Texte intégral
Je voudrais me joindre aux remerciements, compliments et félicitations exprimés à l'égard de ceux qui ont participé, ce matin et cet après-midi, à cette convention. J'ai trouvé les tables rondes passionnantes et j'ai beaucoup appris.
Je voudrais également me joindre aux remerciements de la tribune à la salle, à ceux qui ont pris leur journée, et beaucoup sont jeunes, ce qui fait qu'ils ont du mérite, pour venir participer à cette réflexion.
Je voudrais, enfin, exprimer des remerciements à l'égard de Marielle de Sarnez, eu égard au rôle qu'elle joue, dans la coordination de notre campagne européenne et l'animation de ces journées.
Tout au long de la journée, je me suis fait cette réflexion... Je suis plongé, comme vous le savez, dans les rencontres avec la presse pour la sortie de mon livre -c'est pour demain- et dans la question du modèle de société, puisque pour moi la question est d'arriver à voir quel est le modèle de société vers lequel on nous entraîne, et quel modèle de société nous voulons défendre face à celui-là, qui ne nous paraît pas répondre aux exigences du temps et aux nôtres.
En effet, la politique n'est pas ou peu une question de confrontations, d'étiquettes, de partis, de majorité, d'opposition, de personnalité. C'est l'écume des choses. Ce que l'Histoire retient et retiendra, c'est la confrontation des modèles.
Le modèle de société vers lequel on nous entraîne, celui qui, jusqu'à maintenant, dominait la mondialisation ou la globalisation de toute sa force, c'est un modèle de la loi du plus fort, un modèle individualiste, un modèle inégalitaire, qui fait que l'on considère que la société avance plus vite si les forts sont avantagés et que, si le fossé se creuse avec les faibles, ce n'est pas grave. Au contraire, cela propose des dynamiques que, jusqu'à maintenant, les défenseurs de ce modèle considéraient comme bonnes.
Nous, en face, nous défendons un modèle de société solidaire et nous croyons que la crise que nous sommes en train de vivre montre précisément que les modèles solidaires sont plus efficaces, plus intéressants et seront plus efficaces à long terme que les modèles individualistes, inégalitaires qui rencontrent des accidents, comme ceux que l'on vient de voir.
- Le « durable » nous impose une nouvelle solidarité : la solidarité entre générations
Je me disais que le mot solidarité n'est jamais entendu comme il devrait l'être, parce que quand on pense solidaire, on pense toujours à la solidarité à l'intérieur d'une même génération, solidarité entre nous, les citoyens de toutes conditions, de toutes origines, de toutes responsabilités, mais vivant ensemble, en même temps, dans le même pays. Parfois, nous en faisons une fierté.
On élargit la solidarité aux autres pays de la planète et on pense, ce qui est en tout cas une de nos marques d'identité, qu'il est important, intéressant, utile, vital, de créer de la solidarité entre pays pauvres et pays riches, par exemple, à l'endroit des pays pauvres de la part des pays riches et à penser le modèle et l'organisation du monde pour que les pays pauvres soient, demain, moins pauvres et qu'ils accèdent, comme nous, à une capacité d'être autonomes, indépendants, libres et à ce que chacun de leurs enfants trouve sa place dans le développement du pays. C'est la solidarité entre contemporains.
Je pense que c'est insuffisant et qu'il faut défendre l'idée de la solidarité entre générations. Je suis toujours frappé -vous le verrez dans mon livre où je fais une proposition sur ce sujet- de ce que, dans le débat politique que nous conduisons, il y ait des absents, des bâillonnés, des muets que l'on n'entend pas et que l'on refuse d'entendre. Ce sont ceux qui ne sont pas encore nés. Si l'on réfléchissait à la politique comme elle doit être pensée, à ce moment-là, on découvrirait qu'il faudrait, dans le débat politique actuel, des défenseurs de ceux qui vont venir, pas seulement des défenseurs de ceux qui sont déjà là.
J'ai proposé, dans mon livre -cela paraîtra peut-être à quelques uns comme une idée poétique, mais pour moi c'est une idée politique, pas poétique- qu'il y ait auprès du gouvernement un défenseur des générations à venir, un défenseur de ceux qui vont recevoir... (Monsieur le Professeur Jean Jacquinot, ce que vous êtes en train de préparer avec l'expérience ITER et, Monsieur Jacques Maire, les réseaux qu'il faudra des décennies pour construire) ...un défenseur de ceux qui auront à vivre dans le monde déterminé par les directives, les lois européennes que l'on prépare et vote, par les décisions de structure nationale que l'on est en train de préparer et de voter.
Permettez-moi de dire cela au passage, mais ce n'est pas anodin, et de répondre à la question : est-ce que notre industrie du nucléaire civil doit être privatisée ou, au contraire, demeurer une industrie dont les citoyens français conserveront, à long terme, le contrôle démocratique ?
Selon moi, c'est tout sauf indifférent. Je ne doute pas de ce qui est en train de se préparer. Quelqu'un a évoqué tout à l'heure Areva et Siemens. Il y a de grandes opérations industrielles qui sont en train de se préparer pour des intérêts privés et, parfois, privatifs (il y a une petite nuance entre les deux et je vous encourage à y réfléchir) mais je considère qu'il s'agit d'un intérêt démocratique absolument essentiel, car il peut se trouver qu'il y ait une contradiction assez forte entre l'intérêt général et des intérêts privés.
Il y a des tas de domaines où c'est secondaire, mais, pour d'autres, c'est tout à fait essentiel et le domaine de l'énergie, notamment nucléaire, est tout à fait essentiel. On est en train, peu à peu, de préparer l'opinion à l'idée que c'est inéluctable et que l'on devra aller dans ce sens.
Je ne suis absolument pas résigné à ce que cette privatisation devienne un fait. À mon avis, c'est une affaire de citoyens. En outre, si vous réfléchissez, dans un contexte plus général, c'est également une affaire démocratique.
Défense des générations à venir...
Je suis extraordinairement frappé de voir à quel point le sujet que nous traitons aujourd'hui, énergie, environnement, soutenabilité des politiques, transmission aux générations, a envahi tout le vocabulaire, mais est, en réalité, absent dans les esprits.
Je voudrais faire cette première remarque : il n'y a plus aucun chapitre de l'action politique qui ne soit désormais pas affecté de l'adjectif durable. Le durable est devenu la tarte à la crème des déclarations politiques.
Le durable, vous le savez, c'est la tentative de traduire en français le sustenable, le soutenable, anglo-saxon. Pour une fois, je trouve que l'anglo-saxon, l'anglo-américain, le basic english qui sert désormais de véhicule, était plus juste car, en effet, la question "cette politique est-elle tenable sur le long terme ?" est une question absolument essentielle.
Elle l'est en matière d'environnement et d'énergie, mais excusez-moi de le dire, elle l'est tout autant en matière de dette publique. Est-ce tenable sur le long terme ?!...
Quelles sont les conséquences sur notre mode de vie, de décision qui ne seraient pas tenables sur le long terme ? Cela a été très justement indiqué à deux reprises au moins cet après-midi et largement ce matin, et c'est l'un des points sur lesquels je trouve que Jancovici a raison. Ce point est essentiel et il s'agit des conséquences qui peuvent être dévastatrices, car vous pouvez vous trouver avec des situations de déstabilisation qui entraînent, au sein de la société, des crispations, des tremblements de terre, des tsunamis dans lesquels la démocratie a tout à craindre.
La démocratie est un régime d'équilibre. La démocratie ne résiste pas longtemps lorsque les peuples sont saisis d'angoisse. Or, dans ces sujets, nous avons de l'angoisse, des déséquilibres potentiels très importants.
C'est la première réflexion que je voulais formuler devant vous. Il me semble que la question "cette politique est-elle tenable sur le long terme ?" et tout à fait essentielle.
- Le long terme doit prendre le pas sur le court terme
Deuxièmement, la plupart des décisions politiques sont de court terme. On peut le regretter, mais il faut considérer que, dans un temps où la communication instantanée est devenue la contrainte majeure, le court terme devient roi.
