Chat de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, sur "RTL.fr" le 30 avril 2009, sur ses critiques de la construction européenne et ses propositions pour l'Europe notamment en matière d'immigration, de monnaie, de smic.

Texte intégral

Ludovic : "Combien de pourcentages pensez-vous faire aux élections européennes ?"
Si j'en juge d'après les sondages récents qui viennent d'apparaître, aux alentour de 8%, je pense qu'on peut faire mieux et compte tenu de la conjoncture de crise très grave, il est probable que certain nombre d'électeurs vont manifester leur sentiment avec le mouvement qui leur dit la vérité. Celle-ci leur étant cachée généralement par nos adversaires et par le gouvernement.
Frédéric360 : "Dans l'hypothèse ou vous prendriez le pouvoir, ne pensez-vous pas que la mondialisation économique est trop avancée pour revenir complètement en arrière ? Le protectionnisme que vous préconisez ne pénaliserait-il pas nos exportations ?"
Je ne crois pas, en vérité. Vous savez, je crois que les statistiques ont constaté que, par exemple, les échanges entre l'Allemagne et la France avaient le même pourcentage qu'en 1913. C'est vous dire que quelle que soit la situation, qu'il y ait des barrières douanières ou pas, le commerce existe. Le commerce date depuis des siècles et des siècles ; et il n'y a aucune raison que cela ne continue pas. Beaucoup de pays du monde ont des frontières, la plupart d'entre eux. Il n'y a que les pays européens qui ont abandonné cette protection naturelle. Par conséquent, le protectionnisme éclairé que nous proposons est destiné à défendre les Français, les emplois des Français, le patrimoine des Français, leur sécurité...
Jeannine de Cannet : "Il me semble que le Front National est en pleine renaissance peut-être, aussi, grâce à la génération de jeunes (18/25 ans) dont 18% plébiscitent le Front National. Sans oublier les seniors déçus" du sarkozysme qui devraient revenir au bercail. Dans ce cas, pensez-vous que nous pourrions créer, à nouveau, une grande surprise lors de l'élection du 7 juin prochain ?"
Je crois que le Front National est coutumier de ce genre de surprises puisqu'en 1984 quand il a émergé officiellement, on ne l'attendait pas et il a eu dix députés du premier coup, et il n'a pas cessé de progresser depuis. Et je rappelle que nous avons eu sept députés la dernière fois à cause d'un découpage un peu vicieux, il faut bien le dire dont monsieur Raffarin était le responsable. Mais je pense que nous pouvons faire une surprise le 7 juin prochain.
JEANJAURES : "Bonjour monsieur Le Pen. Que pensez-vous du protectionnisme européen raisonnable mis en avant par quelques intellectuels comme monsieur Todd ou monsieur Gréau ?"
Je crois qu'ils ne sont pas les premiers. Je crois que notre Prix Nobel d'économie, monsieur Allais, dont on ne voit d'ailleurs jamais rapporté l'opinion, pense qu'il est nécessaire que nous rétablissions nos frontières à la fois pour filtrer l'immigration massive qui déferle sur notre pays et sur l'Europe mais aussi pour réguler les échanges économiques qui actuellement se font tous au détriment de nos entreprises et de nos emplois.
Olivier : "Je rêve de voter pour un parti garantissant le maintien de notre civilisation ! Le Front National peut-il s'engager à maintenir la civilisation de la libre expression, de la sécurité et de la liberté des femmes, par exemple, afin que je vote pour lui ? Conséquemment, des alliances locales avec les musulmans ne sont-elles pas de nature à renier nos valeurs traditionnelles françaises ancrées depuis la nuit des temps ? Le Front National n'est-il pas le pire fossoyeur de l'identité française ?"
Disons qu'il y a un véritable contraste entre la souplesse de votre argumentation et la cruauté de la question. Non, je ne crois pas du tout. Je pense que le Front National est, au contraire, le meilleur défenseur de l'identité française. Et si vous faîtes allusion à des alliances locales avec des musulmans, je ne vois pas très bien à quoi vous faites allusion. Très sincèrement, nous avons dans nos listes des juifs, des musulmans, des candidats qui n'ont pas de conviction religieuse. Vous savez, on ne demande pas aux gens au Front National quelle est leur race, leur religion. On leur demande s'ils sont patriotes ou pas. S'ils ne sont pas patriotes, ils n'ont pas leur place chez nous, c'est évident.
