Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la position de la France concernant l'espace commun des pays de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), à Astana (Kazakhstan) le 1er décembre 2010.

Intervenant(s) :

Circonstance : Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), à Astana (Kazakhstan) le 1er décembre 2010

Prononcé le 1er décembre 2010

Texte intégral

Monsieur le président, monsieur le secrétaire général,
Mesdames et messieurs les chefs d'Etat et de Gouvernement,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs,
Plus de dix ans après le sommet d'Istanbul, je veux remercier le président Nazarbaïev d'avoir pris l'initiative d'organiser ce sommet et d'avoir ainsi permis que se concrétise la proposition formulée il y a deux ans par la France. Cette proposition avait été motivée par le choc du conflit en Géorgie et par ses répercussions pour notre espace commun de sécurité. Mais elle s'appuyait aussi sur un constat qui ne se limitait ni à la région européenne, ni aux termes de la sécurité ; le constat que nous ne pourrions pas affronter ensemble, les réalités du 21ème siècle avec des outils qui dataient du siècle précédant.
Le monde depuis le dernier sommet de l'OSCE en 1999 a connu des évolutions très positives, la plus spectaculaire étant sans doute le formidable essor économique des pays émergents qui a permis à des continents entiers de faire reculer la misère. Mais en même temps, de nouvelles menaces sont apparues, l'émergence de réseaux terroristes internationaux dans un arc de crise qui va de l'Afghanistan aux régions du Sahel, le développement d'organisations criminelles aux ramifications internationales, la crise de prolifération en Iran qui est devenue un véritable abcès pour notre sécurité collective. L'existence de risques systémiques comme ceux liés à la volatilité du prix des matières premières ou à la financiarisation excessive de nos économies.
Pour que nous soyons capables d'affronter ensemble ces défis, pour que la multipolarité soit réellement un facteur de paix, nous devons l'encadrer par un nouveau multilatéralisme soutenu par une réforme profonde des institutions internationales. C'est dans cette logique que nous nous sommes dotés de nouvelles institutions plus efficaces avec nos partenaires de l'Union européenne, c'est aussi dans cette logique que les Etats membres de l'Otan se sont dotés récemment d'un nouveau concept de sécurité et ont décidé d'un commun accord avec la Russie, de franchir une nouvelle étape dans leur partenariat. Et c'est enfin dans cet esprit que nous entendons mener notre présidence du G8 et du G20 face aux problèmes systémiques révélés par la crise économique et financière de 2008, il ne peut pas y avoir de retour à la routine, à la résignation ou à un ordre pré existant.
Aujourd'hui dans le cadre de l'OSCE, nous devons avoir l'ambition de lancer un nouveau partenariat, notre objectif soutenu conjointement avec l'Allemagne doit être de tourner définitivement la page des rivalités stratégiques héritées du passé et de jeter les fondements d'une communauté de sécurité dans les espaces euro atlantiques et euro asiatiques ; une communauté qui doit reposer sur l'acquis des engagements et des principes de l'acte final d'Helsinki et de la charte de Paris ; une communauté qui doit être basée sur le respect de l'intégrité territoriale qui s'appuie sur un régime fiable de maîtrise des armements et sur l'exclusion du recours à la force pour résoudre les différents ; une communauté qui reconnaît la liberté pour les Etats de choisir leurs alliances tout comme elle reconnaît le caractère indivisible de la sécurité de notre espace commun ; une communauté enfin, qui se souvienne que pour garantir une sécurité durable, nous avons besoin d'une approche globale qui prenne en compte les questions militaires mais aussi les questions économiques et environnementales, le respect des droits de l'homme et les progrès de la démocratie, sans lesquels il ne peut pas y avoir de progrès durables.
Pour nous engager sur cette voie, nous devons mieux garantir la sécurité à l'intérieur de notre espace commun et pour cela, nous devons d'abord progresser résolument dans le règlement des conflits gelés, sur la Transnistrie, les négociations doivent entrer dans une phase plus active et s'accompagner de mesures de confiance en vue d'un règlement du conflit qui respecte la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Moldavie. Je veux dire que l'Union européenne continuera de soutenir l'OSCE dans cette perspective. S'agissant de la Géorgie, nous voulons le respect de son indépendance, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale dans ses frontières internationalement reconnues. Nous appelons les partis à la mise en oeuvre pleine et entière des accords du 12 août et du 8 septembre 2008 ; nous appuyons les discussions de Genève et nous estimons indispensable le retour sur le terrain d'une présence des organisations internationales.
Nous saluons l'engagement solennel du président géorgien devant le Parlement européen, de ne pas recourir à la force, et nous appelons l'ensemble des partis à saisir cette main tendue.
Enfin, en tant que co-président du groupe de Minsk, la France est déterminée à aider au règlement du conflit du Haut-Karabakh où il ne peut y avoir qu'une solution politique équilibrée et négociée sur la base des propositions avancées conjointement par les présidents Sarkozy, Medvedev et Obama à l'Aquila et à Muskoka ; ces propositions doivent être considérées comme un ensemble indivisible.
L'OSCE est l'expression de notre communauté de destin, mais elle doit être capable d'agir plus vite. Comme l'a démontré la crise au Kirghizistan, nous devons donner les moyens à notre organisation d'être beaucoup plus réactive et beaucoup plus efficace. En matière de maîtrise des armements, nous sommes sur le point de faire un premier pas en modernisant nos mesures de confiance et de transparence, nous devons aussi trouver un accord pour lancer de nouvelles négociations sur l'avenir du régime des forces conventionnelles en Europe. Nous devons enfin intégrer dans le champ de nos coopérations, les nouvelles menaces, je veux évoquer la criminalité organisée, le prosélytisme terroriste, ces fléaux qui concernent chacun de nos Etats et qui appellent une réponse concertée.
Enfin nous devons soutenir partout plus efficacement la stabilité et le renforcement des institutions démocratiques parce qu'elles sont les composantes essentielles d'une sécurité durable pour tous.
Voilà monsieur le président, mesdames et messieurs pour la France, le programme qui s'impose à l'OSCE à compter de ce sommet. C'est une feuille de route qui demande de réviser en profondeur nos outils et nos pratiques, c'est une feuille de route qui s'inscrit dans une vision plus large, une vision marquée par la rénovation des organisations internationales, marquée par le développement des partenariats au niveau de notre Continent, qu'il s'agisse de l'espace économique et humain commun à l'Union européenne et à la Russie, des relations de l'Union européenne avec ses partenaires continentaux dans le cadre du partenariat oriental ou enfin, de la coopération de l'Union européenne avec ses voisins du Sud dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée.
Monsieur le président Nazarbaïev, je forme le veux que ce sommet d'Astana marque une étape politique déterminante dans le renforcement de nos instruments de sécurité collective. Ici et maintenant, nous devons confirmer la pertinence de l'OSCE et préparer son adaptation à un monde en pleine évolution. Ici et maintenant, il nous revient de faire progresser la sécurité en Europe et la sécurité de l'Europe.Source http://www.gouvernement.fr, le 2 décembre 2010