Les décisions prises, il y en a beaucoup plus que vous et nous ne croyons, pas prises pour le lendemain, mais pour le journal de 20 heures, le journal du soir. Il y a un événement, un problème, un incident, un accident qui se produit, on prend son avion, on se déplace et on va faire un discours pour annoncer une loi, au 20 heures, car cela permet d'annoncer quelque chose. Ce sont des décisions de court terme.
Or, les questions que nous traitons ici, et c'est pourquoi elles ne sont pas habitées par la communauté des citoyens, sont toutes des questions de très long terme.
2020, c'est demain matin. 2050, une génération de plus. C'est à portée de la main. C'est l'horizon pour lequel on réfléchit et probablement 100 ans, devant des décisions comme celle de l'invention technique de la production d'énergie si formidable, car je n'imaginais pas qu'avec le lithium d'une pile de téléphone portable, on puisse faire de l'énergie pour les États-Unis pour une année, de l'énergie électrique... C'est fascinant. Ce sont des décisions de très long terme.
La décennie, c'est tellement loin que, pour les politiques, c'est presque jamais !
Donc, jamais sujet n'aura imposé davantage le retour à l'ardente obligation du Plan. Il y a plusieurs sujets sur lesquels j'ai déjà montré, y compris pour la famille politique qui est la mienne et qui n'avait pas cette habitude, qu'un certain nombre de repères fournis par la pensée du Général de Gaulle étaient justes, intéressants. Mais là, l'ardente obligation du Plan -Jacques Delors a indiqué la même chose avec beaucoup de justesse ; je n'ai jamais rencontré Jacques Delors ces dernières années sans qu'il me parle de son regret de voir disparaître le Plan- aucune autre possibilité que de voir renaître un Plan et, c'est la proposition que je ferai, un Plan européen. On ne peut plus, à la fois pour des raisons du cadre de la loi, mais surtout pour des raisons d'échelle, imaginer que l'on puisse penser un plan énergétique et environnemental qui ne soit pas à l'échelle européenne.
Je pense, donc, que nous devons, nous, avoir à l'esprit cette idée d'un Commissariat au Plan. Je ne sais pas ce que la Commission peut inventer de ce point de vue, ou le Parlement européen suggérer de ce point de vue, mais au moins faudrait-il qu'il y eût une communauté de personnalités autorisées, chargées, obligées de formuler des propositions de long terme afin que les politiques s'en saisissent et que, bon gré mal gré, elles en fassent un débat dans lequel les citoyens s'investiront. Car je crois qu'autant il est difficile de penser à long terme, autant le long terme permet aux citoyens d'envisager autre chose que les intérêts immédiats. C'est plus facile de penser les mutations sur le long terme que de les subir avec les inconvénients inéluctables qu'elles portent sur le court terme.
Donc, ardente obligation du Plan en matière environnementale et en matière énergétique...
- Parce qu'ils sont aussi une chance, nous devons choisir -et non pas subir- les changements de mode de vie
Troisième réflexion, j'ai été frappé tout au long de la journée par un "climat" qui s'est établi entre les intervenants, un climat d'optimisme. Cela paraît curieux, en pleine crise, avec les défis que nous avons devant nous, les constats que nous formulons, qui indiquent que ce n'est pas très facile. Dans la plupart des interventions, j'ai senti cette idée que la bataille n'était pas perdue du tout, pour de nombreuses raisons, dont la première est qu'en fait, ce qu'ont dit tous les intervenants, c'est que nous n'avons pas le choix.
Il y a des problèmes dans la vie en politique, dans la vie personnelle, pour lesquels on a plusieurs options. Ici, on ne les a pas. On a le choix entre deux attitudes : soit subir l'inéluctable, soit construire le monde qui tiendra compte de ces contraintes, dont nous savons qu'elles sont inévitables.
Ce que tous les intervenants ont proposé, c'est que l'on refuse l'attitude qui consiste à subir et que l'on entre de plain-pied dans l'attitude qui consiste à choisir. Choisir et non pas subir, mais dans les deux cas, au bout du chemin, on sait que l'on n'évitera pas la question qui se pose.
Par ailleurs, il y a deux choses pour moi apparues et que je veux souligner, car je pense qu'elles font partie intégrante de notre message. Premièrement, s'agissant de ces choix, à savoir les mutations énergétiques, les techniques nouvelles, les découvertes à soutenir, la transmission vers l'industrie de tout ce qui est développement durable, les énergies nouvelles, processus tournés vers l'avenir, dans toutes les productions d'énergie que nous avons évoquées, dans tout cela, il n'y a pas que des sacrifices : il y a des richesses à créer, il y a des emplois, du pouvoir d'achat, des parts de marché.
Ainsi, il faut souligner que l'on ne s'en est pas suffisamment aperçu en France. Tout ceci, ce ne sont pas seulement des contraintes désagréables, ce sont des chances.
Je pense que nous devons saisir ces chances. Je n'ai fait aucun déplacement ces dernières années, pendant la campagne présidentielle et même après, sans un volet précisément tourné vers ces techniques : on a évoqué le photovoltaïque, en couches simples, en couches multiples... Je suis allé, hier matin, à Londres visiter un quartier « en principe » avec une « empreinte carbone » extrêmement faible -le zéro, d'après ce que j'ai vu n'était pas encore là- avec des techniques assez simples et que l'on peut se représenter. L'isolation, on peut arriver à comprendre comment cela fonctionne, même quand on n'est pas docteur en physique nucléaire, et les échanges thermiques également.
Lors de chaque déplacement ou presque, je veux rencontrer ce secteur. Il y a beaucoup de potentiel de développement, beaucoup de potentiel de création, de richesses. C'est une activité des hommes qui va se développer et, comme toute activité qui se développe, il y a là-dedans de l'économie et de la croissance. Il y a du plus et de l'optimisme dans ce secteur.
Deuxièmement, Jean-Luc Bennahmias l'a indiqué à très juste titre ce matin, et Marielle de Sarnez l'a écrit dans son livre "Petit dictionnaire pour aimer l'Europe" chez Grasset, il y a là, une chance pour vivre mieux. Il n'y a pas seulement de l'économie et de la richesse. Il y a du bien-être, une vie en société améliorée, du respect mutuel entre citoyens. Cela fait naître des communautés nouvelles et cela nous permet de vivre mieux, vraiment de vivre mieux.
Ce sujet me tient terriblement à coeur, démocratiquement, car si vous voulez vous arrêter une seconde, vous avez devant vous un sujet qui illustre remarquablement la maxime que l'on devrait inscrire un peu partout sur nos documents, la phrase de Marc Sangnier qui dit : "La démocratie, c'est l'organisation sociale qui vise à porter à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens".
Conscience et responsabilité....
Il n'y a pas de démocratie s'il n'y a pas conscience. Quand vous prenez conscience, que vous alignez information, transparence, association des citoyens à la réflexion, comme s'ils étaient de véritables décideurs ou que, je vais le dire mieux, vous associez des citoyens à la réflexion en tant que décideurs ultimes, c'est la conscience. La responsabilité, c'est "nous ne nous prononcerons pas seulement pour nous, mais nous nous prononçons également pour les autres".
Conscience et responsabilité... Ces sujets imposent que les principes démocratiques soient respectés, car, comme cela a été parfaitement expliqué, lorsque vous êtes devant un grand sujet énergétique, les tentations de confiscation sont colossales, car il existe de tels intérêts, d'État et privés, et la fragilité ordinaire des êtres humains est telle, que les intérêts passent avant ce qui doit être l'intérêt général de la société à laquelle on appartient ou des citoyens qui la forment.
Voilà pourquoi nous sommes là devant un sujet qui impose que nous exigions l'application de nos principes, des principes que l'on défend, ici et maintenant.