Jefferson : "Quelle est la clé selon vous au niveau de la communication du Front National pour que les Français cessent de se culpabiliser à l'idée de voter Front National, malgré l'hostilité de la plupart des média?"
Ecoutez, c'est un fait que les médias ont à l'égard du Front National une attitude systématiquement hostile. Alors nous souhaiterions comme on dit, être dédiabolisé mais cela ne dépend pas de nous puisque nous n'avons pas l'intention de changer de ligne ; c'est peut être aux médias de changer, de faire un effort pour essayer d'être plus objectifs à l'égard du Front National et de le prendre pour ce qu'il est et non pas pour ce que l'on voudrait qu'il soit. Dans le pire, bien sûr.
Alexandre : Pensez-vous que la crise vienne en partie de notre président actuel ? Mauvaise gestion ? Augmentation de son salaire ? Baisse du pouvoir d'achat ? Qu'auriez-vous fait à sa place ?
Je crois que le président est assez comparable à ce héros de Cocteau qui disait : "Ces évènements nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs". Je crois que Sarkozy n'est pas pour grand chose dans la crise mondiale actuelle. En revanche, il a une responsabilité importante, puisque dans le fond, il est au pouvoir depuis sept ans. Je vous rappelle qu'il était dans les deux années précédentes vice-premier ministre, c'est-à-dire fonction capitale, immédiatement derrière le Premier ministre. Alors je crois qu'il ne fait ce qu'il faut pour nous protéger des conséquences de la crise. Je pense qu'à sa place, j'aurais essayé de redonner à la France les moyens de son indépendance, de sa souveraineté. J'aurais rétabli les frontières pour pouvoir contrôler les flux migratoires, que ce soient les flux d'immigrés que les flux financiers ou les flux de marchandises qui sont en train de ruiner notre pays.
Maxence : "Bonjour monsieur Le Pen. Je voudrais comprendre votre stratégie : vous êtes anti-Europe, mais vous "postulez" à un siège au Parlement européen ?"
Je ne vois pas de contradiction dans le fait d'être un eurosceptique et d'être au Parlement précisément pour exprimer mon scepticisme et pour critiquer l'Union européenne dans ses dérapages, précisément parce que c'est ce que souhaitent les électeurs qui m'y envoient depuis vingt-cinq ans. Les gens savent ce que je souhaite, ce que je veux, mes idées pour lesquelles je combats, et donc ils me font confiance et je les représente au Parlement européen. C'est cela la démocratie.
Cathycats13 : "Bonjour. Militante du Front National depuis 1983 environ où je participait beaucoup quand je vivais en France, rapatriée d'Algérie, écoeurée de la politique et des envahisseurs, j'ai décidé de quitter la France en 1997. Nous avons voté aux Présidentielles pour le Front National. Etant résidente depuis deux ans en Espagne (Alicante), pouvez-vous me dire quel parti espagnol correspond au Front National français, car il y a plusieurs..."
Il y a plusieurs tentatives d'exprimer en quelque sorte les idées nationales ou nationalistes en Espagne, mais c'est un pays de bipartisme. C'est assez difficile d'y percer, et je crois qu'il y a actuellement un parti sympathique : le Frente Nacional qui, par son titre et les idées qu'il a, se rapproche le plus du Front National français.
Chris : "Etes-vous favorable a la sortie de l'UE ?"
Nous n'aurons peut-être pas besoin de faire cela, puisque l'Union européenne peut parfaitement se décomposer sur les coups de butoir de la crise. Il est évident que pour faire une union, ne serait-ce qu'économique, il faut avoir des capacités économiques et financières comparables. Ce n'est pas le cas notamment avec les pays de l'est de l'Europe et les premiers fondateurs de l'Union européenne. Mais si nous continuons dans la voie dans laquelle nous sommes engagés, c'est-à-dire la voie de l'Europe fédérale voire même de la constitution d'un Etat unitaire antinomique de la Nation, il est évident que je préfère sortir de l'Union européenne et vivre comme français plutôt que de cesser d'être français.
Triffle69 : "Que pensez-vous de Nicolas Sarkozy et de sa politique plurielle ? A-t-il déstabilisé ces opposants en leurs offrant la règle du 'Je te tiens, tu me tiens par la barbichette' ?"
