Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, sur Europe 1 le 3 mai 2012, sur le débat télévisé de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle de 2012 entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Intervenant(s) :

Circonstance : Débat télévisé entre François Hollande et Nicolas Sarkozy dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012, le 2 mai 2012

Prononcé le

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH Puisque c’est vous qui commencez, est-ce que François HOLLANDE vous a surpris hier soir ?
 
CLAUDE GUEANT Non, il ne m’a pas surpris, il a été égal à lui-même, c'est-à-dire plein d’arrogance, plein de suffisance, prenant beaucoup de liberté avec la vérité et également ne proposant pas de véritables solutions. Quand on pense à la question « qu’est-ce que vous allez faire sur la croissance, pour développer la croissance ? », il répond « je vais mettre en oeuvre le Contrat Emploi Génération », celui-là même qui avait été pourfendu par madame AUBRY, lors d’un célèbre débat lors des primaires socialistes, comme étant quelque chose d’absolument inutile, incapable de fonctionner…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous voulez dire que…
 
CLAUDE GUEANT Je dois dire que ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous voulez dire que c’est sa pugnacité, la maîtrise jusqu’à la domination, qui vous a gêné ?
 
CLAUDE GUEANT Il a été très pugnace, c’est vrai, il a donné l’impression, comme il le fait depuis déjà plusieurs semaines, ce qui est très désagréable, je trouve, pour l’électeur, d’être déjà installé dans le fauteuil de président, ce sont les Français qui dimanche choisiront leur président, mais surtout il n’apporte pas de solution au fond. Il n’apporte pas de réponse.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. Vous, vous avez reconnus (es), vous avez reconnus le Nicolas SARKOZY que vous connaissez si bien, parce que, on annonçait, on annonçait, et finalement hier il n’a pas joué les matamores ou les m’as-tu-vu.
 
CLAUDE GUEANT Non, il n’a pas joué…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Ou il n’a pas pu le jouer.
 
CLAUDE GUEANT Il n’a pas du tout joué les matamores, je crois que c’est un choix délibéré de sa part, parce qu’il a voulu que son propos soit à la hauteur des enjeux. Les enjeux sont d’une très, très grande importance. Je crois que cette élection est véritablement de caractère historique, sans galvauder ce mot. Pourquoi ? parce que nous restons, après une crise, que François HOLLANDE s’est obstiné à nier, qu’il nie pour le passé, qu’il nie pour le présent, et qu’il nie pour l’avenir, ce qui est une erreur d’analyse gravissime, à moins que ce soit un mensonge à l’égard des Français, eh bien après une crise il va falloir affronter des difficultés considérables. La crise n’est pas tout à fait terminée. On voit bien qu’il y a des résurgences en Espagne, en Italie, les marchés mènent encore des attaques, et de toute façon il nous faut tirer les leçons de la crise. Et on ne peut pas, après la crise que nous avons connue, qui a failli mener le monde à l’abîme, continuer avec les mêmes recettes que celles qui ont failli nous conduire à la catastrophe, c’est les recettes de la dépense publique.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais vous avez vu qu’hier François HOLLANDE a eu une attitude ou une posture plutôt présidentielle, c’est comme ça que toute la presse le dit ce matin, qui est le plus crédible pour faire face à la crise, dont vous parlez, aux tourmentes de demain, que l’on connaîtra sur le plan international. Il n’a pas forcément donné, Nicolas SARKOZY, l’impression de la maîtrise.
 
CLAUDE GUEANT C’est une question de personne, mais c’est aussi une question de projet, et je redis que le projet de François HOLLANDE, qui est un projet qui a pour objet, ou pour effet, d’augmenter la dépense publique, et par conséquent d’augmenter la dette, d’augmenter les impôts, est un projet qui n’est pas du tout adapté au monde d’aujourd’hui. Vous savez, beaucoup de chefs d’Etat et de gouvernement ont soutenu Nicolas SARKOZY, ce n’est pas par affection ni parce qu’ils veulent s’immiscer dans la politique intérieure française, c’est tout simplement parce que ce que propose François HOLLANDE est complètement incompatible avec les positions qu’ils ont prises en commun pour remettre le monde sur ses pieds.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça c’est ce que vous pensez.
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on voyait bien qu’il y avait deux projets complètement différents.
 
CLAUDE GUEANT Non mais, c’est ce que je pense, mais c’est aussi ce qui… c’est la vérité. Prenez François HOLLANDE, quand je dis qu’il biaise avec la vérité. Hier il nous a expliqué que le recrutement de 65 000 fonctionnaires ça n’allait rien coûter, 50 millions. La vérité c’est qu’un fonctionnaire on le paye pendant sa vie d’activité, mais aussi pendant sa vie de retraite, et le coût de la mesure qu’il propose c’est 125 milliards ! Alors, il faut le dire, il faut que les Français le sachent. Il s’est bien gardé de le dire.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, mais pourquoi votre candidat, et vous-même ici, vous utilisez si souvent le mot « mensonge » ?
 