- La responsabilité de l'Europe doit accompagner la conscience des citoyens
Par exemple, je veux rappeler la réflexion toute bête que nous formulons dans cette campagne électorale, basique, simplissime. Nous disons : un, il n'y a aucune possibilité, pour un pays comme la France, pour des femmes et des hommes comme les Français, de peser sur le destin du monde, si l'Europe n'existe pas. C'est ce que l'on a vu dans cette crise, et qui est extraordinairement frappant pour nous qui regardons ce que l'Europe représente aux yeux des personnes, nous qui sommes la famille des fondateurs de l'Europe.
Car entre Schumann et moi, il n'y a que deux personnes, et l'un et l'autre sont restés suffisamment longtemps pour que l'on puisse les signaler. Je rappelle au passage que nous serons à Scy-Chazelles sur la tombe de Robert Schumann le 9 mai... On m'a dit ce matin que l'on nous refuserait peut-être d'aller sur la tombe... mais il ferait beau voir que l'on nous refusât le droit... (applaudissements) ...d'aller voir notre camarade Robert Schumann, je voudrais que l'on nous mette des CRS devant la porte, et je promets un peu de sport à ceux qui le feraient !... Quoi qu'il en soit, je vous dis de la manière la plus ferme : nous serons à Scy-Chazelles le 9 mai, et je vous invite tous à y venir -nous allons alternativement voir Jean Monnet et Robert Schumann. Lors des dernières élections européennes, le 9 mai, nous étions chez Jean Monnet, et cette fois-ci nous serons chez Robert Schumann, car je trouve cela normal, puisque ce sont les nôtres. Scy-Chazelles c'est à côté de Metz et vous pouvez venir en voiture. Excusez-moi ! le thème de cette convention, c'est le durable, alors venez à bicyclette ou faites du co-voiturage !...
Comme donc c'est l'intuition des fondateurs et que l'on suit, et cela depuis longtemps, je suis heureux de découvrir qu'en réalité, dans la conscience des citoyens, la responsabilité de l'Europe a progressé et pas régressé.
Une enquête a été réalisée il y a quelques semaines et elle m'a beaucoup encouragé. Cette enquête demandait aux personnes ce qui pouvait les aider dans la crise. Elles ont formulé deux réponses que je considère comme justes et fondées de bon sens, l'une et l'autre.
A la question « qu'est-ce qui peut nous aider dans la crise » ?
Première réponse, pour 65% : nous-mêmes (aide-toi le ciel t'aidera), nos familles, nos amis, notre entourage, notre communauté d'entreprise, notre communauté de citoyens !
Deuxième réponse, pour 62% : l'Europe !
Écrasés le gouvernement, président de la République, tous ceux que l'on met en scène perpétuellement sur les écrans de télévision... Seulement 30% !
C'est une prise de conscience formidable et juste. Je ne connais aucune autre clé d'accès au défi universel pour un pays comme la France que l'Europe. Cela ne veut pas dire que la France n'a pas son mot à dire. Pour moi, si la France renonçait à l'inspiration qu'elle porte, elle renoncerait à elle-même. Si la France renonçait à la vocation universelle qui est la sienne, elle renoncerait à elle-même.
Toutefois, comme clé d'accès, comme outil pour saisir cet universel, il n'y a que l'Europe et la capacité de conviction de ceux qui nous entourent en Europe. L'acte de foi que je fais, c'est que tous les autres citoyens européens ont les mêmes questions que nous-mêmes.
Je rappelle simplement, pour mémoire qu'au moment de la guerre en Irak, j'ai approuvé et soutenu l'attitude du Président de la République Jacques Chirac. Je suis monté à la tribune pour le soutenir, mais les autres, nos contradicteurs disaient : "les autres pays européens ne sont pas d'accord". Excusez-moi, « les gouvernants » n'étaient pas d'accord, mais les peuples avaient exactement les mêmes attentes, prévisions, exigences et espérances que les nôtres, car il y avait des manifestations de millions de personnes à Londres, à Madrid, à Rome qui disaient la même chose que ce que nous disions. Si le débat politique européen s'était noué, alors on aurait vu les peuples soutenir la position française et les gouvernants auraient bien été obligés de plier.
- Pour accéder à l'universel, l'Europe doit devenir transparente et compréhensible par tous
Je crois que la clé d'accès à l'universel est l'Europe, sans que nous renoncions à rien de notre vocation. Toutefois, si l'Europe est la clé d'accès à l'universel, si les délibérations de l'Europe comptent tellement pour le destin de nos familles, il faut que l'Europe opère une mutation ou accepte une révolution. Il faut qu'elle devienne compréhensible par tout le monde.
Pour l'instant, convenons-en entre nous, c'est loin d'être le cas. Convenons entre nous que, si vous sortez dans la rue, pourtant dans une ville aussi éminente, brillante, intelligente que l'est Grenoble et si vous demandez aux personnes comment se prennent les décisions en Europe, vous aurez comme une incertitude.
Il n'y a pas un Français sur 1 000 qui puisse le dire. Et même dans une salle aussi brillante, intelligente, cultivée, engagée, grenobloise en un mot, pas seulement, rhône-alpine en deux mots, que celle-ci, si on faisait un petit sondage genre "interro écrite", on aurait quelques surprises...
Il faut que l'on change cela et nous proposons, dans notre programme, deux idées toutes simples et bêtes, qui ne coûtent pas un euro, et qui n'exigent rien qui change dans les textes ou les traités :
Première idée : aucune décision ne doit se prendre dans les institutions européennes sans avoir été annoncée trois mois à l'avance par voie de presse aux citoyens européens, afin que ces citoyens européens puissent engager, par l'intermédiaire de leurs brillants, éminents et capables, remarquables députés européens que nous allons élire, ou bien par leurs associations, ou par leurs syndicats, par tous les moyens qui permettent à quelqu'un d'isolé de devenir un acteur du jeu politique collectif, sans que, trois mois à l'avance, ne soit annoncé : "nous allons débattre de tel ou tel aspect".
Deuxième idée, à mes yeux toute aussi essentielle : aucun vote ne doit engager un gouvernement en Europe sans qu'il soit public et diffusé par Internet. Pourquoi ? parce que les dirigeants nous font toujours le même coup très simple de la faute à Bruxelles, alors qu'il ne peut pas y avoir de décision européenne sans que la France, entre autres, ait donné son accord. Toutes les décisions européennes requièrent l'assentiment de nos gouvernants : ils vont à Bruxelles, votent oui en catimini et reviennent chez nous dire que c'est la faute de Bruxelles. De ce fait, tout le monde croit qu'il y a, à Bruxelles, des loups-garous qui nous obligent et nous contraignent, nous amènent sur les chemins où nous ne voudrions pas aller. Donc toute décision devrait être publique, filmée et diffusée sur Internet.
Tout cela ne coûte rien, mais cela changerait bigrement le climat.
Je suis pour la démocratisation, pour que l'Europe devienne compréhensible par tout le monde et c'est très facile. Si on ne le fait pas, c'est parce que l'on ne le veut pas, que cela arrange. Cela arrange, en effet, les gouvernants que l'Europe demeure la "chose" des gouvernements : c'est à moi. peuple, n'y touche pas !
Nous sommes là pour que les peuples et les citoyens y touchent. Nous voulons cette démocratisation de l'Europe qui nous permette d'en faire l'instrument de notre avenir. C'est un chapitre que nous avons l'intention d'aborder pendant cette campagne.
- Il est vital de protéger le tissu économique des agriculteurs, et en même temps l'organisation des marchés agricoles
Je finis en indiquant que nous sommes en train de vivre des mutations extraordinaires qui vont toucher des secteurs vitaux dans lesquels nous sommes et, devant ces mutations, nous avons, nous, famille politique, démocrates européens, des choix qui ne ressemblent pas à ceux des autres.
On m'a rapporté les propos de Martine Aubry, ce matin à la radio -je fais attention car, quand j'entends Martine Aubry, après il arrive qu'elle démente ce qu'elle m'avait dit dans un premier temps et j'ai déjà dit qu'il m'arrivait d'avoir des acouphènes avec elle !