C'est vrai que monsieur Sarkozy recrute beaucoup à gauche ; et que pratiquement toutes les nominations qu'il a fait depuis son élection se situent dans la gauche du pays, généralement des socialistes. Je crois qu'il n'a parlé langage national que pour se faire élire, ce qui lui a d'ailleurs réussi ; mais qu'il va irrésistiblement glisser de plus en plus vers la gauche ; et quand il favorise ce qu'il croit devoir être la montée de monsieur Besancenot, il joue les apprentis sorciers et il n'aura pas d'efficacité. Mais je crois qu'il nous libère en revanche tout un territoire qu'il avait occupé indûment.
Wax : "On a pu le voir il y a quelques semaines : vous faites peur à la Commission européenne (dont le règlement proposait de vous faire président d'un jour). Pensez-vous qu'en faisant campagne pour les Européennes, ce n'est jouer avec cette peur ?"
J'avoue que je ne saisis pas bien le sens profond de votre question. D'abord, ce n'est pas la Commission européenne qui a souhaité modifier le règlement, mais le Parlement européen, à l'initiative de monsieur Schultz, qui est le président allemand socialiste du groupe parlementaire socialiste. C'était farfelu, mirobolant, parce qu'on ne sait pas encore si je serais élu. Tout le monde le pense, et j'en accepte l'augure. Mais ne sais pas si je serai le plus âgé, il y en aura peut-être d'autres. Et vouloir empêcher Jean-Marie Le Pen d'être le premier président de séance du Parlement européen montre, en effet, qu'un certain nombre de gens ont peur de l'image. Je suis un petit peu comme la statue du Commandeur, je n'ai pas besoin d'avoir la parole, ma seule présence suffit à les effrayer...
Julien : "Monsieur Le Pen, vous vous êtes récemment félicité du dernier sondage CSA créditant votre mouvement de 8% d'intentions de vote aux prochaines élections européennes, et plus particulièrement des 18% que vous obtiendriez chez les jeunes (18/24 ans). Puisque vous semblez accorder du crédit à ce sondage, quelle est votre explication de ce que seuls 10% des ouvriers vous feraient confiance, alors que vous étiez le premier parti dans cette catégorie de la population ?"
C'est parce que nous sommes privés, je crois, de visibilité médiatique. Le CSA a révélé que dans l'année 2008, les orateurs du Front National avaient eu 0,96% du temps d'antenne alors que, je le rappelle, j'avais fais 10,5% aux élections présidentielles il y a moins de deux ans. Alors en effet, les Français ne savent peut-être pas très bien les lire, en particulier les ouvriers, puisqu'en particulier, Marine (Le Pen, Ndlr) qui est candidate dans une région, frappé par les menaces de délocalisation et de chômage dans le Nord-Ouest, fait beaucoup de visites qui ont un très grand succès, et je suis sûr que les ouvriers doivent se rendre compte que les patriotes sont les plus aptes à les défendre.
Helios : "Bonjour Monsieur Le Pen. Selon vous, pour quelle raison n'avez-vous plus l'audience que vous méritez auprès des média ? Y a-t-il des consignes ?"
Le Président de la République déclare à qui veut l'entendre qu'il nous a tué. Non il ne nous a pas tué, il nous a volé, le preuve, nous allons lui démontrer en juin. Je pense aussi qu'il y a peut-être des consignes. Mais vous savez, quand on n'est pas vu, on n'est pas recherché. Avec la campagne, cela va nous permettre d'exposer nos idées, notre programme et de reconquérir notre audience que nous méritons.
Benoît : "Monsieur Le Pen, seriez-vous d'accord pour, "ENFIN", réformer le CSA qui, comme chacun le sait, est a la botte des différents gouvernements en place. Car le droit doit être le travail, la concurrence, et non le copinage, voire les arrangements entre amis ?"
Ecoutez, le CSA a une attitude étonnante. J'ai envoyé récemment une lettre recommandée au président du CSA pour m'étonner que rien n'ait été fait pour réparer cette inégalité, cette injustice dont nous sommes victimes. Je n'ai pas reçu de réponse. Il faut, en effet, je crois démocratiser le CSA. Il faudrait que les partis politiques y aient leur représentant de façon à ce que nous ne recevions pas les avis du CSA comme un oukase, mais une politique élaborée en commun au bénéfice de la démocratie.
FranceDomTom : "Bonjour Monsieur Le Pen. Que pensez-vous de la manifestation en langue étrangère devant la mairie de Montpellier pour réclamer une vraie mosquée ?"
