Interview de M. Hervé Morin, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, dans "France Soir" du 20 janvier 2007, sur la campagne électorale pour l'élection présidentielle.

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Média : France soir

Texte intégral

FRANCE SOIR : Comment analysez-vous la montée de François Bayrou dans les sondages ?
HERVE MORIN : C'est un phénomène que l'on a déjà vu lors des présidentielles précédentes pour d'autres candidats. Avant le mois de janvier, les Français répondent aux sondages comme des consommateurs. Ils répercutent ce qu'ils entendent à longueur de journée dans les média audiovisuels. C'est comme la pub, on les bassine avec « deux produits », comme s'ils étaient les seuls, et donc dans les sondages ils citent Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Puis à la mi-janvier ils deviennent des citoyens qui commencent réellement à s'interroger sur l'avenir de la France et les propositions qui sont faites. Par ailleurs, les Français reconnaissent le sérieux de François Bayrou et partagent son analyse sur la crise du pays, la nécessité de changer un système qui n'écoute pas les Français. Ça ne fait que commencer, à chaque élection présidentielle, on voit des courbes s'infléchir, le meilleur exemple étant Chirac-Balladur : à la fin 94, Chirac était à 10% alors que Balladur était à plus de 30% ! On connaît la suite...
FRANCE SOIR : Vous ne croyez donc pas à un score de 30% pour Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ?
HERVE MORIN : Tout le monde sait très bien que ni un candidat du PS ni un candidat de l'UMP ne peut faire ce score. Dans le meilleur des cas, ils feront un peu plus de 20%. Et dans le moins bon, un peu plus de 15%.
FRANCE SOIR : Dans ces conditions, vous croyez aux chances de François Bayrou d'accéder au second tour ?
HERVE MORIN : Une élection présidentielle, c'est un peu comme les JO. Chaque participant vise la victoire. On ne concourt pas pour être placé ! Une chose est en tout cas certaine : tout se jouera entre les quatre candidats majeurs à l'élection présidentielle. Sarkozy, Royal, Le Pen et Bayrou.
FRANCE SOIR : On a le sentiment que Jean-Marie Le Pen et François Bayrou sont en concurrence pour la place du troisième homme...
HERVE MORIN : Malheureusement depuis 2002, on a continué à ne pas écouter les Français, et aucun problème n'a été réglé : endettement abyssal, déficits sociaux structurels, 4 à 5 millions de sans-emploi, banlieues en feu, décrochage de la compétitivité économique de la France... On n'est parfois pas loin de l'insurrection. Si vous voulez que le système change profondément, sortir du choix binaire UMP-PS, vous avez donc le choix entre Le Pen et Bayrou. Mieux vaut voter pour quelqu'un qui veut changer le système dans le champ républicain, non ?
FRANCE SOIR : Nicolas Hulot était présent à vos universités d'été. Un rapprochement est-il envisageable, et envisagé ?
HERVE MORIN : Ce que je sais, c'est que François Bayrou s'était montré favorable aux propositions de Nicolas Hulot bien avant qu'il ne présente son pacte écologique et ne soit éventuellement candidat à la présidentielle. Cela n'a donc rien d'artificiel.
FRANCE SOIR : Que pensez-vous de la semaine houleuse de Ségolène Royal et du débat sur l'ISF ?
HERVE MORIN : Ce qui est extrêmement déplaisant chez elle, c'est que j'ai encore le souvenir qu'elle a refusé d'aller au Congrès mondial des Femmes car, pour reprendre ses mots, il était organisé dans une ville de riches à Deauville. A priori, selon sa terminologie, quand on paie l'ISF, on est un riche. Et en plus, on apprend ensuite qu'elle a une maison à Mougins, sur la Côte-d'Azur ! Il y a là un problème d'authenticité et de vérité dans le discours.
FRANCE SOIR : Et le "sacre" de Nicolas Sarkozy ? Comment avez-vous trouvé le Congrès de l'UMP ?
HERVE MORIN : Je reconnais que la campagne de Nicolas Sarkozy a plutôt mieux commencé que celle de Ségolène Royal. Avec cependant une grand-messe de 4,5 millions d'euros qui rappelle les anciens temps du RPR, où l'on annonce 100.000 personnes quand ils ne sont que 25.000 !
FRANCE SOIR : En cas d'échec de Nicolas Sarkozy, l'UMP risque-t-elle d'exploser ?
HERVE MORIN : En cas d'échec lourd à la présidentielle, il est évident que l'UMP aurait de grandes chances d'exploser car ce parti a été créé artificiellement par Jacques Chirac dans un contexte particulier - l'élection présidentielle de 2002. Ce qui les rassemble actuellement est la perspective d'être au pouvoir. Source : http://www.udf.org, le 22 janvier 2007