Martine Aubry a indiqué ce matin, me semble-t-il, que nous étions, nous, ici en France, des contestataires, mais qu'à Bruxelles nous étions les plus ultralibéraux de tous, que nous avions contribué par nos votes, tout le temps, à la destruction des services publics, que j'avais signé, on m'a dit, le traité... Je ne pense pas qu'elle ait dit le traité, peut-être le programme de Stockholm, qui exige le démantèlement de tous les services publics.
Je veux rappeler ceci à Martine Aubry : nous, ici, ce n'est pas « l'Internationale libérale » ni le parti des libéraux. Nous, ici, c'est le Parti Démocrate Européen. Nous l'avons fondé et je le préside avec Francisco Rutelli, l'un des principaux animateurs du Parti démocrate italien, le grand parti de centre-gauche italien qui va, lui aussi, vivre cette expérience.
Nous avons notre propre programme. Je n'ai signé aucun autre programme, d'aucune autre famille et je combats, à Bruxelles comme en France, les orientations ultralibérales que je considère comme destructrices de la société (applaudissements).
Je ne me laisserai détourner de rien dans cette affaire.
Nous avons, sans exception, voté tous les textes de défense des services publics et proposé un certain nombre d'amendements pour solidifier la défense des services publics en Europe et nous continuerons à le faire.
Mais l'un des principaux obstacles que nous rencontrons sur ce chemin est la Commission de Barroso qui, malgré le passé maoïste qui est le sien -je le connais depuis très longtemps- est devenu un des théoriciens libéraux les plus accentués.
Alors je dis à Martine Aubry : il y a une chose très simple à faire, à savoir que nous décidions ensemble de refuser notre voix à l'investiture d'une Commission qui serait présidée par Barroso, et que nous exigions, ensemble, qu'il y ait des personnalités plus proches de nos valeurs !
Je demande à Martine Aubry de décrocher son téléphone, d'appeler Zapatero, l'ami de Ségolène Royal -les amis de mes amis sont mes amis et cela ne doit donc pas être difficile- qui vient de déclarer qu'il soutiendrait envers et contre tout, mordicus, avec un soutien absolument irrésistible, la ré-investiture de Barroso à la tête de la Commission !!!
Je dis aux socialistes français qu'ils commencent à s'occuper des socialistes européens... (applaudissements) ...au lieu de multiplier les attaques en France, non pas contre le pouvoir, mais contre nous !!! Je comprends qu'on les embête : on embête à droite, on embête à gauche, nous sommes des empêcheurs de se partager le pouvoir en rond !... (applaudissements).
J'ai un souvenir qui me perturbe... Il y a cinq ans, il y avait l'élection du Parlement européen. Nous avons eu l'idée... J'ai proposé que le premier Parlement de l'Europe réunifiée élise, à sa tête, comme premier Président du premier Parlement de l'Europe réunifiée, un homme pour qui j'avais une immense affection, comme nous tous ici, qui est venu me soutenir lors de l'élection présidentielle, Bronislaw Geremek.
C'était une formidable et rayonnante personnalité européenne. Il parlait toutes les langues de l'Europe, il était un très grand historien des idées en Europe et notamment du Moyen-âge européen. C'était un homme de générosité, c'était le ministre des Affaires étrangères de Lech Walesa. C'est lui qui a insisté et provoqué, en partie, comme l'un des inspirateurs des « refusniks » polonais, la chute du mur de Berlin, et de surcroît il était reconnu dans sa compétence politique par tout le monde.
J'ai dit : voilà, nous avons là le visage du premier Président du premier Parlement démocratique de l'Europe réunifiée. On avait convaincu autour de nous et convaincu aussi Bronislaw Geremek d'accepter de se présenter.
Eh bien ce sont les socialistes et le PPE, ensemble, la droite Européenne l'UMP, et le PS qui, ensemble, ont voté pour battre Bronislaw Geremek ! Cela pour élire un apparatchik socialiste pour la première partie du mandat, et du PPE pour la deuxième partie du mandat ! Nous n'aurons pas l'occasion de recommencer, car Bronislaw Geremek s'est tué l'été dernier sur une route en Pologne.
Que les socialistes, qui passent leur temps à se partager les postes au Parlement européen, cessent de nous donner des leçons de démocratie ! Car nous faisons ce que nous disons, nous l'avons fait et nous avons bien l'intention d'en faire une exigence au Parlement européen (applaudissements).
Cela m'a entraîné un peu loin de mon sujet...
J'étais en train de dire que nous allons vivre des révolutions très importantes, dans lesquelles nous avons des positions qui ne sont pas celles des autres.
Par exemple il y a une très grande question agricole qui va se poser. L'orientation de la Commission dont je parle et d'un certain nombre de gouvernants européens est de considérer que l'agriculture n'est qu'affaire de marché, ou affaire que de marché.
Ce qu'il faut regarder en matière agricole, ce sont les productions, afin qu'elles soient répandues par tous, au travers du monde.
Je propose que nous ayons à l'idée qu'en matière agricole, il n'y a pas que les productions qui comptent, il y a aussi les producteurs. Penser agriculture sans penser agriculteurs, ce qui est le mode de fonctionnement d'un certain nombre de pays. Et d'ailleurs la Grande-Bretagne est désormais quasiment sans agriculteurs, ils ont des usines agricoles !
Notre choix de société est prudent. Ce n'est pas l'usine agricole, ce sont les agriculteurs pour nourrir la population européenne. Et ce choix est d'ailleurs le même pour les pays en voie de développement. La question majeure des pays sous-développés, notamment en Afrique, ce sont les agriculteurs. Ceux qui meurent de faim, ce sont les paysans.
Un milliard de familles souffrent de famine et, à 90 %, ce sont des paysans qui n'ont que leurs bras pour travailler. Naturellement, comme ils n'arrivent pas à vivre de leur maigre production, ils partent de la terre et vont se réfugier dans les bidonvilles des mégalopoles africaines. Et c'est l'horreur, car en dix ans, une déculturation absolue se produit. Ils oublient leurs racines, leurs repères et techniques et cela devient une histoire absolument horrible que vous avez pu voir en Afrique.
S'occuper du tissu des agriculteurs, c'est également important, mais pas plus que de s'occuper des productions et de la capacité de nourrir les peuples.
Cela signifie que nous défendons l'organisation des marchés, non pas le marché abandonné à sa seule dynamique et n'ayant comme objectif que de baisser les prix pour les consommateurs.
Par exemple, on est en train de supprimer la politique des quotas laitiers. Cela va faire des dégâts en montagne, autour de nous, absolument considérables. On me dit que l'on va faire baisser de 5 % le prix du lait. Cela m'est égal qu'il soit à tel ou tel tarif, car dans le yaourt, le prix du lait représente 4 ou 5 %, soit, pour un yaourt, une baisse de 0,25 % du prix, c'est-à-dire presque rien.
Nous avons besoin de cela. Je suis pour que l'on protège les marchés africains, les pays en voie de développement, pour arriver à soutenir une agriculture réelle et pas l'abandonner à des productions subventionnées qui effondrent les prix.
Je suis pour que l'on s'intéresse aux agriculteurs, que l'on fasse de la défense du tissu agricole l'un des critères d'une juste politique agricole.
Et je suis, dans la société, pour que l'on défende les services publics, car nous considérons, nous, Français -je sais bien que tout le monde ne pense pas la même chose- que c'est un acte d'égalité que de permettre que, dans une vallée alpine, on ait des écoles convenables, des Postes convenables et une santé convenable. Nous considérons, nous, Français, que c'est un droit pour les citoyens d'avoir, ainsi, une présence de la solidarité nationale auprès d'eux. C'est ce que nous défendrons au Parlement européen.
J'ai voulu défendre devant vous une vision volontaire, optimiste qui s'intéresse, par la solidarité entre générations, aux problèmes les plus brûlants qui sont devant nous, et je ne doute pas que cela touche les Français qui, au bout du compte, décideront de l'avenir de l'Europe et du signe qu'ils enverront à la politique nationale.