Elle a le mérite de révéler que les gens qui manifestaient ne se considèrent pas comme des Français, mais comme des étrangers. Mais s'agissant des mosquées, j'ai eu l'occasion de constater que bien souvent, ce sont les maires qui vont au devant des désirs même pas encore exprimés pour essayer de conquérir une clientèle électorale pour l'avenir. Vous aviez 300.000 ou 400.000 musulmans dans les années 70, il y avait une mosquée en France, et personne n'en réclamait. Maintenant, on en réclame beaucoup parce que, d'une part il y a de plus en plus de millions de musulmans dans notre pays, et que d'autre part, il y a une influence religieuse qui s'exerce de façon dynamique.
JEANJAURES : "Pensez-vous, comme Dominique de Villepin, qu'il y a un risque révolutionnaire aujourd'hui en France?"
C'est tout à fait évident, oui. Et je pense que c'est lié à la mutation qui est intervenue à l'extrême gauche entre la Ligue Communiste Révolutionnaire de monsieur Krivine, et le NPA de Besancenot qui, comme chacun le sait, est le chouchou des médias et du président Sarkozy, qui joue là les apprentis-sorciers. En effet, monsieur Besancenot est un trotskiste. Les trotskistes sont des mécaniciens de la révolution. Ils ne sont pas capables de rassembler les masses qui pourraient leur permettre d'aboutir à faire aboutir leur projet, mais sont capables de profiter de la situation ; et il est tout à fait évident que le choix de monsieur Besancenot a pour intention d'influer les banlieues pour pouvoir exercer une influence sur les banlieues dont les masses constituent en effet une réserve potentielle révolutionnaire si la situation économique et sociale s'aggrave ce qui ne manquera pas. Il y a donc un vrai risque révolutionnaire aujourd'hui en France.
Jefferson : "Face à l'accélération du fonctionnement de la planche à billet en Europe et aux USA, que pensez-vous de l'éventualité d'une crise monétaire ?"
Elle est presque inéluctable, je crois. Les milliers de milliards de dollars qui ont été injectés dans le circuit monétaire sans aucune relation avec la production concrète, sont évidemment une menace considérable qui débouchera sur l'effondrement du dollar et qui, par ricochets, entraînera la chute de la plupart des monnaies fiduciaires qui sont accrochées au dollar. A titre d'exemple, l'euro a 70% de ses réserves qui sont constituées en dollars. Par conséquent, il n'est pas exclu que la bulle des CDS - beaucoup plus importante que les subprimes - éclate et que par conséquent, ce tsunami puisse emporter le dollar. Je crois qu'il faut revenir à la solution préconisée par le général de Gaulle, et que je préconise aujourd'hui : articuler les monnaies mondiales sur un étalon constitué par l'or et un certain nombre de métaux précieux. Cela calmera le système en déroute.
Charly : "Ne craignez-vous pas que votre score aux Européennes soit rogné par les candidats du Parti de la France (le parti de votre ancien ami Carl Lang et de plusieurs anciens du Front National) ?"
Non, je n'ai pas cette crainte ; et j'avoue m'amuser de ce mouvement et de son nom, "Parti de la France". C'est vrai que son chef fondateur Carl Lang s'est réfugié à Bruxelles et qu'il a envoyé sa famille en Suède. Cela justifie le titre de son parti !
Morgan : "Bayrou est-il aussi un patriote selon vous ? Et Villepin ?"
Dans la mesure où je crois que les européistes sont partisans d'une structure qui détruit la Nation, je ne considère pas François Bayrou, malgré la sympathie qu'on peut avoir parfois pour lui, pour ses déclarations comme un patriote. Ce n'est pas un patriote. Monsieur de Villepin, j'aurais aimé qu'il manifesta ses idées patriotiques quand il était Premier ministre ; c'est plus facile de le faire quand on est dans l'opposition. Mais après tout, à tout pêché miséricorde !
Morgan : "Vous êtes eurodéputé depuis longtemps et ce sera votre sixième campagne. Les questions internationales doivent donc vous être connues. Comment jugez-vous les premiers pas d'Obama et, notamment, sa main tendue à l'Iran ?"
Patriote français, j'ai toujours une certaine réserve quand il s'agit de juger les chefs d'Etat étrangers. Le président Obama est un américain qui vise à défendre - et il le fera, croyez-moi sans état d'âme - les intérêts des Etats-Unis et des Américains du Nord. Sa politique étrangère, j'avais une crainte je ne vous le cache pas, c'est que la politique de monsieur Bush déboucha tôt ou tard sur un conflit armé avec l'Iran ; et je considère donc que sa main tendue, sa volonté de négocier avec ce pays dont la stabilité est capitale au Moyen-Orient, est un grand pas, positif. Le danger d'ailleurs dans cette région vient moins d'ailleurs de l'Iran que du Pakistan qui est, elle, une Nation nucléaire et qui l'est devenue avec l'appui des Etats-Unis.
