Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, à Europe 1 le 1er septembre 2010, sur le climat politique au gouvernement notamment par rapport à la politique sécuritaire.

Texte intégral

M.-O. Fogiel.- Vous êtes secrétaire générale adjointe de l'UMP, en charge du dossier des retraites à l'UMP, rapporteur du projet de l'UMP pour 2012, également secrétaire d'Etat chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique. La Une du Figaro ce matin, "Le ton monte entre les leaders de l'UMP", une page entière, "UMP, la rivalité Copé-Bertrand au grand jour". Puis, F. Fillon met en garde contre les petites phrases et les états d'âme, et puis enfin, en fin de papier, "les doutes de certains ministres agacent les élus du Parti". C'est la zizanie ?
 
Non, c'est la rentrée !
 
Eh bien dites donc, en ordre dispersé manifestement !
 
Non, on ne peut pas dire ça comme ça. On avait choisi d'avoir une rentrée très studieuse, on a eu une rentrée très studieuse avec un séminaire des cadres dirigeants sur les valeurs des Français, avec un travail sur la programmation des conventions pour préparer le projet de 2012, avec une journée des jeunes sur le thème "génération engagée"...
 
Mais tout cela est extrêmement brouillé par le climat ambiant.
 
Mais comme toujours à l'occasion d'une rentrée, il y a quelques petites phrases en marge du programme principal et les journaux retiennent les petites phrases. Ce n'est pas vraiment le fond du sujet.
 
Ce n'est pas les journaux, c'est F. Fillon qui lui-même, le Premier ministre, appelle deux leaders de l'UMP à rentrer dans le rang. Ce n'est pas les journaux qui poussent F. Fillon à réagir !
 
Non, non attendez, j'étais au discours de F. Fillon...
 
Donc personne n'a rien compris ?
 
...C'était un discours sur le fond. Bien sûr, il y a eu... parce que tout le monde bouillonnait de ça dans les médias, on le voyait bien, donc bien sûr il y a eu une référence à ces échanges-là, mais c'était surtout un discours sur le fond. C'était un discours sur les retraites, c'était un discours sur l'emploi, c'était un discours sur les déficits publics parce qu'on est en période de construction de budget.
 
Mais ça, est-ce que ce n'est pas la méthode Coué ? Quand vous entendez dans le journal de 7 heures 30 tout à l'heure, d'un côté X. Bertrand de l'autre côté J.-F. Copé se parler par micros interposés et s'envoyer des balles, vous dites quoi ?
 
Mais je vous dis que ça n'a aucune importance. Je dis, ça n'a absolument aucune importance ! D'abord, dans une famille politique, l'expression des diversités et des ambitions n'est pas un drame. Je vais vous dire, c'est même sain. On sait qu'il y a des ambitions différentes, on le sait qu'il y a de la diversité de points de vue. Si elle ne s'exprimait pas, ça voudrait dire que c'est caporalisé, ça voudrait dire qu'on empêche les gens de parler !
 
Le problème c'est l'ambition ou la diversité de points de vue à votre avis aujourd'hui ?
 
Ni l'un ni l'autre ! Mais surtout pas ! Ni l'un ni l'autre !
 
Mais vous vous souvenez, quand il y avait le bal des ego au PS, l'UMP tapait sur le PS en disant...
 
Cela n'a rien à voir avec ce qui se passe au PS...
 
...ces ambitions et cette diversité, ça fait une cacophonie et vous n'avez rien à proposer.
 
Ça n'a absolument rien à voir avec ce qui se passe au PS !
 
Et puis aujourd'hui, vous dites, finalement c'est sain...
 
Ça n'a absolument rien à voir avec ce qui se passe au PS. On voit le PS se déchirer sur des sujets de personne. Le PS n'a pas résolu ni les questions de fond, est-ce qu'on fait un virage vers la social-démocratie ou est-ce qu'on en reste aux vieilles lunes marxistes, ni des questions de personnes. Ils ont passé leur week-end à faire une espèce d'université d'été pour meubler en attendant Strauss-Kahn. Et d'ailleurs, c'était très curieux, sur les questions de personnes on voyait toutes sortes de leaders du PS dire, "je serai candidat" ou "je ne serai pas candidat", en fonction de si Strauss-Kahn y va ou n'y pas. Bon, soit on y croit pour soi-même, soit on n'y croit pas, mais ce n'est pas en fonction de savoir si l'autre y va ou n'y va pas. L'université d'été des jeunes à l'UMP, ça n'a ressemblé à rien de ça. Vous avez eu quelques petites phrases en marge, il y en a toujours eues. Et puis vous avez eu surtout des annonces sur le fond, et notamment sur le programme des conventions pour préparer 2012. Vous n'en parlez pas alors j'en parle...
 
On en parle. Mais quand vous entendez des ministres, et pas n'importe lesquels, B. Kouchner dire qu'il a failli démissionner, F. Amara, secrétaire d'Etat, dire qu'elle dénonce la politique sécuritaire d'un autre ministre, B. Hortefeux ; ça, vous, ça vous évoque quoi N. Kosciusko-Morizet, un malaise ? Vous connaissez la phrase évidemment de J.-P. Chevènement, "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne".
 