Merci à tous.
Source http://www.mouvementdemocrate.fr, le 4 mai 2009
Je voudrais également me joindre aux remerciements de la tribune à la salle, à ceux qui ont pris leur journée, et beaucoup sont jeunes, ce qui fait qu'ils ont du mérite, pour venir participer à cette réflexion.
Je voudrais, enfin, exprimer des remerciements à l'égard de Marielle de Sarnez, eu égard au rôle qu'elle joue, dans la coordination de notre campagne européenne et l'animation de ces journées.
Tout au long de la journée, je me suis fait cette réflexion... Je suis plongé, comme vous le savez, dans les rencontres avec la presse pour la sortie de mon livre -c'est pour demain- et dans la question du modèle de société, puisque pour moi la question est d'arriver à voir quel est le modèle de société vers lequel on nous entraîne, et quel modèle de société nous voulons défendre face à celui-là, qui ne nous paraît pas répondre aux exigences du temps et aux nôtres.
En effet, la politique n'est pas ou peu une question de confrontations, d'étiquettes, de partis, de majorité, d'opposition, de personnalité. C'est l'écume des choses. Ce que l'Histoire retient et retiendra, c'est la confrontation des modèles.
Le modèle de société vers lequel on nous entraîne, celui qui, jusqu'à maintenant, dominait la mondialisation ou la globalisation de toute sa force, c'est un modèle de la loi du plus fort, un modèle individualiste, un modèle inégalitaire, qui fait que l'on considère que la société avance plus vite si les forts sont avantagés et que, si le fossé se creuse avec les faibles, ce n'est pas grave. Au contraire, cela propose des dynamiques que, jusqu'à maintenant, les défenseurs de ce modèle considéraient comme bonnes.
Nous, en face, nous défendons un modèle de société solidaire et nous croyons que la crise que nous sommes en train de vivre montre précisément que les modèles solidaires sont plus efficaces, plus intéressants et seront plus efficaces à long terme que les modèles individualistes, inégalitaires qui rencontrent des accidents, comme ceux que l'on vient de voir.
- Le « durable » nous impose une nouvelle solidarité : la solidarité entre générations
Je me disais que le mot solidarité n'est jamais entendu comme il devrait l'être, parce que quand on pense solidaire, on pense toujours à la solidarité à l'intérieur d'une même génération, solidarité entre nous, les citoyens de toutes conditions, de toutes origines, de toutes responsabilités, mais vivant ensemble, en même temps, dans le même pays. Parfois, nous en faisons une fierté.
On élargit la solidarité aux autres pays de la planète et on pense, ce qui est en tout cas une de nos marques d'identité, qu'il est important, intéressant, utile, vital, de créer de la solidarité entre pays pauvres et pays riches, par exemple, à l'endroit des pays pauvres de la part des pays riches et à penser le modèle et l'organisation du monde pour que les pays pauvres soient, demain, moins pauvres et qu'ils accèdent, comme nous, à une capacité d'être autonomes, indépendants, libres et à ce que chacun de leurs enfants trouve sa place dans le développement du pays. C'est la solidarité entre contemporains.
Je pense que c'est insuffisant et qu'il faut défendre l'idée de la solidarité entre générations. Je suis toujours frappé -vous le verrez dans mon livre où je fais une proposition sur ce sujet- de ce que, dans le débat politique que nous conduisons, il y ait des absents, des bâillonnés, des muets que l'on n'entend pas et que l'on refuse d'entendre. Ce sont ceux qui ne sont pas encore nés. Si l'on réfléchissait à la politique comme elle doit être pensée, à ce moment-là, on découvrirait qu'il faudrait, dans le débat politique actuel, des défenseurs de ceux qui vont venir, pas seulement des défenseurs de ceux qui sont déjà là.
J'ai proposé, dans mon livre -cela paraîtra peut-être à quelques uns comme une idée poétique, mais pour moi c'est une idée politique, pas poétique- qu'il y ait auprès du gouvernement un défenseur des générations à venir, un défenseur de ceux qui vont recevoir... (Monsieur le Professeur Jean Jacquinot, ce que vous êtes en train de préparer avec l'expérience ITER et, Monsieur Jacques Maire, les réseaux qu'il faudra des décennies pour construire) ...un défenseur de ceux qui auront à vivre dans le monde déterminé par les directives, les lois européennes que l'on prépare et vote, par les décisions de structure nationale que l'on est en train de préparer et de voter.
Permettez-moi de dire cela au passage, mais ce n'est pas anodin, et de répondre à la question : est-ce que notre industrie du nucléaire civil doit être privatisée ou, au contraire, demeurer une industrie dont les citoyens français conserveront, à long terme, le contrôle démocratique ?
Selon moi, c'est tout sauf indifférent. Je ne doute pas de ce qui est en train de se préparer. Quelqu'un a évoqué tout à l'heure Areva et Siemens. Il y a de grandes opérations industrielles qui sont en train de se préparer pour des intérêts privés et, parfois, privatifs (il y a une petite nuance entre les deux et je vous encourage à y réfléchir) mais je considère qu'il s'agit d'un intérêt démocratique absolument essentiel, car il peut se trouver qu'il y ait une contradiction assez forte entre l'intérêt général et des intérêts privés.
Il y a des tas de domaines où c'est secondaire, mais, pour d'autres, c'est tout à fait essentiel et le domaine de l'énergie, notamment nucléaire, est tout à fait essentiel. On est en train, peu à peu, de préparer l'opinion à l'idée que c'est inéluctable et que l'on devra aller dans ce sens.
Je ne suis absolument pas résigné à ce que cette privatisation devienne un fait. À mon avis, c'est une affaire de citoyens. En outre, si vous réfléchissez, dans un contexte plus général, c'est également une affaire démocratique.
Défense des générations à venir...
Je suis extraordinairement frappé de voir à quel point le sujet que nous traitons aujourd'hui, énergie, environnement, soutenabilité des politiques, transmission aux générations, a envahi tout le vocabulaire, mais est, en réalité, absent dans les esprits.
Je voudrais faire cette première remarque : il n'y a plus aucun chapitre de l'action politique qui ne soit désormais pas affecté de l'adjectif durable. Le durable est devenu la tarte à la crème des déclarations politiques.
Le durable, vous le savez, c'est la tentative de traduire en français le sustenable, le soutenable, anglo-saxon. Pour une fois, je trouve que l'anglo-saxon, l'anglo-américain, le basic english qui sert désormais de véhicule, était plus juste car, en effet, la question "cette politique est-elle tenable sur le long terme ?" est une question absolument essentielle.
Elle l'est en matière d'environnement et d'énergie, mais excusez-moi de le dire, elle l'est tout autant en matière de dette publique. Est-ce tenable sur le long terme ?!...
Quelles sont les conséquences sur notre mode de vie, de décision qui ne seraient pas tenables sur le long terme ? Cela a été très justement indiqué à deux reprises au moins cet après-midi et largement ce matin, et c'est l'un des points sur lesquels je trouve que Jancovici a raison. Ce point est essentiel et il s'agit des conséquences qui peuvent être dévastatrices, car vous pouvez vous trouver avec des situations de déstabilisation qui entraînent, au sein de la société, des crispations, des tremblements de terre, des tsunamis dans lesquels la démocratie a tout à craindre.
La démocratie est un régime d'équilibre. La démocratie ne résiste pas longtemps lorsque les peuples sont saisis d'angoisse. Or, dans ces sujets, nous avons de l'angoisse, des déséquilibres potentiels très importants.
C'est la première réflexion que je voulais formuler devant vous. Il me semble que la question "cette politique est-elle tenable sur le long terme ?" et tout à fait essentielle.
- Le long terme doit prendre le pas sur le court terme
Deuxièmement, la plupart des décisions politiques sont de court terme. On peut le regretter, mais il faut considérer que, dans un temps où la communication instantanée est devenue la contrainte majeure, le court terme devient roi.