Dauko : "Que pensez vous de l'annonce officielle de la candidature du Parti antisioniste aux Européennes avec en têtes de cette liste, Dieudonné et Alain Soral ? La craignez-vous ?"
Non, très sincèrement, je ne crois pas que cette liste prenne des voix au Front National.
Helios : "Si vous deviez retrouvez le même nombre de députés que la fois précédente, pourriez vous alors constituer un groupe de patriotes européens ?"
Et bien, c'est la mission permanente qui a été confiée à Bruno Gollnisch, qui est notre "ministre des affaires étrangères", notre vice-président chargé des affaires européennes et étrangères. Mais il y a de fortes raisons de croire que oui, nous pourrons constituer ce groupe. En Hollande, on parle de 60% des voix pour le Parti nationaliste ; en Autriche, 30%, et pratiquement qu'il y a une poussé nationaliste, eurosceptique dans la plupart des pays d'Europe. Par conséquent, malgré le fait que l'on ait augmenté les conditions pour créer un groupe, je pense que l'on pourra créer ce groupe ; et c'est ce qui explique les voyages et les contacts réguliers de monsieur Gollnisch.
Jeune : "Monsieur Le Pen, seriez-vous prêt a mettre en place le retour au francs tout en gardant l'euro ?"
Oui, tout à fait. C'est la différence qu'il y aurait, qu'il y a entre la monnaie unique et la monnaie commune. Je serai prêt à établir une parité, le retour au franc. Le franc égalant 1 euro, et l'euro étant conservé comme une monnaie commune des pays européens. Mais en revanche, pas de monnaie unique, c'est-à-dire pas de monnaie référente. Référence à la dictature de la BCE, qui est le gardien du temple de l'euro.
Jul351 : "Le dernier sondage CSA estime que, parmi les votants de Sarkozy au premier tour des présidentielles de 2007, seuls 5% voteraient pour le Front National aux prochaines européennes. Est-ce que cela ne limite pas votre enthousiasme et ne va pas à l'encontre de ce que vous répétez, à savoir un retour au bercail de vos électeurs qui auraient été trompés par l'"illusionniste" ?"
Ecoutez, ce sondage contredit un sondage précédent qui est paru, si je ne me trompe, dans "Valeurs Actuelles", dans lequel la cible du sondage était "les électeurs de Jean-Marie Le Pen qui avaient voté au premier tour de l'élection 2007 pour Nicolas Sarkozy". On annonçait là que leur pourcentage était passé de 88% à 27% en moins d'un mois. Il me semble que ce sondage était plus proche et plus logique que celui annoncé par le CSA. C'est logique puisque le président Sarkozy s'est éloigné des positions nationales qui l'ont fait élire ; il est devenu pro-américain, euro-mondialiste, et quoi qu'il dise, pour l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Parce que c'est la volonté de ses amis américains et que Nicolas Sarkozy ne fera aucune peine aux Américains, même légère.
Romegas : Monsieur Le Pen, pourquoi les Français sont-ils si indulgents à l'égard de l'extrême gauche alors qu'ils sont réticents à avouer voter pour l'extrême droite ?
Je crois que c'est la mode. Besancenot est à la mode. Il est un peu nouveau dans le paysage politique. Il est jeune, il plait bien au président Sarkozy qui espère s'en servir pour prendre des voix au PS, alors que le risque que son action ne se situe pas au plan électoral mais sur le plan de l'équilibre politique français. L'extrême droite, que j'appelle moi la "droite nationale", a été diabolisée de manière systématique par l'ensemble des médias. Le sondage sur l'opinion avoué des journalistes du monde parisien était qu'ils votaient à gauche à plus de 90%. Ne nous étonnons pas donc de cette sympathie pour la gauche plutôt que pour la droite nationale.
Chris : "Revenir au franc nécessiterait combien de mois pour la rétablir ? Huit ou dix mois ?"
Le temps qu'il faudra (rires). Je pense que dans la débâcle monétaire prévisible, on sera amené à prendre des mesures radicales, rapides, de manière à redonner à l'activité économique un instrument monétaire crédible de manière à retrouver la confiance. On comprend que les citoyens n'aient plus confiance dans ce système qui à conduit aux excès que l'ont sait.
