Déclaration de M. Hubert Falco, secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants, notamment sur la réforme de la Défense, à Saumur le 10 septembre 2009.

Texte intégral

Monsieur le Député (Guy Tessier),
Monsieur le Sénateur (Josselin de Rohan),
Messieurs les Officiers,
Mesdames, Messieurs,
Vous comprendrez que je ne puisse m'exprimer devant vous ce matin sans évoquer la mémoire du caporal Johan Naguin et du caporal-chef Thomas Rousselle, nos deux soldats tombés le 4 septembre en Afghanistan.
C'étaient deux jeunes hommes qui avaient choisi de consacrer les plus belles années de leur vie au service de la France.
Je pense à leur famille, dont la dignité force le respect.
Je pense à leurs huit camarades blessés et à tous les militaires du 3e Régiment d'Infanterie de Marine de Vannes. Le Président de la République leur rendra demain l'hommage que leur doit la Nation.
Ces événements nous rappellent, de la plus tragique manière qui soit, que les questions de défense ne sont jamais de simples questions théoriques.
Notre premier devoir aujourd'hui est de permettre à nos soldats engagés en opérations extérieures de réussir leur mission.
Gouvernement, parlementaires, industriels de l'armement, journalistes et citoyens : nos soldats ont plus que jamais besoin de se sentir soutenus par la communauté nationale.
Ils incarnent sur le terrain la parole de la France et ses engagements internationaux.
Pour qu'ils puissent mener à bien leur mission, il nous faut leur offrir des conditions optimales d'entraînement et d'équipement.
C'est l'une des grandes priorités fixées par le Livre blanc. C'est l'un des grands engagements du président de la République. C'est la mission que conduit avec efficacité et courage notre ministre, Hervé Morin.
Les matériels que vient de nous présenter l'Armée de Terre ce matin témoignent déjà de la modernisation de l'équipement de nos hommes.
Laissez-moi vous dire mon sentiment : je suis impressionné par le savoir-faire de l'Armée et la façon dont nos soldats maîtrisent les nouveaux matériels.
C'est une marque de leur professionnalisme et de leur excellence : que chacun d'entre eux, quels que soient son grade et son métier, soit salué et remercié.
Protéger nos hommes dans l'accomplissement de leur mission, c'est l'objectif numéro 1 du gouvernement. En 2010, l'effort d'équipement reste la première priorité du budget de la Défense : 17 milliards d'euros y sont consacrés.
Dans le contexte économique et budgétaire que vous connaissez, cet effort doit être pleinement mesuré par tous. C'est un choix stratégique et un choix politique qui donne toute sa crédibilité à notre outil de défense.
Cet effort permet également de soutenir notre industrie de défense. Le ministère contribue massivement à la mise en oeuvre du plan de relance. En 2009, ce sont 200 millions d'euros de commandes supplémentaires qui ont été passées, permettant de verser 110 millions d'euros de crédits supplémentaires aux acteurs industriels, soutenant dans une conjoncture des plus difficiles leur niveau d'activité et leur compétitivité en même temps que l'emploi.
Mais un tel effort n'est possible qu'en réunissant certaines conditions.
Il faut, tout d'abord, la volonté.
Avec Hervé Morin, nous l'avons.
Mais la volonté ne suffit pas. Il faut vouloir aussi, selon la belle formule du général de Gaulle, « les conséquences de ce que l'on veut ».
Plus que jamais, il nous faut de la cohérence : la continuation de l'effort d'équipement de nos forces armées n'est réellement possible que si nous poursuivons l'autre versant de la réforme, c'est-à-dire la rationalisation du fonctionnement et les restructurations.
Nous voulons que l'effort consenti par la Nation soit, au maximum, orienté vers les unités opérationnelles, leur formation comme leur équipement.
Cela implique, au-delà de l'adaptation de nos capacités aux exigences du contrat opérationnel de nos armées, de rationaliser la gestion, les soutiens, l'administration. Cela implique des restructurations de grande ampleur.
En charge, jusqu'il y a quelques mois, de l'accompagnement territorial des restructurations de la Défense au ministère de l'Aménagement du territoire, je peux vous dire que ce n'est pas une tâche aisée et qu'elle réclame sa part de volonté, de professionnalisme et de courage.
