Texte intégral
J.-J. Bourdin.- Après la prestation télévisée de N. Sarkozy hier soir, vous avez du pain sur la planche. Je vous pose la question, direct, et cette question est simple : hier soir, N. Sarkozy, crédible ou bonimenteur ?
Pas très précis. Donc, inévitablement, il y a de la déception aujourd'hui. Parce que la seule mesure concrète qui nous est annoncée, c'est celle sur la taxe professionnelle, et encore, on ne la comprend pas. On ne la comprend pas parce qu'on nous parle de 8 milliards d'euros alors que ça coûte 5-6 milliards - quelle est la différence ? Et on ne sait pas si on va diminuer un impôt pour les entreprises et augmenter sur le revenu ou autre, pour les contribuables. Et ensuite - et ça, c'est que vous disiez "beaucoup de travail" - il y a des pistes ouvertes. C'est à nous, maintenant, de les utiliser, d'essayer le maximum. Mais en même temps, on n'a pas beaucoup d'annonces concrètes. Donc je pense que par rapport à ce qui s'est passé le 29 janvier, il ne peut y avoir que de la déception.
Crédible ou bonimenteur ? Quel mot choisiriez-vous ?
Je pense que sur l'explication de la crise, les difficultés qu'il y a, économiques, c'est crédible. On voit les comparaisons mondiales, européennes, c'est partout pareil, c'est crédible ? Sur les propositions, je ne vais pas dire bonimenteur, parce que c'est difficile mais ne même temps, comme il n'y a pas de propositions concrètes, inévitablement, on ne voit pas où l'on veut aller. Mais en même temps, il y a une ouverture du dialogue et c'est nous, syndicalistes, de faire des propositions concrètes...
De s'asseoir autour de la table.
Oui, parce que j'ai une culture du résultat quand même.
Le 18, vous serez donc assis autour de la table, avec le Gouvernement, avec le patronat et toutes les organisations syndicales. Vous allez vous réunir avec tous les autres syndicats lundi. Est-ce que vous devez annoncer dès lundi que vous devez organiser une nouvelle journée de manifestations, de protestations, de grèves ?
Avant le 18, certainement pas.
Avant le 18, vous dites "non" ?
Non, parce que les salariés attendent aussi que l'on fasse des propositions par rapport aux ouvertures qui nous sont faites. Donc il faut maintenant...
On va rentrer dans le détail...
Maintenant, le débat qu'il va y avoir, c'est est-ce qu'on annonce une journée pour le mois de mars, par exemple, et puis on juge en fonction...
Est-ce que vous devez annoncer que vous allez organiser une journée de protestations avant le 18 ?
Je ne crois que ce soit l'essentiel, honnêtement. Que l'on dise qu'on se revoit le lendemain, le 19, pour décider de faire quelque chose en mars, ou que l'on dise, on fera quelque chose en mars, qu'on retirera éventuellement, en fonction des résultats du 18, je pense que ce n'est pas cela l'essentiel.
L'idée c'est d'organiser une grande journée en mars ?
L'idée, c'est d'organiser une journée si c'est nécessaire.
Vous êtes prudent ce matin, F. Chérèque.
Je suis prudent. Ecoutez, il faut toujours se mettre dan une perspective. Les attentes sont énormes, on l'a vu le 29 et pour le moment, les réponses ne sont pas au niveau des attentes. Donc si on fixe par rapport à cela, on se dit qu'inévitablement, on va faire une autre journée.
Donc il ne faut pas...
...Attendez. Je dis ça, mais en même temps, moi, mon rôle de syndicaliste, c'est d'amener des résultats. Donc les résultats au maximum après le 18. Donc je pense qu'il y a deux solutions : où on se dit, on prévoit dès maintenant une journée et on l'enlève si jamais on a des résultats concrets, où on se dit qu'on attend le lendemain de la réunion avec le président de la République pour décider. Cela revient au même.
Question inaudible
Moi, ça m'est égal. Parce que, aujourd'hui, ma préoccupation, c'est honnêtement le 18 et ce que l'on va pouvoir amener sur l'emploi, sur le pouvoir d'achat.
On va entrer dans le détail. Est-ce que vous avez remarqué qu'il n'y a pas eu un mot hier sur la Guadeloupe et la Martinique ?
Oui, mais là, les journalistes n'ont pas fait leur travail. Quand il y a un département français qui est en grève générale depuis maintenant quinze jours, et qu'il n'y a pas une question là-dessus, je pense que les journalistes n'ont pas fait leur travail. Honnêtement, c'est un loupé qui est dommageable pour nos compatriotes d'Outre-mer.