Chris : "C'est par référendum que vous ferez cette reforme monétaire ?"
Si j'étais en mesure de le provoquer, oui ce serait un bon moyen ; mais je crois qu'on peut aussi rétablir une monnaie nationale par la loi s'il y a une majorité parlementaire pour le faire. Dans le cas contraire, nous pourrions passer le référendum, mais notre président n'aime pas beaucoup cela. Pourtant Chirac avait prévu le référendum pour toute nouvelle entrée dans l'Europe, c'est la Turquie qui était visée ; et Sarkozy, en faisant sauter cette consultation, fait en fait tout pour rendre l'intégration de la Turquie inévitable, quoi qu'il en dise.
Arthur : "Pour en revenir à l'Europe, ces élections européennes sont-elles aussi l'occasion pour vous et le Front National d'empêcher une éventuelle entrée de la Turquie dans l'Union européenne ? Ou bien votre objectif est-il tout simplement de faire quitter l'Union européenne à la France ?"
A chaque jour suffit sa peine. Je considèrerait l'entrée de la Turquie en Europe comme une catastrophe, car elle n'est pas européenne, ni par l'histoire, les moeurs ou les langues. On n'invite pas un club de basket à participer à un tournoi de football. Donc, pour une union européenne, il faut inviter les pays européens, notamment, les pays slaves ; mais je ne parle pas de l'union européenne telle qu'elle existe aujourd'hui, que je conteste.
Babaz : "Victor Hugo, l'un des pères fondateurs des Etats-Unis d'Europe, déclarait (dans des élans paroxysmiques) : 'Il ne nous reste plus qu'à abdiquer un seul égoïsme : la patrie'. Pourquoi prônez-vous, encore et toujours, des idées si rétrogrades alors que l'Union européenne se veut être une consécration ?"
Victor Hugo a dit tant de belles choses qu'on peut lui pardonner cette sornette.
Jengler : "Quitter l'Europe, oui, et pourquoi devenir communiste ? Ca aussi, c'est infaisable et je ne parle pas de la régression économique ?"
Où a-t-il été question que je devienne communiste. J'ai plutôt la réputation d'être considérer comme un ennemi des communistes. Quand je discute avec des communistes, c'est qu'ils ne le sont plus...
Jefferson : "Est-il vrai qu'un impôt européen qualifié d'impôt citoyen va être exigé dans les années à venir ?"
C'est évident, et dans la logique du processus de construction de l'Union européenne et de sa marche vers une Europe politique fédérale. La tentation de créer ce type d'impôt sera difficile à écarter. Il s'ajoutera aux innombrables impôts et charges qui accablent les français, la France étant le pays le plus fiscalisé au monde.
Jul351 : "Une forte abstention lors des prochaines élections vous serait-elle plutôt nuisible ou au contraire profitable, à votre avis?"
Elle serait nuisible, évidemment. Et c'est pourquoi les grands partis ne souhaitent pas entrer dans la campagne électorale, pour que l'abstention soit importante. Les élus en place (sénateurs, députés, conseillés généraux) ont une base électorale locale à qui ils ont accordé des avantages divers. Cette base leur est fidèle, acquise, et dans le cadre du scrutin, elle pèse plus lourd s'il y a moins de votants. Donc, votez, votez pour éviter cela.
JeromeL : "Jean-Marie Le Pen, seriez-vous favorable à une loi plus rigoureuse sur le non-cumul des mandats ?"
Oui. Si on veut se consacrer à un mandat, notamment municipal, qui est très lourd, ou régional, ou national. Il faut pouvoir y consacrer tout son temps. Un non-cumul doit être la règle, avec de rares exceptions. A moins d'avoir le dont d'ubiquité. Moi, je ne cumule pas de mandats.
JEANJAURES : "Que pensez-vous de la loi Hadopi ?"
N'étant pas Pic de la Mirandole, je n'ai pas une opinion sur tous les sujets. Et bien qu'il faille préserver par la loi les droits d'auteurs, il me semble qu'il faut avoir une certaine souplesse pour les clients qui ont des moyens plus modestes. Mais il me faudrait étudier ce dossier à fonds pour pouvoir avoir une opinion tranchée.
Claire : "Monsieur Le Pen, pourquoi avoir supprimé du programme du Front National la proposition réduire le poids de l'Etat pour qu'il se concentre sur ses missions régaliennes ? Est-ce l'influence du marxiste Soral ?"
