Interview de M. Gérard Larcher, ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes à BFM le 1er septembre 2005, sur les mesures du plan emploi, notamment le contrat "nouvelles embauches".

Prononcé le 1er septembre 2005

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Média : BFM

Texte intégral

Q- G. Larcher, c'est une date importante pour vous aussi : il y a bien sûr cette grande réforme fiscale que va annoncer D. de Villepin, mais c'est aussi l'entrée en vigueur des principales mesures du plan emploi. Alors, il y avait le contrat "nouvelles embauches", qui était entré en vigueur dès qu'il a été prêt vous aviez voulu donner une sorte de sentiment d'urgence avec ce contrat "nouvelles embauches". Est-ce que vous en êtes content d'ailleurs aujourd'hui, 1er septembre ? Est-ce qu'on peut faire une sorte de premier bilan ?
R- Quand je regarde les appels téléphoniques sur le site du ministère et les demandes de renseignements sur le contrat "nouvelles embauches", je ne peux que confirmer les propos de T. Breton : il y a des milliers et des milliers de demandes pour le contrat "nouvelles embauches". Nous saurons autour du 15 septembre quels sont les premiers chiffres d'un mois qui, traditionnellement, le mois d'août, n'est quand même pas un mois majeur d'embauches, et je dois dire que les chiffres sont encourageants. Mais, vous savez, les résultats...
Q- Des milliers et des milliers, vous nous avez dit... j'ai bien entendu, des milliers et des milliers d'appels. (...) Pas encore des milliers et des milliers d'emplois ?
R- Attendez ! Nous le saurons le 15 septembre. Moi, je suis quelqu'un qui juge sur les faits et pas uniquement sur les impressions. Mais je dois dire l'intérêt que cela suscite, au point que nous avons mis un ensemble de questions-réponses sur le site du ministère. Nous avons même un contrat type pour ceux qui souhaitent ne pas se perdre dans ce qui, parfois, leur a semblé une complexité administrative. Mais je voudrais dire un mot. Les résultats sur le front de l'emploi ne sont pas le fruit du hasard parce que, quand on les analyse, c'est d'abord, dans le secteur marchand, plus d'apprentis - +11,6 au cours des six derniers mois - ; des contrats de professionnalisation - +16 % sur les trois derniers mois ; ce sont des chômeurs de longue durée moins nombreux et ça, ce n'est pas que l'addition du hasard, alors, qu'il y a eu moins de radiations en juillet 2005 qu'il n'y en avait eu en juillet 2004. Donc, aujourd'hui, sans verser dans un optimisme béat, [il y a] une volonté qui est la volonté du Gouvernement de faire de la bataille de l'emploi une vraie priorité et je dois dire que c'est aussi le fruit du plan de cohésion sociale engagé dans le cadre de la loi du 18 janvier dernier.
Q- Juste un mot là-dessus parce que je voudrais vraiment revenir sur ce qui se passe aujourd'hui : vous avez entendu hier tous les syndicats, les partis politiques dire que vous faisiez finalement du traitement social du chômage. (...)
R- Est-ce faire du traitement social que de préparer des jeunes à leur avenir à travers l'apprentissage ? Est-ce faire du traitement social que de professionnaliser ceux qui étaient avec une formation soit insuffisante soit inadaptée à l'intérieur des entreprises ? Au contraire, le traitement social doit venir aussi - et c'est ce à quoi nous nous attachons - se préoccuper des jeunes chômeurs de moins de 25 ans qui ont plus d'une année dans le chômage. Ce n'est pas simplement du traitement social. Sur les 57.000, nous en avons rencontré avec l'ANPE plus de 46.000 ; pour plus de la moitié, il leur a été fait une proposition dans le secteur marchand ou dans le secteur de l'alternance. Vous voyez que le terme de traitement social... Et puis même, j'allais dire préparer des gens au retour vers l'emploi c'est aussi notre vocation pour ne pas nous satisfaire d'un chômage culturel.
Q- Alors, là, il va s'agir aujourd'hui, de manière officielle, de faire tomber les blocages à l'embauche et notamment il y a beaucoup de mesures sur les effets de seuil ? C'est cela ?
R- Des mesures sur les effets de seuil, en incitant le passage de dix à vingt salariés, puisque notre objectif est de développer la petite et moyenne entreprise, notamment sur les contributions additives au titre de la formation, au titre du logement, mais aussi depuis hier le chèque emploi pour les très petites entreprises, les employeurs des entreprises de moins salariés pourront faire la demande dès aujourd'hui auprès de leur organisme gestionnaire de cotisations sociales pour avoir un document simple qui vaut contrat de travail, mais qui en même temps respecte... Parce que le contrat "nouvelles embauches" est un vrai contrat de travail ; c'est un contrat à durée indéterminée qui respecte les conventions collectives et qui ouvre des perspectives. Vous savez, la pire précarité, c'est le chômage.
Q- Ce n'est pas, néanmoins la grande réforme de l'Etat. Vous avez peut-être entendu des patrons (...) : "la seule façon, disent-ils, de vraiment relancer l'emploi c'est la grande réforme de l'Etat qui fera baisser le nombre de fonctionnaires, qui fera baisser effectivement les charges, Ils ont l'impression que "c'est une cautère sur une jambe de bois", disait l'un d'eux.
R- Cautère sur jambe de bois ! Vous permettrez au vétérinaire qui a beaucoup manié le cautère de dire que ce n'est pas ça. Au contraire, nous ouvrons de nouvelles perspectives, un nouvel horizon, une nouvelle approche de la relation de travail, qui doit être fait de plus de souplesse mais en même temps de plus de sécurisation des parcours professionnels. C'est le sens de la formation tout au long de la vie, de la volonté du Premier ministre que le demandeur d'emploi soit reçu beaucoup plus régulièrement par l'ANPE ; c'est aussi plus de souplesse pour les entreprises, une simplification. Alors, bien naturellement il y a encore d'autres évolutions à faire au plan de l'Etat. Je crois que D. de Villepin y est fermement décidé et qu'il poursuit en cela un certain nombre de réformes que J.-P. Raffarin avait engagées.
Q- D'une certaine manière, vous leur dites "patience, on avance pas à pas, on va dans la direction que vous souhaitez" ?
R- Je leur dis : "Avançons ensemble. Changeons d'état d'esprit. Le contrat "nouvelles embauches", parce qu'il est aussi un vrai contrat de travail est un changement d'état d'esprit pour que, au lieu d'être parfois trop frileux, nous retrouvions confiance les uns dans les autres.
(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 1e septembre 2005)