CLAUDE GUEANT Mais parce que c’est, si j’ose dire, c’est la vérité qu’il dit des mensonges. Lorsqu’il explique qu’il y a 1 million de chômeurs en France, de plus, c’est absolument contraire aux chiffres du BIT, Bureau International du Travail, qu’a cités Nicolas SARKOZY hier, c’est contraire également, même si les évaluations sont un petit peu différentes, avec les chiffres de l’Union européenne, l’Union européenne nous dit qu’il y a eu depuis 2007 22% d’augmentation du chômage en France, c’est moitié moins que l’augmentation moyenne en Europe. C’est ça la vérité. Alors qu’il ne nous dise pas le contraire.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Claude GUEANT…
 
CLAUDE GUEANT De la même façon sur un sujet qui, de l’avis d’observateurs, a permis à François HOLLANDE de marquer un point, celui des prélèvements obligatoires. Il a raison de dire que les prélèvements obligatoires avaient augmenté d’1,5 point, mais il faut savoir pourquoi, c’est qu’il y a un numérateur et un dénominateur, la croissance, effectivement, a été moindre, mais ce qui est intéressant c’est de savoir l’avenir des prélèvements obligatoires. Il est clair que si on augmente les cotisations sociales, comme il le propose, et si on augmente les impôts, comme il le propose, on va augmenter les prélèvements obligatoires. Ce qui n’est pas le cas avec le projet de Nicolas SARKOZY.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais pour autant, est-ce qu’il était nécessaire, de la part de votre champion, de qualifier son rival de menteur, de girouette, d’incompétent, que sais-je, de petit calomniateur et de Ponce Pilate, est-ce que c’était nécessaire ça ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, quand quelqu’un ne dit pas la vérité, il ment, et quand il ne la dit pas sciemment, il ment encore plus.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que vous avez été touché par la longue énumération, habile, « moi, président de la République », était une sorte de dénonciation de la méthode de la présidence actuelle, et est-ce que vous croyez quelle restera sans effet ? « Moi, président de la République, je ne ferai pas ceci, je ne ferai pas cela. »
 
CLAUDE GUEANT C’était tellement long qu’effectivement j’ai retenu cette tirade. Ce que j’ai retenu c’est qu’il faisait effectivement de cet enjeu de l’élection présidentielle un enjeu quasi personnel, et il exposait un style, mais ce qui compte pour les Français ce n’est pas le style, et notamment le style d’impuissance dans lequel il s’engage, parce que finalement il s’engage à ne rien faire, à laisser tous les pouvoirs aux autres, Nicolas SARKOZY est un président qui s’engage, et il aurait mieux valu qu’il donne des réponses aux attentes des Français.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et ce débat tant attendu s’est surtout préoccupé du pays, il n’y avait presque rien sur l’état actuel du monde. Est-ce que, de ce débat, un projet ou une vision pour l’avenir de la France, dans le monde, dans l’Europe, se dégage, vous croyez ?
 
CLAUDE GUEANT Je pense que ce débat a été frustrant, à beaucoup d’égards, et il eut mieux valu, plutôt qu’un débat d’une telle longueur, de 2 heures 50, avoir deux ou trois débats qui permettent aux Français d’être vraiment éclairés.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce qu’un tel duel peut faire bouger les choses et les lignes, Claude GUEANT ?
 
CLAUDE GUEANT Il y a des arguments, je pense que les Français sont passionnés par cette élection et ils ont entendu hier des arguments. Ils sont mieux éclairés, ils auraient pu l’être davantage si François HOLLANDE avait accepté davantage de débat, avait été moins fuyant.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez vu que François HOLLANDE, s’il était élu, serait prêt à organiser un référendum sur le droit de vote des étrangers. C’est un élément nouveau.
 
CLAUDE GUEANT Oui, c’est un élément nouveau, ce n’est pas de nature à nous faire changer d’avis parce que le droit de vote pour les étrangers, pour nous, c’est quelque chose qui est absolument contradictoire avec notre tradition républicaine. En France on vote si on est un citoyen et on est un citoyen si on est Français. Et par ailleurs, je reviens sur cet argument parce que c’est une vérité, pour le coup, il faut savoir que le droit de vote aux étrangers et la possibilité pour les étrangers d’être conseillers municipaux, ça signifie que dans un certain nombre de communes de France, eh bien il y aura des conseillers municipaux à majorité étrangère.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais les Français n’ont pas peur. Ne jouez pas sur la peur.
 
CLAUDE GUEANT Mais il faut que les Français le sachent, il faut que les Français le sachent.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Claude GUEANT…
 
CLAUDE GUEANT A vous de choisir.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Claude GUEANT, aujourd’hui François BAYROU annonce son choix, hier Jean-Louis BORLOO lui a écrit pour l’appeler à préférer l’alliance du Centre et de la droite, qu’est-ce que vous attendez, ou attendriez, de François BAYROU ?
 
CLAUDE GUEANT Je dirai d’abord que, aucun candidat du premier tour n’est propriétaire de ses voix, ceci dit la voix de François BAYROU porte bien entendu dans le pays et notamment à l’égard de ceux qui l’ont choisi au premier tour. Mais, je dirai à ces électeurs, qu’il y a une grande différence entre François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY, c’est que François HOLLANDE propose plus de dépenses et va précipiter notre pays dans plus de dettes et plus de déficits. Les électeurs de François BAYROU ont été surtout sensibles, beaucoup sensibles en tout cas, à la question de l’équilibre des finances publiques, eh bien c’est Nicolas SARKOZY qui va le faire, il a des titres à faire valoir, parce qu’il l’a déjà fait, les 150 000 fonctionnaires en moins c’est un acquis.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Dernière question. Est-ce que vous aussi vous vous engagez à n’avoir jamais de contact, Claude GUEANT, d’accord, d’alliance, avec le nouveau visage du Front national ?
 
CLAUDE GUEANT Je l’ai toujours dit.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 5 juin 2012