Les décisions prises, il y en a beaucoup plus que vous et nous ne croyons, pas prises pour le lendemain, mais pour le journal de 20 heures, le journal du soir. Il y a un événement, un problème, un incident, un accident qui se produit, on prend son avion, on se déplace et on va faire un discours pour annoncer une loi, au 20 heures, car cela permet d'annoncer quelque chose. Ce sont des décisions de court terme.
Or, les questions que nous traitons ici, et c'est pourquoi elles ne sont pas habitées par la communauté des citoyens, sont toutes des questions de très long terme.
2020, c'est demain matin. 2050, une génération de plus. C'est à portée de la main. C'est l'horizon pour lequel on réfléchit et probablement 100 ans, devant des décisions comme celle de l'invention technique de la production d'énergie si formidable, car je n'imaginais pas qu'avec le lithium d'une pile de téléphone portable, on puisse faire de l'énergie pour les États-Unis pour une année, de l'énergie électrique... C'est fascinant. Ce sont des décisions de très long terme.
La décennie, c'est tellement loin que, pour les politiques, c'est presque jamais !
Donc, jamais sujet n'aura imposé davantage le retour à l'ardente obligation du Plan. Il y a plusieurs sujets sur lesquels j'ai déjà montré, y compris pour la famille politique qui est la mienne et qui n'avait pas cette habitude, qu'un certain nombre de repères fournis par la pensée du Général de Gaulle étaient justes, intéressants. Mais là, l'ardente obligation du Plan -Jacques Delors a indiqué la même chose avec beaucoup de justesse ; je n'ai jamais rencontré Jacques Delors ces dernières années sans qu'il me parle de son regret de voir disparaître le Plan- aucune autre possibilité que de voir renaître un Plan et, c'est la proposition que je ferai, un Plan européen. On ne peut plus, à la fois pour des raisons du cadre de la loi, mais surtout pour des raisons d'échelle, imaginer que l'on puisse penser un plan énergétique et environnemental qui ne soit pas à l'échelle européenne.
Je pense, donc, que nous devons, nous, avoir à l'esprit cette idée d'un Commissariat au Plan. Je ne sais pas ce que la Commission peut inventer de ce point de vue, ou le Parlement européen suggérer de ce point de vue, mais au moins faudrait-il qu'il y eût une communauté de personnalités autorisées, chargées, obligées de formuler des propositions de long terme afin que les politiques s'en saisissent et que, bon gré mal gré, elles en fassent un débat dans lequel les citoyens s'investiront. Car je crois qu'autant il est difficile de penser à long terme, autant le long terme permet aux citoyens d'envisager autre chose que les intérêts immédiats. C'est plus facile de penser les mutations sur le long terme que de les subir avec les inconvénients inéluctables qu'elles portent sur le court terme.
Donc, ardente obligation du Plan en matière environnementale et en matière énergétique...
- Parce qu'ils sont aussi une chance, nous devons choisir -et non pas subir- les changements de mode de vie
Troisième réflexion, j'ai été frappé tout au long de la journée par un "climat" qui s'est établi entre les intervenants, un climat d'optimisme. Cela paraît curieux, en pleine crise, avec les défis que nous avons devant nous, les constats que nous formulons, qui indiquent que ce n'est pas très facile. Dans la plupart des interventions, j'ai senti cette idée que la bataille n'était pas perdue du tout, pour de nombreuses raisons, dont la première est qu'en fait, ce qu'ont dit tous les intervenants, c'est que nous n'avons pas le choix.
Il y a des problèmes dans la vie en politique, dans la vie personnelle, pour lesquels on a plusieurs options. Ici, on ne les a pas. On a le choix entre deux attitudes : soit subir l'inéluctable, soit construire le monde qui tiendra compte de ces contraintes, dont nous savons qu'elles sont inévitables.
Ce que tous les intervenants ont proposé, c'est que l'on refuse l'attitude qui consiste à subir et que l'on entre de plain-pied dans l'attitude qui consiste à choisir. Choisir et non pas subir, mais dans les deux cas, au bout du chemin, on sait que l'on n'évitera pas la question qui se pose.
Par ailleurs, il y a deux choses pour moi apparues et que je veux souligner, car je pense qu'elles font partie intégrante de notre message. Premièrement, s'agissant de ces choix, à savoir les mutations énergétiques, les techniques nouvelles, les découvertes à soutenir, la transmission vers l'industrie de tout ce qui est développement durable, les énergies nouvelles, processus tournés vers l'avenir, dans toutes les productions d'énergie que nous avons évoquées, dans tout cela, il n'y a pas que des sacrifices : il y a des richesses à créer, il y a des emplois, du pouvoir d'achat, des parts de marché.
Ainsi, il faut souligner que l'on ne s'en est pas suffisamment aperçu en France. Tout ceci, ce ne sont pas seulement des contraintes désagréables, ce sont des chances.
Je pense que nous devons saisir ces chances. Je n'ai fait aucun déplacement ces dernières années, pendant la campagne présidentielle et même après, sans un volet précisément tourné vers ces techniques : on a évoqué le photovoltaïque, en couches simples, en couches multiples... Je suis allé, hier matin, à Londres visiter un quartier « en principe » avec une « empreinte carbone » extrêmement faible -le zéro, d'après ce que j'ai vu n'était pas encore là- avec des techniques assez simples et que l'on peut se représenter. L'isolation, on peut arriver à comprendre comment cela fonctionne, même quand on n'est pas docteur en physique nucléaire, et les échanges thermiques également.
Lors de chaque déplacement ou presque, je veux rencontrer ce secteur. Il y a beaucoup de potentiel de développement, beaucoup de potentiel de création, de richesses. C'est une activité des hommes qui va se développer et, comme toute activité qui se développe, il y a là-dedans de l'économie et de la croissance. Il y a du plus et de l'optimisme dans ce secteur.
Deuxièmement, Jean-Luc Bennahmias l'a indiqué à très juste titre ce matin, et Marielle de Sarnez l'a écrit dans son livre "Petit dictionnaire pour aimer l'Europe" chez Grasset, il y a là, une chance pour vivre mieux. Il n'y a pas seulement de l'économie et de la richesse. Il y a du bien-être, une vie en société améliorée, du respect mutuel entre citoyens. Cela fait naître des communautés nouvelles et cela nous permet de vivre mieux, vraiment de vivre mieux.
Ce sujet me tient terriblement à coeur, démocratiquement, car si vous voulez vous arrêter une seconde, vous avez devant vous un sujet qui illustre remarquablement la maxime que l'on devrait inscrire un peu partout sur nos documents, la phrase de Marc Sangnier qui dit : "La démocratie, c'est l'organisation sociale qui vise à porter à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens".
Conscience et responsabilité....
Il n'y a pas de démocratie s'il n'y a pas conscience. Quand vous prenez conscience, que vous alignez information, transparence, association des citoyens à la réflexion, comme s'ils étaient de véritables décideurs ou que, je vais le dire mieux, vous associez des citoyens à la réflexion en tant que décideurs ultimes, c'est la conscience. La responsabilité, c'est "nous ne nous prononcerons pas seulement pour nous, mais nous nous prononçons également pour les autres".
Conscience et responsabilité... Ces sujets imposent que les principes démocratiques soient respectés, car, comme cela a été parfaitement expliqué, lorsque vous êtes devant un grand sujet énergétique, les tentations de confiscation sont colossales, car il existe de tels intérêts, d'État et privés, et la fragilité ordinaire des êtres humains est telle, que les intérêts passent avant ce qui doit être l'intérêt général de la société à laquelle on appartient ou des citoyens qui la forment.
Voilà pourquoi nous sommes là devant un sujet qui impose que nous exigions l'application de nos principes, des principes que l'on défend, ici et maintenant.
