Intervention de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, devant la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, sur le sort des deux journalistes enlevés en Irak, Paris le 5 octobre 2004.

Texte intégral

Je voudrais rappeler deux réalités que personne ne doit oublier et qu'en ce qui me concerne, je n'oublie pas.
La première est que Christian Chesnot, Georges Malbrunot et leur chauffeur syrien, Mohamed Al Djoundi, sont toujours, et depuis le 21 août, otages. Tout ce que nous disons et tout ce que nous faisons, doit être mesuré en fonction de leur sécurité d'une part, et de l'objectif de leur libération d'autre part.
Une deuxième réalité est la situation d'instabilité, d'insécurité et de violence qui caractérise l'Irak actuellement : 80 morts dans les derniers attentats ; des enlèvements, des opérations militaires - au moins 200 tués. C'est un élément déterminant pour appréhender la situation et le travail que nous effectuons.
Depuis le 21 août, date à laquelle nous avons appris la disparition de Christian Chesnot, de Georges Malbrunot, et de leur chauffeur syrien, nous avons constamment agi sur deux plans, comme je vous l'ai dit ici moi-même le 14 septembre :
- Compte tenu de la revendication exprimée dans l'ultimatum diffusé à travers deux cassettes les 28 et 30 août, nous avons expliqué et précisé ce qu'est la conception française, républicaine de la laïcité, ce que sont nos lois, qui protègent pour tous la liberté de conscience et de religion.
Mon sentiment est que ces explications et précisions ont été utiles et nécessaires puisque, au-delà du 30 août, il n'y a plus eu d'ultimatum ni de menace.
- Sur le terrain, à Bagdad, à Amman, dans d'autres capitales, nous avons noué des contacts et des fils utiles. Nous avons reçu, par beaucoup de canaux, de nombreuses informations. Nous avons constamment vérifié toutes ces informations, exploré toutes les pistes, tous ces contacts, systématiquement et professionnellement.
L'"Armée islamique en Irak", groupe qui a enlevé Christian Chesnot et Georges Malbrunot, a fait deux communications publiques le 8 et le 18 septembre, par messages Internet. Dans ce dernier message, le groupe indiquait sa décision de libérer les deux journalistes en précisant qu'ils demeureraient "pendant une durée déterminée" mais non précisée, à leurs côtés, pour effectuer un reportage. Le même jour, nous avons reçu par une voie indirecte, un autre message proposant d'entamer un processus de libération. Après avoir obtenu la preuve que ces interlocuteurs étaient sérieux et qu'ils détenaient bien, le 18 septembre, nos compatriotes en vie, ce processus de libération a été engagé.
Ce processus paraissait être dans sa phase finale - je le dis avec précaution. Le 30 septembre, nos interlocuteurs nous ont fait savoir qu'ils l'interrompaient.
Voilà les faits, aussi précisément que je peux vous les décrire aujourd'hui. Ils illustrent le travail patient, discret, que nous avons effectué et que nous continuons, avec l'ensemble des services de l'État, dans le seul souci de la sécurité et de la libération de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot.
S'agissant des démarches privées, parallèles et publiques dont j'ai été informé par la télévision le 28 septembre, je n'ajouterai que deux éléments à ce qu'a dit le Premier ministre dans l'hémicycle tout à l'heure.
- Les initiateurs de ces démarches ont été avertis précisément, le 29 septembre, que la publicité donnée à leur démarche pouvait faire courir des risques aux otages. Il leur a été également demandé de transmettre les informations qu'ils détenaient aux services concernés.
- Bien que n'ayant jamais été informés du contenu de cette initiative, nous avons choisi de ne pas l'entraver. Voilà pourquoi ce groupe et le parlementaire qui en fait partie ont pu être autorisés à entrer en Syrie alors qu'ils se trouvaient déjà dans la région. Cela est conforme à l'attitude que nous avons eue constamment de prendre en compte toutes les informations - généralement moins médiatisées - et de les vérifier. Qu'aurait-on entendu si nous avions bloqué cette initiative au départ, sans que ses auteurs aient pu faire la preuve de sa crédibilité ?
Je voudrais maintenant terminer cette déclaration en rendant hommage au courage et à la dignité des familles de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot. Je veux aussi exprimer, au nom du gouvernement, ma gratitude à tous les agents de l'État qui, à Paris et dans la région, travaillent bien et beaucoup pour la libération des trois otages. Je veux enfin remercier tous ceux qui ont compris que, aussi longtemps que nous n'aurons pas obtenu leur libération effective, nous aurons besoin, comme l'a rappelé le président de la République, de l'unité nationale qui s'est manifestée dès le début de cette affaire, et que tous, là où nous nous trouvons, nous gardions le sens de nos responsabilités.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 octobre 2004)

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