Le marxiste Soral a quitté le Front National depuis plusieurs mois, depuis qu'il a appris qu'il ne serait pas tête de liste, ni second. Il n'a pas eu une si grande influence dans les instances du Front National, il n'était pas cadre dirigeant. Je pense que nous pouvons réduire le poids de l'état. Nous avons six millions de fonctionnaires, dont un million au niveau local. C'est beaucoup trop lourd. La réduction de la bureaucratie doit être un engagement fort de tous.
Pe : "Dans quelle mesure et dans quels domaines la solidarité européenne doit-elle jouer ?
Quand j'étais président de la Corpo de droit à Paris, j'ai fait une des premières actions de solidarité européenne, et j'ai amené quarante volontaires sur les digues de Hollande qui avaient cédé. Mais charité bien ordonnée commence par soi-même. Je ne crois pas à la solidarité européenne dans la difficulté, et que c'est un réflexe naturel, ou alors, des pays comme l'Autriche, qui ont beaucoup investis dans les pays de l'ex-bloc de l'est, seront entraînés dans la débâcle
Chris : "L'UE va-t-il gâcher l'avenir des agriculteurs ? Et en plus celui des marins pêcheurs ?"
Le nombre des agriculteurs est passé en France depuis le processus de l'Union européenne de 4 millions à 500.000. Il en est de même pour les employés de l'industrie, et pour les marins-pêcheurs dont les bateaux ont été réduit de moitié. On peut dire que comme liquidateur des entreprises françaises et des emplois, l'UE a été particulièrement efficace dans la matière ; et on pourrait lui tresser des lauriers !
Jengler : "Qu'est-ce qui est le pire aujourd'hui en France et en Europe ?"
Je pense que c'est le phénomène de l'immigration massive. Nos dirigeants semblent ignorer que la population mondiale est passée de 1 milliard à 7 milliards en un siècle. Elle est en constante augmentation, et nous aurions intérêt le temps encore le temps de bloquer le flux migratoire vers notre pays. En France, nous avons accueilli 10 millions d'immigrés en trente ans, qui pèsent sur nos finances ; et ce n'est pas être xénophobe que de dire qu'il y a trop d'étrangers en France. Le souhait des Français, c'est que cette immigration soit jugulée. Les gouvernements ont fait le contraire ce qu'il aurait plutôt fallu faire : mettre en place la préférence nationale. Cela aurait dissuadé les gens de venir chez nous, car ils auraient compris qu'il n'y aurait pas de position plus favorable pour eux que pour les Français, ce qui est le cas aujourd'hui chez nous.
FranceDomTom : "Monsieur Le Pen, comment jugez-vous la directive européenne qui permet désormais de faire du vin rosé en coupant du rouge et du blanc ? N'est-ce pas fait pour ouvrir davantage le marché au monde et étouffer définitivement la viticulture et la renommée française ?"
Ca risque d'en être la conséquence. Vous savez, ce mélange existe déjà dans une région, et une seule : en Champagne, on fait déjà ce mélange. En revanche, je suis totalement hostile à l'élargissement de cette méthode à la fabrication de rosés par mélange de vin blanc et de vin rouge dans les autres régions. Nous avons des rosés superbes, de Touraine, de Provence... Et il ne faut pas en faire de la vinasse, ce serait assassiner cette belle production française que sont les vins de rosés naturels.
Dauko : "Pensez-vous qu'une réconciliation est encore possible entre Français de souche et Français de coeur issus de l'immigration ?"
Bien sûr. On ne peut pas analyser cela de façon aussi massive. Il n'y a pas d'un côté les Français de souche, et d'un autre, les Français issus de l'immigration. Pour les Français de coeur issus de l'immigration, pas de problèmes. Les immigrés qui se sentent français, qui se comportent en français, qui acceptent les droits et les contraintes françaises, cela ne présente aucun problème. Le Front National a des élus de cette catégorie qui acceptent le fait d'être français. En revanche, il y a un vrai souci avec les personnes qui possèdent la double nationalité. Ils se mettent tantôt dans un camp, tantôt dans un autre. Savez vous que 700.000 Français d'origine algérienne ont voté également aux dernières élections présidentielles algériennes. Je suis un adversaire absolu de la double nationalité. Quand on naturalise une personne, elle doit renoncer à sa nationalité précédente.
Jeune : "Farid Smahi ou Stéphane Durbec sont-ils présents sur une des listes que vous présentez en juin ?"
