Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à Canal Plus le 10 décembre 2009, sur le débat sur l'identité nationale.

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Média : Canal Plus

Texte intégral

C. Roux et G. Delafon.- C. Roux : Plus personne ne se pose désormais la question de savoir "qui est monsieur Besson ?". E. Besson est notre invité, il est ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. Dérapages verbaux, vote suisse, critiques tous azimuts, l'opération Identité nationale s'est emballée et le chef de l'Etat a dû tenter de remettre les pendules à l'heure, dans une tribune pesée au trébuchet. E. Besson, lui a défendu sa démarche à l'Assemblée nationale, dans un Hémicycle à moitié vide, boudé, y compris par son camp. Bonjour, bienvenue E. Besson.
 
Bonjour. Merci.
 
C. Roux : Alors c'est vrai que vous avez quitté le Parti socialiste, parce que vous vous sentiez un peu seul. Est-ce que vous, vous êtes senti seul au moment du débat sur l'identité nationale ?
 
Non, absolument pas, pourquoi dites-vous ça ? Je viens d'entendre la fin de votre phrase, il y avait une centaine de députés au moment où s'est lancé le débat. Et au moment où je suis intervenu, et quand vous connaissez les moeurs de l'Assemblée nationale, un mercredi, à 18 heures, une centaine de députés, c'est un très, très, beau score. Deuxièmement, je n'étais pas l'organisateur, j'avais été invité par l'Assemblée en tant que membre du Gouvernement. J'ai répondu, bien évidemment, à son invitation.
 
C. Roux : Alors cela dit, sur le débat sur l'identité nationale, on a entendu quand même beaucoup de membres éminents de votre famille politique, A. Juppé, J.-P. Raffarin, H. Morin, qui ont pris des distances avec le débat sur l'identité nationale. Est-ce que vous êtes suffisamment souvenu par votre camp ?
 
D'abord, je travaille principalement avec le président de la République, le Premier ministre...
 
C. Roux : Les autres ne comptent pas ?
 
Laissez-moi finir ma phrase. Et il y a beaucoup de membres du Gouvernement qui soutiennent. Si vous allez sur le site "debatidentitenationale.fr", vous verrez beaucoup de très belles contributions de membres du Gouvernement qui disent, ce qu'est être français pour eux. La deuxième...
 
C. Roux : Ces paroles politiques-là, ne pèsent pas, J.-P. Raffarin, A. Juppé ?
 
Je ne vous dis pas l'inverse, chacun est libre et moi, je n'ai pas à commenter les commentaires. La deuxième chose, c'est que je travaille aussi, d'abord pour le peuple français. Et le peuple, lui, s'est profondément saisi de ce débat. Il y est dans les 40 réunions qui ont été déjà organisées en province, elles se passent bien, il y a beaucoup de monde, et il s'y dit des choses intelligentes, intéressantes, et tolérantes. Et vous avez...
 
C. Roux : Alors avant de faire un premier bilan, de ce qui s'est passé sur les sites et dans le territoire sur le débat sur l'identité nationale, on a vu que N. Sarkozy s'est senti, d'une certaine manière, obligé de recadrer le débat sur le l'identité nationale, comment vous l'avez vécu ?
 
Mais non ! Mais non ! Mais il ne s'est pas senti du tout obligé de recadrer le débat. D'abord ce débat, il l'a voulu, il le porte lui-même, il l'a porté en campagne présidentielle et c'est un concept, une entité nationale auquel il tient beaucoup. Simplement, il y a eu une onde de choc, qui n'est pas française, qui a été européenne, qui a touché tous les pays d'Europe, à la suite du vote suisse, et il a voulu dire son point de vue. Et c'est un point de vue, qui est extrêmement clair et tolérant. Il dit : la France est un pays laïc, chacun a le droit de croire, et en même temps il dit : l'identité nationale, c'est le meilleur antidote à ce qui peut nous menacer à l'avenir, c'est-à-dire le communautarisme ; enfin, il dit que la question des minarets est d'abord une question d'insertion locale dans le paysage, dans la société etc. et que ça ne mérite pas une polémique en France.
 
C. Roux : Il n'y a pas eu de dérapage à l'occasion de ce débat, que vous pourriez déplorer ? Vous n'avez pas libéré une parole que vous souhaiteriez aujourd'hui voir rentrer ?
 
