, qui est importante : comment fait-on, dans notre société, pour que toutes les personnes qui ont 80 ans, 85 ans, 90 ans, dont certaines sont dépendantes..."
Mais cela fait longtemps que l'on y réfléchit !
- "... Mais c'est le seul problème : comment fait-on pour que toutes ces personnes aient un rendez-vous avec la dignité dans la dépendance. Comment évite-t-on le fait que les riches puissent avoir une vieillesse dépendante, digne, et comment ceux qui n'ont pas les moyens ne finissent pas dans des maisons de retraite qui ne sont pas des maisons de retraite ? Comment fait-on ? Comment paie-t-on ? C'est cela, le sujet. Alors, une fois que ce plan est décidé, il faut le payer. L'idée est de faire peut-être travailler une journée de plus chaque Français... Quand on a vécu ce que l'on a vécu au mois d'août, je vous le dis franchement, en toute conscience, il ne peut pas y avoir une personne qui soit choquée, par le fait aujourd'hui, qu'un Français donne une journée de son temps pour les personnes âgées, y compris pour sa famille..."
Etes-vous favorable à un jour choisi ou à un jour imposé ?
- "Plutôt un jour choisi."
Aujourd'hui, on parle d'une loi sur le port du voile. Faut-il une loi ou carrément un référendum ?
- "A Toulouse, je suis, comme tous les maires, responsable des écoles primaires. Je rencontre souvent les maîtres, les maîtresses, les instituteurs. Que ce soit dans le primaire ou dans le secondaire, un instituteur ne doit pas savoir s'il a devant lui un juif, un catholique, un protestant, un musulman. Parce que, s'il le sait, il ne peut pas raconter tout à fait la même Histoire. Il devrait le faire, mais il ne pourra pas le faire. Ca, c'est la République, c'est l'école de la République, c'est sacré chez nous. Et je pense que s'il faut aller jusqu'à une loi, il faudra aller jusqu'à une loi."
Vous y êtes favorable ?
- "Je l'ai écrit. S'il faut aller jusqu'à une loi, il faudra y aller. Parce que la République est une chose sur laquelle on ne transige pas dans notre pays."
(Source http://www.u-m-p.org, le 6 novembre 2003)