- La responsabilité de l'Europe doit accompagner la conscience des citoyens
Par exemple, je veux rappeler la réflexion toute bête que nous formulons dans cette campagne électorale, basique, simplissime. Nous disons : un, il n'y a aucune possibilité, pour un pays comme la France, pour des femmes et des hommes comme les Français, de peser sur le destin du monde, si l'Europe n'existe pas. C'est ce que l'on a vu dans cette crise, et qui est extraordinairement frappant pour nous qui regardons ce que l'Europe représente aux yeux des personnes, nous qui sommes la famille des fondateurs de l'Europe.
Car entre Schumann et moi, il n'y a que deux personnes, et l'un et l'autre sont restés suffisamment longtemps pour que l'on puisse les signaler. Je rappelle au passage que nous serons à Scy-Chazelles sur la tombe de Robert Schumann le 9 mai... On m'a dit ce matin que l'on nous refuserait peut-être d'aller sur la tombe... mais il ferait beau voir que l'on nous refusât le droit... (applaudissements) ...d'aller voir notre camarade Robert Schumann, je voudrais que l'on nous mette des CRS devant la porte, et je promets un peu de sport à ceux qui le feraient !... Quoi qu'il en soit, je vous dis de la manière la plus ferme : nous serons à Scy-Chazelles le 9 mai, et je vous invite tous à y venir -nous allons alternativement voir Jean Monnet et Robert Schumann. Lors des dernières élections européennes, le 9 mai, nous étions chez Jean Monnet, et cette fois-ci nous serons chez Robert Schumann, car je trouve cela normal, puisque ce sont les nôtres. Scy-Chazelles c'est à côté de Metz et vous pouvez venir en voiture. Excusez-moi ! le thème de cette convention, c'est le durable, alors venez à bicyclette ou faites du co-voiturage !...
Comme donc c'est l'intuition des fondateurs et que l'on suit, et cela depuis longtemps, je suis heureux de découvrir qu'en réalité, dans la conscience des citoyens, la responsabilité de l'Europe a progressé et pas régressé.
Une enquête a été réalisée il y a quelques semaines et elle m'a beaucoup encouragé. Cette enquête demandait aux personnes ce qui pouvait les aider dans la crise. Elles ont formulé deux réponses que je considère comme justes et fondées de bon sens, l'une et l'autre.
A la question « qu'est-ce qui peut nous aider dans la crise » ?
Première réponse, pour 65% : nous-mêmes (aide-toi le ciel t'aidera), nos familles, nos amis, notre entourage, notre communauté d'entreprise, notre communauté de citoyens !
Deuxième réponse, pour 62% : l'Europe !
Écrasés le gouvernement, président de la République, tous ceux que l'on met en scène perpétuellement sur les écrans de télévision... Seulement 30% !
C'est une prise de conscience formidable et juste. Je ne connais aucune autre clé d'accès au défi universel pour un pays comme la France que l'Europe. Cela ne veut pas dire que la France n'a pas son mot à dire. Pour moi, si la France renonçait à l'inspiration qu'elle porte, elle renoncerait à elle-même. Si la France renonçait à la vocation universelle qui est la sienne, elle renoncerait à elle-même.
Toutefois, comme clé d'accès, comme outil pour saisir cet universel, il n'y a que l'Europe et la capacité de conviction de ceux qui nous entourent en Europe. L'acte de foi que je fais, c'est que tous les autres citoyens européens ont les mêmes questions que nous-mêmes.
Je rappelle simplement, pour mémoire qu'au moment de la guerre en Irak, j'ai approuvé et soutenu l'attitude du Président de la République Jacques Chirac. Je suis monté à la tribune pour le soutenir, mais les autres, nos contradicteurs disaient : "les autres pays européens ne sont pas d'accord". Excusez-moi, « les gouvernants » n'étaient pas d'accord, mais les peuples avaient exactement les mêmes attentes, prévisions, exigences et espérances que les nôtres, car il y avait des manifestations de millions de personnes à Londres, à Madrid, à Rome qui disaient la même chose que ce que nous disions. Si le débat politique européen s'était noué, alors on aurait vu les peuples soutenir la position française et les gouvernants auraient bien été obligés de plier.
- Pour accéder à l'universel, l'Europe doit devenir transparente et compréhensible par tous
Je crois que la clé d'accès à l'universel est l'Europe, sans que nous renoncions à rien de notre vocation. Toutefois, si l'Europe est la clé d'accès à l'universel, si les délibérations de l'Europe comptent tellement pour le destin de nos familles, il faut que l'Europe opère une mutation ou accepte une révolution. Il faut qu'elle devienne compréhensible par tout le monde.
Pour l'instant, convenons-en entre nous, c'est loin d'être le cas. Convenons entre nous que, si vous sortez dans la rue, pourtant dans une ville aussi éminente, brillante, intelligente que l'est Grenoble et si vous demandez aux personnes comment se prennent les décisions en Europe, vous aurez comme une incertitude.
Il n'y a pas un Français sur 1 000 qui puisse le dire. Et même dans une salle aussi brillante, intelligente, cultivée, engagée, grenobloise en un mot, pas seulement, rhône-alpine en deux mots, que celle-ci, si on faisait un petit sondage genre "interro écrite", on aurait quelques surprises...
Il faut que l'on change cela et nous proposons, dans notre programme, deux idées toutes simples et bêtes, qui ne coûtent pas un euro, et qui n'exigent rien qui change dans les textes ou les traités :
Première idée : aucune décision ne doit se prendre dans les institutions européennes sans avoir été annoncée trois mois à l'avance par voie de presse aux citoyens européens, afin que ces citoyens européens puissent engager, par l'intermédiaire de leurs brillants, éminents et capables, remarquables députés européens que nous allons élire, ou bien par leurs associations, ou par leurs syndicats, par tous les moyens qui permettent à quelqu'un d'isolé de devenir un acteur du jeu politique collectif, sans que, trois mois à l'avance, ne soit annoncé : "nous allons débattre de tel ou tel aspect".
Deuxième idée, à mes yeux toute aussi essentielle : aucun vote ne doit engager un gouvernement en Europe sans qu'il soit public et diffusé par Internet. Pourquoi ? parce que les dirigeants nous font toujours le même coup très simple de la faute à Bruxelles, alors qu'il ne peut pas y avoir de décision européenne sans que la France, entre autres, ait donné son accord. Toutes les décisions européennes requièrent l'assentiment de nos gouvernants : ils vont à Bruxelles, votent oui en catimini et reviennent chez nous dire que c'est la faute de Bruxelles. De ce fait, tout le monde croit qu'il y a, à Bruxelles, des loups-garous qui nous obligent et nous contraignent, nous amènent sur les chemins où nous ne voudrions pas aller. Donc toute décision devrait être publique, filmée et diffusée sur Internet.
Tout cela ne coûte rien, mais cela changerait bigrement le climat.
Je suis pour la démocratisation, pour que l'Europe devienne compréhensible par tout le monde et c'est très facile. Si on ne le fait pas, c'est parce que l'on ne le veut pas, que cela arrange. Cela arrange, en effet, les gouvernants que l'Europe demeure la "chose" des gouvernements : c'est à moi. peuple, n'y touche pas !
Nous sommes là pour que les peuples et les citoyens y touchent. Nous voulons cette démocratisation de l'Europe qui nous permette d'en faire l'instrument de notre avenir. C'est un chapitre que nous avons l'intention d'aborder pendant cette campagne.
- Il est vital de protéger le tissu économique des agriculteurs, et en même temps l'organisation des marchés agricoles
Je finis en indiquant que nous sommes en train de vivre des mutations extraordinaires qui vont toucher des secteurs vitaux dans lesquels nous sommes et, devant ces mutations, nous avons, nous, famille politique, démocrates européens, des choix qui ne ressemblent pas à ceux des autres.
On m'a rapporté les propos de Martine Aubry, ce matin à la radio -je fais attention car, quand j'entends Martine Aubry, après il arrive qu'elle démente ce qu'elle m'avait dit dans un premier temps et j'ai déjà dit qu'il m'arrivait d'avoir des acouphènes avec elle !