Je crois que Farid Smahi doit être troisième sur la liste d'Ile-de-France, et Stéphane Durbec, cinquième sur ma liste dans le Sud-Est.
Paris : "Etes-vous favorable à la création d'un Smic européen ?"
Un de nos députés qui nous a quitté depuis, Dieu Merci, voulait établir un Smic mondial ! Il est scandaleux qu'il y ait sept millions de pauvres en France et qu'il y ait des millions de personnes qui gagnent moins de 1.000 euros net par mois. Vous me direz que le Smic est un barrage pour empêcher les salaires d'aller vers le bas. En ce sens, j'en suis partisan. Mais le Smic est un pis aller. Et nous ne pourrons lutter contre les bas salaires qu'en mettant fin à l'immigration massive.
Gambasse44 : "Ne pensez-vous pas que des thèmes comme l'enracinement, le respect des traditions et des cultures nationales peuvent parler aux Français face au nouvel ordre euro-mondialiste ?"
Je le pense tellement que nous en parlons en permanence. Cet enracinement, respect des cultures n'implique pas que nous soyons xénophobe. Nous ne sommes pas xénophile ou xénomane, comme le sont certains dirigeants, ou intellectuels. Nous sommes des patriotes, mais pas agressif vis-à-vis des autres pays.
FranceDomTom : "Monsieur Le Pen, pensez-vous que les médias ont changé d'opinion vis-à-vis du Front National depuis l'apparition de Marine Le Pen ?"
Marine a un certains nombres d'avantages. Elle est plus belle, plus jeune, elle a beaucoup de talent ; et il est normal qu'elle ait une audience plus importante que la mienne. Nous ne sommes pas antinomique, nous sommes complémentaires. Nous voyons la politique de façon différente. Nous ne sommes pas de la même génération il y a des différences de perceptions mais sur le plan politique, nous avons les mêmes idées. J'espère que les médias auront plus de considération à son égard qu'ils en ont eu au mien
Jengler : "L'Europe peut-elle régler la crise seule ou les pays doivent ils se débrouiller seuls ?"
On est obligé de constater que les mesures efficaces l'ont été dans des contextes nationaux, l'Europe ne peut pas déterminer une politique qui recueille l'assentiment de tous les pays. Dans la difficulté, en vérité c'est chacun pour soi.
Jul351 : "Craignez-vous une désaffection de vos troupes pour votre manifestation du 1er Mai ?"
Non. J'espère que nos amis auront à coeur de faire le sacrifice de se déplacer à ce défilé qui est très emblématique vu les circonstances. Nous n'avons plus les moyens de participer aux très coûteux frais de déplacement. Chacun devra financer son déplacement, et considérer cela comme un devoir national, et comme un témoignage d'affection à l'égard de Jeanne d'Arc.
Jul351 : "Vous considérez-vous toujours comme le meilleur candidat anti-système, la concurrence étant rude dans ce domaine ? Sarkozy lui-même, tactiquement parlant, trouve des boucs émissaires lorsqu'il s'indigne face aux patrons voyous... Votre stratégie de meilleure victime ne s'essouffler-elle pas ?"
Je ne choisis pas d'être la meilleure victime. Le Front National est la formation la plus sévère dans sa critique de l'action et des idées de Nicolas Sarkozy, mais il serait souhaitable que nous soyons traités comme les autres partis dans les médias. Même si mon intention n'est pas de figurer coûte que coûte dans les "Guignols", mais de toutes les formations présentes dans ce programme, le Front National est la seule qui n'apparaît pas. "Les Guignols de l'info" écoutent-ils ce que monsieur Sarkozy a dit, quand il dit qu'il nous a tué, mais comme je le disais toute à l'heure, il nous volé, il ne nous a pas tué.
Jefferson : "Y a-t-il une progression significative des adhésions au Front National actuellement ?"
Il y a une progression qui est pour l'instant affectée par la crise actuelle les gens nous demandent des réductions, des facilités de paiement, mais la sympathie des gens se manifeste de façon importante. Nous avons perdu des élus félons ; et s'ils se présentent aux élections ils verront que la base électorale reste fidèle au Front National.
Le mot de la fin vous revient, Monsieur Le Pen
La vie commence toujours demain. Tant qu'on est capable de lutter pour ses idées, on peut toujours espérer les voir se réaliser. C'est toute la grâce que je nous souhaite.
Merci beaucoup, Monsieur Le Pen.
Source http://www.frontnational.com, le 4 mai 2009