Aujourd'hui, la réforme de la Défense : nous y sommes.
Rarement, nos forces armées n'ont connu, en si peu de temps, des évolutions aussi significatives. Hervé MORIN dressera cet après-midi le bilan et les perspectives de la mise en oeuvre du livre blanc et de la loi de programmation.
Mesdames, Messieurs,
La réforme de la Défense est une réforme d'envergure, une réforme globale. Elle comprend également une dimension morale. Renforcer le lien entre l'Armée et la Nation, mieux cultiver l'esprit de défense : voilà les chantiers que nous avons ouverts.
Cela touche des domaines très variés, à commencer par celui des réserves militaires.
En ce qui concerne notre réserve opérationnelle, le contrat 2015 est posé : 40 000 personnels (hors gendarmerie) et 25 jours d'activité.
Ce n'est pas une simple ambition numérique : il s'agit que notre réserve opérationnelle devienne progressivement l'auxiliaire indispensable de nos forces.
Ce chantier-là consiste tout d'abord à mettre concrètement en oeuvre le cadre juridique posé par la loi de 2006 et à travailler sur la définition de la doctrine, de la formation et de la condition des personnels.
Parallèlement, nous aurons à donner des objectifs plus clairs à la réserve citoyenne.
Nous avons un but : qu'elle contribue, d'une manière effective, à mieux diffuser l'esprit de Défense dans la société française et à participer au renforcement du lien Armée-Nation.
Nous aurons également à revoir, dans les tous prochains mois, les Journées d'Appel et de Préparation à la Défense, afin de répondre aux exigences posées par le Livre blanc.
780 000 jeunes participent chaque année à ce rendez-vous républicain. C'est une chance que nous voulons pleinement saisir pour transmettre à ces jeunes un message renouvelé sur les questions de défense et de sécurité et valoriser les métiers de la Défense.
Soutenir nos soldats engagés en OPEX, c'est également adapter les critères d'attribution du statut d'ancien combattant à la réalité des conflits d'aujourd'hui. Je travaille, en liaison avec le ministre du Budget sur un texte réglementaire avec l'objectif d'aboutir avant la fin de l'année.
Je finirais par le chantier de la mémoire. Nous voulons revoir la façon dont nous célébrons les grands événements de notre histoire. C'est un défi important.
S'ouvrir davantage au grand public, transmettre des valeurs et du sens, mieux associer les collectivités locales : voilà ce que nous essaierons de faire tout au long des commémorations qui marqueront, de 2009 à 2015, le 70e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale.
Commémorer, cela ne consiste pas à se tourner vers le passé. Cela consiste essentiellement à aller chercher dans l'histoire des exemples, des valeurs et du sens.
Il y a soixante-neuf ans, ceux qui rejoignaient le général de Gaulle à Londres et s'engageaient dans les Forces Françaises Libres avaient une moyenne d'âge de 17 à 25 ans.
C'est que l'esprit de défense est comme la jeunesse : un état d'esprit.
Mesdames, Messieurs,
Il y a le génie des hommes, qui tient à leur caractère et à leur volonté.
Il y a aussi, je le crois, le génie des lieux.
Et ici, dans ce haut lieu de l'histoire de nos Armées, ce haut lieu de l'histoire de France, comment ne pas évoquer le souvenir des Cadets de Saumur et du colonel Michon ?
Ils n'avaient pas vingt ans et ils furent les premiers, en juin 1940, à continuer le combat.
Rien ne les aurait arrêtés, ni leurs faibles moyens ni la supériorité de l'ennemi.
Ils incarnaient, jusqu'au sacrifice suprême, l'esprit de défense et de résistance.
Nous les avons encore, nos Cadets de Saumur.
Ils sont là, dans notre jeunesse et nos forces armées.
Ils ont le visage de nos soldats engagés en Afghanistan, au Liban et partout où la France est présente.
Ils en ont le courage et la dignité, le caractère et la force.
Et c'est pour ça qu'aujourd'hui nous sommes, plus que jamais, avec eux.
Je vous remercie.
Source http://www.defense.gouv.fr, le 15 septembre 2009