Le président de la République et le Premier ministre ont choisi de faire l'ouverture à tout point de vue. L'ouverture politique, je veux dire, on sait que B. Kouchner et F. Amara sont de gauche. L'ouverture aussi en termes de personnalités, il y a des tempéraments très différents et très forts qui s'expriment dans le Gouvernement. Moi, par tempérament, j'aime bien ça. Moi, ça me fait peur quand les gens disent tous la même chose, quand ils se succèdent tous les matins dans vos radios, sur vos plateaux, à dire des trucs qui ressemblent à des éléments de langage, on a l'impression que c'est caporalisé. Moi, c'est ça qui me fait peur pour la démocratie. Quand les gens s'expriment, quitte à ce qu'ici ou là ça dérape un peu et ça aille sur un mot qui va un peu plus loin que ce qu'on aurait voulu dire ou ce qu'il fallu dire, eh bien ce n'est pas gênant, au contraire c'est bien.
 
Et vous alors, justement, peut-être sans éléments de langage, est-ce que la politique sécuritaire de cet été a créé un malaise pour vous ? Sans éléments de langage, sans corporatisme, au plus profond de vous ? Vous qui aviez déjà parlé...
 
Je vais vous répondre au plus profond de moi comme vous dites, et au plus profond de mon activité politique. Moi, comme élue locale, je suis heureuse, mais vous ne pouvez pas savoir à quel point, que l'Etat, la politique nationale endosse enfin ce sujet-là, le prenne et en parle. Des expulsions de Roms, il y en a toujours eues, il y en a toujours eues environ 10.000 par an. Ce n'est pas un sujet nouveau, mais avant, cela avait quelque chose de silencieux. Cela veut dire qu'on laissait les élus locaux - moi, je suis maire d'une ville de 22.000 habitants, Longjumeau dans la grande couronne de Paris -, on laissait les élus locaux confrontés au problème. Vous savez, quand vous êtes un élu local, de droite ou de gauche, ça ne change rien, et d'ailleurs on l'a vu avec M. Aubry qui, ce week-end, critiquait les expulsions de Roms mais en fait a demandé l'évacuation de deux camps cet été sur la communauté urbaine de Lille.
 
C'était le thème de F. Fillon hier, il en a parlé, donc vous prolongez ce qu'il dit là-dessus...
 
Mais tout simplement c'est vrai ! Les élus locaux de gauche comme de droite, quand ils voient arriver un camp de Roms...
 
Donc vous, vous êtes très à l'aise avec cette politique sécuritaire de cet été ?
 
Mais je suis plus que très à l'aise, je trouve qu'on sort de l'hypocrisie et on sort de cette solitude dans laquelle étaient les élus locaux vis-à-vis du problème. Ils le savent tous.
 
Et le remaniement tant annoncé, vous parliez des ministres d'ouverture, est-ce que vous diriez qu'ils ont fait leur temps ?
 
C'est vraiment des sujets sur lesquels nous n'avons, ni vous ni moi, aucune influence, alors pourquoi en parler ?
 
Parce que vous pouvez avoir un point de vue et que vous êtes au Gouvernement.
 
Moi je vous l'ai dit, moi j'aime bien que la diversité s'exprime, moi par tempérament je trouve que plus il y a de liberté de ton, mieux la démocratie va, mais...
 
Donc vous êtes pour le fait qu'ils restent donc ?
 
Je n'en décide rien, qu'est-ce que vous voulez...
 
Non, mais vous pouvez avoir un avis sans décider.
 
Moi, j'apprécie tous mes collègues et je n'ai rien à dire sur leur maintient ou pas.
 
E. Woerth : est-ce que vous le trouvez fragilisé avec ces nouvelles révélations de L'Express, la police donc qui aurait saisi une lettre à N. Sarkozy pour que la Légion d'honneur soit attribuée à P. de Maistre ? Est-ce qu'il est fragilisé, est-ce qu'il va pouvoir défendre le projet des retraites sur le fond ?
 
D'abord, humainement, moi je vois, il fait front avec, je dois dire, beaucoup de courage. Parce que humainement, ces espèces de séries à laquelle il a eu le droit tout l'été, doivent quand même être très dur professionnellement. Et c'est surtout ça qui compte. Pardon de le dire, mais professionnellement, il porte ce dossier des retraites qui est majeur pour nous. Il mène en ce moment la discussion avec les syndicats sur les amendements...
 
Mais est-ce qu'il est fragilisé pour la mener ? On sait bien que c'est aussi une histoire de personne, à un moment donné, pour pouvoir porter les sujets...
 
Mais je vous réponds, moi ce n'est pas ce que je vois. Moi, ce que je vois, c'est qu'il continue par exemple en ce moment à travailler sur les amendements, sur les poly-pensionnés, sur les carrières longues, sur la pénibilité. Le projet de loi est débattu au Parlement la semaine prochaine et ça avance. Maintenant, j'ai trouvé absolument ridicule cette espèce de série à laquelle on a eu droit tout l'été. Vous comprenez, on sort quelque chose, ça fait "plouf" au bout d'une demi-journée, donc on sort une autre chose. Donc il y a eu la succession de César, on a dit qu'il aurait favorisé fiscalement la succession de César. Après, il y a eu l'affaire du prêt du Crédit Agricole sur les (inaud.)... Et puis à chaque fois, on sort un nouveau truc. Cela devient... Ça devient suspect. Pas à l'égard d'E. Woerth, à l'égard de tous ceux qui passent leur temps à essayer de sortir des choses. On le fait parce qu'E. Woerth porte les retraites et puis voilà, on l'a bien compris.
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 7 septembre 2010