Il y a eu un énorme dérapage cette semaine, énorme ! L'investiture accordée par le Parti socialiste à G. Frêche. Celui-là, il pose un...
 
C. Roux : Ca a à voir avec l'identité nationale ! ?
 
Ça touche quand même... Qu'un homme qui ait pu dire, il mérite mieux que ça, pour être juste G. Frêche, il a d'autres qualités : c'est un bâtisseur, c'est un homme intelligent, érudit, incontestablement. Mais qu'un homme qui ait pu dire que des Harkis étaient des sous-hommes, ou qu'il y avait trop de Blacks dans l'Equipe de France de football, et que la normalité, je reprends ses mots, la normalité serait qu'il y en ait trois ou quatre, qui a été exclu par F. Hollande du Parti socialiste pour ces propos, puisse cette semaine, être réinvesti tranquillement et que la...
 
C. Roux : Alors on va préciser : il a été désigné par les militants, choisis par les militants et il n'aura pas l'investiture nationale du Parti socialiste.
 
Vous êtes très, très forte. Moi, je ne sais pas décoder ce que ça veut dire.
 
C. Roux : C'est marqué dans les journaux.
 
Oui ou non, sera-t-il la tête de liste du Parti socialiste ? La réponse est oui. Et quand vous entendez la génération morale, V. Peillon, B. Hamon, qu'est-ce qu'ils vous expliquent ? Ce n'est pas grave, on a besoin de Frêche pour gagner la région.
 
C. Roux : Alors qu'est-ce que vous voulez dire, en prenant cet exemple ?
 
Je veux dire que j'ai entendu beaucoup parler d'un maire, monsieur Valentin, d'une commune de la Meuse de 50 habitants, qui a dit des choses inacceptables...
 
C. Roux : De Gussainville c'est ça !
 
... et que j'ai condamné...
 
G. Delafon : Il n'a pas été exclu, lui ?
 
Il y a une procédure en cours, puisqu'elle a été demandée. Qui a été condamné. Un maire d'une commune de 50 habitants et le président d'une région comme le Languedoc-Roussillon, ça n'a l'air de choquer personne. Et tous les socialistes qui défilent sur vos plateaux, disent : G. Frêche est un ami. Ce n'est pas la question ! Est-ce que c'est un ami ou pas ? Moi, je dis que le dérapage le plus grave de ces jours qui viennent de s'écouler, c'est celui du Parti socialiste.
 
G. Delafon : Alors venons-en aux conséquences du débat que vous avez lancé avec le Président. Est-ce que vous avez le sentiment que la France a gagné en cohésion ?
 
Incontestablement, si vous allez sur le site que j'ai cité...
 
G. Delafon : Vous n'avez pas le sentiment que ça a divisé la société française ?
 
Non, je n'ai pas ce sentiment, et j'ai exactement la confirmation de ce que je vous disais : dans les débats, les Français sont, pour l'essentiel, ouverts, tolérants, tournés vers l'avenir. Ils se revendiquent comme des héritiers et c'est vrai que c'est l'une des grandes conclusions, ils disent : la langue, le patrimoine, nos valeurs, ils se définissent comme Français et fruits d'un héritage. Et en même temps, ils se tournent vers l'avenir, ils s'interrogent sur la compatibilité de leur identité, locale, régionale etc. et l'identité européenne.
 
G. Delafon : Alors qu'est-ce qu'on en fait de tout ça ? Comment on répond à leur interrogation ? Comment vous allez traduire ça, concrètement ?
 
C. Roux : Mais sur quoi ça va déboucher ? Parce qu'on voit bien que le débat a pris, très clairement, mais on ne voit pas sur quoi ? Est-ce qu'il va y avoir des mesures concrètes ? Il va y avoir une charte de l'identité nationale après ?
 
D'abord je crois à la vertu du débat en lui-même ! Le fait que les Français et les étrangers qui résident sur notre sol et les francophones ; beaucoup de contributions de francophones sur le site qui nous disent : vous ne vous appartenez pas, nous partageons des valeurs, une langue en commun... Je crois à la vertu du débat en lui-même, parce que je pense qu'il ne doit pas y avoir de tabou, qu'il faut discuter des espoirs, des craintes, éventuellement des frustrations.
 