Etes-vous favorable à la suppression de la première tranche de l'impôt sur le revenu ? Il y a plusieurs pistes, on va les prendre les unes derrière les autres. Alors, sur le plan fiscal, 1,4 milliard, c'est l'argent dit N. Sarkozy que les banques vont verser à l'Etat français au titre des intérêts de l'argent prêté par l'Etat aux banques.
Moi, j'ai posé publiquement le problème des classes moyennes inférieures, c'est-à-dire ceux qui gagnent, en gros, entre le Smic et 1.500 euros. Ces personnes là, qui n'ont généralement aucune aide. A partir de 1.200 euros, vous n'avez plus la prime pour l'emploi, vous avez peu d'aides sociales à part les allocations familiales. Par contre, par vos impôts vous payez les aides pour les autres. Donc j'ai insisté, mais vraiment souvent en disant qu'il faut aider ces personnes-là, c'est ceux qu'il faut aider à consommer. Alors est-ce qu'il faut le faire par la suppression d'impôts...
Suppression de la première tranche de l'impôt sur le revenu, c'est une piste ; elle vous plaît ?
Si on supprime la première tranche de l'impôt sur le revenu, cela profite à tout le monde au-dessus. Donc ce n'est [inaud.] uniquement.
L'impôt de tout le monde sera abaissé.
Cela consiste à faire un chèque en fait. Le président de la République, il y a un sujet qu'il n'a pas abordé, c'est le bouclier fiscal qu'il a instauré pour ceux qui sont au-dessus.
Vous allez demander la suppression du bouclier fiscal ?
Ben oui ! Pourquoi...
Le 18, vous allez demander la suppression du bouclier fiscal ?
Moi, je le demande depuis le début !
Oui, mais vous allez mettre cela sur la table le 18 ?
Bien sûr. On ne peut pas parler de la fiscalité sans parler de la fiscalité globalement ! Parce que qu'est-ce qu'il nous dit le président de la République : il faut faire des aides - il a raison - des aides qui vont vers la consommation directe, c'est-à-dire dire pas d'épargne. Mais le bouclier fiscal, c'est que de l'épargne, c'est ceux qui gagnent beaucoup. Donc d'un côté on favorise l'épargne de ceux qui gagnent beaucoup et de l'autre côté, on va encore supprimer la tranche inférieure qui va profiter à tout le monde. Donc il faut être logique, il faut revoir globalement ce problème là et avoir des actions, y compris le débat - par moment - le débat sur quels sont les éléments que l'on veut baisser sur la TVA, qui vont directement à la consommation. Moi, je ne suis pas favorable à une baisse de la TVA globale, parce qu'on le voit bien, il a raison...
Vous allez aussi demander une baisse de la TVA sur certains produits ?
Nous, on va vouloir réfléchir sur des produits qui sont en plus des produits qui sont fabriqués en France, en particulier dans l'alimentation, en particulier dans certains travaux, dire, qu'on peut avoir des baisses de TVA parce que cela encourage la consommation...
Des baisses ciblées...
Ciblées consommation nécessaire. Et ça, c'est les éléments. Donc la fiscalité, il faut le voir globalement, et pas s'attacher seulement à une mesure.
Augmentation des allocations familiales : c'est aussi une piste évoquée hier soir...
Globalement, moi j'ai posé le problème plusieurs fois sur tous les minima sociaux. Il faut que l'on regarde le problème de tous les minima sociaux.
Il n'en a pas parlé hier le président de la République...
Il a parlé des plus modestes, moi je vais aller plus loin. Je prends un exemple : on met en place le RSA au 1er juillet, c'est une bonne mesure, on l'a soutenue, c'est travail plus aides. Eh bien pourquoi ne pas l'avancer ? Il y a une prime RSA en avril, pourquoi ne pas la doubler, la tripler ? Il faut voir ce problème-là.
Et le RSA pour les moins de 25 ans ?
Ca, c'est un sujet qu'il n'a pas du tout abordé. J'ai un rendez-vous avec M. Hirsch dans les jours prochains pour lui dire quelle est la logique qu'un jeune qui a 24 ans n'a pas droit au RSA et quand il a un en de plus, il y a droit ? Quelle est la logique s'il est dans la même situation sociale ?
D'autant plus que N. Sarkozy a parlé des jeunes qui sont en CDI, en CDD qui sortent d'un stage et qui n'ont pas de boulot.
Oui. Alors moi, j'ai trois mesures pour les jeunes. Il y a une mesure genre RSA pour les moins de 25 ans, l'accès au logement. Parce que ça, ce sont des mesures qui peuvent être concrètes pour le pouvoir d'achat, et pour ceux qui n'ont pas d'emploi, on a instauré, avec l'allocation chômage, l'indemnisation au bout de quatre mois de travail dans les 28 derniers mois, mais il y a ceux qui n'ont pas du tout travaillé et ceux là, il faut leur proposer, en échange d'une formation, une rémunération.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 6 février 2009