Interview de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, à France 24 le 17 mars 2011, sur l'urgence de l'adoption d'une résolution à l'ONU pour arrêter la répression exercée contre les populations civiles par le colonel Kadhafi.

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Média : France 24

Texte intégral

Q - C'est ce soir que les pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU doivent, en théorie, adopter une résolution sur la Libye. Êtes-vous satisfait de cette résolution et que contient-elle ?
R - Je vous rappelle que c'est la France qui dépose cette résolution avec le soutien d'un certain nombre d'autres Etats membres dont le Royaume-Uni et les États-Unis. Ils en sont donc parfaitement satisfaits. Elle vise à arrêter le massacre qui est en train de se produire aujourd'hui en Libye puisque le régime du colonel Kadhafi n'a respecté aucune des résolutions antérieures du Conseil de sécurité et est passé outre toutes les sanctions qui lui ont été imposées.
Il faut donc arrêter cette répression et protéger les populations civiles. C'est exactement l'objet de la résolution qui prévoit un appel au cessez-le-feu, une zone d'exclusion aérienne et, enfin, qui autorise les États qui le souhaiteront à utiliser les moyens nécessaires, c'est-à-dire la force bien entendu, pour stopper les attaques de Kadhafi contre les populations civiles, en particulier contre la ville de Benghazi.
Q - Selon vous, Monsieur Juppé, cette résolution doit-elle être votée ce soir ? Qu'est-ce qui pourrait bloquer ?
R - Je vous le dirai dans une demi-heure puisque la séance du Conseil de sécurité va commencer dans quelques instants. Nous avons de bonnes raisons de penser, compte tenu de tout le travail préparatoire qui a été fait, qu'une majorité sera réunie pour approuver ce projet de résolution.
Certains États sont réticents, ils s'abstiendront mais je pense que cette majorité sera réunie. C'est extrêmement important parce qu'il y a urgence. C'est une question de jours, voire d'heures. Vous connaissez la situation sur le terrain, il nous faut envoyer très vite un message d'espoir et de confiance aux populations civiles qui se battent pour leur liberté et pour la démocratie.
Q - Si cette résolution est votée ce soir, quel sera le calendrier ? Les choses bougeront-elles dans les heures qui viennent ?
R - Je vous ai dit que c'était une question de jours, une question d'heures. Et un certain nombre de pays, dont la France, le Royaume-Uni, les États-Unis d'Amérique mais aussi des pays arabes, qui se déclareront je pense dans les prochaines heures, sont prêts à participer à cette opération qui devrait donc intervenir dans un calendrier que je ne peux pas fixer très précisément. Vous le comprendrez bien.
Q - Concernant l'intervention française, qu'avez-vous prévu ?
R - La France n'agira pas seule, elle agira avec ses partenaires. Je viens de vous dire que nous sommes en train de coordonner la préparation de notre action.
Q - J'imagine que vous avez suivi le discours de Mouammar Kadhafi qui menace de lancer l'assaut contre Benghazi. Comment avez-vous réagi ?
R - C'est une nouvelle provocation et une démonstration supplémentaire qu'il faut arrêter ce dictateur qui est prêt à faire couler le sang des populations civiles. Ceci est absolument inacceptable et je crois qu'il est très important d'agir pour la crédibilité de la communauté internationale et aussi pour tout ce processus de transition démocratique qui se déroule dans la région. Si nous laissons faire un dictateur qui agit d'une telle manière au mépris de la légalité internationale, ce serait un échec et je n'hésite pas à dire même une catastrophe.
Q - Ne pensez-vous pas qu'il soit trop tard aujourd'hui pour agir, au moment où le colonel Kadhafi s'apprête à lancer l'offensive contre Benghazi ?
R - Cela fait des jours, pour ne pas dire des semaines que la France travaille à convaincre ses partenaires qu'il faut agir. Il est vrai que c'est l'utilisation de la force aérienne par Kadhafi qui a sans doute renversé l'équilibre à son profit et au détriment de ceux qui se battent pour leur liberté. Mais quand il s'agit de protéger la vie d'hommes et de femmes, il n'est jamais trop tard. Il faut agir vite, dès aujourd'hui.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 mars 2011