Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, dans "La Voix du Nord" et "Le Courrier Picard" du 18 avril 2012, sur la campagne présidentielle.

Texte intégral

– On dit que les Français sont intéressés par la présidentielle mais pas par le contenu de la campagne. Est-ce votre sentiment ?
« Pas du tout. C’est ce que disent à chaque campagne les observateurs… Moi ce que je vois, c’est qu’il y a énormément de monde dans les réunions publiques. De ma vie politique je n’avais jamais parlé devant cent vingt mille personnes, comme ce fut le cas à la Concorde. La presse régionale est le témoin quotidien des records d’affluence à chacun de mes meetings. »
– Vous voyez le même intérêt chez les Français qu’en 2007 ?
« Je vois même plus d’intérêt ! Dans votre région, à Lille, Valenciennes, j’ai eu un accueil extraordinaire, comme jamais. Je sens les gens très mobilisés. »
– Dans ce sprint final, que voulez-vous dire à ceux qui se décident au dernier moment ?
« Je veux les convaincre que la seule question à se poser est : “Où voulons nous aller ?” Est-ce qu’on nie l’existence du monde extérieur ? Est-ce qu’on continue, avec plus de dépenses, plus de déficit, plus d’impôts ou est-ce qu’on tire les leçons de la crise avec un effort gigantesque de travail, de formation, d’innovation, d’investissements ? Là est la clé. C’est pourquoi j’ai écrit une lettre au peuple français, pour expliquer ma vision des enjeux majeurs de cette élection, et j’invite vos lecteurs à se la procurer (http://www.lafranceforte.fr/lettreaupeuplefrancais) s’ils ne l’ont pas reçue dans leur boîte ! »
– Dans le Nord, il y a des inquiétudes sur l’usine Sevelnord du groupe PSA dans lequel l’État n’est pas actionnaire. Que pouvez-vous faire ?
« Sevelnord s’en sortira. J’en ai encore parlé mardi avec le président Varin. À ma connaissance il y a un accord en discussion avec Toyota pour des véhicules utilitaires. L’industrie automobile, c’est essentiel, 10 % de la population active française. Elle fait face à une crise sans précédent. Le marché français a perdu 10 %, le marché espagnol a été divisé par deux ! Pour aider l’automobile, il n’y a qu’une chose à faire, restaurer la compétitivité de l’industrie française. Nous avons supprimé la taxe professionnelle qui coûtait 250 euros par voiture produite en France. L’allégement de 5,4 % de charges que j’ai fait voter pour octobre avec, en contrepartie, la hausse de la TVA, cela représente une économie de 1 800 euros en moyenne par emploi et cela concerne 75 % des salariés de l’automobile. Enfin j’ai créé le fonds de modernisation pour l’industrie automobile avec 150 millions d’euros pour la voiture du futur. »
– Dimanche à la Concorde, vous avez plaidé pour une politique de croissance en Europe et relancé le débat sur le rôle de la banque centrale européenne. Qu’attendez-vous de la BCE ?
« Dans le traité du 2 mars, il y a le mot croissance à six reprises. Il ne suffit pas de mettre le mot croissance dans un traité pour la trouver ! Avec le traité du 2 mars, nous avons passé une étape indispensable. L’euro a été sauvé, et il y a un gouvernement économique de l’Europe. L’étape suivante, c’est la question du rôle de la BCE pour soutenir la croissance, notamment en matière de politique de change. Parce que pour nos exportations, une augmentation de 10 centimes de l’euro par rapport au dollar, c’est près d’un milliard de résultat d’exploitation en moins pour Airbus. »
– Si François Hollande est élu vous annoncez la tempête sur les marchés…
« François Hollande a déclaré lui-même que l’agence Moody’s dégraderait la France le 12 mai. L’agence a répondu que c’était faux. On n’a pas le droit de jouer avec cela. Pour gagner des voix, on ne doit pas risquer l’intérêt général de la Nation. C’est irresponsable. Pourquoi la France emprunte-telle à un taux inférieur à 3 % alors que l’Espagne emprunte à 6 % ? Parce que l’Espagne avait promis d’être à 6 % de déficit à 2011 et qu’elle est à 8 %, alors que la France avait promis de ramener son déficit à 5,7 % et qu’elle est à 5,2 %. Si M. Hollande croit qu’on peut augmenter les effectifs de la fonction publique et revenir sur la réforme des retraites, il devra assumer une augmentation des taux d’intérêt. »
– Vous appelez à un grand rassemblement national. Avec qui ?
« François Hollande s’adresse exclusivement à la gauche, je m’adresse au peuple de France. Le président de la République sera aussi le président de ceux qui n’auront pas voté pour lui. Je souhaite le rassemblement le plus large. J’ai toujours considéré que le devoir du président c’était d’élargir son gouvernement et sa majorité à des gens qui n’ont pas toujours été d’accord avec lui. Sinon, c’est le monolithisme et l’immobilisme de la pensée. »
– Pendant votre campagne, vous vous êtes adressé plus à l’électorat le plus à droite qu’aux centristes ?
« Il n’y pas une France de droite, une France de gauche et une France du centre. Jamais une élection n’a été aussi indécise. Les électeurs se décideront au dernier moment non pas en fonction de leur vote du passé, mais de leur jugement sur la capacité du candidat à faire face dans une période extrêmement difficile. Aux Français tentés par le vote extrême, je veux leur dire que je comprends leur souffrance et leur colère, mais que s’ils votent pour Marine Le Pen, ils n’auront aucune réponse. Ce vote est une impasse. »
– En quoi êtes-vous plus légitime pour vous adresser à la France du peuple que les élites ne comprendraient pas ?
« Il y a une France qui a trop de pudeur pour se plaindre, qui ne casse pas et ne hurle pas quand elle n’est pas d’accord. Le système médiatique fait la part la plus belle à celui qui crie le plus fort, parfois de la manière la plus injurieuse. Il y a une autre France laborieuse, qui ne dit pas ses opinions, mais qui au moment des élections fait la décision. Elle sait parfaitement que pendant quatre années de crise, j’ai tout fait pour la protéger. Et vous verrez que cette France là va se manifester puissamment dans les urnes. Vous serez étonnés par les résultats.
Source http://www.lafranceforte.fr, le 18 avril 2012