Martine Aubry a indiqué ce matin, me semble-t-il, que nous étions, nous, ici en France, des contestataires, mais qu'à Bruxelles nous étions les plus ultralibéraux de tous, que nous avions contribué par nos votes, tout le temps, à la destruction des services publics, que j'avais signé, on m'a dit, le traité... Je ne pense pas qu'elle ait dit le traité, peut-être le programme de Stockholm, qui exige le démantèlement de tous les services publics.
Je veux rappeler ceci à Martine Aubry : nous, ici, ce n'est pas « l'Internationale libérale » ni le parti des libéraux. Nous, ici, c'est le Parti Démocrate Européen. Nous l'avons fondé et je le préside avec Francisco Rutelli, l'un des principaux animateurs du Parti démocrate italien, le grand parti de centre-gauche italien qui va, lui aussi, vivre cette expérience.
Nous avons notre propre programme. Je n'ai signé aucun autre programme, d'aucune autre famille et je combats, à Bruxelles comme en France, les orientations ultralibérales que je considère comme destructrices de la société (applaudissements).
Je ne me laisserai détourner de rien dans cette affaire.
Nous avons, sans exception, voté tous les textes de défense des services publics et proposé un certain nombre d'amendements pour solidifier la défense des services publics en Europe et nous continuerons à le faire.
Mais l'un des principaux obstacles que nous rencontrons sur ce chemin est la Commission de Barroso qui, malgré le passé maoïste qui est le sien -je le connais depuis très longtemps- est devenu un des théoriciens libéraux les plus accentués.
Alors je dis à Martine Aubry : il y a une chose très simple à faire, à savoir que nous décidions ensemble de refuser notre voix à l'investiture d'une Commission qui serait présidée par Barroso, et que nous exigions, ensemble, qu'il y ait des personnalités plus proches de nos valeurs !
Je demande à Martine Aubry de décrocher son téléphone, d'appeler Zapatero, l'ami de Ségolène Royal -les amis de mes amis sont mes amis et cela ne doit donc pas être difficile- qui vient de déclarer qu'il soutiendrait envers et contre tout, mordicus, avec un soutien absolument irrésistible, la ré-investiture de Barroso à la tête de la Commission !!!
Je dis aux socialistes français qu'ils commencent à s'occuper des socialistes européens... (applaudissements) ...au lieu de multiplier les attaques en France, non pas contre le pouvoir, mais contre nous !!! Je comprends qu'on les embête : on embête à droite, on embête à gauche, nous sommes des empêcheurs de se partager le pouvoir en rond !... (applaudissements).
J'ai un souvenir qui me perturbe... Il y a cinq ans, il y avait l'élection du Parlement européen. Nous avons eu l'idée... J'ai proposé que le premier Parlement de l'Europe réunifiée élise, à sa tête, comme premier Président du premier Parlement de l'Europe réunifiée, un homme pour qui j'avais une immense affection, comme nous tous ici, qui est venu me soutenir lors de l'élection présidentielle, Bronislaw Geremek.
C'était une formidable et rayonnante personnalité européenne. Il parlait toutes les langues de l'Europe, il était un très grand historien des idées en Europe et notamment du Moyen-âge européen. C'était un homme de générosité, c'était le ministre des Affaires étrangères de Lech Walesa. C'est lui qui a insisté et provoqué, en partie, comme l'un des inspirateurs des « refusniks » polonais, la chute du mur de Berlin, et de surcroît il était reconnu dans sa compétence politique par tout le monde.
J'ai dit : voilà, nous avons là le visage du premier Président du premier Parlement démocratique de l'Europe réunifiée. On avait convaincu autour de nous et convaincu aussi Bronislaw Geremek d'accepter de se présenter.
Eh bien ce sont les socialistes et le PPE, ensemble, la droite Européenne l'UMP, et le PS qui, ensemble, ont voté pour battre Bronislaw Geremek ! Cela pour élire un apparatchik socialiste pour la première partie du mandat, et du PPE pour la deuxième partie du mandat ! Nous n'aurons pas l'occasion de recommencer, car Bronislaw Geremek s'est tué l'été dernier sur une route en Pologne.
Que les socialistes, qui passent leur temps à se partager les postes au Parlement européen, cessent de nous donner des leçons de démocratie ! Car nous faisons ce que nous disons, nous l'avons fait et nous avons bien l'intention d'en faire une exigence au Parlement européen (applaudissements).
Cela m'a entraîné un peu loin de mon sujet...
J'étais en train de dire que nous allons vivre des révolutions très importantes, dans lesquelles nous avons des positions qui ne sont pas celles des autres.
Par exemple il y a une très grande question agricole qui va se poser. L'orientation de la Commission dont je parle et d'un certain nombre de gouvernants européens est de considérer que l'agriculture n'est qu'affaire de marché, ou affaire que de marché.
Ce qu'il faut regarder en matière agricole, ce sont les productions, afin qu'elles soient répandues par tous, au travers du monde.
Je propose que nous ayons à l'idée qu'en matière agricole, il n'y a pas que les productions qui comptent, il y a aussi les producteurs. Penser agriculture sans penser agriculteurs, ce qui est le mode de fonctionnement d'un certain nombre de pays. Et d'ailleurs la Grande-Bretagne est désormais quasiment sans agriculteurs, ils ont des usines agricoles !
Notre choix de société est prudent. Ce n'est pas l'usine agricole, ce sont les agriculteurs pour nourrir la population européenne. Et ce choix est d'ailleurs le même pour les pays en voie de développement. La question majeure des pays sous-développés, notamment en Afrique, ce sont les agriculteurs. Ceux qui meurent de faim, ce sont les paysans.
Un milliard de familles souffrent de famine et, à 90 %, ce sont des paysans qui n'ont que leurs bras pour travailler. Naturellement, comme ils n'arrivent pas à vivre de leur maigre production, ils partent de la terre et vont se réfugier dans les bidonvilles des mégalopoles africaines. Et c'est l'horreur, car en dix ans, une déculturation absolue se produit. Ils oublient leurs racines, leurs repères et techniques et cela devient une histoire absolument horrible que vous avez pu voir en Afrique.
S'occuper du tissu des agriculteurs, c'est également important, mais pas plus que de s'occuper des productions et de la capacité de nourrir les peuples.
Cela signifie que nous défendons l'organisation des marchés, non pas le marché abandonné à sa seule dynamique et n'ayant comme objectif que de baisser les prix pour les consommateurs.
Par exemple, on est en train de supprimer la politique des quotas laitiers. Cela va faire des dégâts en montagne, autour de nous, absolument considérables. On me dit que l'on va faire baisser de 5 % le prix du lait. Cela m'est égal qu'il soit à tel ou tel tarif, car dans le yaourt, le prix du lait représente 4 ou 5 %, soit, pour un yaourt, une baisse de 0,25 % du prix, c'est-à-dire presque rien.
Nous avons besoin de cela. Je suis pour que l'on protège les marchés africains, les pays en voie de développement, pour arriver à soutenir une agriculture réelle et pas l'abandonner à des productions subventionnées qui effondrent les prix.
Je suis pour que l'on s'intéresse aux agriculteurs, que l'on fasse de la défense du tissu agricole l'un des critères d'une juste politique agricole.
Et je suis, dans la société, pour que l'on défende les services publics, car nous considérons, nous, Français -je sais bien que tout le monde ne pense pas la même chose- que c'est un acte d'égalité que de permettre que, dans une vallée alpine, on ait des écoles convenables, des Postes convenables et une santé convenable. Nous considérons, nous, Français, que c'est un droit pour les citoyens d'avoir, ainsi, une présence de la solidarité nationale auprès d'eux. C'est ce que nous défendrons au Parlement européen.
J'ai voulu défendre devant vous une vision volontaire, optimiste qui s'intéresse, par la solidarité entre générations, aux problèmes les plus brûlants qui sont devant nous, et je ne doute pas que cela touche les Français qui, au bout du compte, décideront de l'avenir de l'Europe et du signe qu'ils enverront à la politique nationale.
Merci à tous.
Source http://www.mouvementdemocrate.fr, le 4 mai 2009