C. Roux : Ca c'est fait ! Sur quoi ça débouche ?
 
J'y viens. Ca débouche sur un certain nombre de propositions, il y en a une dizaine sur le site, que j'ai faites. Je peux vous les répéter si vous le souhaitez. D'autres sont en train d'émaner du débat et le président de la République va lui-même intervenir. Et quelque part en janvier, au plus tard début février, il y aura un arbitrage par le président de la République. Mais il y a le temps du débat, nous y sommes. Et viendra dans quelques semaines le temps de la décision.
 
C. Roux : Alors ce débat sur l'identité nationale, il débouche sur plein de sondages : sur l'islam, à la Une des journaux, et puis il débouche aussi sur des propositions de loi donc signées par des députés UMP. Notamment ceux qui souhaitent supprimer les drapeaux étrangers dans les mairies au moment des mariages. Est-ce que vous soutenez cette proposition de loi UMP ?
 
Il faut l'étudier précisément, et ce n'est pas une façon d'esquiver sur les principes, je pense que dans la salle de mariage, il ne peut pas y avoir d'autres drapeaux que le drapeau français, ça me paraît une évidence. C'est la tradition républicaine. Ensuite la question du parvis et de l'extérieur, moi, je suis réservé, il me paraît difficile de l'interdire. Voilà, je vous ai répondu, ça mérite un examen.
 
C. Roux : Oui, parce que ce qu'il y a derrière... il y a une citation de E. Aboud, qui avait pris cette proposition de loi, il dit : les invités arrivent dans des cabriolets ou des voitures que je ne pourrais me payer, ils ne respectent pas le code de la route, ils roulent avec de la musique orientale à fond la caisse. Quel est le problème ? Est-ce que ça en pose un problème, ça, pour la République et pour la France ?
 
Vous m'avez posé une question précise, je vous ai répondu très précisément. Je pense que...
 
C. Roux : Je vous repose une question : est-ce que ça, par exemple, rouler avec une musique orientale à fond la caisse et des drapeaux algériens ou marocains agités à l'extérieur, est-ce que c'est un problème ?
 
Pour moi, non ! Mais sans doute parce que je suis né au Maroc. Maintenant, il faut essayer de tenir compte d'un contexte local, en toute matière. Vous avez plutôt intérêt à être discret, pas ostentatoire etc., sinon vous choquez. Moi, ça ne me pose pas de problème, la question qui est posée...
 
C. Roux : C'est la République de la discrétion, désormais ! N. Sarkozy a insisté sur le culte qui doit être discret, non ostentatoire ?
 
Non, pas sur tout. C'est celle du vivre ensemble, ça veut dire que vous respectez les uns et vous respectez les autres et vous essayez de faire en sorte que la coexistence soit harmonieuse et pacifique.
 
C. Roux : Alors pacifique l'est, le « J'aime, j'aime pas. »
 
J'espère !
 
C. Roux : Alors « J'aime, j'aime pas » ne pas être salué à l'entrée de mon ministère ?
 
Oh ! Ca, c'est une allusion que je connais, la scène ne s'est absolument pas passée comme ça. Je vais vous dire les choses...
 
C. Roux : Alors on va rappeler l'histoire, donc. Il y avait une policière à l'entrée de votre ministère, qui ne vous a pas salué. Et on dit qu'elle serait désormais en conseil de discipline pour ne pas vous avoir reconnu ?
 
Alors il y a eu un certain nombre d'autres éléments, dont je ne suis pas à l'origine. Mais de deux choses l'une, soit cette jeune femme le dit elle-même, et auquel cas je répondrais. Soit ça reste une affaire professionnelle, interne à son service et je n'ai pas à vous expliquer ce qui s'est passé. Voilà ! C'est clair et net.
 
G. Delafon : Alors « J'aime, j'aime pas » P. Poivre d'Arvor qui refuse la main tendue de V. Pécresse, qui lui proposait d'être sur ses listes aux régionales ?
 
Il a le droit, je n'ai pas de commentaire à faire. C'est bien que V. Pécresse cherche à ouvrir ses listes à des personnes qu'elle estime être de qualité. Et en démocratie, en République, nul n'est obligé d'aller vers le suffrage universel, donc P. Poivre d'Arvor est libre.
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernemen